💥Avant SantaREIM : 2 drames et un coup fin
Quand Olivier Coustet était au Brésil, pas pour danser la samba.
Bonjour,
Un jour, quelqu’un m’a demandé pourquoi j’étais arrivé dans la finance, après plus de 15 ans dans le divertissement. Tout simplement parce qu’une personne m’a longuement expliqué que l’argent c’était ni bien ni mal ni propre ni sale. Que ce n’était qu’un moyen de faire des trucs. Et que c’est les trucs qu’on fait avec qui comptent.
C’est aussi ce qui m’anime dans mes éditos, publications ou newsletter. Comprendre l’utilisation de l’argent. Ses conséquences. Parce que l’argent public est un bien commun, qui doit être justifié. Parce que l’immobilier c’est avant tout le lieu de vie ou de travail des gens. Parce que les investissements, c’est avant tout l’argent de vraies gens.
L’histoire du jour parle précisément de ça. C’est pas seulement les énièmes gérants qui après avoir crapahuté mollement chez d’autres gérants, lancent leurs propres fonds. C’est pas juste un inspecteur des finances qui fait des affaires au Brésil via une société au Luxembourg en plein affaire Clearstream. C’est pas uniquement un petit rigolo qui plante le financement d’un family office sur une vague opé hôtelière à Rio.
De la même façon que Laurent Villa a laissé derrière lui des milliers de particuliers avec des pertes importantes, ou un couple avec un crédit relais hors de prix après avoir acheter sans financement et sans conditions suspensive, l’histoire du jour raconte surtout comment un énarque a pris un hotel à un couple et un family office.
Et comment tout ça a abouti sur deux terribles drames, bien humains.
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Dans le premier épisode de cette série, publié en novembre dernier, on avait raconté la longue dérive d’Apicap, la chute de Patrick Lenoël et la naissance de SantaREIM Partners, cette nouvelle société de gestion sans agrément AMF qui vend des club deals hôteliers à 12% de TRI sur du 3 étoiles en région. On avait laissé le lecteur avec une promesse : raconter les affaires brésiliennes d’Olivier Coustet, cofondateur de SantaREIM. Et pourquoi elles posent un sérieux problème d’honorabilité.
On y est.
Parce que pour comprendre SantaREIM, il ne suffit pas de dérouler le CV de Coustet. Il faut aller au Brésil. En passant par le Luxembourg, sans s’y arrêter. Personne ne s’arrête au Luxembourg. C’est une adresse sur un registre, un greffe qui tamponne, une boîte aux lettres dans une rue sans âme. L’argent y transite, les décisions se prennent ailleurs.
Dans le premier épisode, on avait à peine effleuré le parcours de Coustet. Quelques lignes. Cette fois, on creuse. Olivier Coustet, né en 1964 à Ruffec en Charente, c’est le parcours sans faute de la haute fonction publique française. Sciences Po, DESS banque-finance à Dauphine, MSc in Finance à la London School of Economics, ENA 1promotion Condorcet2, quatre ans à l’Inspection générale des finances. La promotion Condorcet, c’est celle de Valérie Pécresse (2e au classement), mais aussi de Gilles Grapinet, sorti à l’IGF la même année que Coustet, le même jour, par le même arrêté du 17 février 19923. Retenez ce nom.
À la sortie, il file au Crédit commercial de France comme directeur adjoint aux financements internationaux, puis part à São Paulo en 1998 comme secrétaire général du groupe CCF. Le CCF, fondé en 1894, c’est la sixième banque française, privatisée après la nationalisation Mitterrand. À sa tête depuis 1987, Charles-Henri Filippi, inspecteur des Finances lui aussi, major de l’ENA treize ans plus tôt, futur PDG d’HSBC France. Coustet y est envoyé au Brésil pile au moment où les négociations de rachat s’accélèrent. En juillet 2000, HSBC absorbe le CCF pour 11G€. Le groupe brésilien passe sous pavillon britannique. Coustet, lui, repart à Paris.
Il devient directeur financier d’Europe 1 Communication et du pôle numérique de Lagardère Médias. Il arrive pile pour le feu d’artifice. En octobre 2000, Lagardère SCA restructure l’ensemble de son pôle audiovisuel : Europe 1 Communication et Lagardère Net sont fusionnés sous la marque Lagardère Active. C’est la pleine bulle internet. Le groupe lance des chaînes numériques dans tous les sens : Match TV, Gourmet TV, Forum Planète. Elles fermeront toutes entre 2002 et 2005. Coustet, lui, ne sera plus là pour voir les décombres : il est déjà parti en 2001.
En mai 2002, aussitôt Chirac réélu, il rejoint le cabinet de Raffarin comme conseiller technique en charge de la ville, du logement, du tourisme, du sport et de la vie associative4. Le directeur de cabinet est Pierre Steinmetz, ancien préfet, ancien directeur de la Gendarmerie nationale. Et parmi les conseillers, chargé des affaires économiques : Gilles Grapinet, le camarade de promotion, sorti à l’IGF le même jour que Coustet dix ans plus tôt. Le monde de la haute fonction publique est un petit village. Coustet y restera jusqu’en novembre 20045, remplacé par Alain Resplandy-Bernard, un énarque passé par la Cour des comptes, qui fera ensuite carrière au CNRS, à Thalès, au PMU, puis à la Direction de l’immobilier de l’État, avant de prendre la tête de SNCF Gares & Connexions à l’automne 2025.
Puis retour au Brésil. Fin 2004, Coustet est envoyé à Brasília comme directeur exécutif de Caixa Seguros, la filiale d’assurance de la banque publique Caixa Econômica Federal, détenue à 51,75% par CNP Assurances. Celui qui dirige l’international de CNP depuis son entrée au directoire en 2003, c’est Xavier Larnaudie-Eiffel, énarque de la promotion d’Aguesseau, la même que Patrick Lenoël, passé par la Direction du Trésor à Bercy dans les mêmes années que Coustet6. La présidence du directoire de la filiale brésilienne est assurée par Thierry Claudon, cadre de CNP en poste depuis 2001, qui y restera seize ans. Coustet, lui, n’y restera pas longtemps. En août 2006, un communiqué du gouvernement brésilien l’annonce comme futur directeur du bureau de l’Agence Française de Développement7, qui doit ouvrir à Rio en janvier 2007. Mais en janvier 2007, c’est à Paris qu’on le retrouve, nommé directeur général de l’AFER. Le poste AFD, il ne le mentionne nulle part. Pas plus que Caixa Seguros. Sur son profil LinkedIn, un trou de près de deux ans sépare son départ du cabinet (qu’il date de 2005) de son arrivée à l’AFER.
Il faut dire que le passage de Coustet chez Caixa Seguros a laissé quelques traces embarrassantes. En septembre 2005, le chroniqueur politique Cláudio Humberto rapporte dans la Folha de Londrina8 que les Français de CNP, en visite d’inspection chez Caixa Seguros, se sont déclarés « satisfeitos com os resultados, mas preocupados » : satisfaits des résultats, mais inquiets. Inquiets parce que, selon le chroniqueur :
Coustet « se cacifou para ser diretor da empresa com a ajuda dos fios desencapados Delúbio Soares e Felipe Belisário Wermus (vulgo “Luís Favre”) ».
Traduction : il se serait fait pistonner pour le poste avec l’aide de Delúbio Soares et de Luís Favre.
Ces deux noms, au Brésil, ne passent pas inaperçus. Delúbio Soares, c’est le trésorier national du PT, le parti de Lula, celui qui sera condamné en 2012 à près de neuf ans de prison pour corruption active dans le scandale du Mensalão, le plus vaste système d’achat de votes parlementaires de l’histoire du pays. En septembre 2005, il vient d’être expulsé du PT. Quant à Favre, de son vrai nom Felipe Belisário Wermus, c’est un activiste franco-argentin, ancien trotskiste passé par la IVe Internationale à Paris, devenu conseiller international du PT et ex-mari de Marta Suplicy, maire PT de São Paulo. En 2007, il sera lui-même soupçonné d’avoir opéré des comptes offshore pour alimenter les caisses du parti. Et la Caixa Econômica Federal, la banque publique partenaire de CNP dans Caixa Seguros, est elle-même mise en cause pour avoir servi de canal de détournement au profit du parti9. C’est dans ce climat que Coustet coordonne les investissements français dans l’assurance brésilienne. On comprend mieux pourquoi ce passage ne figure sur aucun CV.
En janvier 2007, donc, il est nommé directeur général de l’AFER. Ce qui, dit comme ça, a l’air d’une promotion. En réalité, si l’AFER n’avait jamais eu besoin d’un DG en trente ans d’existence, c’est parce que ses deux fondateurs géraient tout. Et qu’ils venaient de se faire condamner pour abus de confiance. Il n’y restera que seize mois, jusqu’en avril 2008.
L’AFER, c’est l’Association Française d’Épargne et de Retraite. Fondée en 1976 par Gérard Athias et André Le Saux, l’idée était simple et, à l’époque, révolutionnaire : regrouper des épargnants individuels au sein d’une association loi 1901 pour négocier collectivement un contrat d’assurance vie auprès d’un assureur partenaire. Les frais baissent, les rendements montent, tout le monde y gagne. Sauf l’assureur, qui y gagne aussi mais moins. L’AFER impose les versements libres, les retraits libres, la suppression des précomptes de commissions. Tout le marché de l’assurance vie finit par s’aligner. Aujourd’hui, 760 000 adhérents, 55G€ d’épargne gérée, partenariat avec Abeille Assurances (ex-Aviva, ex-L’Abeille), gestion quotidienne assurée par un GIE paritaire10.
Sauf que fin 1986, Athias et Le Saux décident de se servir. En accord avec l’assureur Abeille Vie, ils créent en catimini la SNC Sinafer, société de courtage dont le statut de SNC dispense de publier les comptes11. Adossée à cette SNC, une société en participation occulte, la SEP Sinafer, qu’ils détiennent à 90%. Le montage est classique dans sa mécanique et cynique dans son exécution : une partie des commissions prélevées sur les contrats des 360 000 adhérents transite par la SNC, remonte dans la SEP, et finit dans les poches d’Athias et Le Saux. Pendant onze ans12. 129M€ détournés au total13.
Le montage est révélé en 2000 par le courtier François Nocaudie. Athias et Le Saux sont mis en examen. Athias démissionne de la présidence. Cinq présidents se succèdent entre 2001 et 200514. C’est le chaos. En 2008, la cour d’appel de Paris les condamne à deux ans avec sursis, 200K€ d’amende chacun, et la confiscation de 92M€15. Cassation rejetée en décembre 2009. Les deux sont morts en 2016, sans jamais avoir fait un jour de prison.
C’est dans ce contexte que Coustet débarque en janvier 2007. Premier DG de l’histoire de l’association. Celui qui l’a recruté, c’est la présidente Bénédicte Coste, petite-fille du général Leclerc, HEC, gestionnaire de fortune. Elle cherche un profil crédible pour le lobbying auprès des pouvoirs publics. La presse spécialisée salue l’arrivée d’une « grosse pointure », choisie pour « son passage à CNP Assurances et sa fonction de conseiller technique au cabinet de Jean-Pierre Raffarin »16. Autrement dit : ce sont moins ses résultats qui lui ouvrent la porte, que son carnet d’adresses.
La même année, Gérard Bekerman prend la présidence et crée un Comité des Sages pour veiller à la déontologie de l’association. Parmi les sages nommés : Pierre Steinmetz. Le même Steinmetz qui était le patron direct de Coustet à Matignon cinq ans plus tôt. Le même qui y siège encore aujourd’hui. Le monde est petit. Mais les réseaux sont grands.
Coustet ne restera que seize mois, jusqu’en avril 2008. Pourquoi il part, on ne le sait pas exactement. Ce qu’on sait, c’est qu’il laisse derrière lui un Brésil radioactif et une AFER en reconstruction, et qu’il atterrit chez un ami.
En septembre 2009, Coustet rejoint Alfina comme directeur général17. Alfina, c’est la société de conseil financier fondée un an plus tôt par Charles-Henri Filippi, l’ancien patron du CCF devenu PDG d’HSBC France, inspecteur des Finances d’une génération antérieure, fils et frère d’inspecteurs des Finances. Filippi a quitté HSBC fin 2008 et monté Alfina avec son frère Pierre, qui préside en parallèle Fideas Capital, une petite société de gestion agréée par l’AMF en 2007, spécialisée dans la gestion quantitative et obligataire. Alfina contrôle Fideas. Coustet prend la direction générale des deux entités.
Autrement dit : après avoir quitté le CCF de Filippi dans les années 1990, Coustet retrouve le même Filippi dix ans plus tard. Le réseau IGF fonctionne comme un filet de sécurité : on tombe, on rebondit, toujours chez quelqu’un qu’on connaît. Les chiffres que Coustet revendique sur son profil LinkedIn pour cette période, 1,5G€ de missions de conseil et 300M€ en gestion directe, sont invérifiables. Fideas Capital reste aujourd’hui une société modeste : une douzaine de salariés, 2M€ de chiffre d’affaires, des fonds de niche orientés climat et smart beta. Coustet n’apparaît plus nulle part dans ses registres. Filippi, lui, est parti chez Citigroup en 2011, la même année que le départ de Coustet. Coïncidence de calendrier.
Après Fideas, Coustet retrouve le Brésil. Pour de bon, cette fois. Mais cette fois, ce ne sera plus un poste dans une filiale ou un nom sur un organigramme. Ce sera son affaire à lui.
En réalité, la nouvelle histoire brésilienne d’Olivier Coustet commence dans une de ces rues sans âme de Luxembourg, où les holdings s’empilent dans des bâtiments à faire pâlir les plus belles constructions du brutalisme soviétique.
Parce que la boîte, pardon la boutique, comme on dit, brésilienne, est en réalité une joint venture entre Coustet, la banque Hottinguer, et une étrange structure luxembourgeoise qui répond (mais pas au téléphone) au nom d’HR Corportage Finance. Une de ces boîtes planquées, longtemps présidée par Jean-Conrad Hottinguer, héritier direct du baron fondateur de la banque dont il porte le nom et le prénom, et qui fut député de la Seine sous les Cent-Jours, puis Régent de la Banque de France.
Sauf que chez Hottinguer, Coustet a laissé un souvenir particulier. Un ancien collaborateur de la banque au Brésil décrit un schéma récurrent : Coustet excellait à obtenir des chèques de la direction en présentant de « bonnes idées intellectuelles », des projets crédibles sur le papier mais sans aucun suivi concret à l’exécution. La direction a fini par se lasser de financer des promesses sans résultat tangible. Selon cette source, Coustet n’est pas parti de Hottinguer par désintérêt mutuel. Il a été remercié.
Bon, cela dit, pas de quoi fouetter un chat (ou une quelconque bestiole d’ailleurs), c’est plutôt habituel.
Ce qui l’est un peu moins, c’est qu’un énarque passé par Bercy fasse des affaires via le Luxembourg en 2006, au moment où l’affaire Clearstream bat son plein. On est en plein scandale des listings falsifiés, Villepin est mis en cause, Sarkozy porte plainte, et le Luxembourg, en tant que siège de la chambre de compensation, est au centre de toutes les attentions. Ce n’est pas le moment idéal pour y domicilier une structure de finance discrète. Hottinguer le fait quand même. Ce qui reste légal, cela dit.
Extrait des statuts d’Athos Investment au Luxembourg, qui détient Athos Finance
Athos Finance est fondée en 2006, basée à São Paulo, officiellement spécialisée dans le conseil en « corporate finance cross-border ». Coustet la rejoint en février 2011 comme associé gérant18 et y restera trois ans, jusqu’en 2014. Dans ses plaquettes, Athos se présente comme un hub transcontinental, « spécialisé dans les enjeux stratégiques cross border ». Expression toujours pratique pour ne rien dire tout en donnant l’impression de tout couvrir. La JV avec Hottinguer est présentée comme une « structural alliance » 50/50, presque un sceau de respectabilité patrimoniale franco-suisse. La plaquette martèle : la maison Hottinguer est « independent », héritière d’un « long standing heritage » de banquiers familiaux. L’ancien monde veille.
Extrait des statuts d’Athos au Luxembourg
Côté périmètre, c’est large. Très large. Athos Brasil revendique des compétences dans les « Industrials, Food & Agri business, Healthcare, Retail, Media ». Autrement dit, tout ce qui existe entre un champ de maïs et un plateau télé. Le document rappelle aussi que Hottinguer Corporate Finance était, en 2010, la « #4 French M&A boutique ». Une statistique sortie du placard pour donner du relief. Silence sur l’activité réelle des années suivantes. Silence sur le dealflow. Silence sur la taille des équipes côté brésilien.
Extrait d’une plaquette d’Athos
Et puis il y a la team. Coustet d’abord, présenté comme un empilement de titres entre Bercy, l’assurance vie et le conseil ministériel. On ne sait pas exactement ce qu’il fait au Brésil, mais on comprend qu’il a beaucoup fait ailleurs. Les autres profils suivent la même logique : bonne formation, carrière lisse, un vernis international, et surtout rien qui permette de comprendre le lien concret entre ces parcours et ce que fait Athos Brasil au quotidien.
Reste que son ancien associé, Matthieu Hautefort, est plus franc dans une interview au Petit Journal en 201519 :
« Les grandes entreprises envoient, par exemple, leurs équipes d’acquisition alors qu’elles ne parlent pas portugais. C’est comme cela qu’on a beaucoup, chez Athos Finance, “d’affaires plantées” ou presque qui nous arrivent. »
Un professionnel du secteur financier à São Paulo, qui a côtoyé Coustet au début des années 2010, raconte la même chose sous un autre angle. Selon lui, ça finissait toujours pareil : la méfiance, puis les conflits d’argent. Coustet changeait régulièrement de partenaires pour ne rien leur devoir, et se serait approprié au passage un client majeur sans verser un centime à son associé. Le portrait est toujours le même :
« Un négociateur habile, mais qui n’assure jamais l’exécution concrète après les négociations ».
Difficile de retracer précisément les dossiers qui sont passés par Athos. Mais parmi les quelques opérations financées, l’une d’elles sort du lot. Par ses conséquences. Et par la manière dont elle s’est terminée.
🦟La Casa Mosquito
L’hôtel dont on va parler, à l’image d’un investissement locatif, c’est pas juste une ligne de rendement avec un financement et un EBITDAR. C’est avant tout un bâtiment dans un quartier où vivent des gens, des chambres où dorment des touristes, et le projet de vie d’un couple.
La Casa Mosquito, c’est l’histoire de Louis et Benjamin, tombés amoureux de Rio quelques années après être tombés amoureux l’un de l’autre. Quand ils arrivent au Brésil en 2010, ils ne connaissent pas grand-chose à l’hôtellerie. Benjamin a fait une école de commerce et eu une petite carrière dans les médias en parallèle de son métier de commercial. Louis était vétérinaire20.
« Je suis venu pour la première fois à Rio en 2009 et j’ai eu un coup de cœur pour cette ville et les Cariocas. »
Le couple investit près d’1M€. Après quelques travaux, l’hôtel de cinq chambres ouvre en octobre 2011 au 222, rue Saint-Roman, dans le quartier de Copacabana. Rien de plus. Mais rien de moins. Un bien banal projet de vie de deux personnes qui construisent quelque chose loin de leurs racines.
L'hôtel tourne bien. Les commentaires sont bons. La Casa Mosquito apparaît dans plusieurs guides et reportages, notamment le 19 juillet 2013 dans le JT de France 2, qui présente « Les Français de Rio »21. C'est d'ailleurs grâce à ce passage télé, et sur recommandation de la mairie de Rio, que Benjamin est contacté par La Grosse Équipe pour rejoindre son programme Les Anges de la Télé Réalité en tant que parrain, quand l'émission pose ses caméras au Brésil en 2015.
Entre-temps, Louis et Benjamin se sont mariés et préparent surtout deux échéances majeures : la Coupe du Monde de football à l’été 2014, et les Jeux Olympiques d’été en 2016. Pas seulement pour participer à la ferveur locale, mais parce que ces événements vont drainer une masse gigantesque de touristes qui vont payer cher et, peut-être, revenir. Pour en profiter, il faut agrandir.
Benjamin en parle à C., alors femme d’Olivier Coustet. Le lien se fait. Coustet connaît déjà le couple, trouve le projet intéressant, et se charge de trouver le financement. Il approche GAI22, une holding luxembourgeoise au capital de 112M€ qui investit au Brésil via une filiale locale. Pour convaincre, il se présente comme énarque, ancien inspecteur des Finances, et « honorable représentant de la branche brésilienne d’une banque de renommée internationale ». Il remet un dossier d’investissement, un business plan, met en avant l’absence de difficulté administrative (les permis, affirme-t-il, sont déjà obtenus), sa connaissance du terrain. GAI est séduite.
Le 17 mai 2013, l’argent arrive. GAI prête 2M BRL (≈ 352K€) aux associés de Casa Mosquito, remboursables en 54 mensualités. Benjamin et Louis peuvent lancer les travaux : l’extension fait passer l’hôtel de cinq à dix chambres, pile à temps pour la Coupe du Monde. Le prêt est garanti, sur conseil de Coustet, par les murs de l’hôtel. En parallèle, GAI entre au capital de Casa Mosquito afin de percevoir d’éventuels dividendes. L’accord est conclu grâce à l’intermédiation de Coustet. Tout repose sur lui.
Quelques mois plus tard, Coustet quitte Athos pour prendre la tête de B&B Hotels au Brésil, une chaîne hôtelière économique fondée à Brest en 1990, rachetée par Carlyle en 2010, puis par PAI Partners en 2016 et enfin par Goldman Sachs en 2019 pour 1,9G€. La mission : ouvrir vingt-cinq hôtels d’ici 2025. Sur le papier, c’est un poste de « CEO no Brasil ». Dans les faits, c’est plus compliqué que ça. Selon des sources internes à B&B, la constitution de B&B Hotels Brasil ne date que de 2015, et Athos Finance fournit des prestations de services à la nouvelle entité de 2016 à 2017, pour environ 1,2M BRL par an. Autrement dit : Coustet est payé par sa propre boutique avant de devenir salarié de B&B. Il entre comme gérant fin 2017 et commence à percevoir un salaire à partir de 2018, entre 1,8 et 2,5M BRL brut annuel, primes comprises, et partira autour de 2022.
En réalité, son bilan est maigre. Cinq ans pour ouvrir quatre hôtels, tous par conversion d’établissements existants, pas de construction neuve. Le premier n’ouvre qu’en 2017, à São José dos Campos. L’objectif sera revu à 14, au lieu de 25 à horizon 2025. Au moment de son départ, on en compte 7. En octobre 2019, Coustet se contente de déclarer à la Revista Hotéis qu’il est « otimista com a performance »23. Une « grosse déception » pour un cadre français de la chaîne qui refuse de parler plus longuement du passage de Coustet.
Un autre ancien salarié de B&B, au Brésil, raconte la même chose sous un autre angle. La promesse initiale était claire : un bonus pour chaque nouveau bail signé. Mais une fois en poste, Coustet lui aurait expliqué qu’il ne pouvait finalement pas le verser, invoquant une « politique de groupe ». La prime ne viendra jamais. Il décrit un patron qui se fait oublier du siège, évite les contacts avec la hiérarchie et fait sa cuisine dans son coin. Plusieurs anciens cadres affirment avoir été mal à l’aise que Coustet dirige son propre hôtel à Copacabana, qu’il exploitait en parallèle à titre personnel, pour les conflits d’intérêts que cela pouvait générer. Par ailleurs, une source interne à B&B indique cependant qu’une enquête interne avait mis au jour de « possibles irrégularités » dans la gestion de Coustet, mais refuse de préciser les suites données ni de confirmer un lien avec son départ.
Après le départ de Coustet en avril 2022, Flavia Regina Lorenzetti prend la direction en octobre. Sa première décision, selon un autre ancien cadre : remplacer l’intégralité du personnel.
Le schéma n’est pas neuf. Un ancien collaborateur de la banque Hottinguer à São Paulo, où Coustet a travaillé dans les années 2000, résume :
« C’est un malin, il change d’associé tous les deux ans. Il arrivait à faire envoyer des chèques avec de bonnes idées intellectuelles, mais sur l’exécution, il n’y avait plus rien. »
Et d’ajouter :
« C’est beaucoup de vie politique et pas d’exécution. Transparence chez lui, c’est zéro. »
Un autre professionnel de l’hôtellerie qui a travaillé avec Coustet au Brésil confirme le modus operandi :
« Il est bon pour prendre des mandats. »
Ce qui visiblement lui laisse donc du temps. Parce que le dossier Casa Mosquito, lui, n’a pas disparu. Il a juste changé de main. Quand Coustet quitte Athos, le prêt GAI court toujours. Mais Athos n’est plus dans l’équation. Le deal que Coustet avait monté en tant qu’intermédiaire salarié est devenu un dossier orphelin. Personne chez Athos ne reprend le suivi. C’est Coustet, personnellement, qui garde le lien avec GAI. Et avec l’hôtel.
Il n’est d’ailleurs pas seul à faire le voyage. Marisilvia Veras Dos Reis, son assistante de direction chez Athos depuis décembre 2013, le suit chez B&B en octobre 2016, puis le rejoindra chez EDGE Gestion24, une société que Coustet gère à Cannes avec son fils Jules. Dix ans, trois structures, le même fil. Entre-temps, Coustet a divorcé de C., celle-là même par qui Benjamin avait été mis en contact avec lui pour financer la Casa Mosquito. Selon des proches du dossier, le divorce a été conflictuel et lié à la relation de Coustet avec son assistante, avec qui il vit désormais sur la Côte d’Azur25.
Mais tout bascule brusquement. En septembre 2016, Casa Mosquito cesse de rembourser après seulement quinze échéances. Entre le prêt de 2013 et le défaut, le Brésil s'est effondré. L'euphorie de la Coupe du Monde s'est terminée par l'humiliation du 7-1 contre l'Allemagne. Le scandale Petrobras a dynamité la classe politique. Dilma Rousseff a été destituée. Le PIB a chuté de 3,8% en 2015, puis de 3,5% en 2016, la pire récession depuis les années 1930. L'État de Rio s'est déclaré en faillite. Le taux d'occupation des hôtels de la ville est passé de 76% pendant les JO à 37% quelques mois plus tard. Le tourisme qui devait exploser s'est évaporé. Le business plan, c'est Coustet qui l'avait monté. Les projections de revenus, c'est lui qui les avait validées auprès de l'investisseur. Mais c'est Benjamin et Louis qui payent. Et le premier ne cherche pas d'excuses :
« On n’était pas des financiers. La mensualité était trop élevée par rapport aux revenus hors événements. »
Et c’est là que les choses basculent. En octobre 2016, Coustet propose à GAI de reprendre l’affaire en main. Plus en tant qu’intermédiaire Athos, il en est parti. En son nom propre. Il se dit prêt à être « en risque » avec eux, à aller au bout de la procédure de recouvrement, à reprendre l’hôtel et à en assurer la gestion dans le cadre d’un bail long, le temps de rembourser la dette de GAI. En échange, il demande une option personnelle pour racheter le bien. Le plan est simple : GAI fait valoir sa garantie sur les murs, Coustet pilote l’opération, et au bout du chemin, il récupère l’hôtel. Un hôtel qu’il n’a pas financé. Dont il n’est pas propriétaire. Mais qu’il connaît, et dont il sait que les vrais propriétaires n’ont plus les moyens de se défendre.
Selon mes informations, un accord de partenariat aurait été négocié entre GAI et Coustet entre 2017 et 2018. L’objectif : vendre l’hôtel dans un délai de 24 mois. Coustet reçoit les pleins pouvoirs opérationnels. Au total, GAI aura engagé environ 482K€ dans l’opération. Le principe est que Coustet doit rembourser cette somme au moment de la vente de l’hôtel. Rien de tout cela ne sera respecté.
L’opération de recouvrement aura coûté au total 716K BRL26 à GAI, incluant les honoraires de Coustet, ceux des avocats et les frais d’enchères. Sur cette somme, Coustet aurait perçu 515K BRL27. En septembre 2017, pilotant l’opération, il aurait proposé à GAI deux scénarios pour la suite :
Soit un acquéreur rachète l’hôtel et il facture 15% du montant recouvré ;
Soit la propriété revient à GAI faute d’acheteur, et Coustet opère l’hôtel dans le cadre d’un bail long avec option d’achat.
Le mois suivant, l’immeuble est transféré par décision de justice à GAI28. Deux enchères publiques sont organisées les 21 et 28 novembre 2017. Personne ne se présente. GAI se retrouve propriétaire d’un hôtel à Copacabana qu’elle n’avait jamais voulu posséder.
La prise de possession effective a lieu le 4 juin 2018. Ce jour-là, cinq parties signent un protocole transactionnel : GAI, Casa Mosquito, Louis, Benjamin, et le cabinet d’avocats Chaves, Campista, Brant. Les anciens propriétaires remettent les clés. GAI rachète les meubles et règle divers frais, pour un total de 415K BRL29, partagé à parts égales avec Coustet. L’accord contient, au passage, une clause bâillon : Louis et Benjamin s’interdisent de « commenter négativement, dénigrer, critiquer en public, par e-mail, réseaux sociaux ou tout autre moyen » GAI ou le futur business installé dans l’immeuble. Coustet propose les statuts de la nouvelle société d’exploitation : une EURL à associé unique, lui-même, capital de 1 000 BRL. Il la baptise L’Homme de Rio. Comme le film de Philippe de Broca, celui où Belmondo court sur les toits de Copacabana à la poursuite d’un trésor volé…
Il en détient 99%30. Le 1% restant est au nom de Marisilvia Veras Dos Reis, son assistante de direction devenue sa compagne. À ce stade, la situation est la suivante : GAI possède les murs, Coustet contrôle l’exploitation. Les deux sont séparés. Et c’est Coustet qui tient les clés du business.
En janvier 2019, les murs changent de main : GAI cède l’immeuble à une société de Coustet pour un prix inscrit de 2M BRL31, soit moins que les 482K€ engagés par GAI dans l’opération, probablement lié à une dette inscrite au passif, et nom à un réel transfert d’argent. Coustet contrôle désormais les deux : l’exploitation et les murs.
La Casa Mosquito de Benjamin et Louis n’existe plus. Même le nom a disparu. Dix ans de travail, de bricolage, de permis arrachés à la mairie, de petits matins passés à préparer le café pour les clients. Tout ça réduit à une ligne dans un registre de commerce. Benjamin et Louis sont encore là, à Rio, à quelques rues de l’hôtel qu’ils ont construit. Ils le voient tourner sans eux. Ils n’ont pas le droit d’en parler.
Quelques jours après la remise des clés, Louis fait une tentative de suicide. Il ne se remettra jamais de la perte de l’hôtel. Benjamin finira par me le dire. Pas tout de suite. Plus tard, quand il aura trouvé la force. Une seule phrase :
« Cette histoire a tué mon mari. »
Benjamin se reconstruit comme il peut, lance une activité de conciergerie haut de gamme sous le nom de Rio Exception. Louis, lui, s’enfonce. En mai 2023, il meurt à Rio de Janeiro. Il avait 62 ans. Olivier Coustet ne leur a jamais adressé le moindre message.
Reste l’hôtel. Celui pour lequel Louis est mort et Benjamin a tout perdu. Il existe encore, au 222 rue Saint-Roman.
Un samedi de septembre 2024, quelqu’un pousse la porte du 222 de l’étroite rue pavée. L’endroit s’appelle donc désormais L’Homme de Rio. Il a réservé un day use, dix heures à dix-sept heures. Huit suites occupées sur dix, huit employés. L’hôtel tourne encore. Mais il n’émet pas de factures pour le day use ni pour la restauration. Juste un reçu de 451 BRL signé par le responsable financier. Et si le client insiste pour une facture, le prix est majoré de 10%. Le lieu, lui, a mal vieilli.
Piscine sale. Deck en bois dégradé, planches disjointes. Rouille au pied des structures métalliques. Miroir brisé. Murs dont la peinture s’écaille. Câbles électriques apparents derrière le bar. L’intérieur, avec son parquet marqueté, ses canapés en cuir vieilli et l’affiche du film L’Homme de Rio encadrée au mur, garde une certaine allure. Mais l’impression générale est celle d’un abandon progressif : un établissement qui tourne encore, mais que plus personne n’entretient.
Le propriétaire « vient rarement », selon la personne de l’accueil.
Mais finalement, en avril 2025, les murs de l’hôtel sont revendus à une holding néerlandaise, Davids en Mena Holding B.V., pour 6,4M BRL, soit environ 1,05M€. Quelques mois avant la vente, en novembre 2024, le registre foncier est rectifié : la société acquéreuse de 2019, initialement enregistrée sous le nom personnel de Coustet, y apparaît désormais sous le nom d’Edge Capital Administração de Bens Ltda. Edge Capital au Brésil, EDGE Gestion à Cannes : deux structures, deux pays, la même marque, le même homme. Le prix inscrit en 2019, 2M BRL, n’a selon nos informations jamais été réglé. GAI, qui avait tout financé, s’est retrouvée sans les murs, sans le fonds de commerce, et sans remboursement. Benjamin, lui, n’a jamais touché un centime.
🌊 L’homme de Rio
Mais l’hôtel de Copacabana traîne aussi d’autres histoires.
En mars 2020, le Covid-19 arrive au Brésil. Le pays enregistrera à terme plus de 700 000 morts, l’un des bilans les plus lourds au monde. Rio de Janeiro impose un couvre-feu, ferme les bars, interdit les rassemblements. Le tourisme s’arrête net. Le 24, Olivier Coustet publie une vidéo sur la chaîne YouTube de B&B Hotels Brasil32. Le ton est grave. En tant que président de la chaîne au Brésil, il annonce la fermeture temporaire de trois établissements et le maintien d’une activité minimale sur deux autres. Il s’en explique :
« Exposer nos clients, nos employés et nos partenaires à un risque évident, un risque de transmettre le virus à leurs proches, à leurs familles, est une responsabilité que nous ne pouvons pas assumer. »
Puis :
« Ce n’est pas une décision dictée par la peur, c’est une décision de responsabilité, car c’est le seul moyen d’aplatir la courbe et de limiter la propagation du virus. »
Et d’ajouter :
« Je ne pourrais pas assumer cela et agir ensuite, je ne pourrais pas dormir. »
Il ferme ses hôtels. Il appelle à l’isolement social. Il affirme que le chiffre d’affaires est « bien peu face à ce que nous vivons réellement ». Il dit ne vouloir « blesser personne, ni profiter d’aucune situation ». Une position en accord avec le consensus scientifique et les mesures adoptées par la plupart des pays, mais qui tranche au Brésil avec celle du président Bolsonaro, qui minimise la pandémie et s’oppose aux confinements.
Un an plus tard, le Brésil est en pleine hécatombe. Mars 2021 est le mois le plus meurtrier de la pandémie dans le pays : plus de 66 000 morts en trente jours. À Rio, les mesures sanitaires sont toujours en vigueur : couvre-feu, fermeture des bars, interdiction des rassemblements.
Extrait des restrictions à Rio
Le samedi 27 mars, une fête clandestine est organisée à L’Homme de Rio, l’hôtel que Coustet exploite à titre personnel à Copacabana. Selon une source sur place, ce n’est pas la première fois. Au milieu de la nuit, Guilherme L., 21 ans, bascule depuis la zone piscine située sur le rooftop et tombe dans une ravine en contrebas de l’établissement. Quinze mètres plus bas. Les pompiers arrivent vite, le transportent à l’hôpital Miguel Couto, puis au Barra D’Or. Il meurt quelques heures plus tard33.
La police judiciaire ferme immédiatement l’hôtel. Perquisition, collecte des images de vidéosurveillance. L’établissement est fermé administrativement pour six mois34, pour non-respect des décrets sanitaires. Une action pénale est ouverte dans la foulée devant la 34ᵉ chambre criminelle de Rio35. Mais la justice ne parvient pas à notifier Coustet. Des commissions rogatoires sont envoyées en Bahia, à Mata de São João et à Camaçari36. À Mata de São João, le mandat revient non remis : Coustet n’est pas à l’adresse indiquée. À Camaçari, même résultat. À cette date, Coustet a quitté le Brésil. En avril 2022, il quitte B&B Hotels. En janvier 2024, il cofonde SantaREIM à Paris avec Patrick Lenoël. La procédure pénale de Rio sera classée définitivement en novembre 2024, faute d’avoir pu le notifier. Le délégué Felipe Santoro, interrogé fin 2025, confirme les faits mais finalement n’a pas donné suite à mes questions en relance. En revanche, la justice brésilienne m’a confirmé que le nom d’Olivier Coustet revenait à plusieurs reprises dans des procédures récentes.
En quelque dix ans de présence au Brésil, le nom d’Olivier Bruno Louis Coustet apparaît dans plusieurs procédures judiciaires brésiliennes le visant personnellement, réparties entre les États de Rio de Janeiro, São Paulo et Bahia. Certaines relèvent de fatos atípicos, des faits mineurs comme des violations des mesures sanitaires pendant le Covid37 mais également loyers impayés, dettes fiscales38, et surtout une enquête pénale en cours.
Dès 2012, un propriétaire carioca l’assigne pour loyers impayés. Coustet conteste, fait appel. Il perd39. En 2024, son nom figure sur la liste des inscrits en dette active (dívida ativa) de la mairie de São Miguel do Gostoso, une station balnéaire du Rio Grande do Norte : 913,56 BRL d’impôts municipaux impayés40. Ce qui révèle au passage l’existence d’un bien immobilier supplémentaire, dans le Nordeste cette fois. Une dette fiscale municipale a aussi été identifiée à Cotia, dans la banlieue de São Paulo, avant d’être réglée41.
Le 5 novembre 2024, c’est le Trésor public fédéral qui s’en mêle. La PGFN42 publie un édit de « reconnaissance de responsabilité » visant Coustet personnellement43. La PGFN a identifié qu’il était administrateur d’Athos Capital Partners Consultoria Financeira Ltda, une société de conseil financier immatriculée au Brésil, qui a été dissoute irrégulièrement, c’est-à-dire sans suivre les règles légales de liquidation, alors qu’elle avait des dettes fiscales fédérales inscrites en dette active de l’Union. En droit brésilien, la dissolution irrégulière d’une société entraîne la responsabilité personnelle de l’administrateur pour les dettes fiscales. Le seul moyen d’y échapper, précise l’édit, c’est de payer.
Enfin, et surtout, depuis juillet 2024, une enquête de police pour apropriação indébita (détournement) est ouverte contre Coustet au commissariat des Jardins, à São Paulo44. Le Parquet suit le dossier. La police demande régulièrement des délais supplémentaires. Au moment où nous publions, l’enquête est toujours en cours.
Mais c’est le comportement de Coustet face à la justice qui frappe. Toujours la même chose. Il ne se présente pas. Il ne réceptionne pas les convocations. Il est introuvable. Copacabana, Itaim Bibi, Cotia, Mata de São João, São Miguel do Gostoso. Beaucoup d’adresses, ou aucune huissier n’arrive à trouver.
Fin 2023, le tribunal pénal spécial du Leblon, à Rio, cherche à le convoquer45. Il envoie une commission rogatoire à São Paulo46. En novembre, un huissier se rend Rua Tabapuã, dans le quartier d’affaires de l’Itaim Bibi, à l’adresse d’un immeuble de bureaux :
« J’ai été reçu par l’employée de la réception, Mme Neildes Batista Santos, qui a déclaré que le convocateur n’était pas établi à cet endroit et était inconnu. »
Parce que la réalité, elle était racontée dans le premier épisode : Coustet n’est pas au Brésil. Il est en France, où il vient de cofonder SantaREIM Partners avec Patrick Lenoël en janvier 2024.
🇫🇷Back to reality
Pendant que la justice brésilienne cherche Coustet sans le trouver, il a déjà tourné la page. Avec Lenoël, il lance les premiers club deals hôteliers sur la Côte d’Azur via SantaREIM. En parallèle, il dirige EDGE Gestion à Cannes avec son fils Jules, et reste gérant d’Arpoador Finance et de Bahia Finance, deux sociétés aux noms qui trahissent, comme SantaREIM elle-même, un attachement persistant au Brésil.
Comme raconté dans l’épisode 1, SantaREIM vend des club deals hôteliers à 12% de TRI sur du 3 étoiles en région. Le modèle repose sur l’acquisition simultanée des murs et du fonds de commerce, avec un exploitant en place. C’est un montage différent du condo-hôtel que Coustet opérait au Brésil, où des investisseurs individuels achetaient des chambres une par une. Mais dans les deux cas, l’argument de vente est le même : la crédibilité des gérants. En finance, tout repose sur la confiance. Plus qu’un TRI, plus qu’une perte ou un gain. La confiance, parfois, passe par le track record. Mais dans nos métiers, elle passe plus souvent par la réputation, le CV, et surtout par ce qu’on fantasme par effet de halo : un passage à l’ENA, un poste à Matignon, un titre de directeur général suffisent à rassurer un investisseur qui ne vérifiera pas le détail.
Or c’est précisément cette crédibilité qui pose problème. Le CV hôtelier de Coustet repose sur B&B Hotels Brasil, sur la Casa Mosquito via ses co-investissements luxembourgeois, et sur ses joint-ventures avec Hottinguer au Brésil. On a vu ce qu’il en est resté : un hôtel dont les propriétaires ont été dépossédés, un investisseur institutionnel qui n’a jamais été remboursé, des structures dissoutes irrégulièrement, et une justice qui n’arrive pas à le trouver. Chez B&B, les investisseurs du condo-hôtel de São Paulo avaient souscrit des contrats d’investissement collectif sur la promesse d’une « rentabilité indépendante de la performance de l’établissement⁴⁹ᶜ ». En 2020, Coustet signe un avenant qui suspend le loyer fixe et transfère le risque opérationnel sur ces mêmes investisseurs, exactement ce que le contrat était censé empêcher.
Quant à Lenoël, on a raconté dans l’épisode 1 son parcours chez Antin Vendôme, UFFI, Fiducial, où les associés de SCPI ont voté à plusieurs reprises pour se débarrasser de la société de gestion qu’il dirigeait, puis chez APICAP, condamnée par l’AMF et liquidée.
C’est ce track record que Coustet et Lenoël apportent aujourd’hui chez SantaREIM. Les faits sont là : Athos Capital Partners a été dissoute irrégulièrement avec des dettes fiscales fédérales⁵⁶ᵍ, une enquête pénale pour détournement est en cours⁵⁶ʰ, et Coustet n’a pas attendu de solder ses affaires brésiliennes pour en lancer de nouvelles en France.
Alors certes, SantaREIM, contrairement à d’autres, n’utilise pas ce storytelling pour faire les poches d’un retail qui n’a pas les armes pour comprendre ce qu’on lui raconte. Et effectivement, une enquête ne vaut pas condamnation. Mais plusieurs projets de SantaREIM, qui se dit régulée par l’AMF, ont été indirectement financés par de l’argent public, via le Fonds Tourisme Côte d’Azur, doté par la Caisse d’Épargne Côte d’Azur, la CCI de Nice, la Métropole de Nice ou encore la Banque européenne d’investissement.
Ce n’est pas l’histoire de deux escrocs. C’est peut-être pire. C’est l’histoire d’un système qui ne regarde pas. Qui ne pose pas de questions. Qui prend les CV pour argent comptant, les titres pour des garanties, et les promesses pour des preuves. Un système où l’on peut perdre des gens en route, dissoudre des sociétés sans payer ses dettes, échapper à la justice d’un pays, et recommencer dans un autre avec les mêmes mots, les mêmes slides, la même assurance. Non pas parce qu’on est particulièrement malin, mais parce que personne ne vérifie. Parce que vérifier, c’est cher, c’est long, et ça ne rapporte rien.
En introduction de cet épisode, j’écrivais que l’argent n’est ni bien ni mal, ni propre ni sale, et que c’est ce qu’on en fait qui compte. Il y a une chose qu’on oublie souvent en finance. Derrière les TRI, les AUM, les club deals et les PowerPoint à douze slides, il y a des gens. Des gens qui signent un chèque en croyant une promesse. Des gens qui partent 500€ sur un crowdfunding, alors que c’était des mois d’épargne. Des gens qui mettent dix ans à construire un hôtel à la main, permis par permis, matin par matin, et qui le voient disparaître dans une ligne de registre de commerce. Des gens qui n’en reviennent pas.
Louis est mort. Benjamin est toujours à Rio, à quelques rues de l’hôtel qu’il a construit. Guilherme avait 21 ans.
Contactés, ni Olivier Coustet, ni Patrick Lenoël, ni GAI n’ont souhaité répondre.
Olivier Coustet reste présumé innocent pour les faits, non établis et non nommés, de l’enquête pénale ouverte à son enquête, ainsi que pour les procédures qui n’ont pas, ou pas encore, abouti. L’article n’a pas pour but de chercher ou de prouve une quelconque ou possible culpabilité.
Olivier Coustet n'a jamais été mis en cause, ni de près ni de loi, dans le scandale du Mensalão.
L’Afer recrute une grosse pointure, L’Argus de l’Assurance, janvier 2007
Promotion 1990-1992
Arrêté du 17 février 1992 portant affectation aux carrières des élèves de la promotion 1990-1992, Légifrance
Fonds Olivier Coustet, cabinet du Premier ministre, Archives nationales. Période : mai 2002 à novembre 2004
Et non « en 2005 avec l'arrivée de Villepin » comme indiqué dans l'épisode 1. Coustet part en novembre 2004, lors du remaniement provoqué par la démission de Nicolas Sarkozy pour prendre la tête de l'UMP.
Carnet des décideurs, L’Argus de l’Assurance. News Assurances Pro, septembre 2024.
AFD abrirá escritório no Brasil em janeiro de 2007, Agência Brasileira de Cooperação, 23 août 2006
Cláudio Humberto, colonne politique, Folha de Londrina, 4 septembre 2005.
Presidente da CEF entregou extratos a Palocci, Conjur, 27 mars 2006.
Contrat collectif AFER, site officiel
À l'époque, les SNC n'étaient pas tenues de publier leurs comptes.
De décembre 1986 à août 1997
Scandale et procès : quand le mythe de l’Afer s’est écroulé, Gilles Pouzin, Deontofi.com, 27 juin 2014
Assurance vie : l’action en restitution de l’Afer touche à sa fin, UFC-Que Choisir, 13 septembre 2016
Cour d'appel de Paris, 10 juin 2008. Pourvoi rejeté, Cour de cassation, chambre criminelle, 2 décembre 2009
L’Afer recrute une grosse pointure, L’Argus de l’Assurance, janvier 2007.
Carnet, Le Figaro, 12 septembre 2009
Profils LinkedIn et Viadeo d'Olivier Coustet
Dans le monde de l’entreprise, la cordialité brésilienne est un leurre, Félix Mazet, Le Petit Journal, 4 novembre 2015
« À Rio, les rois de la favela sont Toulousains », Sébastien Barrère, La Dépêche, 20 juin 2014
JT de France 2, 19 juillet 2013, reportage « Les Français de Rio »
RCS Luxembourg B58181
B&B Hotels reinaugura Hotel Presidente, em Uberlândia (MG), Edgar J. Oliveira, Revista Hotéis, 3 octobre 2019
Profil LinkedIn de Marisilvia Veras Dos Reis
S’il n’est pas usage sur Zero Bullshit de faire état de la vie privée et personnelle des personnes citées, l’information est importante dans le contexte, et continuera à l’être pour la suite du récit.
≈ 124K€
≈ 90K€
AV .8/96.200, Oficio do registro de imoveis, Estodo do Rio de Janeiro
≈ 64K€
Certidão Simplificada de HDR Hospedagem Ltda (CNPJ 31.206.644/0001-64), JUCERJA, 15 mai 2024. Sócios : Olivier Bruno Louis Coustet (99%), Marisilvia Veras Dos Reis (1%)
≈ 350K€
13e DP (Delegacia de Polícia), Rio de Janeiro. Rapport de police relatif au décès de Guilherme L., 21 ans, survenu dans la nuit du 27 mars 2021 à l'hôtel situé Rua Saint Roman 222, Copacabana. Chute depuis le rooftop (zone piscine) dans une ravine en contrebas. Transport par les pompiers à l'hôpital Miguel Couto, puis au Barra D'Or. Décès constaté quelques heures plus tard.
Pour infração de medida sanitária preventiva, Art. 268 du Code pénal brésilien
Procédure pénale nº 0074795-37.2021.8.19.0001, 34ᵉ chambre criminelle du tribunal de justice de l’État de Rio de Janeiro, ouverte le 3 avril 2021, classée définitivement le 24 novembre 2024 faute de notification du mis en cause. Marisilvia Veras Dos Reis figure comme premier « auteur du fait ».
Commissions rogatoires en Bahia : (1) Carta precatória criminal nº 8000098-84.2024.8.05.0164, chambre criminelle du tribunal de justice de l'État de Bahia, siège de Mata de São João, ouverte le 23 janvier 2024, mandat retourné non remis le 11 mars 2024, classée le 12 mars 2024. (2) Termo circunstanciado nº 8000645-14.2024.8.05.0039, 1ʳᵉ chambre criminelle du tribunal de justice de l'État de Bahia, siège de Camaçari, ouvert le 23 janvier 2024, classé définitivement le 13 mai 2024.
8000098-84.2024.8.05.0164, tribunal de justice de l'État de Bahia.
Dettes fiscales : exécution fiscale nº 1506512-85.2022.8.26.0152, tribunal de justice de l'État de São Paulo, siège de Cotia. Municipalité de Cotia contre Coustet (dívida ativa). Éteinte le 31 janvier 2023, la dette ayant été réglée avant citation.
Exécution de titre extrajudiciaire nº 0423733-05.2012.8.19.0001, 7ᵉ chambre civile du tribunal de justice de l'État de Rio de Janeiro, ouverte en 2012.
Opposition de Coustet (embargos à execução) nº 0094393-55.2013.8.19.0001, même chambre.
Appel rejeté à l'unanimité par la 3ᵉ chambre de droit privé le 12 août 2014
Prefeitura Municipal de São Miguel do Gostoso/RN, Secretaria Municipal de Tributação, « Lista de Inscritos na Dívida Ativa », exercice 2024.
L'inscription en dette active municipale (IPTU impayé) implique la détention d'un bien immobilier sur la commune
Dettes fiscales : exécution fiscale nº 1506512-85.2022.8.26.0152, tribunal de justice de l'État de São Paulo, siège de Cotia. Municipalité de Cotia contre Coustet (dívida ativa). Éteinte le 31 janvier 2023, la dette ayant été réglée avant citation
Procuradoria-Geral da Fazenda Nacional
« Edital de Abertura de Procedimento Administrativo de Reconhecimento de Responsabilidade », n° 1792, Brasília, 5 novembre 2024. Contribuinte : OLIVIER BRUNO LOUIS COUSTET. Devedor principal : Athos Capital Partners Consultoria Financeira Ltda, CNPJ 13.574.593/0001-41. Numéro du procedimento administrativo : 78511.5071. La PGFN identifie Coustet comme administrateur d’une personne morale inscrite en dette active de l’Union (Dívida Ativa da União) et dissoute irrégulièrement (extinta irregularmente), c’est-à-dire sans suivre les règles légales d’extinction. En vertu de la législation brésilienne, l’administrateur à l’époque de la dissolution irrégulière peut être tenu personnellement responsable des dettes fiscales fédérales de la société.
Enquête de police (inquérito policial) nº 1526328-97.2024.8.26.0050, Vara Regional das Garantias, tribunal de justice de l’État de São Paulo.
Chef d’inculpation : apropriação indébita (détournement, art. 168 du Code pénal brésilien). Commissariat d’origine : 78º Distrito Policial dos Jardins, São Paulo.
Distribuée le 19 juillet 2024.
La police a demandé des prolongations de délai en août 2024, décembre 2024, avril 2025 et octobre 2025, accordées par le Parquet.
Enquête en cours au moment de la publication.
Procédure pénale devant le IV Juizado Especial Criminal du Leblon, tribunal de justice de l'État de Rio de Janeiro. Intimation non remise.
Commission rogatoire criminelle nº 1042311-33.2023.8.26.0050, Vara do Juizado Especial Criminal, Foro Central Criminal Barra Funda, tribunal de justice de l'État de São Paulo. Origine : IV Juizado Especial Criminal du Leblon (Rio de Janeiro). Mandat d'intimation exécuté le 9 novembre 2023 à l'adresse Rua Tabapuã 422, conj. 51, Itaim Bibi, São Paulo (Edifício Reseda Office).
Réponse de la réceptionniste Neildes Batista Santos : « l'intimé n'est pas établi sur place et est inconnu ». Mandat retourné négatif.
Commission renvoyée à Rio le 10 janvier 2024.














C'est sans doute anecdotique, mais le nom de Franck Provost (LU) de Athos, je l'avais déjà lu dans mes recherches sur Christian Louboutin. C'est le gérant des boites de Christian Louboutin au Luxembourg qui détiennent sa société (Lusignan, Lolalex, Gohu, ...).