Bonjour Ă tous,
Le 17 aoĂ»t, 40â000 personnes ont reçu le mĂȘme courrier. Il annonçait lâouverture dâune procĂ©dure de redressement judiciaire contre Tudigo, et il contenait, plus bas, un barĂšme : 8â400⏠TTC par an et par vĂ©hicule dâinvestissement, quelle que soit sa taille + 1,8% sur toutes les sommes qui seront recouvrĂ©es un jour.
Le problĂšme, câest que les investisseurs avaient dĂ©jĂ payĂ© pour ce service.
Ă la souscription, la plateforme retenait 5% du montant investi, prĂ©sentĂ©s comme provisionnant 5 annĂ©es de gestion du vĂ©hicule, et 2% laissĂ©s sur le compte de ce mĂȘme vĂ©hicule pour financer sa dĂ©fense. Et au 31 dĂ©cembre 2025, ses comptes portaient 1â472â141⏠de produits constatĂ©s dâavance, rattachĂ©s expressĂ©ment Ă la pĂ©riode du 1er janvier au 31 dĂ©cembre 2026, correspondant pour lâessentiel au suivi des participations.
Au 30 juillet 2026, il restait 7â948⏠sur les comptes de la sociĂ©tĂ©.
Alors que les dossiers de reprises doivent ĂȘtre dĂ©posĂ©es avant midi ce jour, lâavenir est sombre pour les investisseurs.
Bonne lecture !
đĄNote de conflit dâintĂ©rĂȘts :
Lâauteur principal de cette newsletter a, par le passĂ©, effectuĂ© contre rĂ©munĂ©ration une prestation de service pour Tudigo, mais a Ă©galement Ă©tĂ© prestataire, directement ou indirectement, de plusieurs acteurs du crowdfunding, citĂ©s ou non.
Lâauteur principal de cette newsletter est investisseur dans plusieurs projets sur Tudigo, et dans plusieurs autres plateformes citĂ©es dans cette newsletter.
Carré Partners, dont il est question dans cette newsletter, a été annonceur par le passé de plusieurs newsletters du groupe Meelton, qui édite Zero Bullshit.
StĂ©phane Vromman, cofondateur de Tudigo, a tenu des propos qui pourraient ĂȘtre qualifiĂ©s dâinsultants Ă lâĂ©gard de lâauteur principal de cette newsletter, mais qui nâont fait lâobjet dâaucune poursuite ni plainte.
Un article du Monde, écrit par le toujours trÚs pertinent Gaëtan Pierret (sans ironie aucune) évoque des fuites organisées par Alexandre Laing dans Zero Bullshit : la publication en question avait soumis des questions aux deux dirigeants qui ont été libres de répondre. Zero Bullshit ne révÚle, confirme, infirme jamais ses sources, qui sont toujours multiples et variées.
Zero Bullshit a Ă©tĂ© poursuivi par Laurent Villa pour sa newsletter sur Tudigo datĂ©e du 30 mars 2025. Par ordonnance du 26 juin 2026, le tribunal judiciaire de Paris a jugĂ© quâaucun des passages poursuivis nâĂ©tait diffamatoire, dit nây avoir lieu Ă rĂ©fĂ©rĂ©, et condamnĂ© Laurent Villa aux dĂ©pens ainsi quâau paiement de 1â500⏠au titre de lâarticle 7001. Toujours pas payĂ©, dâailleurs.
(Fini)
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âïž Les mines de la Moria
DĂ©but 2023, Tudigo a levĂ© 3MâŹ. Pas pour une des entreprises qu'elle finançait : pour elle-mĂȘme. L'offre Ă©tait ouverte sur sa propre plateforme, Ă ses propres clients, sur une valorisation de 40MâŹ. 692 d'entre eux ont souscrit2.
Les 692 nâont pas souscrit au capital de la plateforme. Ils nâont pas souscrit individuellement non plus. Le montage compte trois Ă©tages, et ils sont au dernier.
En haut, Tudigo, la plateforme. Au milieu, Tudigo Holding, créée Ă lâĂ©tĂ© 2023 pour recevoir les actions que les deux fondateurs dĂ©tenaient dans Tudigo, Ă un prix validĂ© par un commissaire aux apports3. En bas, Tudigo Partners, le vĂ©hicule qui regroupe les 692 et souscrit pour eux. Le lendemain des apports, câest Tudigo Holding qui ouvre son capital Ă ce vĂ©hicule, pour 3â081â524,60âŹ.
Le capital de Tudigo, lui, ne bouge pas dâun euro entre 2019 et 2024 : les 3M⏠sont entrĂ©s un Ă©tage au-dessus. Le vĂ©hicule dĂ©tient 7% de la holding. La holding dĂ©tient 70% de la plateforme. Les 692 pĂšsent donc environ 4,9% de Tudigo4, et les deux fondateurs dĂ©tiennent 45,31% et 45,29% de la holding, le reste revenant Ă une troisiĂšme associĂ©e minoritaire. Ces 7% ne dĂ©cident rien, sauf le jour oĂč les deux fondateurs ne sâentendent plus.
Ils ont payĂ© 1â097,80⏠par action, le prix auquel les fondateurs venaient dâĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ©s pour leurs apports. Sur le papier, tout le monde entre au mĂȘme tarif.
Sauf que Tudigo Holding nâĂ©tait pas vide. Créée quelques jours plus tĂŽt avec 1â000⏠de capital, elle comptait dĂ©jĂ 10â000 actions Ă 0,10âŹ, toutes dĂ©tenues par les sociĂ©tĂ©s des deux fondateurs. Ces 10â000 actions ne reprĂ©sentent aucun actif, mais elles comptent dans la division.
Le calcul suit. Une fois les apports et les 3M⏠rĂ©unis, Tudigo Holding dĂ©tient 33,1M⏠pour 40â154 actions, soit 824⏠lâaction. Les 692 en ont payĂ© 1â097,80âŹ. Un tiers de plus, et lâĂ©cart correspond Ă ce que les 10â000 actions de dĂ©part se sont vu attribuer au passage : prĂšs de 11M⏠pour 1â000⏠apportĂ©s.
Trois ans plus tard, ces 7% ne valent plus rien. Que la sociĂ©tĂ© trouve un repreneur ou quâelle soit liquidĂ©e, les 692 perdront leur mise. En rĂ©alitĂ©, ils vont mĂȘme perdre plus que ça. Parce que tous Ă©taient clients avant dâĂȘtre actionnaires.
Comme eux, des dizaines de milliers de personnes ont mis de lâargent dans 190 projets, logĂ©s dans 190 sociĂ©tĂ©s créées pour lâoccasion. Des SPV. Une coquille vide, gĂ©rĂ©e par la plateforme, qui tient les investisseurs Ă lâĂ©cart de la sociĂ©tĂ© dans laquelle ils investissent.
Le rĂšglement europĂ©en5 nâautorise ces coquilles que lorsquâelles sont justifiĂ©es, et il fixe une limite : câest aux investisseurs, et Ă eux seuls, de dĂ©cider de sâexposer Ă lâactif. La plateforme ne choisit pas Ă leur place. Sur la suite, le texte ne dit rien. Ce sont les statuts de chaque vĂ©hicule qui organisent le reste. Sur le papier, ceux que Tudigo utilisait laissent la main aux investisseurs : le prĂ©sident ne peut ni cĂ©der la participation, ni dissoudre, ni engager plus de 500⏠sans leur accord, et ils peuvent le rĂ©voquer. Mais câest lui qui convoque, fixe lâordre du jour et fournit lâinformation, par consultation Ă©crite sâil le veut, et sans quorum en seconde convocation. Face Ă des centaines dâassociĂ©s dispersĂ©s, le pouvoir est lĂ oĂč se trouve lâagenda. Chez beaucoup de plateformes, lâexception est devenue le mode dâemploi.
Entre janvier et fĂ©vrier 2025, alors que les deux fondateurs se dĂ©chirent, le RCCI de Tudigo passe la plateforme en revue et rĂ©dige une sĂ©rie de notes internes, jamais publiĂ©es, sur lesquelles un cabinet dâavocats sâappuie fin fĂ©vrier pour Ă©valuer le risque de sanction par lâAMF. Ces documents ont plus dâun an et demi : une partie des problĂšmes a pu ĂȘtre corrigĂ©e depuis, et câest lâune des questions posĂ©es Ă la direction.
Répartition des rÎles au sein de Tudigo.
En bleu : Laing, en rouge : Vromman.
Issu dâune prĂ©sentation interne.
Le prĂ©sident de ces vĂ©hicules, au dĂ©part, câest StĂ©phane Vromman. La plateforme crĂ©e le vĂ©hicule, en est lâassociĂ©e unique, doit ensuite cĂ©der son action, et son dirigeant en prend la prĂ©sidence en attendant quâun investisseur se propose. En janvier 2025, le RCCI dĂ©crit ce qui se passe en pratique : lâinvestisseur « nâarrive que rarement et la prĂ©sidence est maintenue », et la cession de lâaction « semble avoir Ă©tĂ© oubliĂ©e ».
Ce nâest pas un dĂ©tail dâintendance. La plateforme perçoit un carried Ă la sortie, alors que depuis son agrĂ©ment elle ne peut dĂ©tenir une participation dans un tel vĂ©hicule quâen dĂ©montrant au rĂ©gulateur quâelle nâa aucun intĂ©rĂȘt Ă©conomique propre au succĂšs de lâopĂ©ration6. Elle dĂ©cide donc de la sortie, et elle est payĂ©e dessus. Son propre RCCI prĂ©vient que le rĂ©gulateur pourrait y voir un contournement, et recommande que les sorties soient soumises aux associĂ©s de chaque vĂ©hiculeâŽÂł.
La plateforme, elle, vit de la collecte, et le prĂ©sident du vĂ©hicule ne touche rien Ă ce titre. Lâessentiel de ses revenus vient de lâentreprise financĂ©e, qui paie 5% du montant minimum de la levĂ©e Ă la signature de la lettre de mission, puis une commission au succĂšs de 7 Ă 10% sur les fonds collectĂ©s7. Lâinvestisseur paie de son cĂŽtĂ© le jour de la souscription : sur 10â000⏠investis, 700⏠partent avant le premier relevĂ©, dont 5% qui provisionnent cinq annĂ©es de gestion, Ă raison dâ1% par an, et 2% conservĂ©s sur le compte du vĂ©hicule pour sa dĂ©fense. Les CGU actuelles prĂ©voient toujours jusquâĂ 5% de commission Ă la souscription et des frais de gestion facturĂ©s au vĂ©hicule pour une durĂ©e projetĂ©e de 5 ans8. Le reste, la plateforme ne le touche quâĂ la sortie : 20% de la plus-value au-delĂ de 1,2 fois la mise, quand elle arrive.
DâoĂč le dĂ©sĂ©quilibre : en 2025, tout ce qui Ă©tait rĂ©current, suivi compris, ne pesait que 1,1M⏠sur 4M⏠de chiffre dâaffaires. Pas de nouvelle levĂ©e, pas de commission. Pas de commission⊠pas de commission.
A mesure que la collecte baissait, la plateforme a prĂ©levĂ© davantage sur ce quâelle collectait encore : 11,3% de la somme levĂ©e en 2022, 17,5% en 2025. Le partage a basculĂ© avec. En 2022, 89% de ses revenus venaient des entreprises financĂ©es. En 2025, la moitiĂ© vient des investisseurs.
Dâautant plus inquiĂ©tant quâĂ Ă partir de 2023, la collecte sâest effondrĂ©e. Le crowdfunding français, qui sâĂ©tait majoritairement construit sur les promoteurs immobiliers, a encaissĂ© le retournement du marchĂ© : beaucoup de promoteurs ont cessĂ© de rembourser, et les plateformes ont cessĂ© de collecterÂčÂČ. PionniĂšre du crowdequity, Tudigo Ă©tait arrivĂ©e tard sur les obligations, en 2022, et avait confiĂ© prĂšs dâun quart de sa collecte immobiliĂšre Ă un seul promoteur, Laurent Villa, dont lâhistoire a Ă©tĂ© racontĂ©e ici et ici, et qui a cessĂ© de payer en 2024. Sa collecte totale a Ă©tĂ© divisĂ©e par plus de 2 en 2 ans.
Au T1 2025, il restait 3 mois de trĂ©sorerie. Mais la sociĂ©tĂ© a tenu. Pour autant, Tudigo nâĂ©tait pas complĂštement condamnĂ©e. En tout cas financiĂšrement. Le problĂšme Ă©tait ailleurs. Lâactionnariat. Et surtout ses deux actionnaires fondateurs, qui pĂšsent 45% chacun dans la holding, prĂ©sident chacun lâune des deux sociĂ©tĂ©s et dirigent lâautre, et ne peuvent donc rien dĂ©cider sans lâaccord de lâautre. Les 30% restants de Tudigo appartiennent Ă 20 actionnaires historiques qui ne participent pas au conflit.
Et depuis lâautomne 2024, chacun des deux fondateurs essaie dâĂ©vincer lâautre. Laing a posĂ© un ultimatum en octobre, Vromman a annoncĂ© son dĂ©part en dĂ©cembre avant de se raviser en mars, et les deux ont cherchĂ© en parallĂšle un repreneur pour les parts de lâautre. Une guerre de tranchĂ©es, qui ira jusquâĂ la boĂźte mail : en janvier 2026, Tudigo assignera Laing en rĂ©fĂ©rĂ© pour rĂ©cupĂ©rer le statut de super administrateur de ses comptes Google, suspendus, et le nom de domaine tudigo.co, transfĂ©rĂ© vers un compte personnel. Le 24 mars, le tribunal la dĂ©boutera de tout9.
En dĂ©cembre 2024, Pierre-Etienne Lorenceau, 2e plus gros souscripteur du vĂ©hicule et appelĂ© comme mĂ©diateur par les 2 fondateurs, en prend la prĂ©sidence, pendant quâil nĂ©gocie lâachat des parts de lâun et de lâautre. Il finit dans le camp de Vromman. 45 plus 7, et la majoritĂ© bascule.
Lorenceau valorise Tudigo entre 7 et 10M⏠dans une de ses lettres dâintention, dĂ©but 2025
Vromman gagne et reste seul Ă bord. Laing sort, dâabord de la DG de Tudigo, avec effet au 30 novembre 202510. De son cĂŽtĂ©, Vromman avait trouvĂ© des investisseurs prĂȘts Ă remettre au pot, Ă une condition : le dĂ©part complet de Laing. Le faire partir supposait de lui racheter ses parts, et c'est lĂ que tout s'est bloquĂ© : Vromman et les entrants voulaient le prix le plus bas, Laing le plus haut. ForcĂ©ment. Devant le blocage, il a fallu un mandataire dĂ©signĂ© par le tribunal pour qu'une assemblĂ©e de Tudigo Holding se tienne, le 6 janvier 2026. Elle l'exclut Ă 52,3% et lui propose la valeur nominale : 1'819,30⏠pour 45,31% d'une sociĂ©tĂ© valorisĂ©e 40M⏠3 ans plus tĂŽt. Ă surprise, il refuse, et un expert judiciaire est dĂ©signĂ© pour fixer le prix11.
1MâŹ.
Câest le prix fixĂ© par lâexpert le 29 juillet, soit un peu plus de 2M⏠pour la holding. Et 1M⏠que les entrants auraient dĂ» verser Ă Laing avant de remettre un euro dans une sociĂ©tĂ© qui, le lendemain, avait 7â948⏠sur ses comptes12.
Le 27 juillet, 2 jours avant ce rapport, Vromman Ă©crivait encore aux investisseurs pour leur annoncer « un nouveau chapitre pour Tudigo », une Ă©quipe « dĂ©diĂ©e Ă la dĂ©fense de vos intĂ©rĂȘts », et « une sĂ©rie dâactions concrĂštes, que vous pourrez suivre au fil des mois »13.
Sauf que that escalated quickly : 2 jours aprĂšs le rapport, 4 jours aprĂšs lâe-mail Tudigo dĂ©pose le bilan, et le redressement judiciaire est prononcĂ© dans la foulĂ©e14. Le 7 aoĂ»t, Vromman, toujours prĂ©sident, Ă©crivait aux actionnaires :
« Nous Ă©tions Ă quelques jours de franchir le cap. Câest finalement la conclusion du rapport dâexpertise qui aura rendu le plan impossible. »
Les 190 sociétés, elles, sont toujours là .
Plan ou pas.
đ Sous la Montagne Solitaire
GĂ©rer ces boĂźtes coĂ»te de lâargent. Et cet argent, Tudigo le facture Ă lâentrĂ©e. La raison est simple. Un gĂ©rant qui sâoccupe dâun fonds dâactions ou dâune SCPI gĂ©nĂšre des flux, donc il peut se payer tous les ans, entre 5 et 10% sur ce flux. Mais lorsque lâinvestissement est bloquĂ© pendant longtemps, comme câest le cas en private equity ou en private debt, il nây a pas de flux. Donc les frais sont pris dâavance, Ă lâentrĂ©e.
Câest un tour comptable parfaitement lĂ©gal. Une entreprise peut encaisser aujourdâhui le prix dâun travail quâelle fera lâan prochain. La comptabilitĂ© appelle ça un produit constatĂ© dâavance et le range au passif : le pognon est en caisse, en Ă©change lâentreprise doit du travail.
Mais pour obtenir son agrĂ©ment, Tudigo avait pris un engagement prĂ©cis. Le programme dâactivitĂ© est le document quâune plateforme rĂ©dige elle-mĂȘme et dĂ©pose Ă lâAMF.
Extrait du Plan dâActivitĂ© de Tudigo, envoyĂ© Ă lâAMF
Le paragraphe concerne les SPV equity
En fĂ©vrier 2025, plus dâun an aprĂšs lâagrĂ©ment, le RCCI constate que ce volet « nâa, pour le moment, pas encore Ă©tĂ© traitĂ© », et que la structure censĂ©e sâen charger est « en cours dâimmatriculation ». La seule gestion extinctive en place couvre les obligations, et elle est inopĂ©rante, parce quâune partie des flux passe encore par un autre prestataire de paiement que celui prĂ©vu.
LâentitĂ© nâexiste donc pas. Lâobligation, si, et elle est chiffrĂ©e. Au 31 dĂ©cembre 2025, Tudigo devait 1â472â141⏠de travail : pour lâessentiel, le suivi des participations sur toute lâannĂ©e 2026, dĂ©jĂ encaissĂ©. Plus que tout ce que la plateforme tirait de ses revenus rĂ©currents en un an.
Promesse tenue ou pas, câest devenu le mode de survie de Tudigo. En 2022, quand la plateforme sâappelait encore Bulb in Town et gagnait de lâargent, ces encaissements dâavance pĂšsent 64KâŹ, soit 1,5% du CA. En 2024, la collecte commence Ă baisser et le chiffre passe Ă 900KâŹ. 13%. En 2025, la collecte est divisĂ©e par deux et câest 36%. En clair, plus la collecte sâeffondrait, plus Tudigo vivait sur des prestations dâun futur de plus en plus incertain.
Reste Ă savoir ce que cet argent est devenu. Les comptes le disent.
Données comptables et sociales de Tudigo
Reconstitué à partir de multiples sources par Zero Bullshit
2024 est l'annĂ©e de bascule. Le chiffre d'affaires recule Ă peine, de 7,21 Ă 6,82MâŹ, mais l'effectif moyen passe de 56 Ă 66 personnes, les locations font x4,6 par rapport Ă 2022, et le rĂ©sultat tombe de +898K⏠à -1,69MâŹ. Un Ă©cart de 2,6M⏠en un exercice, sur une activitĂ© qui n'a pas bougĂ©.
Présentation interne, août 2024
A la fin de lâexercice 2025, Tudigo devait donc prĂšs dâ1,5M⏠de travail de gestion Ă ses investisseurs. Sauf quâil ne restait que 955K⏠en banque. 7 mois plus tard au RJ câest 7â948âŹ. Pour ĂȘtre clair : la sociĂ©tĂ© va probablement disparaĂźtre et ne fera donc pas la gestion des SPV, et le pognon encaissĂ© pour faire ladite gestion a disparu.
Parce que le pognon, lui, a Ă©tĂ© cramĂ© dans les charges fixes. En 2024, le poste locations pĂšse 1,13MâŹ, dont 427K⏠pour le seul loyer du siĂšge, 19,5K⏠de domiciliation, et Tudigo a laissĂ© au bailleur un dĂ©pĂŽt de garantie de 247K⏠: 7 mois de loyer, quand lâusage tourne autour de 3. Ce siĂšge, au 37 rue Thiac Ă Bordeaux, appartient aux fondateurs, qui lâont achetĂ© en juin 2023 par une SCI dĂ©tenue Ă 45% chacun via leurs holdings. Tudigo paie donc son loyer Ă ses dirigeants Ă qui elle laisse finalement une ardoise de 234K⏠au moment du RJ.
Captable de la SCI détenu les bureaux
Alco et Agephor sont les holdings de Vromann et Laing
Lâautre grosse partie des dĂ©penses, câest comme souvent les salaires. 33 personnes. 1,4M⏠par an hors charges. Une masse salariale et un nombre dâemployĂ©s trĂšs Ă©tonnants pour une structure aussi dĂ©ficitaire. Dâautant que 15 de ces 33 contrats ont Ă©tĂ© conclus dans les 12 mois qui ont prĂ©cĂ©dĂ© la cessation des paiements. Dont 8 depuis le 1er janvier : un dealflow manager le 4 mai, un CRM manager le 5, une chargĂ©e dâinvestissement le 16 juin, un analyste le 6 juillet. Trois semaines avant le dĂ©pĂŽt. Alors mĂȘme quâil Ă©tait Ă©vident que la structure nâavait plus de cash.
Et quâelle avait dĂ©jĂ massivement cramĂ© celui provisionnĂ© pour les SPV.
Restent les deux qui coĂ»tent le plus cher. En mars 2026, lâassemblĂ©e se penche enfin sur ce que les fondateurs se sont versĂ©. Celle de Vromman, 157,5K⏠au titre de 2024, est approuvĂ©e. Celle de Laing, 170K⏠au titre de son mandat de DG, est refusĂ©e Ă lâunanimitĂ© des voix exprimĂ©es.
Ce refus dit quelque chose de prĂ©cis : lâargent est sorti, mais personne nâa jamais validĂ© quâil devait sortir. Et ça coĂ»te, parce quâune rĂ©munĂ©ration non approuvĂ©e nâest pas dĂ©ductible. La liasse 2025 rĂ©intĂšgre donc 240â176⏠au rĂ©sultat fiscal sous le libellĂ© « RĂ©munĂ©rations Directeur GĂ©nĂ©ral 2024/2025 non approuvĂ©es ». Deux exercices de salaire versĂ©s sans dĂ©cision rĂ©guliĂšre.
Pour 2025, la mĂȘme assemblĂ©e fixe 120K⏠bruts Ă chacun des deux, et subordonne le versement Ă une condition :
« Lâapport de preuves matĂ©rielles permettant dâattester de lâengagement des mandataires sociaux Ă temps plein et de façon continue dans la gestion de la SociĂ©tĂ© et dans le management des Ă©quipes »
Des actionnaires qui demandent Ă leurs dirigeants de prouver quâils travaillent.
Sauf quâen 2026, le salaire de Vromman monte Ă 130KâŹ, 182K⏠coĂ»t employeur. Soit 10K⏠de plus que le dernier montant votĂ©, dans une sociĂ©tĂ© dont les capitaux propres venaient de tomber Ă moins 2,7MâŹ.
Sans dĂ©magogie, une comparaison. 130KâŹ, câest le salaire mĂ©dian des 200 CEO de la tech qui ont rĂ©pondu Ă The Galion Project, mais en regardant dans les dĂ©tails, on voit que ça correspond Ă des sociĂ©tĂ©s qui ont levĂ© bien plus dâargent que Tudigo, avec plus de salariĂ©s et plus de chiffre dâaffaires. Câest aussi le haut de la fourchette des startups non rentables.
Lors de la chute de Masteos, Thierry Vignal racontait ici comment lui et son cofondateur avaient baissĂ© leurs salaires Ă plusieurs reprises quand la trĂ©sorerie venait Ă manquer. Tudigo a fait lâinverse. Avec lâargent que les investisseurs avaient versĂ© pour la gestion de leurs vĂ©hicules.
đĄïž La cotte de mithril
Les 2% qui devaient financer la dĂ©fense des vĂ©hicules en cas de litige vont cruellement manquer. Parce que des litiges, il y en a eu, parce que le marchĂ© sâest retournĂ© et aussi parce que plusieurs due diligences ont Ă©tĂ© lacunaires. Voire carrĂ©ment fautives.
Les dossiers qui suivent sont obligataires : les investisseurs ont prĂȘtĂ©, ils ne sont pas actionnaires.
En 2023, le vĂ©hicule Tudi Holding 25 prĂȘte Ă une sociĂ©tĂ© de Laurent Villa pour une opĂ©ration immobiliĂšre au Cap dâAntibes. Pas une fois : 6 tranches successives, pour prĂšs de 5M⏠au total sur ce seul projet comme Zero Bullshit lâavait Ă©voquĂ© mi 2025, puis longuement analysĂ© quelques mois aprĂšs. Villa se porte caution personnelle, solidaire et indivisible. Les intĂ©rĂȘts cessent dâĂȘtre payĂ©s en 2024, et la premiĂšre tranche arrive Ă Ă©chĂ©ance le 8 fĂ©vrier 2025 sans que ses 1,11M⏠soient remboursĂ©s. Les saisies conservatoires sur les comptes de la caution, en mars 2025, sont infructueuses. Bref : yâa plus un rond.
Ce que Tudigo savait, et quâelle avait Ă©crit. Son propre rapport dâanomalie sur lâĂ©mission Cap dâAntibes constate que le vĂ©hicule porte seul toute la dette Ă©mise, malgrĂ© les garanties, et quâil est donc en cessation de paiement au sens du code de commerce. Ce qui lâinquiĂšte, câest le risque pour la plateforme : il faut engager les garanties au plus vite, Ă©crit-il, pour ĂȘtre en mesure dâhonorer ses propres dettes.
Ă ce jour, la cessation de paiement nâa toujours pas Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e au tribunal de commerce.
Extrait du rapport dâanomalie
En rĂ©plique au non paiement, le vĂ©hicule attaque sur 2 fronts. Contre les sociĂ©tĂ©s garantes dâabord : le 8 juillet 2025, 9 condamnations sont prononcĂ©es, pour 7,4M⏠au total, au bĂ©nĂ©fice de Tudigo et de sa filiale reprĂ©sentante de la masse. Certaines sociĂ©tĂ©s poursuivies ne se prĂ©sentent mĂȘme pas Ă lâaudience. Cela dit, et pour des raisons dĂ©jĂ racontĂ©es ici : les comptes sont vides.
Contre la caution personnelle ensuite. Le 22 janvier 2026, le juge des rĂ©fĂ©rĂ©s du tribunal de commerce de Cannes se dĂ©clare sans pouvoir juridictionnel et renvoie les investisseurs Ă mieux se pourvoir. Motif : lâacte de cautionnement ne comporte ni date ni durĂ©e dâengagement clairement stipulĂ©es15. Le vĂ©hicule est condamnĂ© aux dĂ©pens et Ă verser 2â000⏠à celui quâil poursuivait. Il nây a donc ni actif Ă saisir, ni caution opposable : la seule garantie qui restait debout tenait dans un acte auquel il manquait une date, et les 2% de dĂ©fense ont achetĂ© une condamnation.
Extrait du jugement Tudigo Holding 25 vs. Laurent Villa
En résumé : danlcululu
Pour les 2 ou 3 du fond(s) qui nâont pas suivi, on rĂ©sume les Ă©pisodes :
Tudigo a prĂȘtĂ© aux sociĂ©tĂ©s de Laurent Villa, interdit de gĂ©rer pendant 7 ans en 2014, et de son propre aveu, la plateforme ne lâavait pas vu (le tribunal a jugĂ© que ce nâĂ©tait pas diffamatoire, donc on le redit16) ;
Tudigo a laissĂ© une SCI, celle de la villa corse, Ă©mettre des obligations, alors que la loi les rĂ©serve aux sociĂ©tĂ©s par actions ayant deux ans dâexistence ;
Tudigo a continuĂ© Ă lui prĂȘter alors quâen mars 2022 son restaurant de Cannes Ă©tait liquidĂ©, et quâen juin 2023 celui de Marseille suivait (jugĂ© non diffamatoire Ă©galement) ;
Tudigo a financĂ© Antibes tranche aprĂšs tranche, prĂšs de 5MâŹ, sans voir que le terrain nâavait jamais Ă©tĂ© achetĂ© ;
Tudigo a conditionnĂ© les fonds dâAntibes Ă un financement de 10MâŹ, jamais obtenu, mais a envoyĂ© les fonds ;
Tudigo a pris des garanties sur des sociĂ©tĂ©s vides : Seven, liquidĂ©e moins dâun an aprĂšs, et RX Venture, 1â030⏠en banque pour 3,7M⏠dâobligations fin 202217, dĂ©jĂ condamnĂ©e Ă rembourser 3,4M⏠à Cannes quand Tudigo la disait « encore active »18 19;
Tudigo a prĂ©sentĂ© Villa en mai 2023 comme un emprunteur dont « tous les remboursements sont Ă jour », dans une note qui prĂ©cise nâavoir fait « aucune vĂ©rification indĂ©pendante », et dont lâavertissement est copiĂ© dâun autre dossier20.
Alors, ça semble beaucoup⊠En tout cas assez pour quâun signalement ait Ă©tĂ© fait Ă Tracfin qui, selon les informations de Zero Bullshit, se serait intĂ©ressĂ© au dossier. Mais ce nâest pas le seul problĂšme.
DĂ©but 2025, le RCCI de Tudigo recense 14 vĂ©hicules obligataires montĂ©s de la mĂȘme façon : la plateforme en est lâassociĂ©e unique, et chacun porte toute la dette quâil a Ă©mise, pour 17,17M⏠au total. 8 sont en difficultĂ©, pour 14,1M⏠rĂ©partis sur 22 tranches. Dans la liste figurent aussi AnthĂ©lios, 2,3MâŹ, en liquidation judiciaire et en mĂ©diation devant lâAMF, et une tranche Mayers RĂ©alitĂ©s, 1,76MâŹ, en RJ. Le RCCI en tire la mĂȘme consĂ©quence : ces vĂ©hicules peuvent se retrouver en cessation des paiements. Rien ne sera fait.
InterrogĂ© Ă lâĂ©poque, Vromman parlait dâ« hypothĂšses internes non avĂ©rĂ©es et tronquĂ©es, [âŠ] sciemment utilisĂ©es Ă des fins malveillantes ».
Ce qui nâest pas complĂštement faux, puisquâĂ lâĂ©poque Tudigo se dĂ©chirait en deux camps. Mais les dossiers, eux, se foutent des batailles. Ou pire : câest une ouverture.
Le 5 fĂ©vrier 2025, le promoteur RĂ©alitĂ©s est placĂ© en RJ21. Le lendemain, un chiffrage interne Ă©value lâexposition de Tudigo Ă 12,9M⏠avec ses filiales, dont 6,5M⏠logĂ©s dans des vĂ©hicules que la plateforme dĂ©tient, prĂ©side, et dont elle reprĂ©sente les obligataires. Un an plus tard, RĂ©alitĂ©s est sorti du redressement avec un plan. Sa filiale Bird avait Ă©mis 7 lignes sur Tudigo, 8,56M⏠au nominal. Le plan ne les rembourse pas.
Plan de redressement de Réalités
Sur 100âŹ, 93⏠sont convertis en actions ou abandonnĂ©s, et 7⏠seront remboursĂ©s (si le plan tient) entre 2027 et 203622. Les actions, elles, sont Ă©mises Ă 0,07⏠sur un titre qui cote autour de 0,40âŹ, mais qui sâĂ©change Ă quelques centaines de titres par jour : les seules obligations crowdfunding de Bird peuvent donner prĂšs de 800M dâactions nouvelles, pour une sociĂ©tĂ© qui en compte environ 5M23. Autrement dit, le papier existe, le marchĂ© pour le vendre non.
Cela dit, Tudigo nâest pas la seule plateforme dans ce dossier. Bird a empruntĂ© auprĂšs de huit dâentre elles, pour 67,7M⏠au nominal, toutes traitĂ©es de la mĂȘme façon par le plan.
Exposition des plateformes de crowdfunding à Réalités
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MĂȘme absence de garde-fou sur Brique House, selon des Ă©changes internes Ă la direction. En fĂ©vrier 2025, une troisiĂšme tranche est ouverte pour une sociĂ©tĂ© en conciliation, donc en difficultĂ© et non finançable par une plateforme. Le protocole, signĂ© par Vromman sans revue juridique externe ni accord du comitĂ© dâinvestissement, engage Tudigo Ă refinancer, et la documentation remise aux investisseurs ne dit rien de la situation de lâentreprise. Environ 1,1M⏠ont Ă©tĂ© collectĂ©s.
Communication interne Ă Tudigo
Et ce nâest pas la premiĂšre fois quâun dossier part dâune promesse que rien nâĂ©tayait. Sur AL Construction, le deck remis aux investisseurs annonçait « un CA sĂ©curisĂ© de 10 M⏠» et un risque notĂ© 2,7. La sociĂ©tĂ© fait dĂ©faut dĂšs la premiĂšre Ă©chĂ©ance.
En fĂ©vrier 2025, le RCCI reprend le dossier et dĂ©couvre ce qui nâavait pas Ă©tĂ© vĂ©rifiĂ© : tout est faux, des relevĂ©s bancaires au casier judiciaire du porteur. Et lĂ encore, les garanties nâont jamais Ă©tĂ© signĂ©es, pas plus que les conditions gĂ©nĂ©rales ni la prorogation de la pĂ©riode de souscription. Si bien que des souscriptions ont pu intervenir hors pĂ©riode.
Note du RCCI de Tudigo
Reste Ă savoir qui paie. Et combien. Un rapport commandĂ© par la direction chiffre le risque Ă 1,4MâŹ. Non assurables. Dans les comptes 2024, les provisions pour risques s'Ă©lĂšvent en tout Ă 29KâŹ. Elles passent Ă 213K⏠fin 2025, ce qui reste 6x moins que le risque chiffrĂ© en interne.
Ce qui pose une autre question : qui va poursuivre qui ?
Parce que dans le cas des obligations⊠câest Tudigo qui est reprĂ©sentant de la masse obligataire. Lâarbre gĂ©nĂ©alogique est un buisson.
C'est l'inverse de ce que le rĂšglement europĂ©en organise. Il dĂ©lĂšgue Ă la plateforme le travail que le rĂ©gulateur ne fait pas, sĂ©lectionner les dossiers et vĂ©rifier leur conformitĂ©, et il lui impose en contrepartie d'agir au mieux des intĂ©rĂȘts de ses clients et de prĂ©venir les conflits d'intĂ©rĂȘts24. L'intermĂ©diaire doit ĂȘtre du cĂŽtĂ© des investisseurs. Ici, la mĂȘme sociĂ©tĂ© choisit l'emprunteur, rĂ©dige la garantie, encaisse la commission, prĂ©side le vĂ©hicule, reprĂ©sente les crĂ©anciers et dĂ©cide s'il faut attaquer l'erreur qu'elle a commise. Quand l'Ă©pargnant doit ĂȘtre dĂ©fendu contre la plateforme, personne ne le dĂ©fend.
Pour la petite anecdote, cette formulation est de Zero Bullshit, et a Ă©tĂ© rĂ©cemment citĂ©e dans un jugement. Mais elle a surtout Ă©tĂ© reprise dans un article Ă©crit par lâavocat AlizĂ©e Mabillon sur Justice Village25 prĂ©cĂ©dĂ©e par « Le rĂ©gulateur lui-mĂȘme conçoit ce statut comme une forme de dĂ©lĂ©gation ». Sauf que câest faux. Ce nâest pas le rĂ©gulateur, et le tribunal ne fait que citer Zero Bullshit sans se prononcer sur lâexactitude ou non du propos. La rĂ©ponse est probablement dans une phrase tout en bas de lâarticle
« Lâauteur dĂ©clare avoir en partie utilisĂ© lâIA gĂ©nĂ©rative pour la rĂ©daction de cet article (recherche dâidĂ©es, dâinformations) mais avec relecture et validation finale humaine. »
La citation dâAlizĂ©e Mabillon
Puis celle de lâarticle de Zero Bullshit
Dans le cas prĂ©sent, ce reprĂ©sentant s'appelle donc TBD Immo, autrement dit Tudigo Immobilier, et il est prĂ©sidĂ© par Tudigo elle-mĂȘme. Celui qui dĂ©cide d'attaquer, de transiger ou de renoncer au nom des obligataires est donc la sociĂ©tĂ© dont les manquements sont en cause. Son tour de table ne l'Ă©loigne pas davantage : 65% Ă Tudigo, 35% Ă la holding de Jean-Yves Beaupigny, prĂ©sentĂ© aux investisseurs comme cofondateur de Tudigo Immo et ancien associĂ© du cabinet qui prĂ©sentait les comptes de la plateforme, et par ailleurs actionnaire historique de Bulb in Town. Le RCCI qualifiĂ© la « situation de conflit d'intĂ©rĂȘts manifeste ».
Les 2% de défense financent donc un recours dont l'opportunité est appréciée par celui qui a monté le dossier.
Cepeeeeeeendant, le problĂšme ne se limite pas aux garanties. DĂ©but 2025, Tudigo lĂšve des fonds pour la startup dâexosquelettes Wandercraft : 4,4M⏠collectĂ©s au 12 mars, pour un dossier que Laing prĂ©sente alors comme un « flagship » du nouveau Tudigo. Lâinvestissement est vendu avec un argument fiscal : le statut de JEI26, qui ouvre aux investisseurs une rĂ©duction dâimpĂŽt renforcĂ©e. Selon Laing, lâavantage a Ă©tĂ© mis en avant par les Ă©quipes dâorigination et dâanalyse, il a lui-mĂȘme refusĂ© Ă plusieurs reprises quâil soit utilisĂ© dans les communications, et il nâa vu lâattestation censĂ©e le prouver que fin fĂ©vrier. Lâargument a pourtant atteint nombre dâinvestisseurs, via les commerciaux de Tudigo.
2 semaines plus tard, Vromman reprend le dossier durant le closing. Pris dâun doute, il appelle lâexpert-comptable qui a produit le document : le professionnel nâa « JAMAIS Ă©tĂ© mandatĂ© » sur Wandercraft et nâa rien signĂ©. Le document est, Ă©crit Vromman, « purement et simplement un faux ». Le jour mĂȘme, Laing propose dâinformer les investisseurs entrĂ©s pour lâavantage fiscal de leur droit de rĂ©tractation. Câest dâautant plus gĂȘnant que 10 jours plus tĂŽt, les communications sur Wandercraft avaient dĂ©jĂ Ă©tĂ© Ă©voquĂ©es avec lâAMF.
Cela dit, le plus Ă©tonnant, câest moins le faux⊠que de ne pas avoir vu le problĂšme. Pour une sociĂ©tĂ© créée avant 2023, le statut de jeune entreprise innovante se perd dĂ©finitivement lâannĂ©e de ses 11 ans27. Wandercraft a Ă©tĂ© créée le 8 octobre 2012. Elle a eu 11 ans en 2023. DĂ©but 2025, elle ne pouvait plus ĂȘtre JEI. Attestation ou pas.
Personne nâa visiblement relevĂ© le problĂšme.
Les communications commerciales non plus.
En janvier 2025, un investisseur signale Ă lâAMF un e-mail commercial de Tudigo. Il promet « un rendement cible de plus de 7x » et « 149 places seulement », met en avant des avantages fiscaux JEIR sans leurs conditions, et propose Ă des conseillers de « rĂ©server une place pour [leurs] clients » avant la publication de lâoffre. Tudigo reconnaĂźt une diffusion sans validation de la conformitĂ©. Le 20 fĂ©vrier 2025, lâAMF lui fait savoir que ce type de signalement « ne serait plus tolĂ©rĂ© ». La prochaine fois câest la fessĂ©e dĂ©culottĂ©e.
Mais ce nâest toujours pas tout.
Fin 2024, Tudigo a lancĂ© Apollo, une sĂ©rie de levĂ©es. Quelques mois plus tard, le RCCI juge les deux premiĂšres « non rĂ©glementaires » : un produit que lâagrĂ©ment de la plateforme ne permet pas de commercialiser, prĂ©sentĂ© en publicitĂ© Ă des particuliers, auprĂšs de plus de 150 investisseurs. Les dirigeants sont contraints de rĂ©agir.
« A ce stade nous pouvons encore annuler lâopĂ©ration et rembourser les investisseurs »
Et les vĂ©hicules eux-mĂȘmes en souffrent, avec leurs clients. Lâargent dâabord : fin 2024, un membre du comitĂ© exĂ©cutif Ă©crit aux dirigeants que les appels et versements dâintĂ©rĂȘts obligataires sont traitĂ©s par une alternante « sans aucun contrĂŽle », et fin janvier 2025 que les Ă©quipes sont « incapables de reconstituer les flux obligataires » : un audit est lancĂ© pour Ă©tablir ce qui a rĂ©ellement Ă©tĂ© versĂ© aux investisseurs et Ă lâadministration fiscale. Personne, Ă cette date, ne sait combien les investisseurs ont touchĂ©.
Lâinformation ensuite : les reportings envoyĂ©s aux investisseurs portaient la marque Tudigo sans avertissement alors quâils reprenaient les chiffres des dirigeants, et lâoutil utilisĂ© depuis 2023 y affichait des courbes de croissance « totalement random ». Voire mĂȘme parfaitement bidon, comme Zero Bullshit lâavait racontĂ© dans lâaffaire Villa, oĂč câest le porteur lui-mĂȘme qui faisait son reporting, sur la base de chiffres incohĂ©rents. Leurs donnĂ©es enfin : les dirigeants des sociĂ©tĂ©s financĂ©es pouvaient consulter et tĂ©lĂ©charger, depuis leur compte, les noms, montants et tĂ©lĂ©phones des investisseurs du vĂ©hicule qui les finance.
Et ce nâest toujours pas encore toujours pas tout.
Il y a une derniĂšre information. Si grave quâĂ 2 reprises, Zero Bullshit lâa communiquĂ©e Ă Tudigo. Si grave que la dĂ©cision avait Ă©tĂ© prise de ne pas la publier, parce quâelle pouvait compromettre la plateforme elle-mĂȘme et une bonne partie de ses investisseurs.
Les SPV sont des SAS « Ă capital variable », rĂ©gies, disent leurs propres statuts, par les articles L. 231-1 Ă L. 231-8 du code de commerce. Leur article 8 prĂ©voit que le capital peut ĂȘtre rĂ©duit « par la reprise des apports rĂ©sultant du retrait ou de lâexclusion dâassociĂ©s », avec une seule limite : ne pas descendre sous un euro. Soit le baratin standard. Mais ni durĂ©e minimale de dĂ©tention, ni prĂ©avis, ni agrĂ©ment.
Or dans une sociĂ©tĂ© Ă capital variable, la loi dispose que « chaque associĂ© peut se retirer de la sociĂ©tĂ© lorsquâil le juge convenable »28, et la Cour de cassation a rappelĂ© fin 2024 que ces rĂšgles sont dâordre public et que le retrait produit ses effets immĂ©diatement29. Celui qui sort cesse donc aussitĂŽt d'ĂȘtre associĂ© et devient crĂ©ancier du vĂ©hicule au titre de la reprise de son apport.
Reste Ă savoir combien, et quand. Le mĂȘme arrĂȘt distingue le retrait de la reprise des apports : tant que le capital minimum nâest pas reconstituĂ©, le sortant ne peut pas rĂ©cupĂ©rer sa mise. Et ni la loi ni les statuts ne disent ce quâil rĂ©cupĂšre si le vĂ©hicule a perdu de la valeur. Il faudrait un juge pour trancher.
Ce qui est certain, câest que le vĂ©hicule nâa pas un euro : son compte est vide, son seul actif est un paquet de titres non cotĂ©s. Une demande de retrait ouvre donc une crĂ©ance quâil ne peut pas honorer, sur un actif quâil faudrait vendre pour la payer. Et câest la raison pour laquelle ces montages prĂ©voient en principe une durĂ©e minimale de dĂ©tention ou des conditions de sortie.
Pour ĂȘtre parfaitement clair : une seule demande suffit, dans les premiers SPV, Ă mettre un vĂ©hicule en difficultĂ©, et Ă poser la question de savoir sur quoi le sortant serait payĂ©. La correction de Tudigo nâa portĂ© que sur les nouveaux SPV. Les anciens sont restĂ©s en lâĂ©tat.
Avis aux amateurs de recommandé, et aux avocats qui aiment les questions sans réponse.
đïž Le Gondor ne rĂ©pond pas
Ce quâil adviendra de Tudigo dĂ©pendra de ce qui va se passer aujourd'hui, dernier jour pour dĂ©poser une offre de reprise. Le tribunal de commerce de Bordeaux examinera tout ça le 30. Selon le prĂ©visionnel remis aux crĂ©anciers, la trĂ©so devrait alors afficher -190KâŹ.
Aucune prorogation des dĂ©lais nâest envisagĂ©e par le juge ;
Tudigo Ă©carte elle-mĂȘme un plan de continuation ;
Ce qui ouvre la voie Ă la repriseâŠ
Ou Ă la liquidation.
Alors, qui pour racheter ? La question est plutĂŽt, quoi ? Surtout que les plateformes Ă lâencan ne manquent pas.
Les revenus ? Selon 2 acteurs approchĂ©s sur le dossier, câest exactement ce quâimaginaient rĂ©cupĂ©rer les acheteurs qui ont regardĂ© Anaxago quand elle Ă©tait Ă vendre : un encours de plusieurs centaines de millions dâeuros, des frais autour de 2%, donc quelques millions par an, un chiffre qui fond Ă chaque remboursement. Câest ce que chiffraient les Bricks de ce monde. Mais les vendeurs, eux, valorisaient la marque, le portefeuille client, la tech, et donc la possibilitĂ© de redĂ©marrer. Câest prĂ©cisĂ©ment pour cette raison, selon les mĂȘmes acteurs, quâaucune cession nâa abouti : le vendeur se prĂ©sente comme une maison, lâacheteur ne paie que lâencours et ce quâil rapporte.
Le problĂšme câest que Tudigo nâa pas ça. DĂ©jĂ parce que son modĂšle produit peu de rĂ©current, et quâensuite, comme on lâa vu plus haut, elle a dĂ©jĂ collectĂ© du pognon qui nâexiste plus. Le repreneur ne va donc rien percevoir en frais : il devra soit reprendre les 1,5M⏠de prestations dues, soit a minima travailler gratos pour ce montant, sur des SPV dont personne ne connaĂźt la santĂ© rĂ©elle, et financer Ă ses frais des procĂ©dures Ă vide. Et pas comme prestataire : en acceptant 190 mandats sociaux en nom propre, dont une vingtaine sur des sociĂ©tĂ©s dĂ©jĂ en liquidation judiciaire, aujourdâhui tous dĂ©tenus par Vromman. Soit exactement ce sur quoi Inter Invest sâest cassĂ© les ratiches en reprenant Koregraf.
Alors les clients ? Tout le monde cite 40â000 investisseurs. Le courrier du 17 aoĂ»t est bien parti Ă ce nombre dâadresses, mais une adresse nâest pas un client. Sur les 297â000 comptes créés depuis lâorigine, 26â200 personnes ont investi au moins une fois, et 2â700 ont investi dans les 12 derniers mois. Un repreneur nâachĂšte pas cette base : il achĂšte 2â700 clients actifs, et un fichier que la plupart de ses concurrents ont probablement dĂ©jĂ dans leurs propres listes.
LâagrĂ©ment, peut-ĂȘtre ? Probablement pas. Il est attachĂ© Ă une personne morale. Pour lâobtenir, il faut acheter la sociĂ©tĂ©, pas ses actifs, et un plan de cession transfĂšre des actifs. Or 70% des actions de Tudigo appartiennent Ă Tudigo Holding, celle-lĂ mĂȘme dont lâexpert judiciaire a chiffrĂ© la participation de Laing Ă 1MâŹ. La seule chose qui vaut quelque chose est enfermĂ©e derriĂšre la bagarre dâassociĂ©s racontĂ©e plus haut.
Dâautant que son prix dĂ©pend du rĂ©gulateur. En fĂ©vrier 2025, Guillaume-Olivier DorĂ©, homme dâaffaires bordelais venu du capital-investissement et alors prestataire de la plateforme, propose aux 2 fondateurs un autre projet de reprise : 3M⏠pour 90% de la holding, dont 1M⏠seulement au closing, le reste conditionnĂ© Ă lâextinction des risques AMF et obligataires. Les 2 refuseront, et Vromman y verra un « chantage Ă la vente de [s]es titres Ă bas prix ».
Et surtout, cet agrĂ©ment nâest pas forcĂ©ment acquis. Le rĂšglement europĂ©en permet Ă lâAMF de le retirer dĂšs que la plateforme ne remplit plus les conditions de sa dĂ©livrance30. Autrement dit, celui qui lâachĂšte achĂšte aussi le risque de le paumer aprĂšs lâavoir payĂ©.
Et le risque nâest pas thĂ©orique : les garanties prudentielles posent problĂšme depuis le dĂ©part. Les plateformes doivent dĂ©tenir en permanence des fonds propres ou une assurance au moins Ă©gaux au quart de leurs frais gĂ©nĂ©raux fixes de lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente31. CĂŽtĂ© fonds propres, Tudigo nây est plus depuis fin 2024. Restait lâassurance, souscrite Ă 1,5M⏠au moment de lâagrĂ©ment : en dĂ©cembre 2024, un membre du comitĂ© exĂ©cutif Ă©crit quâelle ne couvrait dĂ©jĂ pas le seuil de 2023, « et encore moins en 2024 », et que le ratio nâa jamais Ă©tĂ© calculĂ© ni suivi. La prime a Ă©tĂ© relevĂ©e Ă 2 reprises depuis, jusquâĂ 2,2M⏠en fĂ©vrier 2025.
Enfin lâagrĂ©ment vient avec ses emmerdes : les sanctions de lâAMF suivent la personne morale, mĂȘme aprĂšs un changement dâactionnaires ou pendant une liquidation. DĂ©but 2025, un note juridique concluait que la plateforme nâĂ©tait conforme ni au rĂšglement ni aux conditions de son agrĂ©ment, sur 8 sujets, et jugeait « Ă©levĂ© » le risque de sanction contre la sociĂ©tĂ© et ses dirigeants, « anciens comme nouveaux », un contrĂŽle Ă©tant « fort probable ».
Conclusion de la note juridique commandée par les dirigeants
Additionne : pas de revenus, 190 mandats sociaux à endosser, un fichier essoré et un agrément que le régulateur peut retirer. Qui va payer pour récupÚre une telle galÚre ?
Surtout que lâhistorique est lourd. 3 plateformes en 2 ans sont tombĂ©es avant Tudigo, et chacune montre un morceau de ce qui attend les investisseurs de Tudigo.
October dit ce qui sâachĂšte : la sociĂ©tĂ© avait cessĂ© sa production en fĂ©vrier 2024 et vendu sa technologie, mais le 11 mai 2026, Aether Financial Services lâacquiert et lance une activitĂ© de gestion dâactifs, et lâannonce prĂ©cise ce qui est repris, lâagrĂ©ment AMF. Les Ă©pargnants, eux, attendent toujours.
Koregraf raconte ce qui arrive au portefeuille : rachetĂ©e par Inter Invest en juin 2024, elle passe en gestion extinctive le 7 avril 2025, 198 projets et 160M⏠à recouvrer confiĂ©s Ă 3 prestataires tiers. Recouvrer, pas relancer : personne ne reprend lâactivitĂ©, le portefeuille est soldĂ©.
Et WiSEED prĂ©sage Ă quoi ressemblerait la meilleure suite pour Tudigo : cĂ©dĂ©e par le tribunal de commerce de Toulouse en dĂ©cembre 2025 Ă une filiale du groupe Advenis, elle Ă©tait tombĂ©e pour la mĂȘme raison que Tudigo, une augmentation de capital bloquĂ©e par un actionnaire minoritaire.
Trois dossiers, un mĂȘme rĂ©sultat : la structure agréée a trouvĂ© preneur, le portefeuille a Ă©tĂ© mis en extinction, et les particuliers restĂ©s dans les vĂ©hicules nâont vu ni accĂ©lĂ©ration des remboursements, ni retour Ă une gestion active de leurs lignes.
đ„ Les cendres de la ComtĂ©
La disparition dâune plateforme ne fait pas disparaĂźtre les 190 sociĂ©tĂ©s quâelle a créées. Câest dâailleurs lâargument, Ă juste titre, de Vromman et Laing pour dire que la situation est sauve pour les investisseurs. Sauf que câest aussi tout le problĂšme, si tâas bien suivi.
Parce que quoi quâil arrive, il va falloir les gĂ©rer. La probabilitĂ© dâune reprise du suivi est quasiment nulle, donc il arrivera probablement ce qui sâest passĂ© chez KoregrafÂčâ·. La bataille ne sera pas pour la reprise de Tudigo, mais pour celle de lâextinction de ses vĂ©hicules.
Comme Lita, Bricks, Finple, Anaxago ou Koregraf avant elle, Tudigo a confiĂ© sa gestion extinctive Ă Capsens, dont Zero Bullshit a dĂ©jĂ racontĂ© le modĂšle. Lâentreprise se prĂ©sente comme « le leader europĂ©en du dĂ©veloppement de plateformes de crowdfunding », et ses propres conditions prĂ©cisent quâelle nâest agréée ni par lâAMF ni par lâACPR.
Elle ne fera dâailleurs que la technique et la communication. La procĂ©dure publiĂ©e par Tudigo prĂ©voit quâune seconde sociĂ©tĂ©, 1563, « a vocation Ă devenir le mandataire social » des vĂ©hicules. Soit les 190 mandats dont il Ă©tait question plus haut.
Câest la mĂȘme 1563 qui, chez Koregraf, a Ă©tĂ© chargĂ©e du recouvrement avec PS Trustee. Les deux sociĂ©tĂ©s venaient dâĂȘtre créées, elles ont Ă©tĂ© dĂ©signĂ©es sans mise en concurrence, et les investisseurs lâont mal pris, au moins que plusieurs investisseurs se sont regroupĂ©s pour nĂ©gocier certains contrats et trouver dâautres prestations. La prestation de base Ă©tait facturĂ©e 20K⏠HT par projet sain pour le seul reprĂ©sentant de la masse + 4,2% des sommes recouvrĂ©es, avant que les investisseurs nâobtiennent une renĂ©gociation.
Et chez Tudigo ?
Le barĂšme figure dans l'e-mail du 17 aoĂ»t, pour le cas oĂč aucun repreneur ne reprendrait le suivi. Pour un vĂ©hicule en actions, 8,4K⏠TTC par annĂ©e commencĂ©e, appelĂ©s d'avance auprĂšs des investisseurs, plus 2% sur les sommes collectĂ©es et 1,8% sur tous les flux qui leur reviendront. Pour un emprunt obligataire, 10K⏠HT par an tant qu'il se rembourse. S'il est en dĂ©faut, 6K⏠HT de prise en charge puis 16K⏠HT par an, plus les mĂȘmes pourcentages.
Ces 8,4K⏠sont un forfait. Ils sont dus quelle que soit la taille du vĂ©hicule. Sur 5 annĂ©es commencĂ©es, cela fait 42KâŹ, que le vĂ©hicule ait collectĂ© 1M⏠ou 100K⏠:
véhicule de 1M⏠: 4,2% du capital ;
véhicule de 650K⏠: 6,5% ;
véhicule de 300K⏠: 14% ;
véhicule de 100K⏠: 42%.
Le calcul est de Laing32. Plus la mise est petite, plus la facture pĂšse lourd en proportion. Les 1,8% prĂ©levĂ©s sur les flux sâajoutent par-dessus.
Pour mesurer l'écart, regarde ce que ça coûtait réellement à Tudigo. En janvier 2025, la plateforme change de comptable pour ses véhicules : la tenue des comptes tombe à 400⏠HT par véhicule et par an, deux fois moins cher que chez le précédent. Et elle budgÚte 100K⏠pour les formalités de greffe de tout le portefeuille sur l'année, soit environ 500⏠par structure.
Ce nâest pas tout le coĂ»t dâun vĂ©hicule : restent la prĂ©sidence, les assemblĂ©es, les relations investisseurs. Mais on est loin des 8,4KâŹ. Laing, lui, chiffre entre 1,5 et 2,5K⏠par an le coĂ»t dâun prĂ©sident Ă©lu par les associĂ©s du vĂ©hicule33.
Le dispositif existait dĂ©jĂ sur le papier : pour obtenir son agrĂ©ment, la plateforme avait promis de le financer par une partie des bĂ©nĂ©fices du groupe, et les frais dĂ©jĂ payĂ©s Ă la souscription en couvraient une partie. Les conditions gĂ©nĂ©rales ont Ă©tĂ© mises Ă jour le 7 aoĂ»t 2026, deux jours aprĂšs lâouverture du redressement judiciaire. Elles donnent Ă Tudigo mandat de prĂ©lever ces frais, sur les remboursements ou par collecte, et toute modification sâimpose Ă lâutilisateur qui continue de se servir de la plateforme : aucun vote nâest prĂ©vu pour les changer34. La charge est passĂ©e du groupe au client. Le 27 juillet, les investisseurs recevaient encore la promesse dâune ligne Relations Investisseurs « rouverte aprĂšs une longue interruption ». Trois semaines plus tard, le barĂšme apparaĂźt.
Reste Ă savoir qui encaissera. Et ça, ce sont les investisseurs qui le dĂ©cident, vĂ©hicule par vĂ©hicule : le prĂ©sident dâun SPV est Ă©lu par ses associĂ©s, et câest lui qui signe les contrats de gestion. Koregraf est passĂ©e par lĂ : la gestion extinctive a Ă©tĂ© soumise au vote des porteurs, projet par projet, et les pompiers dĂ©signĂ©s ont souvent Ă©tĂ© remplacĂ©s par des solutions moins chĂšres, voire par les investisseurs eux-mĂȘmes.
Parmi les solutions sur la table, il y a celui qui sâest fait sortir il y a 8 mois. Il y a quelques jours, Laing publie sur LinkedIn une lettre aux investisseurs, un guide et un live sur inscription. Gratuit, sans commission, sans mandat, et plus clair sur le barĂšme que tout ce que la plateforme a envoyĂ© depuis un an.
Cela dit, le gratuit ne concerne que lui. Parce quâadministrer un vĂ©hicule, câest des frais de greffe, un comptable, et parfois un avocat, surtout que le porteur ne paye plus. Une assignation coĂ»te, une saisie coĂ»te, un recouvrement coĂ»te. Celui qui reprend un mandat sans facturer avance ces frais ou ne les engage pas. Quelquâun devra forcĂ©ment payer.
Quant au temps de Laing, sâil est gratuit, il nâest pas forcĂ©ment dĂ©sintĂ©ressĂ©. Depuis son dĂ©part, il est venture partner de CarrĂ© Partners, maison dâinvestissement bordelaise créée en septembre 2025 par une ancienne de Tudigo, qui vend du private equity late stage Ă des particuliers Ă partir de 5KâŹ. Un conflit dâintĂ©rĂȘts (de mĂȘme que celui de Zero Bullshit, CarrĂ© Partners ayant Ă©tĂ© annonceur par le passĂ©) qui ne dit rien de la qualitĂ© de la proposition. Seuls les investisseurs trancheront.
De son cĂŽtĂ©, Vromman ne propose pas de solution particuliĂšre, parce quâen tant que mandataire social de Tudigo, il est contraint par la suite donnĂ©e Ă la sociĂ©tĂ© par le Tribunal de commerce.
Mais peu importe, lâhistoire est ailleurs. Ă 8,4K⏠par vĂ©hicule en actions et davantage pour les obligataires, les 190 structures reprĂ©sentent plus de 1,6M⏠par an. Tudigo en activitĂ© tirait 1,1M⏠de ses revenus rĂ©currents, suivi compris.
Finalement, ici comme ailleurs, ce sont les vendeurs de pelles qui gagnent toujours.
MĂȘme quand elles servent Ă creuser des tombes.
đŻïž Cinq choses Ă changer
VoilĂ plusieurs annĂ©es que Zero Bullshit Ă©crit sur le crowdfunding, et Ă chaque fois la conclusion est que le statut PSFP est mal conçu. En avril puis en aoĂ»t 2025, cette newsletter a publiĂ© quinze propositions de rĂ©forme. Ce dossier en valide cinq, qui devraient ĂȘtre des urgences cĂŽtĂ© rĂ©gulateur, pour garantir la prĂ©servation des intĂ©rĂȘts des investisseurs particuliers.
1ïžâŁ Le reprĂ©sentant de la masse doit ĂȘtre indĂ©pendant de la plateforme.
Chez Tudigo, la mĂȘme sociĂ©tĂ© sĂ©lectionne lâemprunteur, encaisse la commission, rĂ©dige la garantie, prĂ©side le vĂ©hicule et reprĂ©sente les crĂ©anciers. Quand la garantie nâest pas signĂ©e, câest encore elle qui dĂ©cide sâil faut attaquer sa propre erreur. Aucun lien capitalistique ne devrait exister entre un PSFP et le reprĂ©sentant de la masse de ses Ă©missions.
2ïžâŁ Les garanties doivent ĂȘtre vĂ©rifiĂ©es avant la collecte.
Une caution personnelle Ă laquelle il manque une date, des nantissements jamais signĂ©s, une GAPD sur une sociĂ©tĂ© qui a 1â030⏠en banque, une autre sur une sociĂ©tĂ© liquidĂ©e dans lâannĂ©e. Ces 4 garanties ont Ă©tĂ© vendues comme des protections, et aucune nâa protĂ©gĂ© quoi que ce soit. Il faut un rĂ©fĂ©rentiel commun et un audit de la rĂ©alitĂ© de chacune avant la levĂ©e.
3ïžâŁ Les comptes doivent ĂȘtre auditĂ©s et publiĂ©s dĂšs quâon fait appel au retail.
Une sociĂ©tĂ© qui ne dĂ©pose pas ses comptes ne permet Ă personne de juger de sa santĂ©. Ici, ni les emprunteurs ni les vĂ©hicules ne les dĂ©posent, et les 1â200 investisseurs de Tudi Holding 101 ont dĂ©couvert ce que valait leur ligne 3 ans aprĂšs lâavoir payĂ©e. Le dĂ©pĂŽt devrait ĂȘtre une condition de la levĂ©e, et son absence un motif de suspension.
4ïžâŁ La gestion extinctive doit ĂȘtre financĂ©e par la plateforme, pas par lâĂ©pargnant.
Le programme dâactivitĂ© dĂ©posĂ© Ă lâAMF prĂ©voyait quâelle le soit par les bĂ©nĂ©fices du groupe. LâentitĂ© nâa jamais Ă©tĂ© créée, lâargent a Ă©tĂ© dĂ©pensĂ©, et la facture arrive chez les investisseurs 3 ans plus tard, alors que des frais ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© payĂ©s. Un plan de continuitĂ© devrait ĂȘtre publiĂ© en entier, provisionnĂ© dĂšs la collecte, et opposable Ă la plateforme.
5ïžâŁ La responsabilitĂ© des plateformes doit pouvoir ĂȘtre engagĂ©e.
Un casier judiciaire falsifiĂ© que personne ne vĂ©rifie, un terrain jamais achetĂ© financĂ© 6 fois : ce ne sont pas des alĂ©as de marchĂ©, mais des erreurs graves. Aujourdâhui, lâĂ©pargnant ne peut pas agir seul, et le seul qui peut agir pour lui est celui qui a commis la faute.
Le régulateur doit agir. Et vite.
Câest dĂ©jĂ trop tard pour les plateformes qui tombent.
Mais la question se posera inévitablement dans le futur.
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Tantiem sĂ©lectionne et propose des opĂ©rations dâinvestissement immobilier aux particuliers. Une Ă©quipe spĂ©cialisĂ©e en immobilier commercial, un cadre rĂ©glementĂ© par lâAMF et une information transparente sur chaque opĂ©ration.
Une communauté de plus de 40 000 membres.
Tantiem propose des obligations indexĂ©es sur les revenus locatifs net, non garantis. Cet investissement prĂ©sente des risques de perte totale ou partielle du capital et dâilliquiditĂ©.
Tantiem SAS est agréé PSFP auprĂšs de lâAMF sous le numĂ©ro FP-2025-03
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modĂšle frontiĂšre
Les déboires de Tudigo, la plateforme de financement participatif, Gaétan Pierret, Le Monde, 9 septembre 2026.
Rapport du commissaire aux apports sur la valeur des apports réalisés par ALCO SARL à TUDIGO SAS, devenue TUDIGO HOLDING
Mission ordonnée par le tribunal de commerce le 21 juillet 2023
4'870 actions BULB IN TOWN, soit 30,25% du capital, apportĂ©es pour 14'483'136,50âŹ, soit 2'973,95⏠par action
Questions and Answers on the European crowdfunding service providers for business Regulation, Q&A 1.7, ESMA35-42-1088, réponse du 26 mai 2023
Comment se rémunÚre Tudigo ? Quels sont les frais à la charge du porteur de projet ?, Centre d'aide Tudigo, consulté le 11 septembre 2026
Conditions générales d'utilisation de Tudigo, derniÚre mise à jour le 7 août 2026, articles 3, 11 et 19, consultées le 11 septembre 2026.
Tribunal de commerce de Bordeaux, référé, 24 mars 2026, n° 2026R00051
ProcÚs-verbal des décisions du président de TUDIGO SAS du 27 novembre 2025
Tribunal de commerce de Bordeaux, proc. accélérée au fond, 24 mars 2026, n° 2026F00284.
Déclaration de cessation des paiements, TUDIGO SAS, 31 juillet 2026
E-mail de Stéphane Vromman aux investisseurs, « Un nouveau chapitre pour Tudigo », 27 juillet 2026.
Jugement d'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire, BODACC A n° 20260155, annonce n° 1894, 16 août 2026.
Tribunal de commerce de Cannes, rĂ©fĂ©rĂ©, 1Êłá” ch., 22 janvier 2026, n° 2025R00021.
Comptes annuels de RX VENTURE SAS, exercice du 8 juin 2021 au 31 décembre 2022, bilan, annexe et liasse fiscale (composition du capital : Laurent Villa 99,37%)
Visioconférence de TUDIGO avec les investisseurs du groupe RX Venture, 6 septembre 2024, transcription
Tribunal de commerce de Cannes, référé, 19 octobre 2023, n° 2023R00041.
Note dâinvestissement « Tigliola â Cap dâAntibes », tranche 5, TUDIGO, 4 mai 2023, et document dâinformation de la tranche 4, fĂ©vrier 2023
Le groupe de promotion immobiliÚre nantais Réalités est placé en redressement judiciaire, Le Journal des Entreprises, février 2025
Projet de plan de redressement de BIRD AM, articles 4.3.2 et 4.4.5.2, arrĂȘtĂ© par le tribunal de commerce de Nantes le 18 fĂ©vrier 2026
Cours et capitalisation de REALITES (ALREA), Euronext Growth Paris, août-septembre 2026.
RĂšglement (UE) 2020/1503 du Parlement europĂ©en et du Conseil du 7 octobre 2020 relatif aux prestataires europĂ©ens de services de financement participatif pour les entrepreneurs, considĂ©rant 21 et articles 3, 5 et 8 : diligence dans la sĂ©lection des dossiers, obligation d'agir au mieux des intĂ©rĂȘts des clients, prĂ©vention des conflits d'intĂ©rĂȘts et encadrement des vĂ©hicules interposĂ©s.
Cautionnement en crowdfunding immobilier : lâinvestisseur peut-il vraiment compter sur la garantie quâon lui a vendue ?, AlizĂ©e Mabilon, Justice Village, 28 juillet 2028
Jeune entreprise innovante
Jeune entreprise innovante (JEI), de croissance (JEC), universitaire (JEU), Service Public Entreprendre, et BOFiP, actualité du 3 mai 2023 sur la loi de finances pour 2023, art. 33
Age ramené de 11 à 8 ans pour les seules entreprises créées à compter du 1er janvier 2023
Articles L. 231-1, L. 231-5, L. 231-6 et L. 631-1 du Code de commerce
Cass. com., 18 décembre 2024, n° 23-10.695
RĂšglement (UE) 2020/1503, article 17
RĂšglement (UE) 2020/1503, article 11
Lettre d'Alexandre Laing aux investisseurs, LinkedIn, 1er septembre 2026
« Huit choses à savoir avant le live », carrousel d'Alexandre Laing, LinkedIn, septembre 2026.
Conditions générales d'utilisation de Tudigo, derniÚre mise à jour le 7 août 2026, articles 3, 11 et 19, consultées le 11 septembre 2026.
























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