Bonjour,
Zero Bullshit a été créé précisément pour sortir ce type d’enquête : longue, complexe, risquée, précise, technique, mais qui permet d’avoir un regard différent sur plusieurs actualités qui ont fait la une des médias à différentes étapes.
Pendant au moins 3 épisodes, Zero Bullshit vous racontera l’histoire d’Étienne Binant et de son compagnon Sébastien Grandin, qui grenouillent depuis 15 ans entre les hautes sphères de la culture, la haute bourgeoisie parisienne et le monde silencieux des medtechs.
L’enquête a débuté après une première alerte à la fin de l’été 2025, alimentée par quelques sources. Elle a pris une tournure étonnante en février lors de la publication des Epstein Files alors qu’elle était un peu en pause. Et s’est accélérée avant l’été grâce à d’autres signalements. Plus de 13 mois de travail au total. 1’399 fichiers. 67’974 pages. 4,74 Go de documents. 131 personnes interrogées. 42 sociétés analysées dans 7 pays.
En février, cette histoire a été racontée en quelques jours, et réduite à deux noms connus. Celui qui a signé, géré et encaissé n’en était pas. Il est resté « un certain Étienne B. », puis « un personnage secondaire », puis plus rien.
Elle débouche sur une relecture de la chute de Jack Lang, sur les fonds détournés d’une légende du cinéma français et sur une biotech dépouillée sous les yeux attendris (et fermés) de Bpifrance. Tout ça aux côtés de quelques politiques de premier plan et de quelques énarques médiatiques, en finançant l’Opéra de Paris avec de l’argent supposément détourné, entre Paris, Londres et Los Angeles, en première classe.
Bonne lecture.
💡Avant de commencer
Cette enquête va parler, à plusieurs reprises, du fait qu’Étienne Binant et Sébastien Grandin sont un couple. La décision de parler de l’orientation sexuelle de plusieurs acteurs de l’enquête a été prise après une longue réflexion.
Pourtant nous avons hésité à le mettre ?
Parce que dans une histoire où Jeffrey Epstein apparaît, le mot « sexualité » n’est jamais neutre, et parce que dire de quelqu’un ce qu’il n’a pas dit lui-même s’appelle un outing, qui peut avoir des conséquences.
Pourquoi l’information est divulguée ?
Parce que ce n’est pas un détail de leur vie privée. Leur PACS figure dans des documents publics liés à leurs sociétés, leur relation est connue de tous les acteurs de cette histoire, et elle en porte une partie. C’est à deux qu’ils entrent dans les cercles où tout se joue, et ce sont souvent les mêmes cercles, d’un épisode à l’autre. Taire ce fait rendrait plusieurs chapitres incompréhensibles. D’autant plus que la relation n’a rien de cachée et, évidemment, n’est ni problématique, ni honteuse.
Pourquoi l’information est importante pour d’autres acteurs ?
L’enquête ne suggère à aucun moment que des relations sexuelles ou amoureuses aient joué un rôle dans ce qu’elle décrit : ce n’est pas le sujet, personne en un an d’enquête n’a affirmé une chose pareille.
L’orientation de qui que ce soit d’autre que le couple n’est mentionnée que dans 2 cas : quand la personne l’a rendue publique elle-même, ou quand le récit ne se comprend pas sans elle.
💡Conflits d’intérêts
Une partie de cette enquête a été financée par des mécènes, permettant à l’équipe de consacrer plus de temps à investiguer et écrire.
Aucun d’entre eux n’a influencé la rédaction des épisodes ou n’a relu la moindre ligne avant publication.
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🥳La Fête de la musique
Un vendredi comme le monde en a connu d'autres. Ce 30 janvier 2026, un peu après 11 heures à Washington, Todd Blanche1 entre dans la salle de presse du ministère de la Justice. Il lit. Trente-cinq minutes, les yeux sur ses feuilles. Puis il fait l’annonce qu’une bonne partie des États-Unis, Démocrates comme Républicains demandent depuis des mois. Sans tarir. Plus de 3M de pages, 2'000 vidéos, 180'000 images2. Le ministère avait manqué de 6 semaines la date fixée par le Congrès dans l'Epstein Files Transparency Act3, et mis des centaines d'avocats à caviarder un dossier qui n’en finit pas : 6M de pages en tout. La moitié est publiée dans un premier temps.
« La fin d’un processus de revue très complet. »
L'homme qui annonce la fin des dossiers Epstein est celui qui, 6 mois plus tôt, est allé interroger lui-même Ghislaine Maxwell4 dans sa prison de Floride, 2 jours de suite, à la place des procureurs de l'affaire5. Avant d'entrer au gouvernement, il était l'avocat personnel de Donald Trump. Une semaine après les entretiens, elle était transférée dans un camp de basse sécurité au Texas. Depuis, il a remplacé Pam Bondi à la tête du ministère6.
Fin des rumeurs, donc.
En théorie.
En pratique, 3M de pages sans index. Un moteur de recherche qui compte les occurrences d'un mot, et des centaines de milliers de documents en double, en triple, en quadruple. Tape un nom, n'importe lequel, le compteur te renvoie un chiffre. Plus il est gros, plus il incrimine. Certaines deviennent même des preuves devant le tribunal médiatique. Celui de Donald Trump, évidemment. Puis ceux que chacun rêve de voir sortir. Au cas où.
Celui de Jack Lang sort le jour même.
Pourquoi lui, et pourquoi si vite ? Il faut être honnête une seconde, et précis. Une rumeur suit Jack Lang, 86 ans, 2 fois ministre de la Culture, depuis près de 50 ans. Aucune procédure ne l'a jamais étayée. Jamais condamné. Jamais mis en examen. Deux enquêtes en 35 ans, deux classements sans suite, compte son avocat7. Mais cette rumeur a une histoire, avec des dates, et cette histoire explique ce qui se met en branle le 30 janvier.
En 1977, Le Monde publie une pétition de soutien à 3 hommes jugés à Versailles pour des « attentats à la pudeur sans violence sur des mineurs de 15 ans ». Sartre, Beauvoir, Barthes, Deleuze signent. Lang aussi. Il dira en 2021, sur Europe 1, que c'était « une connerie »8. En 1982, l'affaire du Coral : un homme de 21 ans, Jean-Claude Krief, livre à la police une liste de personnalités qui abuseraient d'enfants dans un lieu de vie du Gard. Le nom du ministre de la Culture y figure. Krief se rétracte en partie dès novembre, et l'enquête ne retient rien contre les personnalités citées. En 1991, un entretien du Gai Pied décrit « la sexualité puérile » comme « un continent interdit » dont les découvreurs du XXIe siècle aborderaient les rivages9. La phrase est attribuée à Lang depuis 35 ans, et il la traîne plus longtemps que la pétition. Puis Marrakech. Une arrestation supposée, au début des années 2000, dans un riad, une villa ou un palace, selon qui la raconte. Puis en 2011, Luc Ferry la ressort sur Canal+ : un ancien ministre se serait fait « poisser à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons », et il tiendrait l'histoire des plus hautes autorités de l'État10. Il ne donne pas de nom. Il n'en donnera jamais, ni sur le plateau, ni à l'huissier que Lang lui envoie, ni aux policiers11. Alors que tout le monde sait de qui il parle. Qu’il le dit en off. La brigade des mineurs enquête 18 mois, entend une vingtaine de personnes, diplomates, policiers, journalistes, un prêtre, et cherche une dépêche AFP dont un journaliste se souvient et qui n’existe manifestement pas. Classement sans suite fin novembre 2012. Les faits seraient graves s'ils étaient établis. Mais rien ne l'a jamais été, de près ou de loin.
C’est ce que Jack Lang traîne. Son avocat le rappelle à chaque audience : depuis 10 ans, Lang poursuit en diffamation ceux qui colportent la rumeur, et il gagne12. Mais ça ne le protège pas pour autant. Le 8 février 2025, vers 19h30, à la sortie du métro Opéra, un groupe l’entoure, crie, et un homme le pousse au sol13. Lang s’en sort légèrement blessé, l’agresseur prendre 8 mois avec sursis l’été suivant.
Le 30 janvier au soir, les premiers curieux tapent « Lang » dans le moteur du ministère de la Justice. Ils ne cherchent pas un montage financier, ils cherchent une confirmation.
Le compteur affiche 673.
En réalité, un peu moins de 300 documents distincts. Une bonne partie où il est cité en passant, dans une liste d'invités ou un carnet d'adresses. Quelques-uns où il écrit lui-même, pour demander un avion, une voiture, ou un financement :
« Cher Jeffrey, un cinéaste français souhaite réaliser un film sur mon travail. Le budget s’élève à 150 000 euros. Votre contribution serait évidemment décisive. Amicalement, Jack. »
Mais rien, absolument rien, de nature sexuelle. La rumeur n'est pas dans les fichiers. L'argent, si. Et l'argent ne concerne pas Jack Lang au premier plan. Mais sa fille aînée.
Caroline Lang a 64 ans, juriste de formation, et près de 30 ans chez Warner Bros Television pour la France. Elle siège au festival Séries Mania et vient de prendre, en janvier 2026, la délégation générale du SPI14. Ce que Mediapart publie le lundi 2 février au matin tient en deux lignes : une société aux îles Vierges américaines, Prytanee, à son nom et à celui d'Epstein, créée en 2016 pour acheter de l'art, et 1,4M$ versés dessus. Plus une ligne qu'elle dit avoir découverte quand le journal la lui a mise sous les yeux : sur un testament signé par Epstein 2 jours avant sa mort, son nom, en face de 5M$.
Elle règle la question en trois phrases15 :
« Un jour, Jeffrey nous a dit, à mon père et moi, qu’il voulait investir dans de jeunes artistes français et internationaux, pour les aider. Il a proposé de monter un fonds et j’ai dit oui. Je ne me suis occupée de rien. »
C’est factuellement vrai. Et c’est possiblement tout le problème.
Le même jour, Jack Lang envoie un communiqué à l'AFP. Il a connu Epstein « voici une quinzaine d'années », par l'intermédiaire de Woody Allen, qui traîne à peu près la même réputation que lui pour avoir épousé la fille adoptive de son ex-femme, « à une époque où rien ne laissait supposer » ses crimes. Un mécène qui fréquentait le Tout-Paris et « nous avait séduits par son érudition ». Avant de conclure16 :
« Quand je noue un rapport de sympathie, je n’ai pas l’habitude de demander à mon interlocuteur son casier judiciaire. »
Mot pour mot la défense de tous ceux qui sont passés avant lui. Ou qui doivent réagir suite à la publication de leur nom.
Le soir même, Caroline Lang quitte le SPI. Puis Séries Mania, Pictanovo, PFDM. Le Refuge17. Elle plaide la naïveté, assure n’avoir tiré du fonds « aucune rémunération ni aucun bénéfice »18
Son père, lui, tient bon. Ce n’est pas sa première polémique. Le mercredi 4 février, au micro de RTL, il se dit « blanc comme neige » et exclut formellement de démissionner19. Le soir même, il s’envole pour Marrakech, où se tient une biennale d’art contemporain20. La « générosité » d’Epstein n’a jamais entraîné la moindre « contrepartie ». Le mot est choisi. Cet homme préside l’IMA21 depuis janvier 2013 avec une indemnité votée par son conseil d’administration, alignée sur celle de son prédécesseur22. 9’250€ brut par mois, selon la Cour des comptes23.
Le vendredi 6, le PNF24 ouvre une enquête préliminaire pour blanchiment de fraude fiscale aggravée25, visant Caroline Lang et son père26. Le même jour, en déplacement à Erbil, Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, parle d’éléments « inédits et d’une extrême gravité »27. Son ministère a la tutelle de l’IMA, en paie la moitié du budget, 12,3M€ par an28, et c’est sur proposition de l’État que le conseil d’administration a installé Lang en 201329. Les éléments, selon un membre du cabinet de Barrot, ce sont uniquement les recherches que tout le monde fait depuis une semaine sur le site du DOJ. L’affaire monte d’un cran. L’Élysée et Matignon demandent à Barrot de le convoquer. Le ministre s’exécuté et l’invitation part pour le dimanche. Lang est toujours à Marrakech, « sonné et épuisé » selon ses proches30. Le lendemain, sans attendre, il adresse sa lettre de démission à Jean-Noël Barrot. « Les accusations portées à mon encontre sont infondées »31, et il le démontrera, dit-il. Le ministère prend acte le jour même.
Et voilà comment s'arrête la carrière de Jack Lang. Un proche du clan Lang conclut auprès de Zero Bullshit :
« [Jack Lang] paye ses rumeurs, et c’est regrettable. Mais pour lui, l’histoire se résume à ça. Alors qu’objectivement, il a bénéficié [des] largesses financières [de Jeffrey Esptein], et qu’il a passé près de deux décennies à vivre sur son ex-statut de ministre, sur des deniers publics. C’est une espèce en voie de disparition. »
Mais un membre de la famille se défend catégoriquement, sans pour autant contredire le sus-cité :
« Il n’y a jamais eu un seul virement d’Epstein ou de ses sociétés vers un quelconque compte [lié aux Lang]. »
Aucun virement vers un compte des Lang. C'est vrai, et c'est factuel. Cela dit, le démenti porte sur les comptes des Lang. Pas sur ce qui a été versé ailleurs, ni sur ce qui n'a jamais pris la forme d'un virement, et qui porte un nom : des avantages en nature.
Reste l'argent, celui du fonds qui a fait tomber Jack Lang. 1,9M$ au total, versés par Epstein sur le compte de Prytanee. Caroline Lang ne s'est occupée de rien. Jack Lang n'a « jamais touché un centime ». Aucun des rédacteurs de Zero Bullshit non plus.
L’histoire, telle que la presse l’a racontée en février, tient en trois cercles.
Le premier, le seul visible : Jack Lang. Son nom dans les titres, son visage sur les plateaux, sa démission en une semaine. C’est normal, c’est une personnalité publique, et ex-politique de premier plan.
Le deuxième, dans la plupart des articles : Caroline Lang. C'est elle qui rencontre Epstein en premier, qui organise les déjeuners, les voyages, les visites privées, qui lui écrit pendant 7 ans, qui tient la moitié du fonds par son trust, qui envoie le CV « de Jack » et s'assure de « la bonne réception des transferts de fonds ». Jack est rarement en copie.
Le troisième cercle, dans les statuts et sur le compte, est beaucoup plus discret : Étienne Binant. Il gère et il signe. Il écrit à Epstein « pour Jack ». Dans les papiers de février, il restera « un certain », « financier trentenaire »32, « mystérieux homme d’affaires », « inconnu du grand public »33, « homme à tout faire » des Lang34, « ce personnage secondaire »35. Sollicité, il « n’a pas répondu ». Partout. Sauf à Zero Bullshit, où il écrit le 1er septembre :
« Vous pouvez m’envoyer vos questions par WhatsApp ou par mail et je reviens vers vous. »
De même pour Sébastien Grandin.
« Bonjour, Je vous propose de m’adresser votre liste de questions par écrit. »
Quelques minutes avant l’heure définie de répondre, Étienne Binant nous a adressé cet e-mail.
« J’ai pris connaissance de votre post Linkedin, postérieurement à l’envoi de vos questions.
Il en ressort clairement que vous n’avez pas attendu mes réponses à celles-ci pour prendre une position finale, et que votre démarche à notre égard est hostile.
Dans ces conditions, vous comprendrez que je ne donne pas suite à votre sollicitation. »
Sébastien Grandin, lui, n’a pas répondu.
🍿La Fête du cinéma
Le dimanche 14 octobre 2012, place des Vosges, Caroline Lang présente son père à Jeffrey Epstein. Les 200 m² de Jack et Monique sont à l'hôtel de Chabannes, dans un immeuble dont les 2 plus gros propriétaires sont des SCPI, Buroboutic et Épargne Foncière. Sous les arcades ont vécu Simenon, Francis Blanche, Brialy, Annie Girardot, Jean Teulé, Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn, Guillaume Canet et Marion Cotillard.
Et à l'autre bout de la place, au 1 bis, l'hôtel de Coulanges. Vide depuis 1965. En 2010, le collectif Jeudi Noir l'occupe, et l'auteur principal de cette newsletter avec lui. L'expulsion a lieu 2 ans avant ce déjeuner. Xavier Niel l'achètera en 2016 pour 31,5M€.
Ce soir, c'est Epstein qui vient compléter ce gratin, accompagné d'une jeune femme qu'il présente comme sa nouvelle assistante. Appelons-la M.
Caroline dira à plusieurs journalistes connaître Epstein depuis le printemps⁶. Plusieurs témoins, dont une ex-amie proche, indiquent qu’ils se connaissaient en réalité bien avant. Information corroborée par le FBI qui trouve son nom dans un carnet, lors d’une perquisition en 2009, qui fera l’objet d’une note en raison de sa filiation avec l’ex-ministre.
Tout au long de l’année 2012, Caroline et Epstein se voient et se parlent régulièrement. Elle va à plusieurs reprises dans son désormais fameux duplex du 22 avenue Foch. Epstein ira même jusqu’à lui payer sa cotisation, plusieurs milliers d’euros, au Cercle de l’Union interalliée36, un des clubs privés les plus prestigieux et fermés de France. Alors quand il débarque avec M. place des Vosges, Epstein arrive en ami.
M., elle, n’est pas une amie. Ce n’est d’ailleurs pas non plus son assistante. Elle a confié à Zero Bullshit comment elle est arrivée à cette table. Tout commence en mars 2011, après un stage de 6 mois à Londres pour une marque de boissons française, pour s'occuper des invités de marque d'une figure incontournable de Saint-Émilion. C'est là qu'elle rencontre Epstein. Elle voyage, elle a du caractère, et une idée fixe : l'art. Pour y arriver, elle rêve d’intégrer une école qu’elle n’a pas les moyens de financer, d’autant qu’elle n’aura bientôt plus de visa en règle pour rester en France. Epstein la rassure : il ne la laissera pas tomber. Durant l'été 2011, il lui donne des devoirs par Skype, Anna Karénine, Nabokov, pour lui rappeler sa Russie natale.
Début septembre, Epstein arrive à Paris et propose à M. une sortie au Louvre. Il fait beau. Pour qu'il la reconnaisse dans la foule, elle porte une tenue légère avec des chaussures roses et un bracelet bleu. Mais rapidement, ils finissent avenue Foch, où ils ont une relation sexuelle. Deux semaines plus tard, elle est admise dans une école à l'étranger, et c'est l'assistante d'Epstein à New York qui règle l'acompte.
Un an plus tard, à l'automne 2012, M. est de retour à Paris, et demande à Epstein de l'aider à trouver un travail dans l'art. De passage dans la capitale, il l'emmène marcher autour des Champs-Élysées, et la promenade finit dans le duplex de l’avenue Foch. M. comprend alors qu’avec Epstein, rien n’est gratuit : il aide, mais tout s'échange. Elle pensait qu’aider les gens qui ont du potentiel était chez lui une seconde nature. Elle découvre l'autre facette. Elle s’en contente, en se disant que ça pourrait l’aider. Peu après son départ, Epstein l'invite à déjeuner chez les Lang le week-end suivant. Avec une condition : se faire passer pour sa nouvelle assistante.
Voila comment elle arrive chez les Lang, place des Vosges, ce dimanche-là, à la table où Caroline présente son père. À cette table, il y a une victime, au sens où le DOJ l'entend, lui qui caviarde son nom comme ceux des autres.
C’est lors de ce déjeuner que les Lang négocie avec Epstein le financement de l’ADCM, l’association de Jack Lang : 2 virements de 50K€ suivront, en octobre et en décembre. Darren Indyke, l’avocat d’Epstein, veut d’ailleurs un document signé de la main du ministre. Mais Caroline refuse, 4 mois durant :
« Ils ont été transférés sur les comptes de l’ADCM, pas sur le compte de mon père. C’est pour cela qu’il n’y a pas besoin de signer un accord formel entre mon père et Jeffrey. »
À ce même déjeuner, Caroline Lang évoque à plusieurs reprises Étienne Binant, et son compagnon Sébastien Grandin.
Étienne dit conseiller des sociétés pour lever des fonds, sous l'enseigne Globe depuis 1 ou 2 ans, société créée en 2007 par Grandin et Olivier L. où au moins 5 associés vont entrer jusqu’en 2011. Binant facture toutes ses prestations avec cette société de conseil, dont il n’est légalement que secrétaire.
Sébastien, lui, est designer, formé au studio Andrée Putman37 où il gravit doucement tous les échelons pendant des années, selon son compte LinkedIn, supprimé quelques heures avant la publication de cette enquête, après un passage chez des médias.
Sur leur entrée dans l'orbite des Lang, les sources ne s'accordent pas : 2010 ou 2011, par un haut cadre de la santé pour les uns, par un fonctionnaire du ministère de la Culture pour les autres. Toutes s'accordent sur le reste : Grandin d'abord, proche de Caroline, et Binant dans son sillage. Et tous ceux qui les ont fréquentés, y compris ceux qui ne leur parlent plus, sont unanimes : le couple est apprécié pour sa présence, sa conversation, sa culture et sa gentillesse. Binant, notamment, est décrit par plusieurs personnes comme un homme brillant, solaire et très charismatique, comme le résume une de ses relations de l’époque :
« Quand je l’ai rencontré au milieu des années 2000, il était évident qu’Étienne n’était pas issu de la bonne société parisienne. Mais malgré son jeune âge, il en avait appris les codes d’une manière étonnamment précise. »
La relation entre le couple et les Lang n’est pas juste une histoire de mondanités. En octobre 2012, Grandin a un ami à caser : P., son ex-assistant de studio chez Putman entre deux CDD, cherche un poste. Sans hésiter, il sollicite Caroline pour le placer auprès d'Epstein. P. ne connaît Epstein ni de nom ni de réputation. Il sait juste, ce que lui en dit Grandin : que cet homme ouvre des portes. Epstein accepte dans un premier temps, mais l’appel n’aura pas lieu, comme le confirme P. à Zero Bullshit, précisant qu'il n'a jamais rencontré Binant non plus :
« Sébastien a transmis entre mes CDD mon CV à des personnes car il appréciait mon travail. Le Skype […] n’a jamais eu lieu. Je n’ai jamais rencontré ni parlé à cet homme. Je suis triste que mon nom puisse être lié à lui. »
Il retournera chez Putman l’année suivante, sous Grandin, en CDD puis en CDI, et restera proche du studio. Fin 2025, il sera d’ailleurs invité pour le centenaire du studio.
Grandin, non.
4 mois plus tard, en février 2013, c’est Binant qui a besoin de Caroline. Jack Lang vient d’être nommé à la présidence de l’Institut du monde arabe, en janvier, et le nom de la famille pèse un peu plus. Binant prépare une levée de fonds pour un client, dont on reparlera dans le 4e épisode, et pose à Caroline une seule question, avec un seul nom dedans :
Caroline transfère. Epstein ne répond pas. Mais Lang fait ce qu’elle sait faire. Epstein doit venir à Paris fin mars. Elle lui organise une visite privée de Versailles, un lundi de la fin mars, et glisse, au passage :
« Je voulais organiser un dîner avec Sébastien et Étienne. Ils partent en Thaïlande le 22 ou le 23. Tu arrives tard le 22 ? »
Le dîner est calé dans la seule soirée possible, le vendredi 22, avant leur départ. Quand elle arrive à 21H dans l’appartement avenue Foch, Caroline Lang salue Epstein et M. Encore elle, toujours assistante. Même un vendredi soir. Grandin, lui, ne fait que passer, l'avion pour Bangkok l'attend. La soirée a suffi : le lendemain, Epstein les invite tous les deux chez lui, à New York, le 1er avril. Grandin accepte avant d'avoir défait ses valises.
Le reste de la semaine, Epstein le passe avec les Lang. Le lundi 25, Versailles, fermé au public comme tous les lundis, 3 personnes dans la galerie des Glaces, Epstein, Jack et Caroline, et le soir un mot, « Merci pour aujourd’hui, c’était unique ». Le mercredi, Strasbourg, où Thorbjørn Jagland38, secrétaire général du Conseil de l’Europe et président du comité Nobel de la paix, le reçoit dans sa résidence avec Bill Gates, arrivés ensemble. Le jeudi, un déjeuner d’anniversaire chez une amie de la famille avec Jack, Monique, Woody Allen, Josiane Balasko, et M., qui sera également à la visite d’Hermès où Axel Dumas en personne les accueille.
Le 1er avril 2013, donc. La maison de la 71e rue, à 100 mètres de la Cinquième Avenue. Étienne Binant entre chez Jeffrey Epstein, dans les valises de son compagnon. C'est la première fois qu'il voit l'homme à qui Caroline a transféré son dossier, et la première fois qu'ils sont tous les trois.
À table, la conversation va de l'art aux affaires, en passant par le cinéma, Le Nom de la rose, La Vie des autres. Puis, très vite, ce qui intéresse Grandin : réaménager la salle à manger, et il le propose au nom du studio Putman. Quelques semaines plus tard, il demande les plans du manoir pour lui faire une proposition.
Personne, au studio, n'en sait rien. Olivia Putman, qui dirigeait le studio depuis 2007, comme elle l’explique à Zero Bullshit :
« On n'a jamais signé un contrat. On n'a jamais fait un plan. On n'a jamais rien fait pour Epstein. »
En réalité si. Grandin l’a fait au nom du studio. Alors que le duo se voyait toutes les semaines deux. Entre-temps, Epstein le relance pour autre chose. Il lui demande s'il connaît « an assistant » parlant français pour voyager avec lui, l'anglais ne dit pas le genre. C'est le mot qu'Epstein emploie, des dizaines de fois, pour les femmes qu'il fait voyager avec lui. Et c'est le mot qu'il a mis sur M. Rien n'indique que Grandin l'ait compris. Il dira simplement n’avoir pas trouvé.
Reste que le manoir n'est que le seul chantier où Grandin veut faire travailler le studio Putman. Epstein veut aussi aménager une pièce sur Little Saint James, sa fameuse île. Puis vient le duplex du 22 avenue Foch, celui-là même où M. a fini la soirée du Louvre 2 ans plus tôt. Trois chantiers en 2 ans, tous portés au nom du studio.
Au tout début de l’été, Grandin envoie plusieurs propositions pour la salle à manger de New York. Autour de la table, 8 chaises en métal d’Edgar Brandt, celles qu'Andrée Putman avait rachetées en 1988 à la dispersion de la collection d'Andy Warhol, et qui passent aux enchères à Paris 2 jours après l'envoi. Il signe directeur exécutif du studio Putman. Quelques semaines plus tard, d’autres propositions. Grandin en profite annoncer fièrement que le studio vient d'inaugurer un Sofitel à Paris, et il en est maintenant le patron. Il joint d’autres propositions, toutes signées Putman. Olivia, en reste estomaquée.
« Je n’avais pas du tout, du tout conscience [de ce que Grandin envoyait] »
Proposition envoyée par Grandin à Epstein
Epstein ne donnera pas suite. 2 ans plus tard, il s’en ouvrira à un tiers : il n’aime pas le travail de Putman.
Quant à M., elle quitte la France à la fin de l’été 2013. Plus de visa, plus de travail, et elle rentre en Russie. De ce qu’Epstein lui avait promis, l’école, le réseau, l’art, il ne reste rien. Epstein lui répond de moins en moins. Puis disparait de sa vie.
🔨Grands travaux
Dans les cités grecques, le prytanée est la maison du gouvernement. C’est là que siègent les prytanes, les magistrats qui exercent le pouvoir. Là que brûle le feu de la cité. Et là que la cité nourrit à vie, à ses frais, ceux qui l’ont bien servie. Les vainqueurs olympiques. Les bienfaiteurs. Socrate, condamné, demanda pour toute peine d’y être nourri jusqu’à sa mort. C’est le nom que porte une société à 1K$ de capital enregistrée à Saint-Thomas, îles Vierges américaines : Prytanee, LLC. Personne ne dit qui l’a choisi.
La société naît en juillet 2016. Mais l’idée est plus ancienne de 6 mois. En janvier 2016, Epstein propose aux Lang un fonds. Plusieurs proches racontent pourtant que l’idée venait de Binant, qui l’aurait soufflée à Epstein. Le principe tient en quelques lignes : il met 20M$, Jack achète les œuvres, et les bénéfices se partagent en deux. Epstein, lui, ne s'implique pas.
« Il peut appeler cela le Fonds d’Art Lang. S’il préfère que mon nom n’apparaisse pas, cela me convient aussi. »
Pour comprendre ce qui se joue en janvier 2016, il faut revenir en arrière. Entre-temps, la condamnation de Floride est devenue un problème pour ceux qui l'entourent. Caroline sait depuis 2012 : elle a tapé son nom sur Google et trouvé le plaider-coupable de 200839. Pour elle, son ami a été condamné, il a payé sa dette, et elle croit à la seconde chance. En janvier 2015, elle lui envoie elle-même l'article de Paris Match sur le prince Andrew, « je suppose que tu es au courant ». Cet article-là ne parle plus de 2008 : il rapporte les accusations d'une femme qui dit avoir été livrée à des hommes puissants alors qu'elle était mineure. Epstein résume la rumeur à de la mauvaise presse.
Les années qui suivent resserrent tout le monde. En juin 2013, Epstein prend des nouvelles de Valérie, la sœur de Caroline, qui a une tumeur au cerveau. Le lendemain, Caroline lui propose une soirée au théâtre avec sa mère, Sébastien et Étienne, et il les invite tous à prendre un café chez lui. Un mois plus tard, Valérie meurt le 22 juillet, 3 mois après le diagnostic. Elle avait 47 ans.
Sa mort ébranle toute la famille Lang, soutenue par ses proches, dont le couple Binant/Grandin qui se montre présent. Au début de l'année 2014, Caroline se met au vert pour se changer les idées. Elle demande à Epstein de l'emmener quelques jours sur son île, sans ses parents. Le milliardaire propose plutôt sa maison de Palm Beach. Elle part finalement en Thaïlande avec Grandin et Binant. Mais le mois suivant, ses filles de 15 et 13 ans sont en vacances, et veulent aller à Miami. Lang demande une recommandation d’hôtel à Epstein, et s'il connaît des gens sur place, des amis avec des adolescents. Il propose la même maison. C'est son assistante, celle-là même qui payait l'école de M. 3 ans plus tôt, qui organise le voyage : numéro de vol, noms des passagères, portable, adresse de la maison, chauffeur à l'arrivée. Elles y passeront 6 jours.
Ce qu’elle lui donne en retour, ce sont des musées rien que pour lui : le Palais de Tokyo un mardi, jour de fermeture, Orsay, Pompidou, la terrasse du 9e étage de l’IMA que préside son père depuis janvier 2013. Au printemps 2015, les Lang sont à Marrakech, au Royal Mansour, accompagnés de Grandin et Binant. Le pays intéresse également Epstein, et il hésite à acheter un bien. Jack lui transmet le prix d’un riad, 5,4M€, « offshore ». Et fin 2015, quand la famille cherche 30K€ pour boucler un documentaire consacré à Valérie, il accepte de mettre au pot.
Binant, lui, a fait son chemin. Il a géré les affaires d’une légende du cinéma français, et il dirige depuis 2014 une medtech lyonnaise. Deux histoires qui sont les deux épisodes suivants de cette série. Un homme qui monte des sociétés et libère les autres de l’intendance : exactement ce qu’il faut à un fonds dont personne ne veut s’occuper.
Voilà dans quel état d’esprit arrive la proposition de janvier 2016. Epstein, en réalité, se fout de Prytanee. Ce qu’il achète, c’est une relation avec un politique en France, où il réfléchit à s’installer. Les Lang, eux, sont contents d’avoir un soutien financier qui, bien qu’il ne leur verse rien, règle quelques factures, des hôtels ou des taxis.
Reste à savoir qui va tenir la boutique. Epstein avait proposé que Jack Lang soit rémunéré comme gérant du fonds, et selon un proche de l’époque, il a refusé. Binant, lui, y pense depuis le départ, et prend le costume.
Dès février 2016, Epstein réclame Étienne. Caroline essaye de faire caler un RDV, mais la fine équipe se manque de peu : Étienne est en Thaïlande, comme 3 ans plus tôt. Pareil en avril. Alors le rendez-vous aura lieu lors d’un déjeuner à New York. En réalité, les Lang ne sont pas très entreprenants. Epstein, si. Le 16 mai, c’est lui qui contacte Binant. Bingo : il est à New-York, mais part ce week-end au Monténégro.
Deux jours plus tard, Binant entre dans la maison de la 71e rue. Il vient avec son assistant personnel, Dustin S., payé en prestation, puis salarié de la medtech que Binant dirige. L’opération Prytanee se règle en quelques dizaines de minutes. Caroline est débriefée au téléphone, et le mois suivant Darren Indyke, l’avocat d’Epstein, règle les détails. Et à ce stade Jack est encore dedans : les dépenses au consentement conjoint « de J et J », Jeffrey et Jack, un relevé mensuel « sur demande à Jack ».
Deux mois plus tard, Prytanee, LLC est déposée à Saint-Thomas, avec un gérant unique : Étienne Binant. La société existe, mais elle est vide : ni argent, ni associé, ni compte en banque, et surtout pas l’accord des Lang. En octobre, Binant obtient l’accord de la famille Lang sur le montage et sur les documents, et le fait savoir à l’avocat d’Epstein comme un vendeur qui livre une commande. Dans la foulée, Binant l’invite à dîner chez lui, dans son appartement parisien.
C’est Caroline Lang qui entre dans le fonds. Pas en son nom : par un trust, The Pierre Trust40, créé le jour même et qui ne possède rien d'autre que la moitié de Prytanee. Elle en est la fondatrice et la seule bénéficiaire, ses 2 enfants après elle.
Création de Prytanee, LLC
Identité de The Pierre Trust
Dans le contrat signé le même jour, en face de son nom, à la colonne des apports : « n/a ». En face de la société d’Epstein, Southern Trust Company41 : « à déterminer ». Des 20M$ annoncés en janvier, il ne reste aucun chiffre : le fonds ne sera pas doté, il sera alimenté au fil des besoins, à la seule discrétion d’Epstein. Et le jour où il y aura de quoi partager, il reprendra d’abord sa mise.
À ce stade, le seul revenu certain prévu par les documents est celui de Binant : 25K$ par trimestre. En échange, c’est lui qui va acquérir les œuvres, mais il n'engage seul que jusqu'à 3K$. Au-delà, toute dépense exige l'accord d'Epstein, et pour une œuvre de plus de 10K$, l'approbation écrite de son avocat. Chaque mois, il devra en outre fournir un état des recettes et des dépenses. Tout ça pendant les 10 ans où le fonds est censé durer, sauf mort de l’un des deux associés.
Reste le compte en banque. Ce sera la Deutsche Bank Trust Company Americas, 345 Park Avenue, où Epstein a déplacé ses avoirs en 2013 quand JPMorgan l’a lâché42. Indyke résume le montage à la banque en une phrase :
« [Southern Trust Company] fournit les fonds et Mme Lang apporte le savoir et l’œil pour le potentiel et la valeur artistiques »
4 personnes auront la signature sur le compte : Epstein, Indyke, Lang, et donc Binant.
Ensuite tout va très vite. Deux jours après l’ouverture du compte, en janvier 2017, Grandin envoie une sélection d’œuvres à Epstein et Lang. En réponse, Indyke indique que le premier million de dollars a été transféré. Quelques semaines après, avant que la première œuvre soit achetée, Binant transfère 100K$ sur son compte personnel.
🌱Le Printemps des poètes
Chacun trouve donc son compte dans Prytanee. Sauf le fonds lui-même, qui n’achètera quasiment rien. Ce que Jack Lang reçoit à partir de 2017 ne prend jamais la forme d’un virement sur son compte : l’argent s’arrête toujours juste avant lui. Sur ce fonds, un seul homme encaisse directement, et ce n’est ni Epstein ni un Lang. C’est celui qui est passé entre les gouttes médiatiques.
Epstein, cette année-là, passe une bonne partie de son temps à Paris, dans son duplex du 22 avenue Foch, à 300 mètres de l’Étoile. Il voit les Lang plus souvent que jamais, ici comme à New York, et leurs demandes cessent d’être symboliques. Ça commence par un vol : au printemps 2017, la famille part pour Marrakech dans son avion. Au retour, Jack le remercie pour son amitié, son « incroyable avion » et son « extraordinaire générosité ».
Le 2 septembre, Jack a 78 ans, et c’est Binant qui invite Epstein à l’anniversaire, de la part de Jack et de Monique, en précisant que Jack a insisté personnellement. Le mardi suivant, ils dînent tous place des Vosges, avec Grandin. Le même mois, Lang réclame une voiture pour se rendre à une fête dans l’Oise. Et il sait ce qu’il fait :
Sauf qu'une voiture pour un soir ne suffit plus. Un chauffeur à demeure, c'est autre chose, et la présidence de l'IMA n'en donne pas : une réponse ministérielle de 2013 précisait qu'elle s'exerçait sans logement ni véhicule de fonction43. En décembre 2017, Epstein charge donc Binant d'en trouver un pour Jack. Binant connaît le marché : il travaille déjà avec plusieurs sociétés de transport parisiennes, dont le leader, Chabe, détenu par des amis à lui, que Jack connaît aussi.
Une équipe à demeure coûterait une fortune, alors Binant trouve mieux : un contrat à remises. Jack appelle la veille, un chauffeur se présente le lendemain matin, et il le garde jusqu'au soir. Une seule chose compte pour Epstein, et il la répète en mettant Jack et Caroline en copie : que Jack ne sache pas ce que ça coûte. « Il doit se sentir libre de s'en servir, c'est la clé. » Reste à le lui offrir sans le froisser, ce dont Binant se charge, et fin janvier la voiture roule.
« Je viens de signer les papiers pour l’avantage offert à Jack et Monique. Ils sont ravis et impatients de commencer. »
Trois mois plus tard, les factures arrivent chez Binant, qui demande à l'avocat d'Epstein vers quelle société les rediriger. Ce n'est donc pas Prytanee qui paie le chauffeur de Jack Lang. Et Binant n'entend pas le payer lui-même. Mais il s'occupe de tout.
Comme à l'été 2018, quand les Lang passent 5 jours à New York et ne s'occupent de rien. Binant s'occupe de tout, pour Jack, Monique et son compagnon Grandin. Les billets, les dates, les chambres dans un hôtel de SoHo. Alors même que Binant dirige par ailleurs à temps plein une entreprise de plusieurs dizaines de salariés, celle du 3e épisode à venir. Les quatre font au passage un crochet par Chicago où Epstein leur ouvre son réseau : Tom Pritzker, ancien président de l'Art Institute, se charge des musées et des restaurants. Binant remercie à chaque fois, poliment. « Pour Jack. »
S'ils sont là, c'est que la Comédie-Française emmène Les Damnés au Park Avenue Armory, sa première sortie de France avec ce spectacle, et que Binant a financé la tournée sur ses propres deniers, lui qui siège parmi les 6 ambassadeurs de la fondation de la maison. Le soir de la première, ils dînent tous les 4 chez Epstein avant d'aller à l'Armory. L'hôte les y rejoint, reste un acte avec les 2 places que Binant lui a fournies, et s'en va.
Et tout est bon pour solliciter l'argent d'Epstein. À la rentrée, un cinéaste veut faire un film sur le travail de Lang, il manque 150K€ : la contribution d'Epstein sera décisive. Comme en 2012 pour financer l'association de Jack, ou fin 2015 pour payer la réalisation d'un film sur Valérie. Cette fois, Gratitude America, sa fondation, vire 57'897$ à une association créée pour l'occasion, présidée par un ancien chef de cabinet de Lang, avec un ancien directeur de cabinet pour trésorier. À Tom Pritzker, qui s'étonne, Epstein résume l'opération : « Je contribue pour qu'il reste dans l'équipe. Ah, les Français ! » Le film à la gloire de l'ex-ministre, sobrement nommé Jack Lang, la traversée du siècle, se tourne à partir de mars 2019 et ne sortira jamais44. Officiellement pour un problème de réalisateur. Ensuite parce que le nom d'Epstein aurait été trop encombrant après son arrestation en juillet 2019. En réalité, Tracfin signale le virement au FinCEN en janvier 2020 et parle d'objectif « flou ». Ce qui compromet grandement la suite.
Virement de Gratitude America à l’association des Lang
Pour autant, l’investissement d’Epstein n’est pas à vide. Le 29 mars 2019, la Pyramide du Louvre a 30 ans. Et il est dans la cour. Trente ans plus tôt, jour pour jour, c’est Jack Lang qui l’inaugurait aux côtés de Mitterrand, en ministre de la Culture. Ce soir-là, le ministre s’appelle Franck Riester et c’est lui qui parle45. Lang, qui adore qu’on l’appelle « Monsieur le ministre », serre des pinces, raconte son histoire et ses anecdotes, et scrute du coin de l’œil si quelqu’un ne réclamerait pas un selfie.
Pour Epstein, ce retour d’ascenseur est de taille. Sur le retour, il raconte l’histoire à Steve Bannon, l’ex-proche conseiller de Donald Trump. Il lui explique qu’il était à l’Élysée, puis « à la Pyramide, avec tout le gouvernement ». Bannon : « Macron govt ?? » Epstein : « Yup. Les ministres de l’élite. ». 4H plus tard, il lui envoie la preuve en photo.
Alors c’est vrai, Lang n'a jamais pris l'argent. Mais il a pris ce que l'argent achète : un avion, un chauffeur, des dîners, un film sur lui. Epstein n'a pas pris d'argent non plus. Il a acheté la respectabilité qui lui manquant. Binant, lui, a pris un peu de tout ça. Et pour comprendre quoi, il faut monter chez lui, au quatrième gauche du 60 avenue Montaigne.
🏢 Les journées du patrimoine
Un samedi de l'été 2017, en début d'après-midi, Jeffrey Epstein se promène avenue Montaigne. Accompagné. Le milliardaire en vadrouille propose au gérant de son fonds d'art de le retrouver au Plaza Athénée, avenue Montaigne. Binant lui répond que chez lui, 35 numéros plus haut, c'est plus joli. Alors Epstein monte au quatrième gauche. Il connaît bien les lieux, pour avoir été plusieurs fois invité par Binant et Grandin.
Le 60 avenue Montaigne, où le couple vit depuis 18 mois, mériterait une newsletter à lui seul. Au bout de l'avenue, sur le rond-point des Champs-Élysées, c'est l'une des adresses les plus chères de Paris. Pour les milliers de passants qui longent la vitrine chaque jour, c'est surtout le flagship de Gucci. Le bâtiment, l'hôtel d'Hautpoul, appartient depuis 1910 à la famille La Bédoyère-Bucaille, et il est depuis des années au cœur d'une succession qui fait trembler l'aristocratie parisienne.
Alors c’est vrai, Gucci lâche 4,3M€ / an pour les 1’500 m² du showroom, 2,8K€/m²/an. C’est une jolie somme. Ça paraît beaucoup. Mais c’est la moitié moins qu’une adresse dans le Marais. Et sur la même avenue, Cartier paie 8K€/m²/an au 53, Saint Laurent 9K€ au 37, Valentino 15K€ au 35. Gucci paye donc 3x moins que le moins cher des baux.
La marque perd tellement d’argent qu’elle a finalement décidé de céder son bail46. Une aubaine pour les propriétaires qui vont donc pouvoir réévaluer le loyer… ou pas. Selon un proche de la famille Kering, propriétaire de Gucci, aurait par le passé fait plusieurs offres pour renouveler le bail qui finit fin 2026, à une époque où la marque n’était pas au bord du gouffre. Une proposition 10M€ aurait été refusée. Puis une autre à 7,7M€. La famille a préféré laisser courir le bail.
Parce que ce loyer bas n’est pas un accident, c’est un instrument : il fait baisser la valeur de l’immeuble, et cette valeur est précisément ce qui se dispute dans la succession, où le bâtiment vaut entre 20 et 500M€ selon qu’on le calcule sur les baux en cours ou sur ceux du marché.
C’est donc pour cet étrange bâtiment que que Binant et Grandin quittent leur appartement près de Beaubourg fin 2015. 300 m² « richement décorés » selon plusieurs personnes qui y ont été reçues. C’est là qu’ils dînent, et c’est là qu’un investisseur ou un client de conseil vient se faire impressionner.
Selon un membre de la famille propriétaire, c’est G., héritier lui aussi, qui les a installés dans l’immeuble où il vit avec son compagnon, un galeriste portugais, entre Paris et Londres. Le loyer serait autour 5’000€ par mois selon une amie proche du coupe à cette époque. Un membre de la famille propriétaire en confirme l’ordre de grandeur, sans donner de montant. 300 m² à l’angle du rond-point des Champs-Élysées, 16,7€/m²/mois : l’adresse la plus chère de la ville se loue dans le quart le moins cher de Paris, où les loyers passent sous 23,2€/m²/mois47.
Un agent immobilier spécialisé dans le luxe parisien situe un tel bien entre 30K€ et 50K€ par mois :
« Difficile de donner un prix exact sans avoir vu le bien. Mais il s’agit probablement d’un des logements les mieux situés, dans l’un des meilleurs numéros, de l’une des adresses les plus prestigieuses de la capitale. »
Pour l’ordre de grandeur, il cite un duplex de 200 m² affiché 50K€ place Vendôme et un plus petit avenue Kléber à 40K€. Les annonces de septembre 2026 lui donnent raison : 32K€ pour 240 m² place des Vosges, 50K€ pour 398 m² à deux pas de l’Étoile, 60K€ pour 650 m² dans le Triangle d’Or. De 88 à 254€/m²/mois, et aucun avenue Montaigne.
À l'intérieur, une partie du mobilier vient d'un marchand américain qui travaillait avec Andrée Putman, et il coûte plus cher que ce qu'un salaire de décorateur permet d'acheter selon un spécialiste du secteur qui connait les revenus de Grandin à l’époque. Et pour comprendre comment ces pièces sont arrivées au quatrième gauche, il faut suivre Sébastien Grandin.
Grandin entre au studio Andrée Putman en 2004, comme assistant personnel de la fondatrice48. Un an plus tard, l’Opéra de Paris veut confier la scénographie d’une grande soirée au studio, et c’est lui qui fait le lien. Andrée Putman n’a pas d’idée pour cette soirée, alors elle passe la main à sa fille Olivia, paysagiste à l’époque, qui installe des arbres dans tout l’Opéra. C’est là qu’elle croise Étienne Binant pour la première fois. Olivia prend la direction artistique du studio en 2007, quand la santé de sa mère se dégrade49. Et c’est sur Grandin qu’elle s’appuie jusqu’à la mort d’Andrée Putman, en janvier 2013. Grandin devient directeur exécutif 6 mois plus tard.
Le 60 Montaigne et les meubles ne sont pas une exception. C'est seulement l'endroit où leur train de vie se voit le mieux. Un soir, Grandin fête son anniversaire au Cheval Blanc, l'hôtel ouvert par LVMH dans l'ancienne Samaritaine. Salle à manger privée. Une vingtaine d'invités. Open bar pendant 4 heures. Le chef qui passe à table, et qui salue le couple parce qu'il le connaît. En bas, un taxi attend avec 300€ au compteur. Tout le monde est heureux. Mais plusieurs proches s'interrogent sur cette débauche financière.
D'autant qu'en plus des soirées qu'ils organisent, le couple finance massivement des institutions culturelles. Au point d'être parmi les plus importants donateurs de Paris, selon une célèbre mécène qui les a souvent côtoyés et qui tient à rester anonyme.
« Le petit couple amusait beaucoup. Parce qu'ils étaient sympathiques, charmants et qu'ils présentaient bien. D'autant plus qu'Étienne est un fin connaisseur de l'opéra, qu'il peut en parler des heures. Il adore ça. […] J'ai parfois entendu d'autres mécènes questionner leur fortune, surtout quand sa [medtech] a commencé à vaciller. »
Elle marque une pause.
« Mais vous savez, parfois on évite de poser les questions auxquelles on ne veut pas de réponse. »
Le mécénat leur donne un rang, et ça se joue d'abord à New York. Treize jours après la visite d'Epstein avenue Montaigne, Binant déjeune au consulat de France avec les American Friends of the Paris Opera & Ballet, pour la venue du Ballet au Lincoln Center, et il pose sur la photo avec Jean-Yves Kaced, le directeur du mécénat de l'Opéra50. Juste à côté de la table d'Anne-Claire Legendre, alors consule générale de France à New York, qui succédera à Jack Lang à la présidence de l'IMA en février 2026.
Deux mois plus tard, au gala d’ouverture de la saison de danse au Palais Garnier, c’est Grandin qui pose, avec Mathieu Gallet, le PDG de Radio France51, un homme que Binant retrouvera dans une société commune.
Au Louvre, le couple entre au Cercle des mécènes en 2018 et y est encore en 2019, entre les Guerlain et les Seillière.
Rapport annuel 2018 du Louvre
Rapport annuel 2019 du Louvre
À l'IMA, l'institution que préside Jack Lang, Binant est « donateur particulier » de Cités millénaires, l'exposition phare de 2018, puis de ses tournées à Riyad et à Bonn, sur une ligne où figurent le milliardaire Naguib Sawiris, ancien patron d'Orascom, le premier opérateur téléphonique égyptien, Wafic Saïd, milliardaire lui aussi, connu pour avoir facilité les accords d'Al-Yamamah et pour posséder l'une des plus belles collections impressionnistes au monde, et Georges Antaki, philanthrope libanais héritier d'une des familles les plus connues d'Alep, qui détient une collection de manuscrits anciens.
Catalogue de Cités millénaires de l’IMA
À l'Opéra, ils sont partenaires de la soirée Don Giovanni du 19 juin 2019, 17 jours avant l'arrestation d'Epstein. Ils y resteront, de « Grands philanthropes » du Fonds de dotation à « Ambassadeurs », sans jamais quitter la liste des grands donateurs.
Programme 2019
Saison 2020-2021
Saison 2021-2022
Saison 2022-2023
Soutien exceptionnel 2023
Saison 2024-2025
Surprise néanmoins. Parce que durant cette enquête, l’Opéra de Paris a été contacté à de très nombreuses reprises, sans que l’institution ne réagisse. Mais quelques semaines avant cette publication, le nom d’Étienne Binant a subitement disparu du site internet, laissant Sébastien Grandin seul donateur de tous les financements
En 2026
Le problème, c'est qu'une partie de ce que finance le couple ne provient pas de leurs deniers personnels. À plusieurs reprises, les entreprises où passe Binant financent des soirées ou des événements, notamment à l'Opéra de Paris. Et aussi des dons, aujourd'hui contestés.
Entre 2017 et 2018, alors que sa medtech le rémunère 500K€ comme directeur général, Binant organise plusieurs événements dont il affirmera par la suite qu'ils ont contribué à l'image de la société. Cette argumentation sera remise en cause par la DGFiP lors d'un contrôle fiscal, puis par le liquidateur judiciaire, comme nous l'expliquerons longuement dans le 3e volet.
Ces dons ont continué pendant des années, alors que Binant recevait des sommes très importantes du fonds d’Epstein. Et jusqu’à récemment : l’avocat d’une medtech où Binant a tenté de s’imposer ces derniers mois a confirmé à Zero Bullshit qu’il allait déposer plainte après un virement de 14K€ à l’Opéra de Paris.
Sollicité à de nombreuses reprises, l’Opéra de Paris s’en est tenu à une seule réponse, malgré les relances :
« Nous tenons à rectifier d’ores et déjà qu’il ne s’agit pas des premiers mécènes / donateurs de l’Opéra de Paris. »
C’est bien noté.
Contactés et relancés à plusieurs reprises, Le Louvre et l’IMA n’ont jamais répondu.
Le ministère de la culture, la ministre Catherine Pégard ainsi que son cabinet sont également restés silencieux malgré plusieurs sollicitations.
🤌Prix unique
Une fois le trust créé, Binant insiste à plusieurs reprises pour avoir les accès du compte de Prytanee. En février 2017, il est à Los Angeles, il demande à Epstein et à Indyke si le compte est bien ouvert, et comment il accède à la banque en ligne. Il a déjà ses artistes : pas de foire, pas de salle des ventes, des gens dont il connaît l'atelier et la maison, dont certains ont dîné ou dormi chez eux, et qu'il faut aller voir à Los Angeles ou à Berlin. Epstein approuve. Enfin, Epstein s'en fout, surtout.
Mais Indyke propose l'inverse. Le premier million est déjà viré sur le compte, et il préférerait que son bureau prépare les chèques et fasse les virements à la demande, pièce justificative à l'appui, pour que la comptabilité se fasse en même temps. Soit exactement ce que prévoit le contrat. Mais Binant préfère imposer son propre mode opératoire. Et il finit par obtenir gain de cause. De quoi faire le premier virement de 100K$ vers l'Interaudi Bank, à New York, sur un compte à son nom. Soit la totalité de ses honoraires sur une année.
Déclaration des gérants et bénéficiaires du compte de Prytanee à la Deutsche Bank
Une semaine plus tard, Prytanee achète ses seules œuvres. Ça tient en 3 jours et une douzaine de virements, vers un artiste de Los Angeles, Cali Thornhill DeWitt, et 2 galeries, la V1 Gallery à Copenhague et la VNH Gallery, rue Vieille-du-Temple. Les pièces vont de 900$ à 9'600$. Total net : 101'518$, soit 5% de ce qu'Epstein a mis.
C’est toute l’activité artistique de Prytanee, du premier jour… au dernier.
Virements vers les galeries depuis le compte de Prytanee
Ensuite, plus rien pendant 2 ans. Le compte ne sert plus qu'à payer Binant. L'un des virements tombe deux jours après la visite d'Epstein avenue Montaigne. Fin 2017, 700K$ sont partis chez lui, 100K$ chez les artistes, et il reste 198K$. Le compte dort 3 mois, puis Binant réclame une rallonge de 200K$ à Epstein, le 6 mars 2018 : il ne peut plus acheter, et pour le convaincre, il invoque Jack. Selon lui, le président de l'IMA prépare la foire d'art de Dubaï, lui envoie des spécialistes de l'art du Moyen-Orient et d'Afrique, et s'impatiente que rien ne vienne. Le lendemain, 400K$ arrivent de Southern Trust, soit le double de ce qu'il demandait. 200K$ repartent chez lui le jour même. En janvier 2019, même mécanique : 500K$ entrent, 100K$ sortent dans la journée.
Aucune œuvre ne sera achetée avec ce compte. Et selon un proche du clan Lang, aucune autre œuvre ne sera jamais achetée après la dizaine de mars 2017.
Compilation de tous les virements vers le compte personnel de Binant
Au total, 1,4M$ sur un compte personnel, en 25 mois. Le contrat prévoit 25K$ par trimestre pour le gérant, 9 trimestres entre février 2017 et mars 2019, 225K$ au maximum. La différence fait 1,175M$. Alors même que le contrat lui garantissait déjà une prébende, 10% des actifs sous gestion, quand des frais de gestion de plus de 3 ou 4% feraient bondir n'importe quel investisseur.
Pourquoi personne n’a rien dit ? Probablement pour les raisons longuement expliquées avant.
Les Lang n’ont jamais eu besoin ni de cet argent, ni du fonds ;
Epstein lui, achetait autre chose.
Alors personne n’a demandé de comptes. Cela dit, il reste un dernier mystère. Le dernier virement part fin mars 2019, Epstein n’est arrêté qu’en juillet, et pendant tout ce temps, 397’882$ restent sagement sur le compte. Sans que personne n’y touche.
Eh bien la raison est peut-être liée à celui qui sonne au quatrième étage, douze jours après ce dernier virement : le fisc. Pour des raisons qui seront dévoilées dans le 3e épisode, Binant est dans le collimateur de l’administration fiscale. Et pas que. Malgré ses revenus élevés, la DGFiP trouve que son train de vie n’est pas cohérent. Pendant le contrôle, elle s’intéresse notamment à deux sociétés.
La première avait fuité parmi les 130’000 comptes offshore dévoilés par les Offshore Leaks en avril 2013. La fille de l’ex-président philippin, la famille du président azerbaïdjanais et quelques dignitaires de Gazprom y sont cités, mais l’affaire fait peu de bruit en France. Trois ans plus tard, les Panama Papers font l’effet d’une bombe, et cette fois ce sont des centaines de milliers de contribuables occidentaux qui sont sortis du bois, jusqu’à l’ex-premier ministre islandais. C’est comme ça que l’administration découvre qu’Étienne Binant détient un compte lié à une société immatriculée aux îles Vierges britanniques depuis 2004, Win-Win Consumer Rating, Ltd. Il déclarait alors habiter un condo de luxe de Manhattan donnant sur l’Hudson, qui portait encore le nom de Trump Place. Il a 26 ans. Nous sommes presque 10 ans avant qu’il ne commence à lever des fonds via Globe, la société de Grandin.
Interrogé sur la structuration, un fiscaliste franco-suisse explique :
« À la création, ce genre de société coûtait autour de 3 à 5K$. Souvent pareil pour la gestion annuelle, le nominee director, le nominee shareholder, la banque, etc. »
Pourquoi faire ?
« Difficile à dire sans connaître le profil de la personne. Généralement, c'est plutôt pour détenir des actifs, profiter d'une fiscalité légère, en toute confidentialité. Ce qui n'est pas illégal. Ce qui l'est, c'est de ne pas la déclarer, et l'obligation existait déjà depuis plusieurs années à l'époque, avec le 123 bis du CGI52, qui permet de taxer depuis la France les revenus logés dans ce genre d'entité. »
Et de conclure, pour la question que tout le monde se pose :
« Il n'y a pas de minimum pour créer ce type de structure. Mais en dessous de quelques centaines de milliers d'euros, ça devient vite très coûteux, à plus de 2 ou 3% par an. »
L'autre société qui intéresse le fisc, c'est évidemment Prytanee. Binant réclame à l'avocat d'Epstein le certificat d'immatriculation et tout un tas de papiers montrant qu'il n'est « ni actionnaire, ni propriétaire, ni contrôleur, directement ou indirectement », pour éviter que le fisc croie qu'il manipule des montants non déclarés.
Epstein est furieux. Caroline lui avait déjà fait part de la situation, mais sans réponse, Binant a contacté Indyke en le mettant en copie, alors qu'Epstein avait donné pour consigne que les avocats se parlent entre eux. Probablement parce qu'il a compris le problème. Son argent doit servir à acheter sa tranquillité. Pas l'inverse.
Ce que Binant veut démontrer au fisc, c’est qu’il n’est pas bénéficiaire effectif de Prytanee. Sur le papier, c’est vrai : les deux associés sont les trusts d’Epstein et de Lang, lui n’est que gérant. Mais dans les faits, il contrôle la société, puisque les deux trustees ne s’y intéressent pas, qu’il n’a jamais envoyé le moindre rapport de gestion, et qu’il a viré 1,4M$, soit la quasi-totalité des avoirs, sur un compte à son nom.
L’homme qui signe seul, qui gère seul et qui vient d’encaisser 1,4M$ de ce compte demande un papier disant qu’il ne contrôle rien.
Selon plusieurs témoins, Epstein aurait alors décidé de stopper net le « Jacques Project » et de couper les ponts avec Binant, devenu encombrant et inutile.
Caroline, elle, restera dans l’entourage d’Epstein jusqu’au bout. Six semaines avant son arrestation à l’aéroport de Teterboro, elle lui demande une voiture pour venir la récupérer à JFK, comme un service normal.
À la même période, les 397’882$ qui restent sur le compte repartent vers Southern Trust Company, au centime près, jusqu’aux 45 cents d’intérêts résiduels. Caroline Lang détient toujours la moitié de Prytanee. 50% d’un actif qui se résume désormais à 100K$ d’œuvres et 0$ de trésorerie.
Quant à l’argent, il ne part plus à la Deutsche Bank, où Epstein a logé l’essentiel de ses avoirs, mais à la FirstBank Puerto Rico.
Et ce n’est pas un hasard.
🖼️L’exception culturelle
Pour comprendre pourquoi les fonds quittent la Deutsche Bank, il faut remonter quelques mois en arrière. Stewart Oldfield, le banquier personnel d’Epstein, appelle Indyke pour lui annoncer que son employeur a décidé de mettre fin à leur relation. Sans donner plus de détails. Epstein est à l’étranger, il ne rentre à New York qu’à la mi-décembre. La réunion se tient donc quelques jours plus tard, avec Epstein, Oldfield, Indyke et Kahn, le comptable de longue date du milliardaire. Oldfield est gêné, mais il doit expliquer qu’en ce 21 décembre 2018, tous les comptes, personnels et des sociétés, doivent être clos. Sous deux mois. Indyke comprend. Epstein ne tombe pas des nues. Depuis des mois il savaient que la DB voulait se séparer de lui. Mais c’est acté.
Quand le compte de Prytanee est ouvert début 2017, personne ne pose de question. Ou personne ne veut en poser. Ce qui permet à Binant d’avoir rapidement ses accès. Mais tout va basculer 18 mois plus tard… à Bombay.
V. est analyste pour la banque allemande depuis 8 mois. Après un passage à la comptabilité d’un géant mondial de la plomberie, qui externalise ses ressources en Inde, il a passé 6 ans chez SS&C, un des leaders des logiciels pour la finance, coté au Nasdaq. Arrivé initialement pour des opérations comptables, il migre rapidement vers la conformité, où il traite des dossiers d’AML et de KYC. C’est précisément pour ce rôle qu’il est recruté en octobre 2017 à la DB.
Au printemps 2018, c’est lui qui est chargé de la revue de routine de Prytanee, comme toutes les institutions financières sérieuses en pratiquent. La première chose qu’il voit, c’est que le dossier a été approuvé par la conformité la veille du premier virement vers le compte de Binant, et que les diligences semblent avoir été très rapides.
Alors il fait son travail. Et ça sonne dans tous les sens.
Loin de Paris, il ne sait évidemment pas qui est Jack Lang, et encore moins sa fille. Mais après quelques secondes sur Google, il s’étonne d’une chose : ce qu’il trouve ne correspond pas au KYC. La Caroline Lang française travaille à Paris pour Warner, quand celle qu’il a sous les yeux dirige Sotheby’s.
KYC de Caroline Lang
Le problème est double.
Il existe bien une Caroline Lang qui dirige Sotheby’s, d’un âge comparable, mais elle est domiciliée en Suisse. Pas en France. Et elle ne correspond pas à l’autre mention du dossier, celle d’une Lang chez Warner. En réalité, quelqu’un a fabriqué une biographie fictive pour concilier ce que Caroline avait déclaré et ce qu’on avait trouvé sur internet. Ça n’a aucun sens. Les deux existent bien. Mais personne ne l’avait vérifié avant V.
KYC de Caroline Lang
Mais surtout, la Caroline Lang qu’il trouve est une personne politiquement exposée, en tant que fille de Jack Lang. Ce qui n’a jamais été déclaré et qui peut valoir une sanction à la banque.
Et voilà comment Epstein, Lang et Binant se sont retrouvés classés à risque « modéré » par la conformité à l’ouverture.
V. ne s’arrête pas là. Il tape aussi le nom de Binant, sur lequel les bases de la banque n’avaient rien trouvé. En quelques secondes, il tombe sur sa fiche à l’ICIJ, issue des Offshore Leaks, avec sa société des îles Vierges. Il l’ajoute au dossier.
Puis vient Epstein : plusieurs articles sur sa condamnation de 2008, et une plainte récente. Il les ajoute aussi, avec une note indiquant que les pièces d’identité des avocats et de Caroline Lang sont périmées.
V. écrit une courte note pour dire que le risque est désormais élevé, et l’envoie à Oldfield, qui se contente d’un lapidaire :
« No material changes. »
V. insiste.
Sans succès. Oldfield a déjà essuyé plusieurs interrogatoires de la conformité, de ses collègues et de quelques supérieurs. Mais les avoirs d’Epstein pèsent, et il en tire des bonus substantiels. Au point d’avoir défendu le dossier en 2015 devant la conformité. Alors il répète.
« We’ve taken Epstein through high risk review on a regular basis, so there shouldn’t be new news there. »
La relation ne change pas. Les comptes restent ouverts. La fiche de Caroline Lang n’est même pas corrigée.
Pourtant, V. continue son travail. Il inscrit la condamnation au dossier. Il réclame à plusieurs reprises le certificat d’immatriculation de Prytanee, titulaire du compte, qu’il n’obtiendra jamais. Malgré ses signalements, Oldfield et son supérieur valident le dossier en juin. Puis en septembre, la conformité lui répond qu’il n’y a pas lieu de faire remonter le dossier. Pendant ce temps, les virements continuent vers l’Interaudi.
Les alertes de V. ne restent pourtant pas lettre morte. Au middle office, plusieurs personnes militent pour que la banque coupe toute relation. Alors tout le monde creuse. Et certains demandent à Bombay des vérifications. Durant l’été plusieurs KYC sur d’autres entités sont refusés suite à d’étranges liens, et des gérants qui ressemblent à des hommes de paille. Les vérifications montrent des failles énormes, des signataires dont il manque des documents, des pièces perdues, des documents jamais signés. Mais Oldfield évacue tout.
« On a déjà répondu à beaucoup de ça. Envoyez-moi seulement les points en suspens, dans un seul mail. »
Pendant 6 semaines, les équipes réclament les pièces manquantes, et Kimberly Hart, directrice du contrôle de la banque privée Amériques, veut comprendre ce qu'Epstein venait faire dans la pyramide de Ponzi de Steven Hoffenberg. Rien n'y fait. Oldfield est en formation commerciale, puis il finit par répondre : il a parlé à l'avocat d'Epstein, la plainte est fantaisiste, Hoffenberg est un escroc instable, et pour le reste, il suffit de googler son nom. Le 13 novembre, Andrew Gallivan, qui dirige la banque privée de New York et dont Oldfield dépend directement, approuve la poursuite de la relation. Le lendemain, Hart écrit à la conformité qu'elle ne voit rien de nouveau dont le risque n'ait déjà été accepté, et qu'on peut avancer sur la base de la validation précédente. Bombay soumet ses dossiers dans la foulée.
Une seule question reste ouverte, et elle ne vient pas de la conformité : le patron des opérations de la banque privée veut zéro dossier haut risque en retard à la fin de l'année, et les clients qui n'auront pas fourni leurs pièces au 15 novembre recevront une lettre de sortie. Un seul nom figure sur la liste d'Oldfield : Gratitude America, la fondateur qui a notamment financé les Lang. Mais Oldfield règle rapidement le problème et tente de passer le dossier en force.
Hart refuse. Elle veut d'abord savoir qui sont les bénéficiaires de ce trust, et ce qu'ils font pour Jeffrey Epstein. Personne n'avait encore posé la question.
Mais ce qui va obliger la banque à réagir et qui va remonter jusqu’au dernier étage, c'est l'enquête de Julie Brown, publiée le 28 novembre 2018 dans le Miami Herald : 80 victimes identifiées, et l'accord de non-poursuite négocié en 2008 que V. avait justement fait ajouter au dossier. Au même moment, Virginia Giuffre raconte publiquement comment elle a été livrée, mineure, aux amis d'Epstein.
Malgré cela, Oldfield s’obstine. Et face au refus de Hart d’ouvrir un nouveau compte, elle convoque une réunion, met la direction et en copie et ajoute l’enquête de Brown, et un article du Daily Mail daté de 2016 qui parle d’un défilé de mannequins au manoir d’Epstein. Plusieurs des participants sont bénéficiaires du trust pour lequel Oldfield insiste pour ouvrir un compte.
KYC de Epstein
Deux jours plus tard à la première heure, Hart défend son opinion devant les patrons de la banque privée. Oldfield se contentera de deux chiffres.
200M$ d’avoirs ;
1,3M$ de revenus nets / an.
Oldfield perd la bataille. Et la guerre. Mais il sait surtout qu’il va perdre son poste. Quelques jours plus tard, c’est lui qui informe V. :
« Inutile de continuer la moindre remédiation. »
L’analyse met aussitôt le dossier à jour. 7 mois après ses alertes, son travail est terminé.
Et voila comment Oldfield en vient à appeler les avocats d’Epstein, puis Epstein lui même, pour leur laisser deux mois. Pour Prytanee. Mais pour les dizaines d’autres comptes également.
Les transferts et les fermetures vont durer pendant des mois. Des mois pendant lesquels Binant continuera ses prélèvements, pendant lesquels Epstein continuera à utiliser ses comptes jusqu’à un virement de 50K$ plus de 6 mois après. Alors même que la carte d’identité est périmée de 2015. Alors que le fisc est déjà chez Binant.
Quand l’annonce de l’arrestation d’Epstein tombe, la direction de la DB s’assure auprès d’Oldfield que tout est bien clôturé. Toujours part. C’est Hart qui bat le rappel.
« URGENT !!! Need to close accounts ASAP »
Il reste encore 33,77$.
Audit de la DB.
Binant apparait comme ayant reçu 3 fois plus de d’argent que l’avocat personnel d’Epstein.
🌟Épilogue
Le 16 février 2026, l’IMA organise une cérémonie d’adieu pour son personnel. Jack Lang part, à 86 ans, après 13 ans de présidence. Contrairement à nombre de soirées de l’IMA ou d’événements des Lang, Binant et Grandin n’y sont pas. Ils n’ont pas été conviés, répudiés par le clan après la chute de Prytanee.
Si l’histoire s’arrête là pour les Lang, et pour la plupart des protagonistes dont les noms s’échapperont des Epstein Files, le couple, lui, continue sa route. Comme il l’a toujours fait.
Pendant des années, ils se sont prévalus de la proximité des Lang. Et d’autres. Là où l’argent leur ouvrait des portes mondaines, les Lang leur ont offert une aura inespérée, qui leur a permis de rencontrer des énarques, des responsables politiques, des dirigeants, des artistes. Tout un réseau qu’ils ont activé. Qu’ils continuent encore aujourd’hui d’activer. Et qui sera le sujet des prochains épisodes.
Tous les comptes d’Epstein, eux, ont été clôturés et ajoutés à sa succession, permettant la création d’un fonds d’indemnisation ouvert en 2020, doté de plus de 120M$. Plus de 130 femmes en ont bénéficié à ce jour.
Sur les 1,9M$ qu’Epstein a versés à Prytanee, seuls 397’882$ ont été versés dans le fonds.
1,4M$ étaient déjà partis.
L’État de New York infligera 150M$ de pénalité à la Deutsche Bank au titre de sa relation avec Epstein, notamment pour avoir laissé passer des paiements à des femmes et à des avocats sans poser de questions.
La banque versera aussi 75M$ aux victimes.Stewart Oldfield a été licencié par la Deutsche Bank pour un « manque de diligence ». Il a ensuite pris la tête d’un family office qui l’a éfgalemebt licencié après la publication de Epstein Files.
Kimberly Hart avait fait toute sa carrière dans le groupe depuis 1990 est partie en 2021 et conseille aujourd’hui des banques sur leur conformité.
V. travaille toujours à Bombay pour la Deutsche Bank. Il est devenu une petite célébrité pour tout le middle office de la banque.
Darren Indyke et Richard Kahn sont devenus les exécuteurs de la succession, en vertu d’un testament signé deux jours avant la mort d’Epstein. Ils sont poursuivis par les îles Vierges américaines comme « capitaines » de son entreprise criminelle et par plusieurs victimes.
M. vit désormais en Roumanie, où elle gère une ravissante maison d’hôtes.
Caroline Lang s’est retirée de tous ses mandats depuis les révélations.
Jack Lang a démissionné de l’IMA sous la pression médiatique et politique, et vit du cumul de ses retraites publiques. Il reste actif dans la vie publique et envoie régulièrement des communiqués de presse.
Le PNF a ouvert enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant Caroline et Jack Lang.
Olivia Putman a vendu le studio Putman début 2025.
Sébastien Grandin a quitté le studio Putman en janvier 2019 pour se lancer dans le conseil aux côtés de son compagnon.
Étienne Binant s’est spécialisé dans les medtechs. Il est toujours investisseur et dirigeant actif. Les deux hommes sont toujours locataires du 60 avenue Montaigne, immeuble dont la succession n’est pas close.
Contactés, Caroline Lang et Jack Lang n'ont pas répondu à nos e-mails.
Les informations publiées dans cette enquête ne constitue en rien des preuves d’un quelconque délit, ni même une accusation à l’encontre d’Étienne Binant ou de Sébastien Grandin, qui ne sont, à notre connaissance, visés par aucune autre plainte, enquête ou information judiciaire autre(s) que celle(s) décrite(s) dans publication et les suivantes.
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Ancien procureur fédéral à Manhattan, numéro deux du ministère de la Justice depuis mars 2025. Procureur général par intérim après le limogeage de Pam Bondi le 2 avril 2026, confirmé par le Sénat à 50 voix contre 49 en août 2026.
Department of Justice Publishes 3.5 Million Responsive Pages in Compliance with the Epstein Files Transparency Act, Department of Justice, 30 janvier 2026
Loi signée par Donald Trump le 19 novembre 2025, votée 427 voix contre 1 à la Chambre des représentants. Elle donnait 30 jours au ministère de la Justice pour tout publier. Il en a pris 72.
Compagne puis rabatteuse d'Epstein, condamnée en 2021 à 20 ans de prison pour trafic sexuel. Fille de Robert Maxwell, chez qui Caroline Lang a commencé sa carrière en 1990, à Londres puis à New York, à l'âge de Ghislaine.
Ghislaine Maxwell interviewed again by deputy US attorney general, Lucy Campbell, The Guardian, 25 juillet 2025.
Todd Blanche, Trump's former personal lawyer, sworn in as U.S. attorney general, UPI, 10 août 2026.
Affaire Epstein : Jack Lang démissionne de l'Institut du monde arabe, AFP via Centre Presse Aveyron et Midi Libre, 8 février 2026
Cette vidéo de Jack Lang agressé à Paris est ancienne et n'a aucun rapport avec les Epstein Files, AFP Factuel, 11 février 2026.
Sexus politicus, Christophe Deloire et Christophe Dubois, Albin Michel, 2006
Accusations de pédophilie lancées par Luc Ferry : enquête classée sans suite, franceinfo, décembre 2012.
Pédophilie à Marrakech : l'enquête impossible, VSD n° 1857, 27 mars 2013.
Cette vidéo de Jack Lang agressé à Paris est ancienne et n'a aucun rapport avec les Epstein Files, AFP Factuel, 11 février 2026
Jack Lang : un homme jugé pour l'agression du président de l'Institut du monde arabe lors d'un rassemblement contre la pédocriminalité, Khalil Rajehi, CNews, 18 juillet 2025
Les intenses liens financiers de Jeffrey Epstein avec la famille Lang, Mediapart, 2 février 2026
Comment l'affaire Epstein a provoqué la démission de Jack Lang, Le Nouvel Obs, 9 février 2026
Syndicat des producteurs indépendants
Scandale Epstein : Caroline Lang quitte Le Refuge, la fondation LGBT secouée, Lesbia Magazine, 9 février 2026.
Affaire Epstein : quels sont les liens entre Jack Lang et le financier pédocriminel ?, Lepetitjournal, 16 février 2026.
Affaire Epstein : Jack Lang « propose » sa démission de l'Institut du monde arabe, Euronews, 8 février 2026.
Affaire Epstein : Jack Lang démissionne de l'Institut du monde arabe, AFP via Centre Presse Aveyron et Midi Libre, 8 février 2026
Institut du monde arabe. Fondation de droit privé reconnue d'utilité publique, créée en 1980 par la France et 22 États arabes. Les États arabes devaient couvrir 40% du budget et ne versent plus rien.
Réponse à la question écrite n° 17165 sur la présidence de l'Institut du monde arabe, Assemblée nationale, ministère des Affaires étrangères, 2013
L'Institut du monde arabe, observations définitives S2024-1394, Cour des comptes, 9 décembre 2024
Parquet national financier
Fraude fiscale aggravée par l'usage de comptes ou de structures détenus à l'étranger, et blanchiment du produit de cette fraude. C'est une compétence du PNF.
French prosecutors widen Epstein probe with raid on Jack Lang's former institute, Etienne Paponaud, Euronews, 16 février 2026
Epstein files : le parquet financier enquête sur Jack Lang et sa fille, Elisabeth Fleury, L'Humanité
L'Institut du monde arabe, observations définitives S2024-1394, Cour des comptes, 9 décembre 2024
Réponse à la question écrite n° 17165 sur la présidence de l'Institut du monde arabe, Assemblée nationale, ministère des Affaires étrangères, 2013
Epstein files : le parquet financier enquête sur Jack Lang et sa fille, Elisabeth Fleury, L'Humanité, 7 février 2026.
Affaire Epstein : « Les accusations portées à mon encontre sont infondées », indique Jack Lang, L'Avenir (AFP), 7 février 2026
Affaire Epstein : malgré leurs maladroites dénégations, Jack et Caroline Lang s'avancent vers un maelstrom judiciaire, Jeanne Durieux et Paule Gonzalès, Le Figaro
La troublante intimité du clan Lang avec Jeffrey Epstein, Raphaëlle Bacqué et Ivanne Trippenbach, Le Monde, 25 février 2026
Affaire Epstein : enquête sur la mystérieuse société offshore qui a fait chuter Jack Lang, Laurent Léger, Libération, 8 février 2026
« Dis-moi si ça te va, big kiss » : entre Caroline Lang et Jeffrey Epstein, une intense et troublante correspondance, Léna Lutaud, Le Figaro, 18 février 2026
Cercle privé du faubourg Saint-Honoré, à deux pas de l'Élysée, avec jardin et piscine. Adhésion par parrainage et cooptation.
Agence de design fondée par Andrée Putman en 1978, reprise par sa fille Olivia à sa mort en janvier 2013
Ancien Premier ministre norvégien. A d'abord nié devant le comité avoir rencontré Epstein, avant de confirmer en 2020 l'avoir reçu avec Bill Gates le 27 mars 2013. Visé depuis février 2026 par une enquête de la police norvégienne pour corruption aggravée, en lien avec Epstein.
Plaider-coupable de juin 2008 en Floride, sollicitation d'une mineure, 13 mois de prison de comté sous un régime de semi-liberté qui l'autorisait à sortir travailler 6 jours sur 7, et inscription au fichier des délinquants sexuels.
Trust révocable de droit des îles Vierges américaines, créé le 21 novembre 2016. La constituante garde tout : le droit de modifier, de révoquer, de reprendre les actifs. Caroline Lang y est à la fois constituante, trustee et bénéficiaire. Un successeur trustee est désigné dans l'acte.
Société d'Epstein aux îles Vierges américaines, anciennement Financial Informatics, Inc., dont il est l'unique actionnaire, avec Darren Indyke et Richard Kahn au conseil. C'est elle qui détient la moitié de Prytanee et qui a versé tout l'argent.
Consent Order under New York Banking Law §§ 39 and 44, New York State Department of Financial Services
Réponse du ministère des Affaires étrangères à la question écrite n° 17165 de Marc Le Fur sur la présidence de l'Institut du monde arabe, Assemblée nationale, 14e législature, 2013
Jack Lang renonce à un film à sa gloire cofinancé par Jeffrey Epstein, Le JDD, 3 septembre 2025.
Discours de Franck Riester prononcé à l'occasion des 30 ans de la Pyramide du Louvre, ministère de la Culture, 29 mars 2019.
Gucci va quitter son historique flagship du 60 Montaigne, Jérémy Guiraud, CFNEWS IMMO, 23 juin 2026
Niveau des loyers, Paris intra-muros, Observatoires des loyers ».
Profil LinkedIn de Sébastien Grandin, consulté le 3 septembre 2026, supprimé depuis
Andrée Putman, la fondatrice, Studio Andrée Putman
American Friends of the Paris Opera & Ballet Luncheon in honor of the Paris Opera Ballet's performance at the Lincoln Center Festival, Getty Images, événement 700071380, New York, 21 juillet 2017
CEO of Radio France Mathieu Gallet and Sebastien Grandin attend the Opening Season Gala, Ballet of Opera National de Paris, Palais Garnier, photographie de Bertrand Rindoff Petroff, Getty Images n° 851074582, Paris, 21 septembre 2017.
Code général des impôts













































