Bonjour à tous,
Après un rapide passage par le crowdfunding la semaine dernière (qui réserve bien des surprises, on vient notamment d’apprendre que Blast était favori pour reprendre Tudigo), nous voici de retour pour le 2e épisode de la série sur Étienne Binant et Sébastien Grandin, qui parait malgré les trois courriers d’avocat.
Dans le premier, il était question d’un fonds abondé par Epstein dans le but de se rapprocher des Lang, dont Binant avait pris la gestion. Ici, c’est Grandin qui prend les rênes des sociétés d’une icône du cinéma français, Isabelle Adjani.
Du Lubéron à Santa-Monica, voici le récit des 15 mois que le couple a passé dans la vie de l’actrice. Et les « traumatismes » qu’ils lui ont laissé.
Bonne lecture.
💡Conflits d’intérêts
Une partie de cette enquête a été financée par des mécènes, permettant à l’équipe de consacrer plus de temps à investiguer et écrire.
Aucun d’entre eux n’a influencé la rédaction des épisodes ou n’a relu la moindre ligne avant publication.
💡Avant propos
Cette enquête a fait l’objet de trois courriers de la part des avocats d’Étienne Binant et Sébastien Grandin pour en menacer la publication. Leur teneur est expliqué à la fin de cet article.
Le 21 septembre, Étienne Binant a souhaité répondre au premier épisode, principalement à des questions qui lui avait été soumise avant publication. Il n’avait alors pas souhaité répondres.
Publicité
Les annonceurs ne sont jamais informés avant publication du contenu de la newsletter, et bookent un créneau à l’avance. Ils ne bénéficient à aucun moment d’un droit de regard sur l’éditorial.
Mieux que votre banque. Un compte courant à 4% par an : euros, stablecoins et bitcoin.
Investir dans les crypto-actifs comporte des risques et peut entraîner la perte de votre capital.
Avant d’investir, assurez-vous de bien comprendre vos besoins, vos objectifs et votre niveau d’expérience en matière de crypto-actifs.
Deblock SAS est agréé MiCA auprès de l’AMF sous le numéro A2025-001
💡 Pour soutenir Zero Bullshit vous pouvez :
Communiquer en tant qu’annonceur dans cette newsletter, auprès des 500’000 abonnés de toutes les newsletters éditées par Meelton
Soutenir via un don unique ou récurrent, vous êtes plus de 50’000 à lire chaque édition. Si 1 sur 5 donnait 1€ / mois, le financement de Zero Bullshit serait assuré.
Vous abonner aux autres newsletters de Meelton, comme A Free Lunch, The Long Bet, Helvetica ou Le Brief Patrimonial.
📼L’été meurtrier
La voiture s'arrête au-dessus d'une combe, devant une tour romane qui tient la vallée et sa rivière depuis 9 siècles. Août 2010, l'ancienne route de Marseille, dans le Lubéron. Sébastien Grandin en descend avec l'homme qui partage sa vie. À 36 ans, il dirige Globe, une petite société de conseil aux entreprises fondée 3 ans plus tôt, dont son compagnon Étienne Binant est le seul salarié. Le reste du temps, Grandin travaille ailleurs, au Studio Andrée Putman, où il est entré en 2004 comme assistant de la décoratrice et dont il prendra la direction exécutive. Amateurs d'art, disent ceux qui les ont vus arriver. Patients, surtout. Avant le Lubéron, il y a eu la neige. Le Cheval Blanc de Courchevel 1850, un des palaces les plus chers des Alpes, 3K€ la nuit, où le maître de maison a ses habitudes. Ils y ont pris les leurs, et ont attendu le temps nécessaire.
L'histoire que le propriétaire raconte volontiers commence vers 1100, quand des moines dressent cette tour pour un prieuré : une auberge pour les pèlerins et, sur la vallée entière, une autorité qui ne distingue pas les affaires des âmes. En 1713, un évêque vient y vivre seul. La Révolution vend le tout comme bien national, 200 livres, à un paysan du village, après quoi la tour sert de pigeonnier entre des murs sans toit où poussent des arbres. C'est là que monte, avec ses cousins et une canne à pêche, le gamin de la ferme d'en bas, celle des melons et des asperges. Il y revient des décennies plus tard avec de quoi racheter les ruines à un cinéaste croisé dans une soirée à Los Angeles. Les archéologues fouillent des années, les murs remontent pierre à pierre, la tour devient une chambre d'amis, et une piscine prend la place où les moines lavaient leur linge. Un tas de ruines qui l'a ruiné, dit-il de sa maison. La maison le lui rend l'été, quand elle se remplit de déjeuners servis au-dessus de la vallée et de dîners qui finissent dans l'eau, et que l'hôte va d'une table à l'autre en panama et costume de lin.
Monté à Paris à 20 ans pour tenir la revue de presse d’un ministre de la Santé, puis journaliste dans un quotidien médical, l’hôte a passé sa vie à faire se rencontrer les laboratoires et les politiques. Au milieu des années 1980, il fonde une société dont les clients s’appellent Pfizer, Glaxo, Bayer ou Lilly, revendue 20 ans plus tard pour 10M€, puis devient conseiller du patron d’un des plus gros laboratoires du monde, au point que beaucoup, dans le métier, le tiennent pour le n°2 du groupe. Chaque septembre pendant 15 ans, il a réuni dans le Lubéron les ministres de la Santé et l’industrie du médicament, juste avant le vote du budget de la Sécu, et le dimanche, à quelques kilomètres, il servait l’aïoli au prieuré. L’hiver, il reçoit à Paris, au dernier étage d’un immeuble dont la terrasse regarde le dôme des Invalides et, dessous, le tombeau de Napoléon. Aux jeunes conseillers ministériels qu’il invite à déjeuner, il sert de l’art contemporain et des amitiés, un violoncelliste, des actrices, puis de l’économie de la santé. Jamais un dossier, comme le raconte un ex-ministre sous couvert d’anonymat :
« [Il] n’était pas assez vulgaire pour parler affaires. Les choses se faisaient toujours en dehors, après avoir été facilitées par une rencontre. [silence] Ce n’est pas facile à expliquer à ceux qui n’y assistent pas ».
À l'automne 2008, dans cet appartement du VIIe arrondissement, un verre à la main, la voisine du dessous, Simone Veil, lâche à Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, que personne ne lui a jamais donné la Légion d'honneur. Pas même le ruban. Outrée, Bachelot appelle l'Élysée le lendemain et obtient qu'un décret soit pris, exprès pour l’ex-présidente du Parlement européen, pour permettre de sauter les grades : à la promotion du Nouvel An, Simone Veil est élevée directement à la dignité de grand officier.
Quand le nom de François-Marie Banier sort dans l'affaire Bettencourt, ceux qui fréquentaient l'endroit se souviennent tous de l'y avoir croisé. Et en avril 2013, quand une affaire d'État emporte un ministre, la police vient perquisitionner cet appartement, sans que l'hôte soit mis en cause dans quoi que ce soit. Les mêmes prendront alors leurs distances, et deviendront vagues sur ce qu'ils venaient y faire. En août 2010, personne n'y trouvait à redire.
L'une des amies actrices est à table ce soir-là. À 55 ans, Isabelle Adjani a gardé le visage de L'Été meurtrier : la peau qui ne prend pas le soleil, et ces yeux d'un bleu si pâle qu'ils paraissent presque blancs. Ceux qui s'asseyent en face d'elle savent tous la même chose : 5 Césars, le dernier reçu 6 mois plus tôt sur la scène du Châtelet pour La Journée de la jupe. Cinq, c'est un record que personne n'a approché : aucune autre actrice n'en a gagné plus de 2. Tous savent aussi qu'elle tourne peu et refuse presque toutes les publicités, sauf Lancel, qui a donné son nom à un sac. Vue de cette table, c'est une femme à qui rien ne manque. Le couple, lui, voit autre chose. Il le dira, et l’écrira.
« Relancer sa carrière. »
🎭 Camille Claudel
La carrière ne semble pourtant pas à l’arrêt. Le 5e César en février, Mammuth en salles en avril. Isabelle Adjani ne ressent pas le besoin que quiconque relance quoi que ce soit, mais elle se laisse convaincre qu'un regard extérieur sur ses projets et son image ne peut pas lui faire de mal. Séduite, l’actrice trouve Étienne Binant intelligent, et d’un charme qui opère sur tous ceux qui l’ont croisé. Dans l'entourage, un autre mot circule pour qualifier ces mois-là : l’envoûtement.
Binant n'a aucune expérience dans le cinéma, mais ses relations et son charisme la rassurent. Grandin, de son côté, est bien introduit à l'Opéra de Paris et toujours salarié à plein temps du Studio Putman. Alors ils se revoient plusieurs fois, à Paris, pendant l'automne et l'hiver. Et au début de 2011, ils se mettent d'accord.
Les affaires d’Isabelle Adjani tiennent en 2 sociétés, une par métier : vendre son image, et produire des films.
La première s’appelle Isia Films. Une SARL créée en 2005, 40K€ de capital, 80% pour elle et 20% pour son fils Barnabé, et un objet d’une ligne : l’exploitation exclusive de l’image d’Isabelle Adjani. C’est par là que passent les publicités et une partie de ses cachets de cinéma.
Une partie seulement. Ce qu'un acteur touche pour jouer est un salaire, avec ses cotisations. Ce qui lui revient ensuite pour l'usage de son image, ou pour l'exploitation de l'enregistrement de son jeu, n'en est pas un1, et peut être facturé par une société. D'où Isia, et une fiscalité plus douce sur cette deuxième partie.
Cette particularité a d’ailleurs une longue histoire juridique. En juillet 2009, la Cour de cassation resserre la frontière : elle juge que la somme versée à un mannequin par une maison de couture pour l’exploitation de son image était un salaire, parce qu’elle était forfaitaire au lieu de suivre les retombées2. Le même raisonnement a requalifié ce qu’un chanteur avait perçu pour un jeu-concours, et l’à-valoir qu’un producteur versait à un comédien par l’intermédiaire de la société de ce comédien. La règle : si la redevance ne suit pas ce que l’exploitation rapporte, ce n’est pas une redevance, c’est un salaire déguisé. Et l’inverse tient aussi : une partie de la rémunération d’un comédien peut passer en image, donc en facture.
Isia, c'est un bureau, une salariée et un chiffre d'affaires de 500K€ par an. L’unique salariée, N., est aussi l'assistante personnelle d'Isabelle Adjani, et le restera 10 ans, de 2009 à 2019. Quant à l’activité de la société, elle tient presque entièrement à un contrat d’égérie signé en février 2008 avec Lancel, autour de 450K€ par an, soit 9 euros sur 10 de ce qu'elle encaisse. Ce qui suffit à la rendre bénéficiaire.
La seconde s'appelle Leia Films, une SAS créée en 2010, avec un objet tout aussi clair : la production cinématographique. Contrairement à d'autres grands noms du cinéma français, Isabelle Adjani ne produit que rarement. En réalité, avant 2011, elle ne l’avait fait qu’une seule fois.
C'est pour Bruno Nuytten, son compagnon d'alors et père d’un de ses enfants. Ce chef opérateur, qui a travaillé pour Téchiné ou Berri, n'a jamais réalisé de film. Elle croit en lui. Alors elle achète les droits d'une biographie de Camille Claudel, obtient la bénédiction des héritiers, ce qui coule au passage 2 projets concurrents dont le Chabrol avec Huppert, puis défend le sujet pendant 5 ans3. Elle convainc Gérard Depardieu de jouer Rodin. Elle convainc Christian Fechner, le producteur de Carax ou de Rivette, de mettre l'argent, et complète elle-même avec sa société d'alors, Lilith Films. Le budget finira autour de 90M de francs. Bouclé au forceps. Résultat : 2,7M d'entrées4 et, en février 1989, son 3e César de la meilleure actrice, après Possession et L'Été meurtrier.
En 2008, Arte lui propose un téléfilm, La Journée de la jupe : elle n'y est qu'actrice. Son premier film depuis Bon Voyage du regretté Jean-Paul Rappeneau, 5 ans avant. Le long métrage passe par le festival de la fiction de La Rochelle, puis Adjani part le défendre à la Berlinale. Devant l'accueil et les éloges que reçoit son interprétation, Arte vend les droits salles à Rezo Films afin que le film sorte au cinéma le 25 mars 2009, 5 jours après sa diffusion à la télévision. Un détail pour le box-office, moins de 120K entrées. Pas pour Adjani : la sortie en salles rend le film éligible aux César. Et 11 mois plus tard, elle entre dans la salle du Châtelet vêtue d’une robe Azzaro plus bleue que ses yeux, soulignée par une lourde parure de Grisogono. Son ami Gérard Depardieu ouvre l’enveloppe cachetée. Annonce son nom. Cinquième César.
En 2015, Isabelle Adjani remet de l'argent dans un film pour la deuxième fois de sa vie. Sans Grandin ni Binant, partis depuis. Elle met de l'argent dans l'adaptation des Visages écrasés de Marin Ledun, où elle joue une médecin du travail dans un centre d'appels. Elemiah, la maison des sœurs Benguigui, suit, avec l'équipe de Discount, Louis-Julien Petit à la réalisation, Corinne Masiero comprise. Arte achète à nouveau, Pictanovo boucle le budget avec 120K€ de la région5, le tournage dure 1 mois dans le Nord, du 17 novembre au 16 décembre 2015, et Adjani figure au générique comme productrice associée. Le chemin est celui de La Journée de la jupe : Arte le 20 novembre 2016, les salles le 7 décembre via Paradis Films. Mais cette fois, les critiques ne sont pas aussi bonnes, et les César de 2017 passent sans une nomination.
Voilà à quoi sert une société comme Leia.
Isia et Leia ne sont pas des entreprises au sens où un expert-comptable l'entend, avec un plan et des prévisions, même si les mêmes règles s’y appliquent. Ce sont plutôt des prolongements de l'actrice. Les associés, c'est elle et son premier fils Barnabé, issu de son union avec Bruno Nuytten. Pour Leia, elle s’était associée avec Louisa Maurin, qui produisait alors les Globes de Cristal. Mais personne ne vient vraiment structurer tout ça. Les agents s’occupent des contrats. Pas des comptes. Alors il n'y a ni conseil, ni commissaire aux comptes, ni personne dont le métier soit de dire non. Les décisions s'y prennent comme elle prend celles de comédienne, au ressenti : porter un sujet pendant 5 ans, ou le lâcher du jour au lendemain. Ce qui la décide n'est jamais un chiffre, c'est quelqu'un. Et désormais ce quelqu’un, ce sont Binant et Grandin.
Au printemps 2011, Isabelle Adjani doit de l'argent au Trésor public et n'aurait pas de quoi le régler tout de suite. Binant et Grandin viennent d'arriver, mais ils répondent présent. Le 5 avril, Grandin sort son chéquier : 30K€, tirés sur son compte personnel, à l'ordre du Trésor³. 6 jours plus tard, elle lit la lettre que Grandin a fait taper pour elle, puis signe : elle y reconnaît devoir les 30K€. Une avance consentie « à titre amical ». Sans intérêts. À rembourser au plus tard le 30 septembre suivant.
Cela dit, l’avance laisse songeur, venant d’un homme censé restructurer les affaires de l’actrice. Parce qu'Isia, elle, gagne de l'argent. La société ne pouvait pas prêter cet argent à son associée : l'article L. 223-21 du code de commerce interdit à une SARL de prêter aux personnes qui la détiennent. Isia pouvait en revanche lui verser un dividende, ou lui payer plus tôt ce qu'elle lui devait déjà au titre de son image. Selon un proche de l’actrice, la solution n’a jamais été envisagée.
Et Grandin n'est pas encore gérant : il n’entre officiellement dans les sociétés que le mois suivant. Début mai, il est nommé gérant d'Isia Films à la place de Barnabé Nuytten. Rémunération : 1,2K€ par mois. Et le voici à la tête d'une société de 6 ans, avec un bureau et N., seule au siège de 10h à 18h. Quand le couple arrive, N. est plutôt contente. Deux hommes jeunes, qu’elle décrit auprès de Zero Bullshit comme dynamiques, bien habillés et beaux parleurs. Mais qui vont rapidement lui expliquer qu’en réalité la société ne tourne pas comme elle le devrait. Et qu'ils vont s'en occuper. La maison avait justement besoin de quelqu'un pour les finances. Grandin n'y passera que rarement.
2 semaines plus tard, c'est la société de Grandin, Globe, qui signe un contrat avec Isia. En bas du contrat, sa signature. Deux fois. À gauche, Sébastien Grandin, gérant d'Isia. À droite, Sébastien Grandin, président de Globe. L'objet du contrat porte la mention vague de conseil « en matière organisationnelle et de gestion », pour une journée par semaine au minimum, 500€ HT de l'heure, tous frais remboursés. Le travail, précise le contrat, sera fait « principalement » par Étienne Binant.
Et pour finir c’est Leia Films qui nomme Grandin directeur général une semaine plus tard, 1,25K€ par mois.
En 3 semaines, Grandin a récupéré les clés des boîtes. En 3 mois, celles des comptes. Il signe les factures d'un côté et les règlements de l'autre.
Mais ce qu'il tient en main, ce ne sont pas seulement deux sociétés. C’est bien plus que ça, comme le confie Isabelle Adjani.
« J’avais totalement confiance en lui. »
💸 Possession
Chaque mois, Globe envoie une facture à Isia. Chaque mois, le gérant d'Isia signe l'ordre de la payer. Le gérant d'Isia et le président de Globe sont le même homme. Sébastien Grandin se facture, et Sébastien Grandin se paie.
Le contrat signé en mai prévoit 1 jour par semaine au minimum, à 500€ HT de l’heure, en plus de la rémunération fixe du gérant. Il prévoit aussi des réunions de travail supplémentaires, à la demande de l’une ou l’autre des parties. Globe ira au-delà : 900 heures facturées au total6, soit 60 par mois. Rien ne justifie ce supplément, ni qui l’a demandé ni ce à quoi il a servi7. Un plancher, aucun plafond, tous les frais remboursés, et pour seule contrepartie l’obligation de rendre compte. Ce partage léonin est écrit dans le contrat que Grandin a signé des deux mains. Sauf que ce fameux contrat, les associés d’Isia ne l’ont jamais approuvé8. La loi l’exige pourtant : dans une SARL, une convention passée entre la société et la société de son gérant doit être soumise à l’assemblée des associés9. Elle ne l’a pas été, et aucun document d’Isia n’en porte la trace avant le printemps 2012.
Pendant la gérance de Grandin, du 2 mai 2011 au 27 juillet 2012, Isia verse 814K€ à Globe, en deux postes :
450K€ d’honoraires de conseil ;
364K€ de frais refacturés.
Soit près de 30K€ de conseil par mois sur 15 mois, là où le minimum prévu au contrat en était de 16K€.
Leia, la société de production, paie de son côté 40K€ à Globe⁶. Cette fois, sans aucun contrat10.
S’y ajoutent trois lignes qui vont également aux 2 hommes :
40K€ versés à Étienne Binant pour un scénario ;
1,2K€ par mois à Grandin pour la gérance d’Isia ;
1,25K€ par mois à Grandin pour la direction générale de Leia.
Au total, près de 900K€ quittent les deux sociétés en 14 mois.
Sur ces 900 heures, 593 sont facturées au titre de notes, de synthèses et de comptes rendus11. Ce que le contrat prévoyait. Mais il prévoyait également que Globe rende compte de son travail régulièrement. Or, en 15 mois, 6 notes sont arrivées chez Isia12. Rien entre fin août et mi-décembre 2011, rien après le 5 mai 2012. Mais 593 heures facturées quand même.
Toutes les notes sont signées par Étienne Binant, mais au quotidien, c'est Grandin qui tient la maison, explique N. à Zero Bullshit : c’est lui qui a un bureau et le double des clés, lui qui vient récupérer le courrier lorsqu’elle n’est pas là. Le même Grandin dirige aussi le Studio Andrée Putman13.
Certaines heures facturées tombent des jours où ni l'un ni l'autre n'était à Paris. Le 10 juillet 2012, par exemple. Ce jour-là Globe facture une réunion avec Puzzle Média, la société de production associée à un documentaire qu'Arte avait commandé à Isia en octobre 2010. Grandin et Binant sont dans un festival, billets de train à leurs noms.
Pendant ce temps, au siège d'Isia, N. ne voit presque plus personne. Et ne voit plus grand-chose non plus. Depuis 2009, c'est elle qui ouvre le courrier et vérifie les relevés bancaires.
« J’avais ouvert un relevé bancaire comme j’ai l’habitude de faire, pour juste vérifier. Et en fait, ça posait un très grand problème [à Grandin]. [Ca a été] la dernière fois. »
Dès la nomination de Grandin, la consigne change : ne plus ouvrir le courrier adressé à Isia, à Grandin ou à Binant, le faire suivre à son adresse personnelle. Les relevés bancaires, les contrats et les correspondances quittent le bureau avec lui et ne reviennent pas. D’ailleurs plus d'un an après le départ de Grandin, ces documents sont toujours manquants14. Adjani, qui reste associée à 80%, n'est donc pas tenue informée de ce que sa société paie à celle de son gérant.
N. confiera n'avoir jamais travaillé un seul jour avec son patron. Mal à l'aise, elle finit par en parler à Isabelle Adjani. 3 mois sans accès aux comptes ni au courrier, ce n'est pas normal. Mais l'actrice ne l'entend pas ainsi : pourquoi aurait-elle un problème avec 2 hommes qui sont en train de l'aider ? La conversation crée un froid entre l’actrice et son assistante, et ne change rien. Aujourd'hui, l'actrice le regrette.
« Ils ont créé un vrai drame entre elle et moi »
À la fin de la première année de gérance de Grandin, Isia affiche un chiffre d'affaires record de 702K€. Mais sur cette seule année, Globe lui facture 478K€, soit plus des deux tiers de ces recettes. Et donc, malgré ce record, la société finit pour la première fois dans le rouge, avec 135K€ de pertes.
En 2013, la brigade financière leur donnera raison sur un point, dans une phrase qui ne vaut pas jugement :15
« Les documents transmis et auditions laissent à penser qu’un énorme travail a été réalisé pour promouvoir l’image de Mlle Adjani et développer Isia Films »
Binant et Grandin mettent 2 belles réussites à leur actif : les signatures de Lancel et d'Arte. Sauf que Lancel a été signé en 2008, et que ce qu'ils revendiquent, c'est d'avoir pacifié la relation. Un ex-cadre de la maison, proche du contrat, dit qu'il n'y avait aucune tension particulière, juste un renouvellement annuel. N. et Isabelle Adjani disent la même chose.
Quant à Arte, le contrat a été signé le 14 octobre 2010, avant qu'ils ne s'occupent de ses affaires⁴. C'est le documentaire produit par Puzzle Média, celui dont Globe facture une réunion à laquelle aucun des deux n'assiste. Intitulé Isabelle Adjani : 2 ou 3 choses qu'on ne sait pas d'elle, ce 68 minutes sera diffusé par Arte en mai 2013, 10 mois après le départ de Grandin16.
Cela dit, un contrat arrive bien pendant leur gérance, comme ils le revendiquent. Début 2012, Poiray, maison de la place Vendôme, cherche un visage pour sa nouvelle campagne et contacte un intermédiaire habituel de l'actrice. C'est le couple qui finalise avec N. : Isia signe pour 210K€ HT en mars, 10 pièces de joaillerie pour ses apparitions publiques, une part indexée sur les ventes, et une clause qui exige la validation préalable des visuels. Poiray paie par tranches : 130K€ en avril et mai 2012, pendant la gérance, puis 40K€ en octobre, après le départ de Grandin. Le contrat aura rapporté 170K€ à Isia sur les 210K€ prévus.17 Sur ce même dossier, Globe facture 101,5K€ d'honoraires à Isia, soit 60% de ce que le contrat a rapporté18.
Personne, sur le fond, ne conteste qu'ils aient travaillé. Sur le tournage du petit film indien Ishkq in Paris, ils ont supervisé le contrat à la place de Laurent Grégoire, l'agent artistique d'Adjani, selon une source proche de l'actrice. Ce qui est contesté, c'est le peu d'affaires rapportées au regard de ce qui a été facturé, et la manière dont ils présentent les résultats.
Sur Steven Spielberg, l’actrice est formelle.
« Il y a jamais eu de rendez-vous avec Spielberg organisé par Grandin. »
Même histoire pour Céline Dion.
« Une amie nous a invitées […] à Las Vegas venir voir son concert. On est resté à l'hôtel et […] on a passé du temps avec elle et avec René. Il y a aucun lien avec [eux]. »
Ce que confirme N., présente également.
« Cette rencontre, c’était un concert suivi d’un dîner pour parler d’un projet sur la Callas. Mais c’est [Isabelle Adjani] qui provoque ce rendez-vous, parce que son nom suffit. [Le problème c’est] que dans ces cas-là, il y a toujours un intermédiaire qui veut ses 10%. »
Ce voyage relève des mêmes refacturations de frais, celles qui atteignent 364K€ sur les 15 mois. Le reste, ce sont des hôtels et des restaurants, parfois refacturés à Isia plus cher que Globe ne les avait payés, sans que l'écart soit jamais justifié.
Pour ce séjour américain, Isia règle 67,8K$ en frais professionnels. Le jet, lui, n’est pas loué pour l’occasion. C’est une accréditation de 2 ans auprès de Delta Air Elite, une compagnie d’aviation privée, dont le titulaire principal s’appelle Étienne Binant19. Et dont la facture arrive chez Isia.
Une partie de ces frais passe par la carte remise en juillet 2011. Une American Express Centurion. Elle est émise au nom d’Isabelle Adjani mais prélevée sur un compte personnel de Sébastien Grandin, et confiée à l’actrice pour ses frais professionnels, au motif que celle-ci est interdite bancaire.
L’actrice paie donc ses frais avec la carte de son gérant ;
Le gérant se fait rembourser par sa propre société de conseil ;
Et cette société refacture ces frais à la société de l’actrice, qu’il dirige aussi.
Compte les étapes : trois, là où une suffisait. Isia pouvait donner une carte à son associée, ou rembourser son gérant directement. D’autant que le motif est étrange : les dépenses sur la carte commencent en janvier 2012, l’interdiction bancaire n’est déclarée par la banque de l’actrice qu’en mars 2012, et l'interdiction ne peut donc pas expliquer ce circuit20. Et personne, chez Isia, ne verra jamais un relevé de cette carte. Chaque mois, à partir de janvier 2012, le décompte intitulé « Dépenses pour Isabelle ADJANI » arrive chez Sébastien Grandin.
Une carte adossée à un compte personnel, elle, accumule des points au bénéfice du titulaire de ce compte. Sur les seuls relevés de 2012, les dépenses identifiées comme celles de l'actrice dépassent 66K€. Isia paie la facture, et les points tombent sur le compte de Sébastien Grandin.
Reste que Grandin y tire un avantage personnel. En 2012, les relevés de l’Amex affichent 66K€ de dépense. C’est autant de points engrangés sur le très sympathique Membership Rewards d’Amex, qui contribuent à garder le statut Centurion, et permettent de convertir en avantages financiers ou en réduction.
Quant à Binant, il n’a de mandat social nulle part, ni dans Isia, ni dans Leia, ni même dans Globe. Mais en plus des notes produites, il va recevoir 3 versements les 18 mai, 8 juin et 23 juillet 2012 pour 40K€. Officiellement, pour un scénario. Celui d’un long métrage sur Berthe Morisot. Une première version avait été commandée à un auteur en 2011, elle n’a pas convenu à l’actrice, et Binant, littéraire de formation, l’a réécrite. Il s’est payé sur la base du tarif de son prédécesseur, sans contrat d’auteur, sans facture, sans que les formalités d’enregistrement aient été achevées21. Si le tarif est plutôt dans la fourchette basse pour une scénario, selon l’actrice, il s’agit plutôt d’un synopsis, c’est à dire une sorte de résumé de quelques pages. Ce qui pour le coup paraît élevé. Et d’autant plus qu’il est déjà payé pour ce travail, puisqu’il intervient au titre de Globe, qu’Isia rémunère déjà. Surtout que le film ne relève pas d’Isia mais de Leia, la société de production.
Grandin, lui, se donne le rôle de l'ami qui avance. Le chèque au Trésor public d'avril 2011, des vacances à Hawaï à l'été 2011 avec les 2 fils de l'actrice, 44K€ d'hôtels et de billets, un voyage à New York en janvier 2012, 1,6K€ en espèces, 15K€ pour solder un litige entre elle et son garde du corps, et 66K€ de dépenses personnelles sur la carte : à l'entendre, tout ça sort de sa poche, celle d'un homme qui déclare 80K€ de revenus par an et dont les économies proviennent de la vente d'un appartement22. Il chiffre son investissement à 157K€. Sur les mêmes mois, sa société a encaissé 814K€ de celle de l'actrice. Société qui lui avait déjà remboursé une partie de ces fonds. L'ami qui avance, donc. À 500€ HT de l'heure.
Les désaccords d'argent mis à part, les proches d’Isabelle Adjani s’interrogent sur les résultats. Aucun contrat aux États-Unis, aucun projet né de leur carnet d'adresses. L’actrice, elle, tourne : De force avec Éric Cantona au début de 2011, David et Madame Hansen d'Alexandre Astier de mars à mai, avant même leur arrivée.
Rien de tout ça ne vient de Globe.
🥶 Quartet
Tout s’arrête en 4 jours, au cœur de l’été 2012.
Le 23 juillet 2012, 12 mois après l’avoir confiée à l’actrice, Sébastien Grandin annule la carte American Express. Il explique pourquoi dans sa réponse à Zero Bullshit :
« De nombreux abus par Isabelle Adjani dans l’usage de cette carte m’ont conduit à en interrompre la mise à disposition. »
Adjani, elle, ne parle pas de la carte. Elle parle d’une phrase. Celle qui l’a fait se réveiller d’un coup, un beau matin.
« Un jour Sébastien m’a dit au sujet d'Étienne : “il peut te faire gagner beaucoup d'argent, mais il faut que tu fasses tout ce qu'il te dit”. »
Puis elle s’arrête un instant. Comme si elle venait de réaliser à nouveau.
« Alors là, je me suis dit, mais qu’est-ce qu’il se passe ? »
4 jours plus tard, Grandin est révoqué en urgence de la gérance d’Isia, au profit du fils de l’actrice. Puis en octobre il démissionne de Leia. L’entourage de l’actrice, qui tentait de pousser le couple vers la sortie depuis des semaines, est soulagé. « La collaboration a explosé en vol », raconte l’un d’eux.
Mais pour autant, l’histoire ne s’arrête pas. Déjà parce que Globe continue de facturer après la révocation, 43K€ en 2 factures qu’Isia, désormais sans lui, ne paie plus. Alors Globe envoie ses mises en demeure23. Puis à la fin de l’année 2012, Grandin se retourne contre Isabelle Adjani elle-même : il lui réclame 142K€ de « prêts », le chèque au Trésor public et tout ce qu’il dit avoir avancé depuis.
La suite tient en 6 semaines. Le 30 novembre, un juge de l'exécution autorise Grandin à saisir, et les 3, 4 et 5 décembre les comptes personnels de l'actrice sont gelés : l'argent y est toujours, elle ne peut plus y toucher. Le lendemain de la première saisie, Isia porte plainte au pénal contre Grandin pour abus de biens sociaux.
Le 28 décembre, Grandin assigne Isabelle Adjani au civil pour les mêmes 142K€. Le 11 janvier, le même juge de l'exécution va plus loin : il gèle aussi ce que doivent à l'actrice ses deux sociétés et ses deux marques, Isia, Leia, Poiray, Lancel, pendant qu'un huissier cherche tous les comptes bancaires ouverts à son nom24. Ce qu'elle a et ce qu'elle doit recevoir sont arrêtés en même temps, alors qu'aucun juge n'a encore dit qu'elle devait quoi que ce soit à Grandin : une saisie conservatoire s'obtient sur la seule apparence d'une créance, sans que la personne visée soit entendue.
Pendant toute l'année 2013, Isabelle Adjani se bat sur plusieurs fronts à la fois.
Le front commercial. Globe réclame ses dernières factures à Isia25, Grandin ses rémunérations de gérance à Isia26 et de direction générale à Leia27, et le 23 avril. Mais à trois reprises, le juge des référés répond la même chose :
« Contestation sérieuse »
Le litige est trop disputé pour être tranché en urgence. Contester suffit donc à sortir une créance de l'urgence et à l'envoyer au procès ordinaire. Tout le monde ira au procès ordinaire, et ce procès ne viendra jamais.
Le front des saisies. Adjani obtient en juillet que la somme de 142K€ soit ramenée à 92K€. Grandin lance de nouvelles saisies quelques jours plus tard. Il faudra attendre le 27 août 2014 pour qu'un tribunal tranche enfin ces « prêts » : 30K€ sur les 140K€ réclamés, le montant de la seule reconnaissance de dette qu'elle ait signée, celle d'avril 2011, et le reste rejeté faute de preuve. Ses comptes auront été gelés 20 mois pour une créance qui valait 30K€.
Le front pénal. La plainte d'Isia déclenche une enquête de la brigade financière. Des documents sont saisis. Grandin est entendu. Le fils de l'actrice aussi, associé à 20% d'Isia. Adjani, victime sur ce volet, ne se présente pas mais écrit à l'officier :
« [Je suis] très affectée, et dans l’impossibilité, assez paralysante, de me rendre disponible [et préfère écrire] plutôt que vous parler avec la faiblesse qu’a créé chez moi ce traumatisme »
Ce qu'elle redit, presque mot pour mot, à Zero Bullshit 13 ans après, sans jamais avoir relu la lettre. À l'issue de l'enquête, le parquet classe la plainte sans suite en décembre. Le camp d'Adjani ne s'en contente pas : en mars 2014, Isia redépose plainte pour les mêmes faits, cette fois avec constitution de partie civile.
Le classement sans suite de cette plainte est l'un des éléments avancés par Étienne Binant pour prouver sa bonne foi, et par Sébastien Grandin, dans la seule réponse qu'il a adressée à Zero Bullshit :
« Toutes les rémunérations perçues en liaison avec ces missions ou avec mes mandats sociaux ont été jugées parfaitement légitimes et proportionnées aussi bien par la police que par le Parquet, au terme d'une enquête très sérieuse qui analysa aussi bien les diligences conduites que les livrables produits. »
Quelques jours avant ce classement, le fisc avait pourtant conclu l’inverse. Sur la prestation :
« Aucun document ne permet donc de constater la réalité de la prestation rendue [par Globe à Isia]. »
Sur les frais :
« Il apparait que […] Globe se comporte avec [Isia] comme une agence de voyages : organisation de séjours aux Etats-Unis avec prise en compte des frais d’hôtel, de restaurant et divers autres frais sans lien avec l’activité de votre société. »
Le fisc va plus loin et rejette les charges que Globe a facturées à Isia : la société doit l'impôt sur des sommes qui sont déjà parties, en plus des dettes laissées derrière, impayés et découverts.
Normalement, une SARL protège ses associés : ils ne répondent pas de ses dettes, et le passif d’Isia devrait mourir avec la société. Sauf qu’Isabelle Adjani avait signé. « Elle était caution solidaire », explique à Zero Bullshit son avocat, Me David Lepidi. Une caution solidaire engage celui qui la donne sur ses biens personnels, et dispense le créancier de poursuivre la société d’abord : il vient chercher l’argent directement chez elle. Tout ce qu’Isia ne pourra pas payer, l’impôt compris, remontera donc sur l’actrice.
Un administrateur provisoire en août, une déclaration de cessation des paiements le 17 septembre, la liquidation judiciaire le 1er octobre 2014. Isia meurt avec 633K€ de chiffre d’affaires, 1 salariée, 470K€ de passif déclaré et aucun actif28. Les créances se déclarent ensuite, et le passif continuera de monter.
Le 4 septembre 2015, le liquidateur assigne Globe et Sébastien Grandin devant le tribunal de commerce pour « confusion de patrimoines ». Pas pour une faute de gestion. Ce qu’il veut démontrer, c’est que les deux sociétés n’en faisaient qu’une, que l’argent passait de l’une à l’autre sans contrepartie, et que leurs comptes sont devenus indémêlables. Si le tribunal le constate, la liquidation d’Isia s’étend : Globe et son dirigeant paieront le passif d’Isia.
Entre-temps Sébastien Grandin a créé une autre société de conseil, SG Conseils. Globe, elle, est déjà loin.
🩸 Diabolique
En octobre 2015, un mois après l’assignation du liquidateur, Sébastien Grandin porte plainte au pénal contre Isabelle Adjani. Pour escroquerie.
Ce n’est plus le montant de ses avances qui est en cause, le civil l’a tranché l’année précédente en ne lui reconnaissant que les 30K€ des impôts sur les 140K€ demandés³. Il accuse l’actrice de lui avoir fait croire qu’elle l’avait remboursé : des preuves de virement, des mails de banque, pour un argent qui n’est jamais arrivé.
Deux procédures avancent désormais en parallèle :
Le liquidateur cherche à faire payer les dettes d’Isia par Globe et par Sébastien Grandin ;
Sébastien Grandin cherche à faire poursuivre Isabelle Adjani au pénal.
Et pendant ce temps, les vieux dossiers s’éteignent.
En 2016, la cour d’appel confirme les 30K€ dus, mais condamne Grandin à payer 6K€ de frais de justice à l’actrice. Il repart avec un cinquième de ce qu’il réclamait et les honoraires d’en face à sa charge. Et surtout, le juger écrit29 :
« [Sébastien Grandin] a été, tout comme Monsieur Binant, largement rémunéré par le truchement des sociétés Isia Films et Globe, cette dernière dont il assumait la présidence a facturé à la société Isia Films, dont il était également le gérant une somme de 814 143,64 € TTC au titre de prestations de conseil et de frais. »
Puis c’est le tour des litiges commerciaux… qui en fait n’auront jamais lieu. Une instance s’éteint quand personne ne la fait avancer pendant 2 ans, ce qui avantage toujours celui qui n’attend rien d’un jugement : il lui suffit de ne rien faire. En 2017, le tribunal constate la péremption, et donc l’extinction30. Les factures de Globe, les rémunérations que Grandin réclamait, l’argent que les deux sociétés lui réclamaient en retour tombent dans les oubliettes.
Reste l’action du liquidateur qui suit son cours, avec cette question : qui va payer la facture finale ?
Il faudra 4 décisions et 8 ans pour y répondre. Et à l’arrivée, la réponse ne sera pas la même pour la société et pour l’homme qui la dirigeait.
Première décision, septembre 201731. Le tribunal de commerce donne raison au liquidateur : Globe et Sébastien Grandin paieront les dettes d’Isia. Les flux entre les trois sociétés n’avaient rien de normal, facturations sans contrepartie, 40K€ versés à Binant sans facture, une carte qui mélange trois comptes, « un ensemble concordant d’indices ».
Deuxième décision, mars 201832. Globe et Grandin ont fait appel. La cour d’appel confirme, contre l’avis du ministère public. Elle regarde ce que le tribunal avait laissé de côté : 6 notes en 15 mois, 478K€ facturés sur la seule année 2011 à une société qui en réalisait 702K€, un gérant qui emporte les relevés bancaires et ne passe plus au bureau, « une totale opacité ».
Troisième décision, mai 201933. La Cour de cassation coupe le dossier en deux, et c’est là que tout se joue. Pour Globe, le pourvoi est déclaré irrecevable : la société paiera les dettes d’Isia, définitivement. Pour Sébastien Grandin, l’arrêt est cassé au motif qu’aucun argent n’est passé directement d’Isia à ses comptes personnels.
Quatrième décision, mai 202234. La cour de renvoi met Sébastien Grandin hors de cause, mais écrit néanmoins que ses explications sur l’Amex « ne résistent pas à l’examen », que le circuit est « curieux », et rappelle les plus de 800K€ facturés à Isia « alors que la réalité du travail effectué était résumée à 6 notes ».
Le dernier recours du liquidateur est rejeté en 202335, et la situation est donc devenue définitive :
Le patrimoine de Sébastien Grandin ne doit pas servir à payer le passif ;
Celui de Globe rejoint celui d’Isia ;
Les créanciers vont donc taper à la porte des deux.
Isabelle Adjani traduit :
« Le tribunal a dit débrouillez-vous tous ensemble et vous payez ».
Parce que Globe n’a jamais été liquidée, selon les registres du greffe, et n’a probablement plus d’actif. Donc l’actrice est restée la seule porte où les créanciers pouvaient s’adresser.
Pendant ces mêmes années, la plainte de Grandin contre l'actrice a suivi son propre chemin.
Elle repose sur des documents que le camp de l'actrice lui a présentés : des preuves de remboursement, mails de banque et pièces censées attester qu'Adjani avait payé Grandin. Mimi Marchand, la patronne de l'agence de photos people Bestimage, est visée pour complicité, et en octobre 2020, Isabelle Adjani est mise en examen pour escroquerie. Il faudra 4 ans pour que le parquet requière un non-lieu, et que l'affaire tombe.
Elle tombe sur une date. L’escroquerie supposait une manœuvre : qu’Adjani ait obtenu la carte en faisant miroiter quelque chose à Grandin, en l’occurrence le financement d’un documentaire sur Zahia Dehar, puis qu’elle ait couvert le non-remboursement par de faux justificatifs. Le parquet s’arrête au premier maillon : « la chronologie des faits ne permet pas d’établir de lien » entre la remise de la carte, en juillet 2011, et ce projet, imaginé en février 2012. La carte est arrivée 7 mois avant que le projet existe. Sans manœuvre préalable, pas d’escroquerie.
Pourtant, l’affaire est médiatisée via plusieurs fuites organisées, où le nom de l’actrice est citée.
En juin 2018, L’Express révèle l’enquête du parquet financier36. L’actrice est nommée, ses avocats aussi. La liquidation d’Isia et les 700K€ qu’elle doit comme caution sont dans le texte. Grandin et Binant n’y apparaissent pas une seule fois.
En juin 2022, le même journaliste publie dans Libération37 la synthèse de police, les palaces, le jet, les convocations. Son nom est dans le titre. Le couple se limite à « Sébastien G. ». Binant n’existe pas.
En octobre 2024, l’AFP annonce le non-lieu sous un titre qui la nomme38 : elle est « blanchie », et celui qui l’avait accusée reste « un ex-consultant ».
Quand elle perd, elle est nommée. Quand elle gagne, elle est encore la seule nommée.
Ironie de l’histoire, dans le premier article de 2018, son avocat expliquait pourquoi elle avait créé une société offshore : pour « cacher son identité, pas son argent », après que des informations privées la concernant eurent été rendues publiques.
L’argument avait fait sourire. Quatorze ans de procédures lui donnent raison sur un point au moins : dans cette histoire, l’anonymat n’a jamais été pour elle.
🥸 Toxic Affair
Sollicités pour le premier épisode de cette série, les deux hommes ont d’abord envisagé de répondre. Puis ils ont renoncé, et leur avocat écrit pourquoi : un post LinkedIn du 4 septembre, où Zero Bullshit lance un appel de fonds pour financer son enquête, leur a fait conclure que la démarche était « purement lucratif et non pas conforme à une mission d’information ».
Sauf que les deux coexistent. Oui Zero Bullshit a une démarche d’information. Mais oui Zero Bullshit est éditée par Meelton, une société commerciale dont le résultat affiche -50K€ au S1 2026. Alors oui, chaque aide, chaque publicité, chaque don permet à Zero Bullshit de vivre.
Reste qu’ils n’ont pas souhaité répondre, ce qui est parfaitement leur droit. Mais ça qui ne les a pas empêché d’écrire, 3 fois en 8 jours, via leurs avocats.
Le 7 septembre, la veille de la parution du premier épisode, Me Antonin Lévy demande le retrait d’un post LinkedIn, qui sera modifié à leur demande. L’avocat décrit Binant et Grandin comme « deux boucs-émissaires dont la discrétion médiatique rend le dénigrement d’autant plus aisé pour une star », et Grandin un homme « totalement rétabli dans ses droits ». Alors même que ce 2e épisode n’est pas écrit, ni évoqué auprès du couple.
Le 12 septembre, le bureau londonien du même cabinet écrit pour Étienne Binant, en anglais et sous le droit anglais. La lettre annonce cet épisode-ci avant qu’il existe, « un litige allégué avec une actrice française de premier plan », et prévient que toute publication diffamatoire fondera des poursuites devant la Haute Cour d’Angleterre, « sans nouvelle correspondance préalable ».
Le 15 septembre, Londres envoie 7 pages. Cette fois il ne menace plus, il fournit : les décisions de justice, le procès-verbal de la brigade financière, et un exposé « clair et accessible des faits, à l’usage de tout lecteur ». Un dossier prêt à publier.
Entre-temps, il leur a été répondu que les questions leur seraient envoyées, comme c’est l’usage ici. Elles partent le 16 septembre, avec suffisamment de précision pour en comprendre le contexte, surtout pour quelqu’un l’ayant vécu de l’intérieur.
Ils répondent le 21, chacun de leur côté, dans des termes et une mise en forme similaire, avec quelques paragraphes qui ne répondent jamais aux questions. Binant formule par ailleurs des demandes sur la première newsletter, sur des points… sur lesquels il avait été précisément interrogé. Les modifications ont été apportées.
L’histoire qu’ils posent est celle-ci.
Isabelle Adjani en difficulté, professionnelle et financière. Deux hommes qui lui rendent un service considérable, dans des conditions compliquées par les ennuis de l’actrice. Des honoraires facturés moins cher qu’à leurs autres clients. Un travail vérifié, justifié, validé par la police puis par le parquet. Une carte bancaire mise à la disposition d’Isabelle Adjani pour ses frais professionnels, et retirée parce qu’elle en abuse. Et une plainte qui n’est qu’un « contre-feu », déposée pour ne pas payer ce que l’actrice doit à Sébastien Grandin.
Chacun ajoute sa pièce. Étienne Binant avance que ses prestations ont été jugées « matérielles, conformes à l’objet social et proportionnées dans leur coût ». Sébastien Grandin, que toutes les diligences et les feuilles horaires avaient été vérifiées par le commissaire aux comptes de Globe, et qu’il n’y a eu contre lui qu’une seule décision adverse.
Sur le fond, cette version n’est pas fausse.
Aucun des deux hommes n’a jamais été condamné au pénal ;
La plainte déposée par Isia en 2011 a été classée sans suite. Isabelle Adjani a été condamnée définitivement à rembourser à Sébastien Grandin les sommes qu’elle lui devait :
Et la seule décision qui l’ait atteint personnellement, celle qui étendait sur lui la liquidation d’Isia, a été annulée, puis remplacée en 2022 par un arrêt qui le met hors de cause à titre personnel.
« Totalement rétabli dans ses droits », écrit leur avocat. Sur les dispositifs, c’est exact.
Ce que la phrase ne dit pas, c’est ce qu’il a fallu laisser de côté pour qu’elle tienne. Chacune de ces affirmations est vraie prise seule. Mises bout à bout, elles décrivent un dossier où personne ne leur a jamais rien reproché. Et l’exemple le plus net de cette façon de faire, c’est la pièce qu’ils envoient pour l’établir.
Cette pièce, c’est la synthèse de la brigade financière, sur laquelle ils s’appuient tous les deux, transmis par le cabinet Hastings.
C’est un rapport d’enquête, pas un jugement. Plusieurs de ses appréciations ont d’ailleurs été écartées par la cour d’appel en 2018, qui les a jugées « contredites par celles de l’administration fiscale ».
Mais le plus étonnant, c’est surtout, la copie qu’ils transmettent est incomplète. Il lui manque 3 pages, et près de la moitié du reste est caviardé.
Deux extraits collés du document envoyés par les avocats d’Etienne Binant.
Note : sur certains ordinateurs, le caviardage apparait en noir, comme sur cette capture, et parfois en blanc transparent
Mais vu qu’on est des gros malins, une manipulation du fichier a permis de retrouver, à défaut des pages manquantes, le texte sous les noirs. Et ce qui a disparu ne tient pas du hasard.
Ce qui disparaît d’abord, c’est tout ce que disait l’autre camp. D’un côté les reproches, tels que la brigade financière les résume :
« Selon [l’avocat d’Isia], […] Grandin aurait profité de la confiance qui lui avait été accordée par ISIA FILMS pour la contraindre à payer la somme globale de 814K€ à la GLOBE et à M. BINANT son concubin, au travers d’une “prétendue prestation de conseil” et de “remboursements de frais, bien qu’aucun décompte ou justificatif des dépenses ne soit joint aux factures éditées par GLOBE”. […] Le versement des sommes aurait été opéré à l’insu des associés, en sus de la rémunération versée à M. GRANDIN au titre de sa qualité de gérant, et n’aurait fait l’objet d’aucune contrepartie réelle. »
De l’autre la réponse d’Isia. Le 10 septembre 2013, son conseil transmet aux policiers un courrier qui attaque la convention comme « un contrat fictif de prestations de service rédigé a posteriori pour justifier les versements », et qui ajoute :
« En s’abstenant de réunir une assemblée générale, de recueillir le consentement des associés avant de conclure cette convention et même de les en informer, Sébastien Grandin a violé les statuts de la société Isia »
Le lecteur de leur copie ne sait ni ce qui leur était reproché, ni sur quoi.
Ce qui disparaît ensuite, c’est une moitié de témoin. Barnabé Nuytten est noirci là où il pose les conditions initiales, selon lui :
« Il était prévu que tout le monde travaille à titre gracieux, hormis M. Grandin, rémunéré en qualité de gérant. »
Ce n’est pas une phrase isolée. Les policiers venaient d’émettre la même hypothèse quelques lignes plus haut. Tout ce passage est sous le noir. Ce qui reste lisible, seul au milieu du blanc, c’est qu’il était impossible aux associés d’ignorer l’intervention de Globe. Mais savoir qu’une société intervient n’est pas savoir ce qu’elle facture.
Et 4 pages plus loin, le même Barnabé est laissé à l’air libre, quand il reproche aux deux hommes de ne pas avoir généré d’argent, pas de ne pas avoir travaillé.
Ce qui disparaît enfin, c’est tous les éléments sur Binant, en entier. La coupe suit les titres de section. Celle qui s’intitule « Le travail effectué par la société GLOBE SAS et M. GRANDIN » est conservée, avec la liste des réalisations. La suivante s’intitule « Les faits reprochés à M. Etienne BINANT », et le noir reprend exactement là.
C’est le même cherry picking, qui est opéré dans les courriers.
Leur avocat aligne trois décisions définitives qui auraient « donné raison à M. Grandin et tort à Mlle Adjani ou à Isia Films, sa société », dont « la seule décision adverse à M. Grandin », réformée par la Cour de cassation. Sébastien Grandin reprend la même phrase, « la cassation de la seule décision adverse prise à [son] encontre ».
Sauf que cette décision-là n’opposait ni l’un ni l’autre à Isabelle Adjani. Isia était liquidée depuis octobre 2014, et c’est son liquidateur qui demandait l’extension de la liquidation à Globe et à son dirigeant. L’actrice n’était pas partie à ce procès.
Et l’arrêt de 2019 fait deux choses. Il déclare le pourvoi de Globe irrecevable, donc l’arrêt de 2018 devient définitif contre elle. Et il ne casse que l’extension à Grandin.
Le même avocat écrit que cette cassation est intervenue « pour le motif de dénaturation des faits ». Le mot figure bien dans l’arrêt, et c’est ce qui rend la phrase crédible. Il figure dans le moyen annexé, le mémoire écrit par leur propre avocat aux Conseils, où il est reproché à la cour d’appel d’avoir « dénaturé la facture n° 781 ».
Ce que la Cour retient est à quarante lignes de là. Elle vise l’article L. 621-2 du code de commerce, juge les motifs de la cour d’appel « impropres à caractériser l’existence de flux financiers anormaux » et en conclut qu’elle « n’a pas donné de base légale à sa décision ». Puis elle casse « sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres griefs ». Les autres griefs, c’est la dénaturation. Elle était plaidée. Elle n’a jamais été examinée Le jugement était pourtant… joint avec le courrier. Ou pas.
Parce que voici le fichier envoyé, qui passe de la page 1 à la page 3.
En réalité, les pièces fournies sont une nouvelle fois caviardées, de manière à ne garder que les informations choisies par l’avocat. Il omet par exemple l’irrecevabilité du pourvoi de Globe.
Reste la seule procédure où les deux se sont fait face est civile, et elle ne porte pas sur les factures de Globe. Sébastien Grandin y réclamait à l’actrice des sommes qu’il disait lui avoir prêtées en 2010. Le 27 août 2014, le tribunal lui en accorde 30K€ et le déboute du surplus, faute du moindre commencement de preuve écrite ou d’aveu. Le 11 mars 2016, la cour d’appel confirme, constate qu’il succombe, et le condamne à payer 6 000 € à Isabelle Adjani au titre des frais de procédure, plus les entiers dépens de l’appel.
Enfin, le courrier indique que ni Isabelle Adjani ni Isia ne se sont constituées parties civiles après le classement sans suite, et que ses clients sont donc « définitivement reconnus innocents ». Une plainte avec constitution de partie civile a bien été déposée, le 27 mars 2014, et une information ouverte. Elle n’a rien donné, ce qui ne prouve rien non plus.
Un classement sans suite n’est pas rendu par un juge. C’est le procureur qui décide de ne pas poursuivre, et sa décision peut être rapportée tant que les faits ne sont pas prescrits. Aucune juridiction pénale n’a jugé ces faits, ni dans un sens ni dans l’autre.
Et la justice française ne reconnaît personne innocent. Elle condamne ou elle ne condamne pas, et tant qu’elle n’a pas condamné, la présomption d’innocence s’applique, à eux comme à tout le monde. Ne pas avoir été condamné est le point de départ de chacun, pas une décision obtenue.
Les seuls juges qui ont eu à regarder ces flux d’argent ont écrit autre chose. En 2018, des relations financières anormales entre Isia et Globe, constitutives d’une confusion de patrimoines. En 2022, à propos du circuit de la carte bancaire, un montage « curieux » et des explications qui « ne résistent pas à l’examen ».
Aucune de ces phrases n’a été effacée.
Aucune n’a jamais été suivie d’une condamnation.
Sur ce point, ils ont raison.
🎟️ La Fin du courage
Isabelle Adjani a repris la gérance d’Isia le 4 septembre 2012, pour une société qui n’avait plus rien à vendre. Le bureau où N. tenait le siège seule a fermé en 2014, avec un actif de zéro, et le passif, selon son avocat, c’est l’actrice qui l’a payé, caution de sa propre société. 700K€.
En février 2013, alors que ses comptes sont gelés depuis deux mois elle demande de l’aide à un ami. Mamadou Diagna Ndiaye, homme d’affaires sénégalais, futur membre du Comité Olympique, et parrain de son fils. Il lui prête 2M€ sur 10 ans, sans intérêts, afin de solder le passif de ses sociétés, et les dettes contractées en lien avec son ex-mari.
C’est ce prêt qui est devenu son procès public de ces dernières années. Le fisc n’y a pas vu un prêt mais une donation déguisée. Le 14 décembre 2023, le tribunal correctionnel de Paris l’a condamnée pour fraude fiscale. La cour d’appel a confirmé le 1er juillet 2026. Elle s’est pourvue en cassation.
Son avocat David Lepidi ramène ce prêt à sa source :
« Si elle n’avait pas croisé ces gens-là sur sa route, il n’y aurait même pas eu d’audience ».
Isabelle Adjani confirme.
« Tout est parti de là ».
Un « cauchemar à vouloir maintenir que c’est une donation et pas un prêt, alors que je rembourse », explique-elle39.
Elle, elle rembourse encore. Le contrat prévoyait un solde au 31 décembre 2022. « Je me suis échinée à rembourser », dit-elle.
« J’en suis à 1,3 million sur 2 ».
Binant, lui, est déjà loin. Pendant plusieurs années, Globe a facturé ses prestations à une petite medtech lyonnaise. En septembre 2014, alors que les procédures Isia sont toujours en cours, il se retrouve propulsé à la tête de Biomup.
Ce qui sera l’histoire du 3e épisode.
Publicité
Les annonceurs ne sont jamais informés avant publication du contenu de la newsletter, et bookent un créneau à l’avance. Ils ne bénéficient à aucun moment d’un droit de regard sur l’éditorial.
Mieux que votre banque. Un compte courant à 4% par an : euros, stablecoins et bitcoin.
Investir dans les crypto-actifs comporte des risques et peut entraîner la perte de votre capital.
Avant d’investir, assurez-vous de bien comprendre vos besoins, vos objectifs et votre niveau d’expérience en matière de crypto-actifs.
Deblock SAS est agréé MiCA auprès de l’AMF sous le numéro A2025-001
💡 Pour soutenir Zero Bullshit vous pouvez :
Communiquer en tant qu’annonceur dans cette newsletter, auprès des 500’000 abonnés de toutes les newsletters éditées par Meelton
Soutenir via un don unique ou récurrent, vous êtes plus de 50’000 à lire chaque édition. Si 1 sur 5 donnait 1€ / mois, le financement de Zero Bullshit serait assuré.
Vous abonner aux autres newsletters de Meelton, comme A Free Lunch, The Long Bet, Helvetica ou Le Brief Patrimonial.
Code du travail, article L. 7121-8.
La rémunération due à l'artiste pour l'exploitation de l'enregistrement de son interprétation n'est pas un salaire dès lors que sa présence physique n'est plus requise et qu'elle est fonction du produit de l'exploitation.
Camille Claudel, Variety, 1987
Camille Claudel (1988), JP's Box-Office
Carole Matthieu, Pictanovo. Investissement de 120K€, tournage du 17 novembre au 16 décembre 2015
Assignation en extension de procédure de la SELAFA MJA, liquidateur judiciaire d'Isia Films, 4 septembre 2015.
Cour d’appel de Paris, pôle 5 ch. 8, 27 mars 2018, n° 17/17749
Cour d’appel de Paris, pôle 5 ch. 8, 27 mars 2018, n° 17/17749
Article L. 223-19 du Code de commerce
Tribunal de commerce de Paris, 23 avril 2013, n° 2013007528
Assignation en extension de procédure de la SELAFA MJA, liquidateur judiciaire d'Isia Films, 4 septembre 2015
Cour d’appel de Paris, pôle 5 ch. 9, 19 mai 2022, n° 21/09715
Procès-verbal de synthèse n° 2012/499, brigade financière, préfecture de police de Paris, 16 octobre 2013.
Copie transmise par les conseils d'Étienne Binant, information caviardée
Cour d’appel de Paris, pôle 5 ch. 8, 27 mars 2018, n° 17/17749
Courrier du 15 septembre 2026 envoyés par Paul Hastings aux avocats de Zero Bullshit
Isabelle Adjani : 2 ou 3 choses qu'on ne sait pas d'elle, Puzzle Média. Documentaire de 68 minutes coproduit avec Isia Films, Arte France, mai 2013.
Cour d’appel de Paris, pôle 1 ch. 2, 5 juin 2014, n° 13/08432
Cour d’appel de Paris, pôle 5 ch. 8, 27 mars 2018, n° 17/17749
Cour d’appel de Paris, pôle 5 ch. 8, 27 mars 2018, n° 17/17749
Cour d’appel de Paris, pôle 5 ch. 9, 19 mai 2022, n° 21/09715
Procès-verbal de synthèse n° 2012/499, brigade financière, préfecture de police de Paris, 16 octobre 2013.
Copie transmise par les conseils d’Étienne Binant, information caviardée
Tribunal de grande instance de Paris, 5e ch. 1re sect., 27 août 2014, n° 13/00602
Tribunal de commerce de Paris, 23 avril 2013, n° 2013007527
Ordonnance du juge de l'exécution du TGI de Paris autorisant des saisies conservatoires de créances entre les mains d'Isia Films, Leia Films, Poiray Joaillier et Lancel Sogedi, 11 janvier 2013
Tribunal de commerce de Paris, 23 avril 2013, n° 2013007527
Tribunal de commerce de Paris, 23 avril 2013, n° 2013007527
Tribunal de commerce de Paris, 23 avril 2013, n° 2013007528
Jugement d'ouverture de la liquidation judiciaire d'Isia Films, Tribunal de commerce de Paris, 12e ch., 1er octobre 2014, n° 2014052504.
Cour d’appel de Paris, pôle 2 ch. 2, 11 mars 2016, n° 14/19168.
Tribunal de commerce de Paris, 16e ch., 17 février 2017, n° J2017000084
Tribunal de commerce de Paris, 12e ch., 14 septembre 2017, n° 2015054814
Cour d’appel de Paris, pôle 5 ch. 8, 27 mars 2018, n° 17/17749
Cour d’appel de Paris, pôle 5 ch. 9, 19 mai 2022, n° 21/09715
Fisc : Adjani visée par une enquête, Laurent Léger, L'Express, 8 juin 2018
Soupçonnée d'avoir falsifié le remboursement de ses dettes, Isabelle Adjani mise en examen pour « escroquerie », Laurent Léger, Libération, 24 juin 2022
Isabelle Adjani blanchie par la justice après avoir été accusée d'escroquerie, Le Figaro avec AFP, 16 octobre 2024
Condamnée pour fraude fiscale, Isabelle Adjani voit sa peine réduite en appel et se pourvoit en cassation, AFP via France 24, 1er juillet 2026















Titre prometteur!! Place à la lecture