💥Arthur : "Les spectateurs de M6 c'est d'la merde"
L'étrange phrase du producteur de Qui veut être mon associé ?
Bonjour,
Et désolé d’être moins présent. J’avais raconté il y a quelques semaines le lancement de Meelton pour regrouper mes newsletters, et il y a pris plus de temps que prévu, entre le développement de l’outil (de la tech, comme on dit dans les decks), la migration des newsletters hors de Substack (Zero Bullshit est la dernière) et le lancement de Meelton Studio, où on vous propose de lancer votre média newsletter clé en main (prod, acquisition, leads, envoi etc.) et donc répliquer le modèle qu’on a déjà fait 18 fois (déjà). Mais bon, trève de racontage de vie (et d’autopromo, faut bien l’avouer).
M6 a une longue histoire avec les produits financiers. Bricks a explosé après un passage dans Capital en 2022. Le site était inaccessible le soir de l’émission, tellement il y avait de connexions. L’AMF a fini par radier la plateforme de l’ORIAS pour encaissement de fonds non autorisé. Il y a quelques temps, la chaîne avait lancé Capital Épargne avec Julien Courbet, du lundi au vendredi à 20h20 : un programme court d’éducation financière sponsorisé par Trade Republic. Et depuis 2020, il y a QVEMA, la star des audiences des Echos et de Madyness, à défaut d’en faire vraiment sur M6.
De l’autre côté du spectre bullshitique, on a les formateurs. Willy Denzel et ses clones : ils ont vendu du dropshipping, puis de l’immo, puis du marketing digital, puis des SaaS. Certains sont passés par les NFT. L’IA est arrivée. La promesse ne change pas. Le produit tourne. Des gens continuent de perdre 4’000 balles dans des formations filmées dans des Airbnb à Dubaï avec vue sur le Burj Khalifa.
C’est dans ce contexte qu’Arthur, producteur de QVEMA, a décidé de réussir le pire des deux mondes, et d’annoncer officiellement ce que j’avais annoncé pas officiellement 4 mois avant : Amplify.
Et qui, comme par hasard et c’est le cas à chacun de mes éditos, est le sujet de ma newsletter du jour.
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📺 Dans le poste
Avant la télé, il y a la radio. En 1987, Jacques Essebag n’est pas encore Arthur. Il remporte un concours d’animateurs et se retrouve dans la matinale de RFM, en duo avec Laurence Boccolini. Problème : il y a déjà un Jacques à l’antenne. Jacques Mossino. Il faut un pseudo. Ca sera Arthur, en référence à marque de caleçon dont la publicité est affichée partout dans les rues de Paris.
Skyrock en 1989. Fun Radio en 1991, où il se présente comme « l’animateur le plus con de la bande FM » et anime l’Orgasmotron. Europe 1. Europe 2, avec Gad Elmaleh, et un record du monde de l’émission de radio la plus longue : 33H consécutives.
En 1992, TF1 lui propose L’Émission impossible. Flop. Deux ans plus tard, il atterrit sur France 2 avec Les Enfants de la télé, aux côtés de Pierre Tchernia. L’émission migre sur TF1 et y restera jusqu’en 2016. Entre-temps, il a incarné La Fureur, À prendre ou à laisser, 120 Minutes de bonheur, Nice People, Des talents à couper le souffle, Les Touristes. Beaucoup de succès. Quelques échecs. En 2011, il lance Vendredi tout est permis sur TF1. Toujours à l’antenne. Voila Arthur : 30 ans de divertissement populaire français. Les cases en prime time, les records d’audience, la Légion d’honneur en 20221. Parmi les 500 plus grandes fortunes françaises avec 400M€ selon Challenges2.
Mais Arthur est aussi quelque chose d’autre. Quelque chose que le grand public voit moins. Dans les années 90, une génération d’animateurs comprend que l’antenne, seule, ne rend pas riche. Ce qui rend riche, c’est de posséder ce qu’on produit. Dechavanne monte Coyote TV. Ardisson crée Ardisson & Lumières. Nagui fonde Air Productions. Sébastien, Delarue, chacun à sa façon. Le principe est simple : tu animes l’émission, ta boîte la produit, tu encaisses des deux côtés. Ce que les chaînes payent pour diffuser, c’est toi qui le reçois en tant que producteur.
Arthur fait pareil. En 1994, il co-fonde Case Productions avec Stéphane Courbit3. Un autre homme qui a compris le principe. En 2001, Case Productions est rachetée par Endemol. Arthur en devient vice-président France. En 2007, il vend ses parts. Selon plusieurs sources, il en retirerait environ 200M€. Courbit quitte en même temps pour fonder LOV Group, qui deviendra Banijay, le plus grand groupe de production audiovisuelle indépendante au monde. Arthur, lui, prend son temps. En 2010, il monte Satisfaction : sa structure solo, indépendante, à lui.
En février 2026, Courbit comparaît devant la fameuse commission d’enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public4. La commission, initiée par le groupe UDR d’Éric Ciotti, est médiatiquement incarnée par son rapporteur Charles Alloncle, 32 ans, ex-figure de la tech, cofondateur de la néobanque Blank devenu député ciottiste de l’Hérault, qui s’en sert comme tribune politique quotidienne pour parler à son électorat. Les questions posées aux auditionnés varient selon les séances, mais le fil conducteur est clair : comment les producteurs et animateurs captent la valeur du service public. Sur la rémunération de Nagui, Courbit répond5 :
« C’est un peu comme les footballeurs, c’est des gens très bien payés parce qu’ils ont un talent assez unique. »
Arthur, lui, n’était pas concerné par la commission. Il ne travaille pas avec le service public. M6, TF1. Autre terrain. Même mécanique.
Pendant que ses anciens pairs s’expliquent devant les députés, Satisfaction Group produit plus de mille heures de programmes par an dans une dizaine de pays6. Vendredi tout est permis pour TF1 via Satisfy. Des JV avec John de Mol côté Talpa et James Corden côté Fulwell 73. Et en 2020, il rachète les opérations françaises de Sony Pictures Television, ce qui lui permet de récupérer la licence de Qui veut être mon associé ?, format propriété de Nippon TV au Japon7.
Alef One, sa branche fiction cofondée avec Nora Melhli en 2018, produit Le Nounou avec Booder. Diffusé le 26 février 2024 sur TF1 : 5,4M de téléspectateurs8. Record de fiction unitaire sur la chaîne depuis 2021. TF1 en a commandé une suite, puis une autre. Samir est en train de devenir un personnage récurrent de la chaîne.
Sauf que.
À côté d’Alef One, il y a le reste du catalogue. Et ça commence par Témamacaisse. Le nom dit tout, et en même temps il dit rien. Du verlan de verlan recyclé par des gens qui ont entendu parler de la culture urbaine sans jamais l’avoir pratiquée. Le genre de titre qui sort d’une réunion où quelqu’un a dit « notre cible c’est les jeunes » et où personne n’a osé lever la main.
Jazz & Laurent à Dubaï. Eva dans son mood. Follow Me, les it-girls à Coachella. MMA Academy. Et Silent Library : un concept où des gens doivent faire des défis absurdes sans faire de bruit dans une bibliothèque. Format faussement inspiré par YouTube, produit pour la télé, avec des codes TV, pour une cible qui regarde YouTube précisément parce que ce n’est pas de la télé. Du contenu influenceur produit à la chaîne par La Grosse Équipe, filiale spécialisée téléréalité, celle qui a aussi sorti Hollywood Girls et Allo Nabila.
La holding qui coiffe tout ça, Ocean Group SA, est domiciliée à Bruxelles depuis 2013, chez un cabinet fiduciaire local. 75% en direct, 25% via AW Equity au Luxembourg. La fiscalité, c’est en Belgique depuis douze ans.
Au milieu de tout ça donc, Qui veut être mon associé ? (QVEMA). Vendredi tout est permis fait de meilleures audiences sur TF1. Mais QVEMA a un truc que les autres émissions d’Arthur n’ont pas : les articles sur l’émission comptent parmi les plus lus de Les Echos startups et de Maddyness. Les deux tartinent chaque épisode en temps réel pour gratter du trafic. Ce n’est pas un public de téléspectateurs que l’émission génère. C’est un public de lecteurs économiques qui ne la regardent peut-être pas mais qui lisent tout ce qui s’y rapporte.
Sauf que les audiences télévisées, elles, déclinent. La saison 5 s’est terminée à 1,54M de téléspectateurs en moyenne. Pire : M6 ne communique plus sur les 4+ (l’audience globale, tous âges confondus). Elle met en avant les FRDA-509 et les 15-34 ans. Les annonceurs adorent ces cibles. Elles permettent de vendre des espaces pub chers même quand l’audience totale s’érode. Le lancement de la saison 6, le 8 janvier 2026 : 1,30M. Pire démarrage de l’histoire du programme. La chaîne avait tenté de déplacer l’émission du mercredi au jeudi, avant de revenir au mercredi dès le 5 février. Raté.
C’est peut-être ça qui a poussé Arthur à dire au jury de l’émission, alors qu’il tentait de raconter comment il allait lui même vendre des formations :
« Les téléspectateurs d’M6 c’est de la merde. Donc faire des bandes annonces sur une chaîne où il y a pas l’audience ça amène pas de l’audience. »
🙄 Je vous veux dans MA captable
QVEMA, c’est d’abord un jeu télé. Des entrepreneurs pitchent, des jurés proposent des pourcentages contre des euros, tout le monde négocie sous les projecteurs. Le format a une certaine honnêteté dans son principe : les jurés proposent un montant en euros contre un pourcentage du capital. La valorisation n’est jamais posée comme un objectif : c’est une résultante, ce que le calcul donne quand on divise l’un par l’autre. Contrairement aux annonces de levées de fonds habituelles où la valo est l’argument, ici elle sort de la négociation. Ce qui explique aussi pourquoi l’émission montre surtout du consumer, des belles histoires accessibles, des produits qu’un téléspectateur peut comprendre en trente secondes. Pas de deeptech, pas de B2B industriel. Ce serait illisible à l’antenne. C’est le jeu, au sens propre.
Sauf que depuis quelques saisons, il se passe quelque chose derrière l’émission. Les jurés ne viennent plus seulement pour investir. Les entrepreneurs ne viennent plus seulement pour lever. Et les chiffres finissent par raconter quelque chose d’assez différent de ce que montre l’émission.
Si t’as suivi Zero Bullshit depuis ces dernières années, tu connais déjà une partie du tableau.
Blast, le club d’investissement d’Anthony Bourbon, le plus médiatique. Bourbon l’a construit avec QVEMA comme tremplin, en embarquant Tony Parker et Larchevêque comme membres. C’est d’ailleurs Larchevêque qui en est parti pour lancer son propre club d’investisseurs, Day One, depuis rebrandé NVST.
Larchevêque, c’est un cas à part. Depuis qu’il a quitté Ledger, les projets s’accumulent. NVST, donc, le club d’investissement. En décembre 2025, SKL Club, un club d’entrepreneurs à abonnement avec 40 experts et 600 lives par an, officiellement division formation de The Bitcoin Society. The Bitcoin Society justement : société cotée en bourse, présentée comme « le projet le plus important de ma vie », dont la mission est d’accumuler du Bitcoin pour construire un capital de confiance et bousculer le système monétaire. Une sorte de Saylor (to the) Moon à la française, avec Tony Parker au board. Parmi les trois piliers du dispositif, il y a la Network Society : un réseau ouvert, gratuit, pour fédérer les entrepreneurs convaincus par la vision. Toujours aucune idée de ce que ça peut vouloir dire. Larchevêque aura passé plus de temps à l’annoncer que le projet n’en a mis à exister.
Offstone, c’est la partie retail de la foncière d’Anguelov, ouverte au grand public quelques jours avant la diffusion de son portrait en saison 6.
Alice Lhabouz, qui a quitté la direction de Trecento AM en mai 2024, après avoir vendu. Elle gérait 250M€ pour des institutionnels et de grandes familles. Maintenant elle a lancé Alice Lhabouz Conseil, cabinet de conseil en épargne pour les particuliers, numéro ORIAS, avec une photo du plateau de QVEMA en fond de page d’accueil. Sa bio Instagram affiche toujours « +250M€ gérés » et elle baccine depuis ses lecteurs pour vendre son conseil.
À chaque fois, le passage dans l’émission a servi à lancer ou à faire grossir un produit financier ou patrimonial adressé au grand public. Les deals signés sur le plateau sont souvent anecdotiques par rapport à ce qui se construit à côté. Mais certains ont d’autres biz, qu’on a déjà évoqué ici par le passé.
Kelly Massol, évidemment. Son deuxième LBO sur Les Secrets de Loly : ~170M€, 15,5x EBITDA, ~40M€ de cashout. En réunion de rentrée avec Arthur et l’ensemble des jurés, avant le tournage de la saison 6, elle confesse sans détour :
« Le fait d’être visible à cette période pour ma levée, moi ça m’arrange. »
Jean-Michel Karam, aussi. En janvier 2026, on avait signalé ici même qu’une IPO se préparait. IEVA Group ouvre sa souscription le 11 mars, pendant que l’émission est toujours à l’antenne. Ticker ALIEV, Euronext Growth Paris, 12,79€ par action, valorisation ~127M€. Cotation le 31 mars. Depuis, sur LinkedIn, Karam s’adresse directement au grand public avec un discours très retail : vous pouvez investir, c’est accessible, voici pourquoi le timing est bon. Le registre est celui d’un fondateur qui sait exactement qui le suit.
Comme pour son bouquin, La réussite est en vous !, sorti quelques jours avant le lancement de l’émission.
Les livres justement, c’est tout un sujet. Une partie des jurés de QVEMA sont passés chez Michel Lafon. Bourbon : Forcez votre destin en 2022, préfacé par Arthur. Karam : La réussite est en vous ! en 2026. Massol a publié aussi, mais chez les Éditions du Rocher. Anguelov chez Alisio, et reverse l’intégralité de ses droits aux enfants de l’ASE10, dont il est lui-même issu. Il n’existe pas d’accord formel public entre Michel Lafon et M6. Dans les faits, Michel Lafon est l’éditeur attitré des personnalités de la chaîne, et M6 a son propre label co-brandé, M6 Editions, sur un modèle proche de ce que Lafon fait avec Radio France : la marque apporte la caution et la promo antenne, l’éditeur apporte l’infrastructure et la distribution.
Larchevêque, lui, a deux livres. Pas chez Michel Lafon seulement. Chez M6 Editions. Entreprendre pour être libre en janvier 2024. La Stratégie Bitcoin en février 2026, avec le logo M6 sur la couverture, co-brandé Michel Lafon, préfacé par Tony Parker. Parker qui était lui-même investisseur dans Blast, le club de Bourbon. Le milieu est petit. M6 Editions, c’est une filiale de Metropole Television, la même entité actionnaire d’Amplify à 50%, rentable chaque année depuis 1998. Elle co-signe les livres de Larchevêque. Et seulement les siens. Bourbon et Karam publient chez Michel Lafon aussi, mais sans le logo M6 sur la couverture. Massol, chez les Éditions du Rocher.
La thématique est plutôt attendue : La Maison du Bitcoin en 2014, devenue Coinhouse, puis Ledger, puis The Bitcoin Society. Cohérent avec son parcours. Moins cohérent avec le co-éditeur.
M6 investit dans le personnage depuis un moment. Elle lui a produit une émission, Changer de job, le grand saut, diffusée en février 2024 à 23h40 juste après QVEMA. Flop. Quasiment plus de trace sur le web. Elle a aussi monté un format branded content11 avec Citroën, « Sur la route des entrepreneurs avec Citroën », où Larchevêque présente trois entreprises candidates de QVEMA. Citroën achète une association avec l’émission, M6 produit, Larchevêque présente.
Habituellement, M6 Editions publie des recettes de cuisine, des guides de jardinage, des souvenirs d’animateurs. Cette fois, elle co-signe un guide d’investissement dans un actif spéculatif à destination de particuliers qui n’ont jamais mis un euro en crypto. Peu importe ce qu’on pense du Bitcoin en tant que technologie : c’est un placement, avec du vrai argent, et du vrai risque. M6 a mis son logo dessus.
Les premiers lecteurs ont répondu.
Bourbon, Larchevêque, Massol, Karam, Lhabouz. Chacun a fait quelque chose de son passage dans l’émission. Dans les 40 autres pays où existe le format, aucun jury n’a systématisé ce mouvement, et aucune chaîne n’a mis son logo sur un guide de placement crypto co-signé avec un de ses jurés. Kevin O’Leary aux États-Unis commercialise des ETFs adossés à sa notoriété Shark Tank, mais il pesait 400M$ avant le show. Sa légitimité financière préexistait à l’émission. En France, c’est l’émission qui la fabrique. Dans un autre format, les Kretz illustrent également ça : leur Kretz Club, 2’000€ par an, investissement immobilier dès 1’000€, ils citent explicitement L’Agence comme canal de vente. C’est peut-être une spécificité française.
Cela dit, la téloche a toujours fonctionné comme ça. La Classe dans les années 80 a lancé des carrières. Ruquier a remis le couvert avec On ne demande qu’à en rire, lui permettant de trouver des talents qu’il a ensuite produits. Vendredi tout est permis, l’émission d’Arthur sur TF1, est elle-même l’héritière directe de cette logique. Ce sont des tremplins qui s’enchaînent. Le “vu à la télé” sur les packagings produits, pendant vingt ans, c’était un argument commercial. Passer à la télé, c’est de la crédibilité gratuite. Ce n’est pas une découverte.
Ce qui est nouveau avec QVEMA, c’est que la mécanique fonctionne dans les deux sens. Du côté des jurés : l’émission sert de caution pour lancer ou accélérer des produits financiers adressés au grand public. Du côté des entrepreneurs : c’est du télé-achat. La levée de fonds sur le plateau, c’est souvent le prétexte. Plus de la moitié des deals annoncés à l’antenne ne se concrétisent jamais après tournage. Parfois parce que les due diligences font apparaître des problèmes. Parfois parce que les entrepreneurs n’en ont plus besoin une fois la visibilité acquise. Et la réalité : c’est qu’on bat les steaks.
Et justement, parlons de Féroce, la boucherie de David Nicolas. Sur le plateau, la valo est à 3M€. Plusieurs mois plus tard, Nicolas revient vers Bourbon : le CA a été multiplié par 4,5 depuis le tournage. Sa valo est désormais à 15-20M€. Bourbon dit qu’il est d’accord au nouveau prix, mais qu’il n’a plus suffisamment de temps pour accompagner les entrepreneurs. Nicolas lui répond non. Il veut des partenaires animés par une mission, pas des financiers. Il publie ça sur LinkedIn pour pécho quelques likes.
Massol réagit publiquement pour confirmer qu’elle aussi renonce : entre le tournage et la diffusion, la valo avait déjà été multipliée par 3, les conditions du deal plateau n’avaient pas été respectées.
Plusieurs jurés et des entrepreneurs passés dans l’émission nous ont raconté la même chose : certains candidats jouent la montre avant de conclure le deal, conscients que le passage TV leur permet de négocier de meilleures conditions après coup. Le deal n’est plus l’objectif. La diffusion l’est.
QVEMA c’est 6 à 7 minutes de présentation en prime time sur M6, devant un public qui a choisi d’être là. Un spot de 30 secondes sur la même chaîne coûte entre 30K€ et 70K€. Le passage dans l’émission est gratuit pour l’entrepreneur, et dure 10 fois plus longtemps.
Detective Box : 1’000 box vendues en 3h après le passage à l’antenne, contre 30 à 40 par jour avant12.
APS ME : 50’000 connexions en une soirée, l’équivalent d’un mois de ventes13.
Dijo : 400K€ de CA en une soirée, puis 5M€ l’année suivante contre 1,2M€ l’année d’avant²¹.
Funkie : un an de CA en une heure.
La Poudrée Paris, saison 6 : « l’équivalent d’un Q4 en quelques heures. »14
Mais il ne faut pas que ça marche trop bien.
Naali, des compléments alimentaires au safran afghan, est passé en saison 5 avec Jean-Michel Aulas, l’ex-président de l’Olympique Lyonnais qui s’est depuis pris une branlée par les Verts il y a quelques jours (décidemment…) avant de demander la VAR.
Peu après le passage, la marque commence à mettre QVEMA sur ses présentoirs en pharmacie.
Satisfy envoie une mise en demeure pour « exploitation illicite des marques et images de l’émission ». Quelques semaines plus tard : 2e courrier, 250’000€ de provision sur préjudice, payable sous quinzaine, avec transmission des éléments comptables. Les 250’000€, si jamais ils sont versés, iront dans la poche de Satisfy. Pas dans celles des jurés qui avaient investi dans Naali et que Satisfy sollicite pour intervenir.
Naali n’est pas un cas isolé. La Tribu Happy Kids, livres et outils pédagogiques pour enfants dans lequel Kelly Massol a investi, a diffusé des publicités sponsorisées avec des images de l’émission. Problème, parmi les gens qui ont été ciblés par la pub y’a… Arthur. Une autre entreprise candidate a installé une affiche de trois mètres chez Carrefour avec « vu dans Qui veut être mon associé ». Une autre a diffusé une vidéo de promotion un quart d’heure avant la diffusion. A chaque fois, le producteur fait pression sur les jurés pour qu’ils interviennent. En off, ceux qui ont accepté de répondre disent qu’ils n’ont pas vraiment envie de se mettre en porte à faux avec les boîtes dans lesquelles ils investi. Et que globalement, ils s’en foutent, parce que c’est aussi ça une start-up.
Mais Arthur a une façon bien à lui/pour lui, de résumer la situation :
« Il y a un gâteau et tout le monde se sert dedans et ça part dans tous les sens. »
S’il se cache parfois derrière la peur de perdre le licence, il dit explicitement dans une réunion de production :
« Nous producteurs, nous gagnons des sous uniquement sur la marge de l’émission qui est de plus en plus petite. »
C’est précisément ce qu’il essaie de résoudre avec Amplify. La rémunération des pauvres petits producteurs.
🍴Mais c’est d’la meeeerde
Lors qu’une réunion de préparation de la dernière saison, Arthur, par l’odeur alléché, aurait tint à peu près ce langage, selon un de ses proches :
« [QVEMA] C’est une marque qui sert qu’à faire du business à droite à gauche, ce qui est énervant parce que dans ce business là, nous on touche rien. »
Que Bourbon lui semblait joli. Que Larchevêque lui semblait beau. Au point qu’il érige la présence dans l’émission en rapport de force.
« Anthony [n’aurait] pas monté Blast de la même manière s’il avait pas utilisé l’image [QVEMA]. Il le sait, il le reconnaît. »
Et d’ajouter.
« Si jamais je disais Anthony, tu fais pas la saison, ça fout son business model en l’air. »
C’était vrai à l’époque. Sauf que Blast a depuis largement pris son autonomie, et les spectateurs qui devaient être clients, le sont déjà. Mieux, alors que la saison 7 de QVEMA est déjà en cours de casting, il semble assez probable que Bourbon n’en fasse plus partie. Arthur n’est peut-probablement pas encore au courant. Il a qu’à lire les bonnes newsletter.
Le producteur cite explicitement Jean-Pierre Nadir comme précédent. Le fondateur de avait été juré des premières saisons avant de ne revenir d’épisodiquement. Selon Arthur, il a quitté l’émission précisément pour avoir trop utilisé la marque à des fins de recrutement commercial. Le cas Nadir, c’est la ligne rouge que les suivants ont continué de franchir. Le juré lui, avait expliqué ici il y a quelques semaines qu’il n’avait tout simplement plus le temps d’accompagner de boîtes.
La réalité, c’est qu’avec Arthur, tout est rapport de force. Et qu’il n’épargne personne. Sur Bourbon :
« Entre le Anthony de la saison 1 et l’Anthony de la saison 5, il est à poil en jet ski avec sa gonzesse à faire des tutos sur comment réussir dans la vie dans son dressing. »
Sur Larchevêque :
« Son associé s’est fait enlever parce qu’Éric faisait des vidéos tous les jours pour dire “je suis millionnaire en Bitcoin”. »
Une référence à l’affaire Balland qui a pris une toute autre ampleur il y a quelques jours quand Bourbon a publié une vidéo accusant Yves Vilaginès, chef du service Entrepreneurs aux Echos, d’avoir révélé son adresse personnelle sur LinkedIn, en marge d’un article sur le transfert de sa holding en Grèce. Bourbon invoque les enlèvements en série qui ciblent les entrepreneurs et investisseurs crypto depuis 2024. Les Echos ont présenté leurs excuses, notamment après que le fils Arnault soit intervenu. Bourbon disant aux mêmes Echos avoir déménagé en Grèce pour des raisons de sécurité quelques jours plus tôt, et se retrouve quand même doxé par un journaliste économique… qui avait écrit un article sur la nouvelle loi destiné à ne pas faire apparaître les adresses des entrepreneurs.
Toujours est-il qu’à cet automne 2025, Arthur annonce el famoso Amplify aux jurés qu’il veut embarquer dans le dispositif. La simple utilisation du terme dispositif en dit probablement plus qu’une longue explication.
Dans les présentations en interne et aux partenaires, on parle de « premier média 360 sur la verticale de l'entrepreneuriat », de « galaxie », d'« assets », de « verticales », d'« écosystème digital » et de « feuilletonner ». Des « pastilles digitales » LinkedIn, des contenus pour « maximiser la viralité ». Une « régie intégrée force de proposition ». Le tout pour « asseoir la légitimité » et « amplifier l'impact ». Ça sent le PowerPoint fait en urgence par des gens qui ont passé leur vie dans des bureaux et qui regardent le monde sans vraiment le comprendre.
Mais peu importe. Le projet sera « avec le ministère du Travail », pour « aider les jeunes à accéder au monde de l'entrepreneuriat ». La promesse : une visibilité décuplée via les réseaux de QVEMA, des masterclass rémunérées, et une régie intégrée capable de leur amener du brand content. Il voudrait aussi que les jurés participent à la promo. Gratos. Selon plusieurs jurés, ça ne passe pas. Surtout quand la présence semble conditionner la possibilité d’accéder à la saison suivante.
Côté papelard, Amplify est porté par Mon Associé Factory, siège au 78 avenue Marceau, adresse de toutes les sociétés d’Arthur. Satisfy et M6 à 50/50. Présidente : Michèle Benzeno, que les communiqués présentent comme « cofondatrice ». La réalité : elle dirige sans posséder une seule action. Cela dit, on parle pas de n’importe qui. Benzeno, c’est dix ans passés à la tête de Webedia : la patronne de la creator economy française. Inoxtag, Domingo, Cyprien, des centaines de millions d’abonnés, des modèles de monétisation YouTube et branded content construits de l’intérieur. Elle quitte Webedia en février 2025. Quelques mois plus tard, elle crée Digi-TV Prod, le 17 novembre 2025, soit six semaines après la création de Mon Associé Factory. Si quelqu’un est censé savoir ce que sont vraiment ces formats, c’est elle.
Le funnel, lui, est simple. Une partie gratuite sur qvema.com, M6+ et YouTube pour générer du trafic, et une formation certifiante de 150h à 5’000€ montée avec l’ESCP Extension School. Pas l’ESCP Grande École. L’ESCP Extension School, c’est une branche de formation continue lancée en mars 2025, grand public, sans prérequis académique, finançable CPF et France Travail, qui se présente comme « inspirée des Extension Schools de Harvard et de UCLA ». En gros : on vend la marque et on prend tout le pognon qu’il y a taper.
Le site du bouzin tourne avec un splendide amateurisme sur un template Webflow gratuit : Castifye. Les photos de présentation sont celles du template de base. Le module 4, intitulé « Choisir un problème solvable », contient une vidéo avec le stock model livré avec le template. Pas un intervenant. Un stock model. « Problème solvable » est d’ailleurs la traduction automatique de “solvable problem”.
Ce qui n’empêche pas Arthur de vendre sa soupe à ses jurés :
« Toutes les masterclass qui sont faites depuis 2 ans, c’est des arnaques. Les pauvres gars, ils perdent 4000 balles et après ils se retrouvent toujours au chômage. »
Dit-il pour présenter une formation à 5’000 balles. Ou encore :
« Cette académie qui est un véhicule qui proposera de faire la même chose mais avec la marque QVEMA afin que ça ne parasite pas toutes les actions du programme. »
L’aboutissement d’un long travail de tests et de réflexion. Parce que comme je l’avais révélé y’a un an (et aussi y’a 3 mois), l’arrivée remarquée d’Arthur sur LinkedIn était complètement liée à ce format, grâce à l’accompagnement d’un agence spécialisée LinkedIn, dirigée par des jeunes qui réfléchissent comme des vieux. La même qui gère le compte d’un responsable patron immobilier qui s’est mis à commenter les façades haussmanniennes alors qu'il boucle des deals à plusieurs centaines de millions. Arthur, producteur de mille heures de TV par an, version LinkedIn : le même registre, le même angle. C'est exactement ce qu'il reproche à ses jurés.
Pendant ce temps, La Grosse Équipe produit Téma Ma Caisse.
🦈Baby Shark
Ce que QVEMA a fait en quelques saisons, aucune loi ne l’interdit. C’est important de le dire. Bourbon n’a pas conseillé en investissement au sens réglementaire. Larchevêque n’a pas vendu de produits financiers sans agrément. Karam n’a pas fait de publicité mensongère. M6 n’a pas diffusé de contenu illicite. Arthur n’a pas manqué à ses obligations de producteur. Chacun, pris séparément, a fait quelque chose de légal.
Le problème, c’est ce qui se passe dans l’espace entre tout ça.
Une émission de prime time diffusée devant plusieurs millions de téléspectateurs a fabriqué, semaine après semaine, de la légitimité financière pour une poignée de personnages publics. Pas à travers des publicités déclarées. Pas à travers du conseil en investissement régulé. À travers de la narration télévisuelle des gens qui évaluent des projets, qui posent de bonnes questions, qui savent quand dire non. Cette légitimité-là, personne ne l’a accordée formellement. Elle s’est construite par diffusion, par répétition, par l’effet de réalité propre au format. Et elle s’est monétisée en dehors de tout cadre. C’est la même que d’autres utilisent chaque jour sur les réseaux sociaux pour faire, il faut quand même l’avouer, bien pire.
[insérer ici une phrase sur Guillaume Pley que j’ai la flemme d’écrire]
L’AMF surveille les produits. L’ARCOM surveille les contenus. Les deux institutions font leur travail dans leur périmètre. Ce que personne ne surveille, c’est l’espace entre les deux.
Dans les quarante autres pays où QVEMA existe sous d’autres noms, personne n’a systématisé ce mouvement. Pas parce que les jurés étrangers sont plus vertueux. Parce que les conditions n’étaient pas réunies : pas la même concentration de personnalités entrepreneurs-investisseurs, pas le même écosystème médiatique, pas la même absence de régulation interstitielle. La France a créé quelque chose d’assez unique.
Arthur a essayé d’en prendre sa part. Il (v)a raté. Pas parce qu’il manque de moyens ou d’intelligence15, parce qu’il n’a rien compris à ce qui s’était construit devant lui. Les jurés n’ont pas existé grâce à QVEMA, ils se sont servi de l’émission comme catalyseur à leur histoire pour installer leur histoire et leur produit.
Bien que ça lui fasse mal au coeur16, la légitimité que QVEMA a construite, elle appartient aux personnages que le public a regardés pendant des années.
Pas au format. Pas à la licence Nippon TV. Pas au 78 avenue Marceau.
Mon Associé Factory. Capital 62’500€. Formation à 5’000€. Template Webflow gratuit.
C’est ça, sa part du gâteau.
Décret du 29 décembre 2022 portant promotion et nomination dans l’ordre national de la Légion d’honneur, Légifrance, 29 décembre 2022
Les 500 plus grandes fortunes de France, Challenges, édition 2025, Arthur classé ~220e, fortune estimée ~400M€
Audition de Banijay Group devant la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, Assemblée nationale, 25 février 2026
Nagui « très bien payé » : Stéphane Courbit s’explique devant les députés, The Media Leader, 25 février 2026
Satisfaction Group, site officiel (page d’accueil du groupe)
Arthur s’offre Sony Pictures Television France, Puremédias, 9 juillet 2020
FRDA-50 : « Femmes responsables des achats de moins de 50 ans ». Indicateur utilisé par les régies publicitaires pour mesurer l'exposition d'une cible à fort pouvoir d'achat. Une chaîne peut afficher un excellent score FRDA-50 tout en perdant des téléspectateurs en 4+ (audience globale). Les deux chiffres ne racontent pas la même histoire.
Aide Sociale à l’Enfance
Ca veut dire publicité quand on veut pas dire publicité
“52.000 euros en 72h” : La Detective Box s’arrache depuis la diffusion de “Qui veut être mon associé ?” sur M6, Puremédias, 11 janvier 2023. Source primaire : post LinkedIn de la fondatrice Emilie Bernier O’Donnell.
« Qui veut être mon associé ? » : Dijo fait le bilan un an après son passage, Beaboss, mars 2024.
déclaration du cofondateur Maxime Desprez, post LinkedIn publié 4 jours après la diffusion (12 janvier 2026)
Ras le cul de payer des avocats, maintenant je suis sympa de moi-même
Ou au cul






