Bonjour à tous,
Alors que nous finissions ce 3e et dernier (ou pas) épisode sur la saga Étienne Binant / Sébastien Grandin, Zero Bullshit a été victime d’une tentative de piratage. Après plusieurs jours d’enquête, nous avons acquis la certitude qu’elle venait d’une personne ou d’une entreprise directement liée à l’une de nos enquêtes.
Le virus était destiné à voler des mots de passe et des données précises, et à offrir au pirate un accès à la machine infectée. Les mesures de sécurité ont permis d’éviter toute infection, qui, de toute façon, n’aurait servi à rien : les informations, les informateurs et les enquêtes sont protégés d’une manière que nous ne divulguerons pas, mais qui rend ces attaques inutiles.
Nos informateurs ne risquent rien. Nous les protégerons toujours. Vous pouvez continuer à nous parler.
Ce n’est pas la première fois. Depuis plusieurs mois, Zero Bullshit et ses collaborateurs ont subi des tentatives d’effraction numérique, plus ou moins élaborées. C’est évidemment intolérable, et nous déposerons plainte dans les jours à venir afin de confirmer l’identification et d’obtenir une condamnation. Nous exigerons également la publication de la condamnation et nous alerterons le régulateur si nous obtenons une condamnation.
Ce message ne constitue en aucune manière une indication sur l’identité de la personne ou de l’entreprise soupçonnée. Il figure en introduction de cette newsletter parce qu’elle est la première à paraître depuis les faits.
Reste donc ce 3e (très long) épisode, qui se déroule sur une dizaine d’années, parallèlement aux épisodes 1 et 2, dans des faits qui vont s’entrechoquer.
Bonne lecture !
💡Conflits d’intérêts
Une partie de cette enquête a été financée par des mécènes, permettant à l’équipe de consacrer plus de temps à investiguer et écrire.
Aucun d’entre eux n’a influencé la rédaction des épisodes ou n’a relu la moindre ligne avant publication.
💡Avant propos
Cette enquête a fait l’objet de très nombreux courriers de la part des avocats d’Étienne Binant et Sébastien Grandin pour en menacer la publication. Ces courriers menacent notamment Zero Bullshit de poursuites au Royaume-Uni.
Il convient de rappeler que :
Cette newsletter est diffusée en français ;
Editée en France par une société française ;
Substack donne 84% de l’audience en France ;
L’essentiel des sociétés et des protagonistes sont français et/ou établis en France.
Mais que globalement tout ces échanges passent par les avocats de Zero Bullshit, et qu’ils ont un coût important, même si rien n’aboutit à un procès.
Les témoins, notamment ex-salariés de Biom’up, ont tous été anonymisés. Les détails permettant de les identifier, y compris leur sexe, ont été aléatoirement modifiés afin de protéger leurs identités.
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🩸There Will Be Blood
Tous les chirurgiens connaissent ce moment précis. L’opération est presque finie, les points tiennent. Mais la plaie continue de saigner. Le sang ne sort pas d’un endroit précis, il suinte de partout à la fois, et il n’y a rien à recoudre ni à pincer. Le chirurgien pose une compresse, attend, la retire. Ça saigne toujours. Alors il en pose une autre. Et ainsi de suite.
Ce sang-là, le corps n’arrive pas à l’arrêter tout seul. En temps normal, il sait faire, et cela s’appelle la coagulation. Quand un vaisseau se rompt, les plaquettes du sang s’accrochent au collagène mis à nu dans la plaie et forment un bouchon. Puis une enzyme, la thrombine, tisse autour un filet de fibres qui le consolide. Ce bouchon pris dans son filet, c’est le caillot. Sur une grande surface qui saigne de partout à la fois, il se forme trop lentement.
Alors le chirurgien l’aide. Quand les fils et le bistouri ne suffisent plus, il pose sur la plaie ce qu’on appelle un hémostatique, c’est-à-dire un produit qui accélère la coagulation. Il en existe plusieurs, dont le plus connu une éponge de gélatine imbibée de thrombine. Mais il faut la préparer pendant que le sang coule. Et ça prend en moyenne 2 minutes et 24 secondes en moyenne1.
Sauf que ces minutes coûtent cher. Aux États-Unis, 1 minute de bloc coûte en moyenne 37$ dans les hôpitaux de Californie2, et parfois jusqu’à 150$. Des minutes payées par l’hôpital. Medicare, l’assurance publique des plus de 65 ans, lui verse une somme fixe par séjour, selon l’opération et le diagnostic, que le patient passe 1 heure au bloc ou 23. Chaque minute de plus est donc une dépense, pas une recette. Une salle libérée plus tôt accueille aussi plus vite l’opération suivante. D’autant qu’un patient qui a trop saigné a généralement plus de complications. Et il met plus de temps à se remettre. Un produit qui arrête le sang plus vite fait donc économiser de l’argent aux hôpitaux. À chaque opération. Chaque jour.
À Saint-Priest, dans la banlieue est de Lyon, une petite société a trouvé comment gagner ces minutes. Elle s’appelle Biom’up. La medtech n’a pas inventé les hémostatiques. Mais le sien, Hemoblast, est prêt beaucoup plus vite : en 22 secondes. C’est un soufflet rempli de poudre. Le chirurgien le presse au-dessus de la plaie, et la poudre la recouvre. Il pose une compresse humide par-dessus et vérifie environ 3 minutes plus tard. 2 minutes de gagnées avant même le premier geste. Soit 74$ par opération à 37$ la minute, et 300$ dans l’hypothèse la plus haute.
La poudre mêle du collagène, auquel s’accrochent les plaquettes, et de la thrombine, qui tisse le filet. Le collagène, c’est justement le métier de Biom’up depuis le début. Christian Gagnieu, maître de conférences à l’Insa de Lyon, en a fait sa spécialité : il y dirige des thèses au laboratoire de chimie biologique de 1986 à 19954. En 2005, 2 ingénieurs biochimistes sortis de la même école, Sylvain Picot et Patricia Forest, fondent la société, et Gagnieu les rejoint. Leur savoir-faire : purifier du collagène de porc et lui donner la forme dont les chirurgiens ont besoin. Biom’up le fait d’abord pour d’autres5. Et à partir de 2009 la medtech sort ses propres produits : Cova, une membrane qui empêche les tissus de se coller entre eux après une opération, et Matribone, une matrice sur laquelle l’os se reconstruit. Puis l’équipe s’attaque au saignement avec Hemosnow, en 2012, mais surtout Hemoblast, en 2014 : Picot, Forest et Gagnieu6 ajoutent de la thrombine à leur poudre de collagène. Le fameux soufflet suit en 2015. Un ex-salarié en parle encore comme d’une vraie révolution :
« C’est un produit […] incroyable. […] Un truc de dingue. »
Le problème, c’est que la santé ne se finance pas comme le numérique. Une startup de logiciel, comme celles de Station F, lève un peu d’argent pour sortir un premier produit, trouve des clients, puis lève de nouveau quand ses ventes suivent. Dans la santé, il faut financer à blanc. Mettre au point un médicament ou un dispositif médical, et le protéger par des brevets, prend des années. Obtenir le droit de le vendre, pays par pays, également. Pendant tout ce temps, il faut payer des salariés, des salles blanches, une usine, pour un produit qui ne sortira peut-être jamais. Et surtout il n’y a pas de compromis : une medtech ne travaille pas avec une demi-salle blanche ou un quart d’usine.
En 2012, Biom’up affiche à peine 1,7M€ de chiffre d’affaires. Ceux qui investissent dans Biom’up ne misent donc pas sur ces ventes. Ils parient sur la poudre inventée par le trio, en espérant qu’elle sera un jour vendue sur le marché, ou qu’un géant rachètera la société et/ou ses brevets.
Mais pour exister et vendre, Biom’up doit viser l’Amérique. Parce que le marché mondial des hémostatiques pèse au moins 2G$ / an à l’époque, dont 46% aux États-Unis. C’est le premier marché du monde, tenu par des géants comme Johnson & Johnson, avec sa filiale Ethicon, ou Baxter. C’est donc un territoire commercial autant qu’un territoire d’exit pour les investisseurs.
Biom’up décide en 2011 de se lancer outre-Atlantique. Mais faute de moyens imposants, la petite medtech, 27 salariés en 20127, passe par la petite porte. Pour vendre Covamesh, un renfort de paroi abdominale, à partir de 2013, la société montre que le produit ressemble à ce qui se vend déjà8. Mais pour une poudre qui contient de la thrombine humaine, il faut passer par la grande porte : la sacro-sainte FDA, l’autorité sanitaire américaine. Il faut donc mener un essai clinique complet, puis obtenir une autorisation de mise sur le marché, avant la moindre vente. Soit plus de 200 patients à opérer et à suivre, puis, une fois l’autorisation obtenue, une équipe commerciale à monter de toutes pièces sur place.
Pour tenir jusque-là, Biom’up lève de l’argent par petites tranches. 1,5M€ en 2008. 3M€ en 2010, avec Mérieux et la Sham, l’assureur des hôpitaux. 6,8M€ en 2012, où InnoBio, un fonds souscrit par l’État et de grands laboratoires, met 3M€. Le 3 octobre, CDC Entreprises, la filiale de la Caisse des dépôts qui gère ce fonds, et qui deviendra Bpifrance l’année suivante, entre au conseil de Biom’up.
En 4 ans, Biom’up a donc levé 11,3M€. De quoi payer la recherche mais pas assez pour ouvrir les États-Unis. Alors en 2014, les actionnaires se tournent vers le consultant parisien qui accompagne Biom’up depuis 2008 dans la recherche d’investisseurs. Étienne Binant.
🛜The Social Network
Une Citroën Saxo blanche s’arrête devant une gare lyonnaise. Au volant, l’un des premiers salariés de Biom’up, futur membre de son CoDir. Il se penche au-dessus du levier de vitesse pour ouvrir la portière. Étienne Binant s’assied à côté de lui. C’est la première fois qu’il va rencontrer les équipes de Biom’up en cette journée de 2008. Sur la route de Saint-Priest, le consultant parisien raconte ses vacances aux États-Unis. Le conducteur est mal à l’aise face à une discussion où tout semble être lié à l’argent. Lui gagne correctement sa vie. Mais loin des fastes que Binant raconte.
Binant n’est pas arrivé dans cette Saxo par hasard. Le premier contact vient de la mairie de Lyon, raconte un ancien cadre. Un membre du cabinet de Gérard Collomb, le maire socialiste, appelle Biom’up pour lui proposer de l’aide à lever des fonds, et lui présente un consultant parisien. Pour les fondateurs, la démarche a tout d’une initiative de la mairie. Elle tient surtout de l’amitié : l’homme du cabinet est un proche de Binant.
À 30 ans, Binant évolue déjà dans les réseaux socialistes. Il fréquente Jack et Monique Lang depuis le début des années 2000, selon lui. En juin 2009, il est élu président de la Fédération régionale des MJC d’Île-de-France, dans la foulée d’une assemblée générale à laquelle assiste Jean-Paul Huchon, le président socialiste de la région9.
Etienne Binant se tient juste derrière Ségolène Royal, Olivier Falorni et François Hollande, à côté du socialiste marseillais Patrick Mennucci, lors des Universités d’Été du Parti Socialiste 2006, à La Rochelle.
Selon un membre du PS, ancien proche de Jack Lang, Binant était venu accompagner Jack Lang, arrivé un peu avant.
Biom’up est l’un de ses tout premiers clients. Binant n’a ni expérience dans la santé ni grand carnet d’adresses, se souvient l’ancien cadre. Mais il a du bagou, et un talent qui lui ouvrira beaucoup de portes :
« [Binant sait] dire aux gens ce qu’ils veulent entendre, et être [un] caméléon. »
Depuis peu, Binant est salarié de Globe, la société de conseil de Sébastien Grandin, son compagnon. Binant est d’ailleurs le seul salarié10 de l’entreprise dont il ne détient pas une seule part. C’est également lui qui ramène la quasi-totalité des clients. Et le plus gros, qu’il vient alors de signer c’est Biom’up. Et il le restera. Entre 2010 et 2015, Globe affirme avoir encaissé 2,09M€ d’honoraires, rien qu’avec la biotech lyonnaise11.
Ces factures mélangent un montant fixe, mais également un pourcentage sur les fonds levés. Parce que pendant des années, c’est Binant qui va voir les investisseurs, et qui les convainc d’enchaîner les tours. C’est lui qui prépare les PowerPoints. C’est lui qui les présente. Pour les cofondateurs, c’est une situation appréciable : comme souvent, ces profils très pointus et techniques ne savent vendre ni leur produit ni leur entreprise. Alors Binant s’en charge. Il n’est pas seul aux manettes : les décisions restent au conseil, où siègent les fondateurs et les fonds. Mais c’est lui qui mène les levées, et avec un certain succès. De 2008 à 2012, Biom’up lève 11,3M€, avec Mérieux, la Sham, puis InnoBio.
Reste qu’à Saint-Priest, Binant détonne. Certains l’appellent « le Parisien », voyant d’un mauvais œil celui qui prend de plus en plus de place dans la société alors qu’il n’a aucune formation scientifique. D’autres sont impressionnés par sa capacité à apprendre vite, et par l’intérêt qu’il porte à la société et à ses produits, alors qu’il n’est là que pour lever des fonds. Mais là où tous les témoins s’accordent, c’est sur son rapport aux gens.
« [Étienne Binant] s’intéresse assez peu aux humains, surtout ça ne lui apporte rien. »
Le décalage est d’autant plus fort qu’à l’instar du conducteur de la Saxo, nombreux sont ceux qui sont gênés par la manière dont Binant étale son argent. D’ailleurs, d’où vient-il ? Selon une version confirmée par plusieurs témoins, Binant raconte qu’il aurait fait fortune dans le jeu vidéo, grâce à une société qu’il aurait revendue. Certains sont impressionnés. Personne ne met le récit en doute. Mais au siège, beaucoup se disent un peu dérangés, non par le récit, mais par la manière dont il le raconte. Un ancien salarié résume l’impression qu’il laisse :
« L’exemple typique du nouveau riche. »
Binant raconte aussi qu’il prenait le Concorde chaque semaine pour New York, et qu’il y était toujours le plus jeune à bord. L’origine de cette réussite est plutôt flou. Mais la société dont il parle a existé.
Elle s’appelle Hermione. Binant la fonde à l’été 1999, à Grigny, à 21 ans, avec 2 associés. C’est bien un studio de jeu vidéo. À la création, il apporte un ordinateur portable, un fax et un téléphone mobile, et prend la majorité. Quelques mois plus tard, ses parts appartiennent étonnamment à sa mère.
En avril 2000, en pleine bulle internet, Hermione crée une filiale pour produire des « jeux on line », Hermione Interactive. Elle revend à Binant des actions de cette filiale au prix de création, 100F pièce, ce qui fait de lui le premier actionnaire. Un mois plus tard, la même action est vendue 5’000F à des investisseurs particuliers. 5 levées se succèdent en 5 mois, pour environ 317K€. La dernière est réservée à un seul homme, qui paie 11’236F l’action. Sur le papier, la part de Binant vaut alors 1,4M€. Une valeur « de convenance », prévient le commissaire aux comptes, « arrêtée d’un commun accord avec l’actionnaire ».
Mais le temps passe, le jeu ne sort pas et la bulle dot-com explose. Malgré les 317K€ levés, en mai 2001, la société n’a même pas l’outil de base pour fabriquer son jeu : le moteur 3D, le logiciel qui fait tourner les images. Faute d’argent, elle essaye même d’acheter les morceaux manquants à son jeu en actions. « Une société microscopique », se souvient un proche du projet qui a fait carrière dans le jeu vidéo. Confirmant au passage qu’Hermione n’a jamais été vendue.
Rapport du commissaire aux comptes
Les années qui suivent sont plus floues et Binant n’en dit rien de précis. Mais 2 choses sont sûres : Binant gagne très bien sa vie, et l’administratif n’est pas son fort. Il vit sans doute entre Paris et New York. Au point que, comme en avril 2019, le fisc s’intéresse à ses impôts. Interrogé, il se défend :
« Comme tous les contribuables qui dépassent un certain seuil de patrimoine ou de revenus, j’ai fait l’objet de vérifications fiscales régulières depuis près de 20 ans, ce qui n’a rien d’anormal. Toutes ces vérifications se sont terminées en ma faveur, à l’échelon du contrôle ou bien en juridiction. »
Il y a 20 ans justement, Binant est domicilié chez sa mère, à Viry-Châtillon. Un peu avant l’été, le fisc débarque pour y saisir des biens, pour 55K€ d’impôts sur le revenu impayés de 2000 à 200212.

Extrait de la procédure
La même année, un particulier lui prête environ 20K€. Il ne sera jamais remboursé, raconte-t-il. En justice, la reconnaissance de dette signée qu’il produit n’est pas reconnue, et sa plainte est classée sans suite.
Toujours en 2006, un autre homme lui signe un chèque de 20K€, que Binant encaisse. L’homme porte plainte contre lui pour abus de confiance. Binant argue, lui, que c’est une prestation de conseil, et pour prouver sa bonne foi, il produit une facture de conseil de 20K€ adressée au plaignant. Elle est émise par Win Win, une société des îles Vierges britanniques domiciliée dans un penthouse de 200m² au dernier étage d’une tour de 46 étages, sur les berges de l’Hudson, face à West New York. La tour a porté le nom de Trump jusqu’en 2018. Acheté neuf en 2000 pour un peu moins de 2M$, l’appartement est aujourd’hui estimé autour de 3 à 4M$. Il appartient à Armando Geday, un ingénieur américain qui a dirigé GlobespanVirata, un fabricant de puces coté au Nasdaq, puis Conexant, jusqu’en novembre 200413. Interrogé sur la domiciliation de l’entreprise dans son penthouse, Armando Geday a simplement répondu à Zero Bullshit ne pas être au courant.
Photo de l’intérieur du penthouse

Extrait des Offshore Leaks listant Win-Win Consumer Rating, Ltd.
Facture du logement au nom d’Armando Geday, le propriétaire
Le lot est parfois désignés 1A ou PH1A (penthouse) ou H1A, mails il s’agit bien du lot 107214 détenue par 200 RSB, une LLC détenue par 100% par Geday
En 2009, le parquet transmet le dossier au fisc. Pour l’administration, Win Win n’a de moyens ni aux États-Unis ni aux îles Vierges : c’est Binant qui la fait tourner depuis la France, et elle encaisse ses honoraires à l’étranger. Le fisc le soupçonne d’exercer en France, sans le déclarer, une activité de consultant.
Parmi ceux qui paient ces honoraires, il y a Biom’up. Parce qu’avant de facturer avec Globe, c’était les factures arrivaient à la medtech sous le nom de Win Win. Devant les enquêteurs, Binant dit travailler dans les bureaux parisiens de Magillem, une société de logiciels pour fabricants de puces, et de Sorella Frater, une société de conseil en financement. Toutes 2 sont dirigées par… Isabelle Geday, la femme d’Armando Geday, que Binant présente comme sa « collaboratrice » et son « associée »15. Les agents du fisc perquisitionnent les bureaux parisiens, et d’autres, dans l’Essonne, et quelques mois plus tard, Win Win est rayée du registre des îles Vierges britanniques, faute d’avoir payé ses frais annuels16.
Mais la société apparaît dans un document lié à une levée de fonds faite par Binant à l’été 2024. Win Win n’est pas l’entité qui facture, mais l’entité est citée, peut-être simplement parce qu’un template a été réutilisé.
Extrait du document d’un document joint dans un e-mail intitulé « Poursuite de nos efforts communs », daté du 18 aout 2024.
Interrogés sur ces différentes procédures, les parquets ne retrouvent rien et ne peuvent en donner les suites. Mais Binant est formel :
« Je vous confirme que je n’ai fait l’objet d’aucune condamnation fiscale ou pénale en France ni à l’étranger, dans aucune juridiction. »
Extrait de la procédure visant Binant et Win Win, mentionnant l’adresse du penthouse
Pendant que le fisc enquête, Binant continue de travailler pour Biom’up. Début 2014, il ne lui reste que 1,1M€ en banque, contre 3,7M€ un an plus tôt : -6,1M€ sur l’exercice. Le problème c’est les actionnaires historiques hésitent. Depuis le dernier tour en 2012, la société n’a pas beaucoup évolué, et plusieurs sources racontent que la confiance aurait été rompue avec les fondateurs. Au moins que certains actionnaires menacent de se retirer.
Binant, lui, a un bilan. Depuis 2008, c’est lui qui fait entrer l’argent. Il connaît les investisseurs, il sait leur parler, et il présente bien. Les fondateurs, eux, sont des ingénieurs, pas des vendeurs. Un ancien de Saint-Priest résume :
« {Binant] a déjà du réseau. Il a déjà les codes du financement, il sait où appuyer. »
C’est aussi l’argument servi aux équipes. Un cadre se souvient :
« Étienne ne venait pas du monde scientifique et ne comprenait pas vraiment la stratégie ni les produits. On nous a dit que c’était le profil idéal parce que la science restait chez nous, et lui serait la figure publique, le commercial, et que c’est comme ça qu’on se développerait. Ce n’est clairement pas habituel dans les deeptech au sens large, mais certains y ont cru. D’autant qu’Étienne est un excellent orateur qui sait rassurer. »
Binant racontera l’histoire à sa façon en 2017, sur la scène d’un TEDx à Lyon, il racontera17 :
« Une nuit de 2014, j’ai eu 24 heures pour décider si je pouvais prendre la barre »
Entre l’amertume de certains témoins et la romance de Binant se promène la vérité. Et elle est probablement aussi simple que déjà vue : des fondateurs qui perdent la confiance des actionnaires, qui leur préfèrent un profil dans lequel ils se reconnaissent. Reste qu’il accepte. Mais il connaît la suite :
Faire du ménage au sommet ;
Lever au moins 10x ce qu’il a levé jusqu’ici18.
Binant accepte le challenge : passer du statut de startup à celui de scaleup.
En avril 2014, Biom’up réunit ses actionnaires pour lancer le plan. Non pas à Lyon, mais à Paris, chez Alérion, ses avocats. Et Binant obtient l‘accord pour dérouler.
D’abord l’argent. Les actionnaires remettent 9,5M€ en ORA19. Un peu plus de la moitié arrive tout de suite, le reste sous conditions, d’ici mars 2015 :
4M€+ de ventes en 2014 ;
Le marquage CE d’Hemoblast, c’est-à-dire son autorisation de vente en Europe, et le feu vert de la FDA pour lancer son essai américain,
Et l’arrivée à sa tête de Pascal Girin, un ex-VP Europe de Baxter.
Parmi les prêteurs figure Jaffnah. Binant a créé ce SPV en mars, avec Sébastien Grandin et le chef d’orchestre allemand Christoph Eschenbach, qui vit alors à Paris avec son compagnon pianiste. Eschenbach y met 150K€, Grandin 32K€, Binant 28K€. Jaffnah souscrit pour 417K€ d’ORA. Mais pour 350K€, elle ne verse rien : elle efface une dette que Biom’up aurait déjà envers elle. Le procédé n’a rien d’exceptionnel : Mérieux et la Sham paient eux aussi une partie de leur mise, 300K€ et 150K€, en effaçant ce que Biom’up leur doit. Mais eux sont actionnaires depuis des années. Jaffnah, elle, existe depuis 24 jours. Et Biom’up lui devrait déjà 350K€.
Ensuite, le ménage. Picot devient DG et cède la présidence à Binant, « en concertation » avec les administrateurs des fonds. Dans la foulée, le conseil qu’il préside désormais autorise 2 contrats avec Globe, pour lever des fonds et pour du conseil. Président du client, il en devient aussi le fournisseur. C’est le schéma de l’épisode 2, à l’envers : chez Isia Films, la société d’Isabelle Adjani, Grandin dirigeait et Globe facturait le travail de Binant. Chez Biom’up, Binant dirige et la société de Grandin facture.
3 mois plus tard, Binant explique aux administrateurs que son rôle « excède » celui d’un président : les investisseurs, les médecins américains, la future revente de la société. Il devient donc aussi DG, « pour une période transitoire ». Picot redescend d’un cran, DG délégué. Sur demande d’un actionnaire qui explique en off (et après coup) avoir eu quelques doutes, le conseil limite ce que Binant peut engager seul à 25K€ / dépense et 200K€ / an, et prévoit une direction collégiale menée par Girin d’ici la fin de l’année. Sauf que Girin ne dirigera jamais Biom’up. En décembre, il entre au conseil comme simple administrateur. Binant conserve donc son fauteuil. Tandis que les fondateurs s’éloignent du leur.
Fin 2014, Picot conteste ouvertement les frais de Binant auprès d’un membre du conseil, raconte un ancien cadre. L’administrateur aurait demandé au fondateur de « couvrir » les dépenses de Binant, parce qu’elles seraient nécessaire au fonctionnement. La tension monte.
Quelques semaines plus tard, il est convoqué par le conseil. L’administrateur lui reproche d’être « déloyal » envers le PDG, Étienne Binant. Alors en février 2015, Picot est révoqué à l’unanimité par le conseil. C’est Binant qui expose les griefs : les objectifs de 2014 ne sont pas atteints, et Picot aurait « dissimulé des informations critiques » sur les retards d’Hemoblast. Selon lui, les négociations en cours pour la future levée auraient fait apparaître le besoin de « réorganisation de la direction » et le « départ de [Picot] ». Les ventes de 2014 plafonnent en effet à 3,2M€, loin des 4M€ promis.
Puis 7 mois après, c’est l’autre fondatrice, Forest, qui est révoquée. Elle aussi en son absence. Elle aussi à l’unanimité. Cette fois, ce sont les retards du marquage CE et une « grave crise de confiance » qui sont évoqués³¹.
Enfin, la levée, et il y a urgence. Fin 2014, les capitaux propres de Biom’up ne sont plus que de 88'443€, moins de la moitié de son capital : ses actionnaires doivent décider s’ils dissolvent la société. Un peu plus d’un an après son arrivée à la tête de Biom’up, l’argent arrive : 22M€. Bpifrance en est le premier souscripteur, avec 8M€ par son fonds Large Venture. Suivent InnoBio, le belge Gimv, le danois Lundbeckfond, Jan Øhrstrøm, et Jaffnah. Avec les obligations de 2014 converties en actions, Gimv annoncera 31,3M€ levés20. L’action se paie 16,80€, contre 58,39€ en 2012. Pour les anciens actionnaires, dont les fondateurs, la dilution est sévère. Mais pas pour les prêteurs de 2014, dont Jaffnah : leurs ORA deviennent des actions au même prix que le nouveau tour, 16,80€. Mieux, ces actions remontent dans la file de la liquid pref21. Jusque-là, les fonds entrés en 2012 à 58,39€, InnoBio en tête, étaient les mieux servis. Désormais, chaque action payée 16,80€ récupère sa mise en même temps que les leurs, et avant que ces fonds ne revoient le reste de leurs 58,39€. Ces fonds cèdent donc une partie de leur rang aux nouveaux venus de 2015, mais aussi à eux-mêmes, puisqu’ils ont tous prêté en 2014. Et à Jaffnah, le seul prêteur de 2014 qui n’avait pas misé en 2012.
Dans le même temps, Binant obtient un mandat de DG de 6 ans. Il lâche la présidence au profit de Jan Øhrstrøm, un Danois qui siège dans plusieurs biotech. Le même jour, Girin quitte le conseil. Le « transitoire » aura duré 1 an.
Mais surtout, ce jour-là, les fonds renoncent à leur droit de veto. Depuis 2010, le budget, la paie des dirigeants, les contrats majeurs, un gros emprunt ou l’embauche d’un cadre dirigeant ne pouvaient être décidés sans l’accord des administrateurs désignés par les investisseurs. Désormais, une majorité simple du conseil suffit, et les fonds perdent même le droit de proposer leurs administrateurs.
En 2014, Binant ne pouvait engager seul plus de 25K€ par dépense et 200K€ par an. Une règle provisoire, liée à son mandat transitoire. Désormais, ses grosses dépenses hors budget passent toujours par le conseil, mais une majorité simple suffit à les voter.
🐺Le Loup de Wall Street
Cette nouvelle levée de fonds sert d’abord à financer l’essai clinique qu’exige la FDA22. Sur des patients opérés du thorax, du ventre ou des jambes, il compare le soufflet de Biom’up et l’éponge de gélatine imbibée de thrombine que les chirurgiens utilisent déjà23. Au bout de 3 minutes, le saignement est arrêté chez 71,1% des patients traités avec le soufflet, contre 45,8% avec l’éponge. Au bout de 6 minutes, chez 93,1%, contre 73,5%. Les résultats sont si nets que le comité indépendant qui surveille l’essai recommande de l’arrêter avant la fin. Fin mars 2017, Biom’up envoie son dossier à la FDA³. Binant touche au passage une prime de 55,2K€24.
En attendant la réponse de la FDA, l’argent fond. En 2016, Biom’up perd 14M€. Mais le plus cher reste à venir : une fois l’accord de la FDA obtenu, il va falloir fabriquer le soufflet en grande quantité et recruter des commerciaux aux États-Unis. Alors Binant a une idée : introduire Biom’up en Bourse. L’option fait son chemin et convainc les actionnaires, surtout les historiques. Pour Binant, l’IPO devait leur offrir « une liquidité immédiate et, le cas échéant, un profit substantiel ». Enfin, immédiate, pas vraiment : ils devront s’engager à ne rien vendre avant le 31 décembre 201825.
Une autre sortie existe pourtant : vendre. En 2017, avant la Bourse, 3 groupes extérieurs étudient le rachat de Biom’up, et chaque fois, toutes les équipes sont mobilisées. Un ancien cadre se souvient d’une offre à 150M€, venue d’un grand groupe américain qui a « plusieurs blockbusters » dans l’hémostase. Binant tient absolument à organiser un déjeuner, et l’y emmène. La vente ne se fera pas. Pour ce cadre, Binant n’avait « aucun intérêt » à vendre, ni à ce que « cette poule aux œufs d’or » s’arrête. Mais selon un ex-membre du board, l’offre n’aurait jamais été clairement posée. Tout en concédant que l’option de la vente n’a jamais vraiment été sur la table et qu’aucune banque d’affaires n’avait jamais été mandatée.
Après des mois de négociation, le conseil donne son accord de principe à une IPO en juin 2017. Mais elle ne se fera pas avant l’automne, et l’argent est presque épuisé. D’ici là, il faut tenir. Biom’up monte donc un bridge de 5,2M€ avec ses actionnaires et ses dirigeants, remboursé en actions le jour de l’IPO, avec 50% de remise. Tout le monde remet au pot, Bpifrance en tête avec 1,25M€ : la société « devait être refinancée au risque de disparaître », explique-t-elle aujourd’hui. Binant prête 200K€, et 300K€ de plus par Jaffnah, la holding qu’il préside. Jan Øhrstrøm, le président du conseil, et João-Paulo Alves, le DAF, mettent 50K€ chacun. Leurs actions leur reviendront à 4,75€, quand le public paiera les siennes 10,50€. La remise ne passe pas sans discussion : le vote, prévu en juillet, est repoussé en août faute de trouver un accord définitif entre tout le board
Les comptes de 2016, eux, passent sans débat. Le 28 juin, le commissaire aux comptes chargé des comptes sociaux, Abax Conseils, les certifie sans réserve26. Il le fait, selon la déclaration de Bpifrance auprès de Zero Bullshit, « après avoir procédé à la vérification détaillée, sur pièces, des frais de transport et d’hébergement ». Pourtant en 2016, les billets d’avion ont presque quadruplé. Les hôtels, encore plus. Et depuis 2015, plusieurs administrateurs ou cadres alertent sur les dépenses. Sans grande réaction. Alors même que les caisses de Biom’up se vident.
Fin août, sans le bridge, Biom’up n’aurait plus que 600K€. Avec, il lui reste 5,8M€. Tout juste de quoi tenir jusqu’à fin novembre, pas plus. Dans son prospectus réglementaire, Biom’up doit d’ailleurs l’écrire noir sur blanc27.
Extrait du prospectus pour l’IPO de Biom’up
Reste à convaincre le marché. Et ça, c’est le métier de Binant. Sur la centaine de personnes interrogées par Zero Bullshit pendant 14 mois, toutes, sans exception, louent (et ont payé) sa capacité à raconter une histoire pour vendre. Celle de Biom’up, il a eu presque 10 ans pour l’écrire. Alors il déroule. Hemoblast, un produit révolutionnaire, sur un marché à 2G$ que l’accord de la FDA mi-2018 permettra d’aborder, pour aller chercher 15% en 5 ans. En commençant par une partie des hémostatiques, aux États-Unis et dans quelques pays européens, Biom’up vise 180M$ de ventes par an. Et l’argent de l’IPO servira principalement à recruter des commerciaux, notamment aux États-Unis, afin d’activer les ventes. Et pour finir de rassurer les investisseurs, Binant a un dernier atout : les actionnaires historiques promettent de prendre près d’un tiers des actions mises en vente, pour 10,1M€. Dont 5M€ pour Bpifrance et 100K€ pour Jaffnah.
Après des semaines de roadshow, le carnet de commande s’ouvre le 26 septembre. Pendant 2 semaines, les investisseurs (particuliers compris) préachètent leurs actions, entre 9,50 et 11,50€ pièce. La promo médiatique débute en même temps. 2 jours après l’ouverture, Binant passe sur TV Finance, quitte à enjoliver. Il parle d’une étude « sur 412 patients aux États-Unis »28, chiffre que Biom’up a aussi mis dans son prospectus, alors que l’essai n’en a inclus que 258. Mais peu importe. Binant fait exactement ce pourquoi il a été placé à la tête de Biom’up : vendre la boîte.
Et quand il n’est pas dans les médias, il reçoit. Un exercice qu’il adore. Le 21 septembre, 5 jours avant l’ouverture des commandes, l’Opéra de Paris ouvre sa saison de danse par un gala, suivi d’un dîner dans le Grand Foyer. Autour de Mélanie Laurent, Charles Berling, Lenny Kravitz ou Charlotte Casiraghi, Biom’up y invite 8 personnes. Pour près de 40K€, selon un ancien salarié. Un ordre de grandeur validé par un auditeur qui n’a plus accès aux documents. Parmi les invités, l’énarque Mathieu Gallet, qui dirige alors Radio France. Sur une photo de la soirée, il pose aux côtés de Sébastien Grandin.
Dîner de l’Opéra de Paris, 21 septembre 2017
Mathieu Gallet et Sébastien Grandin
Dîner de l’Opéra de Paris, 21 septembre 2017
Sont également présents Jack et Monique Lang, amis intimes de Binant et Grandin.
Dîner de l’Opéra de Paris, 21 septembre 2017
Jack et Monique Lang
Selon un témoin de l’époque, Sébastien Grandin était bien à la table de Binant, payée par Biom’up. Quant aux Lang, s’il se rappelle bien les avoir vus ensemble, il ne peut confirmer qu’ils étaient à la même table. Cela dit, la proximité n’est pas une surprise puisqu’à plusieurs reprises, le couple était accompagné de Binant à l’Opéra, comme ici en décembre 2015 pour La Damnation de Faust à l’Opéra Bastille.
Représentation de La Damnation de Faust à l’Opéra Bastille, décembre 2015
Etienne Binant apparaît en arrière plan
Binant fréquente aussi les mécènes de l’Opéra. Le 21 juillet, à New York, il déjeune au consulat de France avec les American Friends of the Paris Opera & Ballet, venus saluer le Ballet de l’Opéra au Lincoln Center Festival.
Quant à savoir qui paye, la réponse se trouve indirectement dans les comptes de Biom’up. Le 14 juillet, la medtech lui fait un virement pour 45K€ de remboursement de frais. Puis encore 50K€ le 24. Et encore 40K€ la même semaine. Son compte de frais est d’ailleurs alors débiteur de plus de 440K€. Et pour tout le mois de juillet, il passera plus de 64K€ en frais. Un proche de la comptabilité précise que les frais pris en charge par Biom’up ce mois-là incluent au moins la nuit du 21 au 22 juillet à l’hôtel Mercer.
Quelques jours après le gala, alors que les commandes sont toujours ouvertes, Biom’up prend en charge toute la journée de foire aux vins de La Cave du Château, un caviste de l’avenue Franklin Roosevelt, à quelques minutes à pied de chez Binant. Plus de 30K€ en une journée, confie un ancien salarié. Le caviste connaît déjà la maison : au printemps, Binant a mis 3 de ses factures dans ses notes de frais à Biom’up, pour 11,5K€. Sur la même note de frais, une autre ligne, à 6,3K€, pour des bouteilles achetées chez Lavinia. Ces 4 factures ont été remboursées sans justification quant à leur usage ou leur destinataire.

Notes de frais d’Etienne Binant, remboursées par Biom’up
Les réceptions ne se passent pas toujours à l’extérieur. Binant adore recevoir chez lui. Nombreux sont les témoins qui ont parlé de son logement, tous marqués par une lionne empaillée qui trône dans la pièce principale. Y défilent ses propres clients, des prestataires et les investisseurs qu’il veut convaincre. En février 2017, Florence Drory, qui s’occupe des relations presse de Biom’up depuis 2015 et a longtemps travaillé pour Jack Lang, coordonne un dîner avec l’équipe de campagne de Macron, pour rameuter des personnes prêtes à le soutenir.
Mais ces soirées, qui « mélangent toujours pro et perso » selon un ex-ami du couple qui est souvent venu chez eux, posent aussi la question des conflits d’intérêts. Au fil des années, une dizaine de fonds ont misé sur Biom’up, de Bpifrance à Gimv, de Turenne Capital à Lundbeckfond, et chacun a quelqu’un pour suivre le dossier et surveiller l’usage de son argent. Selon plusieurs témoins, dont certains ne se connaissent pas, Binant invitait régulièrement l’une de ces personnes, chez lui ou en dehors. Ils étaient proches, au point que le patron de Biom’up avait organisé et payé sa fête d’anniversaire.
Interrogé spécifiquement sur ces faits29, Étienne Binant n’a pas répondu clairement mais a précisé ceci :
« La société n’ayant pas de bureaux à Paris jusqu’en 2019, certains événements à caractère professionnels (réunions et réceptions) y étaient organisés dans des lieux privés, y compris à mon domicile, et certains frais s’y rapportent. »
Relancé le jour sa réponse30, Binant n’a pas répondu et ses avocats ont demandé que toutes les communications passent désormais par eux31 et un délai de 7 jours supplémentaires au motif que les faits seraient trop anciens. La question avait pourtant été clairement formulée dès le départ avec toutes les autres, plusieurs jours après. Mais aucune réponse n’a été envoyée par la suite, malgré le délai.
Interrogé sur les même faits et dans les mêmes termes32, l’employeur de l’homme répond :
« Les allégations évoquées concernant [l’homme] sont particulièrement graves. À ce jour, aucun élément factuel susceptible d’étayer ces allégations n’a été porté à notre connaissance. »
Extrait de la présentation commerciale pour les investisseurs
Le 10 octobre, les commandes sont closes. Au téléphone, Jan Øhrstrøm, le président du conseil, transmet aux administrateurs le verdict des banques : la demande représente plus de 1,6x les actions proposées, « un réel succès ». Le prix est fixé à 10,50€. Biom’up vend finalement 15% d’actions de plus que prévu, et lève 38,1M€. En réalité l’essentiel vient de quelques acheteurs : chez les investisseurs professionnels, les 10 plus gros pèsent 80% de la demande, quand le retail pèse moins de 7%. « Je suis très heureux d’annoncer aujourd’hui le succès de notre introduction en bourse », déclare Binant le lendemain, en saluant « l’arrivée de nouveaux actionnaires français, européens et américains »33. Le 13 octobre, c’est lui qui sonne la cloche34. Biom’up vaut alors autour de 113M€35.
Binant sonne la cloche. En 2e en partant de la gauche se trouve Jan Øhrstrøm (président). A droite de Binant se trouvent notamment Valérie Centis (directrice scientifique), Joao Paulo Alves (CFO) puis Laurent Higueret (Bpifrance).
Le succès de l’IPO permet à Binant de toucher une prime exceptionnelle de 137,6K€ en octobre, en plus des 80’100 actions gratuites qui lui reviendront en 2019. La moitié est soumise à une condition : que la FDA autorise Hemoblast avant fin septembre 2018. L’autre moitié dépend du cours de Bourse.
Sauf que le cours, justement, ne tient pas 1 semaine. Entre le 20 et le 26 octobre, Bryan Garnier, la banque d’affaires qui a mené l’IPO, rachète des actions pour soutenir le cours, entre 9,50 et 9,95€36. Au total, l’IPO rapporte près de 42,5M€ bruts. Sur l’année, les frais de ses augmentations de capital coûtent 4,4M€ à Biom’up.
Le cours, lui, continue de glisser. Le 14 novembre, l’action clôture près de 15% sous son prix d’introduction. 2 jours plus tard, Jaffnah, la holding que préside Binant, en profite pour acheter 10'000 actions en Bourse, à 9,30€ pièce, après avoir fait rentrer de nouveaux investisseurs, comme la suite le montrera. À ce moment-là, en interne, on sait que la FDA approche. Dès novembre, au moins 3 témoins, sans concertation, racontent que tout le monde savait la décision imminente, sans en connaître la date. Biom’up avait évoqué une quinzaine de jours plus tôt une visite d’homologation à Saint-Priest. Aux investisseurs, elle annonçait toujours l’homologation pour courant 2018.
Et le dimanche 15 décembre, la FDA autorise Hemoblast aux États-Unis, 7 mois avant la date annoncée aux investisseurs. Binant s’en félicite Binant, dans un communiqué en anglais37 :
« Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour obtenir cette autorisation, et nous sommes ravis d’y être parvenus plus de six mois avant notre calendrier initial ».
Courrier de la FDA
Le lundi qui suit, l’action prend 6,3% dans la journée, et Bryan Garnier relève son objectif à 16€38. Le 2 janvier 2018, l’action atteint son plus haut, environ 30% au-dessus de l’IPO. Elle ne le reverra plus. Pour Binant, la condition posée sur la moitié de ses actions gratuites est remplie. En janvier, il touche en plus une prime de 84,8K€ pour l’accord de la FDA.
Cet accord, l’usine de Saint-Priest l’a aussi préparé. De mai à octobre 2017, pendant que la direction préparait l’IPO, l’usine a passé 1 audit par mois, 6 en tout, dont des répétitions générales de l’inspection de la FDA. À chaque fois, les équipes de production, de qualité et d’industrialisation ont été mobilisées au complet. Mais les salariés sont loin de la FDA et de la Bourse de Paris. Au point que l’un d’entre eux lâche en 2018 :
« On est pas au courant des victoires. […] Rendez les gens fiers de ce que l’on fait ! »
🌎 Il était une fois en Amérique
Quand Étienne Binant vient à Saint-Priest, tous les ex-salariés interrogés racontent la même arrivée.
« A chaque fois, [Étienne Binant] arrive à Saint-Priest à bord d’une grosse Mercedes noire juste après avoir atterri en jet privé. [Son assistant personnel] Dustin lui ouvre la porte, prend son attaché-case et l’accompagne dans les bureaux, comme s’il ne connaissait pas le chemin. »
Une autre ex-salariée abonde. Elle se souvient d’une visite en particulier.
« Souvent, on trouvait ça ridicule et on rigolait devant cet égo démesuré. Mais ce jour-là c’était le rire de trop. Parce qu’on savait tous que c’était avec de l’argent public, qu’on avait un produit extraordinaire qui ne sortait pas, et qu’il allait planter notre boîte. »
Ce produit, c’est Hemoblast. Pour lui faire place, Biom’up a arrêté ses anciennes gammes, Cova, Covamesh et Matribone, qui faisaient la quasi-totalité de son chiffre d’affaires : 3,5M€ sur 3,6M€ en 201539. Tout repose désormais sur un seul produit. Et sur un seul marché cher à Joe Dassin : l’Amérique. Un va-tout qui n’a pas plu à tous les investisseurs, certains craignant que la medtech se coupe de ressources vitales.
Le problème c’est qu’à Saint-Priest, le produit ne sort sort de l’usine. D’octobre 2017, mois de l’IPO, à juin 2018, sa production est à l’arrêt. Les anciennes gammes ayant été abandonnées, les commerciaux français n’ont presque plus rien à vendre. En attendant que la ligne redémarre, la direction les occupe à interroger les chirurgiens sur leur façon de gérer les saignements. Aux investisseurs, Biom’up ne parle pas d’arrêt. En mai 2018, alors que la ligne n’a toujours pas repris, elle évoque seulement une « capacité de production actuelle limitée »40.
Et dès l’entrée en Bourse, l’usine ne s’y retrouve plus dans ses propres stocks. Le 24 octobre 2017, 11 jours après la première cotation, Biom’up écrit aux hôpitaux : son logiciel de traçabilité ne correspond plus aux produits réellement en stock, et le suivi de ceux déjà livrés peut être touché. Elle leur demande de recompter leurs Hemosnow, Cova+ et Matribone41. 3 mois plus tard, elle doit élargir l’opération, le premier périmètre ne suffisant pas42.
Binant, lui, voit déjà plus grand. En février 2018, avant même le lancement commercial, Biom’up USA signe un bail au 10e étage d’un immeuble de Chelsea, à Manhattan : 568 m² pour 11 ans. Près de 8,9M$ d’engagement.
Pour payer tout cela, il faut encore de l’argent. Alors 6 jours plus tard, 4 mois après l’IPO, Biom’up retourne voir les investisseurs : le conseil lance une augmentation de capital de 18M€, à 11€ l’action, qui ne rapportera finalement que 16M€.
Sauf que la rupture de production s’éternise. En mars, la ligne est toujours à l’arrêt quand Biom’up reçoit à Saint-Priest le président de la Métropole de Lyon, David Kimelfeld. Binant annonce une nouvelle usine, avec 150 emplois à la clé43. La direction veut passer de 12’000 unités par an à 750’000. Mais à Saint-Priest, les salariés s’inquiètent :
« On [allait] trop vite, […] pas le temps de finaliser. […] On produisait à risque ! »
Pour cette nouvelle usine, Biom’up commande une machine spéciale au fabricant allemand Harro Höfliger. Sauf que l’usine n’existe pas encore. En attendant, il faudrait installer la machine à Saint-Priest, où elle ne rentre pas.
« Fallait faire un trou dans le toit […] Vous faites pas un trou dans le toit […] d’une salle blanche qui est censée être stérile. »
La machine ne sera d’ailleurs jamais payée entièrement, et sera même exclue de l’offre du repreneur44.
En complément, Biom’up lève de la dette. Le prêteur, c’est Athyrium, un fonds d’investissement new-yorkais spécialisé dans la santé, qui lâche en mars 25M€ sur 5 ans, à 10% par an, 13% en cas de défaut. Une partie sert d’abord à rembourser 7,6M€ à Kreos, un fonds britannique qui lui avait prêté 9M€ fin 2016 et début 2017.
En gage, et avant tout autre créancier, Athyrium prend le fonds de commerce, les comptes bancaires de Biom’up et ses marques, brevets et modèles, ceux d’Hemoblast compris. En cas de défaut, il « pourra notamment se faire attribuer la pleine propriété » de ces droits. La filiale américaine de Biom’up se porte aussi garante. Athyrium obtient en outre des bons qui lui permettront d’entrer au capital, et place l’un de ses associés, Laurent Hermouet, au conseil, comme censeur45. Le prêteur tient désormais le produit, et assiste à chaque conseil. Moins de 2 ans plus tard, c’est Athyrium qui rachètera Biom’up. Hemoblast compris.
Reste à vendre. Aux investisseurs, Biom’up a promis 12 vendeurs sur les côtes Est et Ouest des États-Unis, pour cibler plus de 500 hôpitaux. À la veille de l’IPO, la filiale américaine, que Binant dirige lui-même depuis mars 2015, n’a même pas de bureau : juste une domiciliation chez un prestataire de Cambridge, près de Boston. Fin mai 2018, elle a un étage à Manhattan, mais un seul vendeur. Le reste repose sur des représentants indépendants. Binant parle pourtant d’une « organisation commerciale nationale »46.
Et c’est d’ailleurs cette réorganisation qui l’intéresse, quitte à délaisser la France. Il est d’ailleurs tellement tourné vers les US qu’à partir de 2018, la filiale américaine de Biom’up lui verse même un second salaire : jusqu’à 206K€ en plus de sa paie de DG, hors du rapport soumis au vote des actionnaires. Une décision qui fait grincer des dents plusieurs membres du board qui commencent à s’agacer.
Alors certes, les premières ventes arrivent en juillet 2018. Mais sur toute l’année, Biom’up vend pour 337K€ aux États-Unis, moins que le vieux Cova en 2015. La filiale américaine perd 10,5M€, et c’est la maison mère qui paie. Fin mars 2018, Biom’up avait 55M€ en banque. Sur l’année, elle vend pour 1,2M€, dépense 38,9M€ et paume 40,6M€.
Pendant ce temps, en France, la société a doublé de taille : au début de l’été 2018, la maison mère compte 87 salariés, 2 fois plus que 3 ans plus tôt. Et personne ne la dirige de près. À Saint-Priest, il n’y a pas de directeur de site. Le marketing n’a plus de chef pour l’Europe : le poste a changé 3 fois de titulaire depuis 2016, et il est vacant. En attendant, l’équipe française rend compte à un VP des ventes installé à Vienne. Le DAF du groupe travaille depuis son domicile parisien. Binant le reconnaît lui-même : il passait, écrit-il à Zero Bullshit, « entre 150 et 200 jours par an » aux États-Unis.
À Saint-Priest, la direction communique surtout par des annonces décrites comme « tonitruantes » du DG. Faute de cohésion, et face à une direction manifestement absente, les salariés quittent le navire : le taux de rotation du personnel passe de 9,8% en 2015 à près d’un quart à partir de 2016. Un élu du personne résume dans une note interne :
« Les gens partent les uns après les autres, c’est l’hémorragie ! »
Alors que même que le principal produit de la biotech est précisément de les arrêter. Un cadre dirigeant, arrivé un peu plus tard, résume :
« Étienne était tellement préoccupé par ces sujets d’apparence, de représentation aux États-Unis, de politique… Jamais vraiment préoccupé de l’entreprise. »
Il se souvient de réunions où Binant fait venir son équipe dans des hôtels de luxe d’Europe de l’Est :
« On l’attendait toute la journée parce qu’il allait se faire des massages au spa. Et nous, on avait vraiment besoin de bosser. »
Et tout se fracture définitivement le 22 mai 2018. La direction annonce que la finance et le marketing quitteront Saint-Priest pour Paris dès le 1er septembre. Le but, écrit-elle : « rapprocher les fonctions Corporate de la Direction », « en particulier d’Etienne Binant ». Les bureaux seront effectivement avenue Matignon, à quelques centaines de mètres du logement avenue Montaigne, où il vit. Une salariée concernée raconte :
« On m’a demandé de changer de vie en quelques semaines, de trouver un logement à Paris, où les prix sont bien plus élevés, une nouvelle école, de trouver une solution pour [la personne partageant sa vie] »
Pour l’y aider, la direction propose une prime de 3K€ brut. Pas d’augmentation, alors que le mètre carré coûte plus de deux fois plus cher à Paris. La direction générale raille « le monde d’avant », avec des phrases condescendantes qui choquent tous les témoins.
Extrait d’un rapport interne
Un ancien cadre, prié lui aussi de suivre le DG à Paris, se souvient lui avoir répondu :
« Mais Étienne, ça n’a aucun sens. Je vais pas transférer ma famille à Paris pour tes beaux yeux. [Selon moi] le but, c’était clairement de faire du ménage »
Au marketing, l’un des 2 services concernés, les experts mandatés par les élus relèvent des pleurs fréquents, des troubles du sommeil, des pertes de poids, et un choc émotionnel déclaré en accident du travail. Le 27 juillet, ils concluent à « de nombreux éléments caractérisant une situation de danger grave et imminent ».
Le projet va pourtant au bout. À l’été, Binant signe le bail : 489 m² au 18 avenue Matignon, pour une demi-douzaine de salariés, à 366,8K€ HT par an. Les locaux sont à désamianter et à reconstruire. Les travaux, facturés selon un ancien salarié par SG Conseils, la société de Grandin, ne seront jamais finis. À la liquidation, le bailleur réclamera 1,53M€, une créance presque entièrement contestée. Binant défendra ce bail jusqu’au bout, rendu nécessaire selon lui par « l’importante croissance [Biom’up] ».
À Saint-Priest, l’usine et les bureaux (propriété de la SCPI Multimmobilier 2 de La Française), plus de 1'900 m², coûtent 234K€ de loyer par an. Avenue Matignon, le loyer prévu est de 366,8K€ pour 489 m². À Manhattan, environ 800K$ par an pour 568 m². Les bureaux suivent le dirigeant, pas le produit.
Récapitulatif des loyers du groupe
L’argent, lui, suit le dirigeant depuis bien avant la Bourse. Avant même qu’il prenne la direction, un cadre voit déjà les frais flamber. Dès 2012, raconte-t-il, Binant commande des hélicoptères pour se rendre à des rendez-vous à Boston, et loue des villas jusqu’à 100K€ la semaine pour y organiser des séminaires, calés sur ses vacances. Une fois Binant à la tête de Biom’up, les comptes prennent le relais :
En 2015, première année pleine d’Étienne Binant à la DG, Biom’up compte en moyenne 47 salariés. La maison mère dépense déjà 2,6M€ en déplacements, missions et réceptions, pour 3,6M€ de chiffre d’affaires ;
En 2016, avec 54 salariés, 5,8M€, soit plus de 100K€ par salarié, pour 3,1M€ de ventes ;
En 2017, l’année de l’IPO, la note redescend un peu, à 4,6M€ ;
En 2018, l’Amérique la fait exploser : 7,4M€, et les seuls frais de déplacement du groupe font plus que tripler.
Une partie de ces dépenses s’explique. Pour s’implanter sur un marché très concurrentiel, Biom’up doit démarcher les chirurgiens : elle en forme 200, en 6 sessions, aux États-Unis et en Europe. Elle monte une filiale commerciale aux États-Unis, où son DG doit être présent, et une autre pour l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse. Ce qui pose problème, ce sont les montants. Et ce qu’ils financent.
Une bonne partie de ces frais passe par Binant lui-même. Il règle ses dépenses, et celles des autres, avec sa carte bancaire personnelle. Même méthode qu’avec la société d’Isabelle Adjani. Biom’up le rembourse même d’avance, par virements de 15K à 360K€.
1,9M€ en 2015 ;
5M€ en 2016 ;
3,9M€ en 2017.
En 2016 et en 2017, Binant détient ainsi en moyenne 400K€ de l’argent de Biom’up, en attendant de justifier ses frais. Parfois plus d’1M€. Pourquoi ce circuit ? Faute d’assistante de direction pour organiser les voyages, expliquera-t-il à un auditeur. Puis il assurera que son assistant, Dustin Sobie, remplit justement « une fonction de nature logistique ». Le circuit ne change pas pour autant.
Plus frappant encore, la cadence frénétique des virements vers Binant, parfois espacés de seulement quelques jours. 8 virements en janvier 2017 pour près de 600K€.
Une partie des virements faits à Binant par Biom’up
Cet argent part dans 3 grandes dépenses : les transports, les hôtels, la table.
Il y a d’abord l’avion : la dépense passe de 0,7 à 2,6M€ par an, de 2015 à 2017. Sur les vols remboursés, 2 noms reviennent sans cesse, Binant et William Spotnitz, le directeur médical. Entre les continents, c’est le plus souvent la première classe, chez Lufthansa ou Air France, de 6K à 16K€ le vol. En Europe, Biom’up paie des jets privés, de 7K à 14K€ le trajet, et plus de 18K€ pour un Berlin-Londres. Encore plus étonnant, et de nombreux ex-salariés s’étaient montrés choqués de ces trajets : des vols en jet entre Lyon et Paris, quand le TGV fait le trajet en 2h, comme le prouve une facture à 8,8K€ pour un vol d’octobre 2015. Mais c’est aussi vrai à l’étranger, comme en 2016, où RYL Jets facture plus de 173K$ en 3 versements.
L’intérêt de la société n’est d’ailleurs pas évident. Le vendredi 1er avril 2016, Binant fait un A/R Le Bourget / Londres facturé 19,6K€ pour rencontrer un recruteur, un traducteur et un auditeur. À peine de retour sur le tarmac parisien, un autre jet payé par Biom’up pour 12K€ part pour Barcelone, où Binant passe le week-end.
Toujours côté jet, Biom’up recharge de 200K$ une carte Delta Private Jets au nom d’Étienne Binant en janvier 2016. Puis 400K$ en juillet, et encore 250K$ en octobre, et toujours 200K$ en décembre. Cette même carte avait été facturée de 2011 à 2012 par Binant via Globe à la société d’Adjani.
Viennent ensuite les hôtels. À New York, le Mercer, à SoHo, coûte 598,4K$ à Biom’up sur la seule année 2016, chambres et voiturier. Rien qu’en avril et en mai, 85K$ puis 70K$. D’octobre à décembre, 172,9K$. En juin 2017, 267,9K$. L’hôtel lui avance aussi du liquide, ajouté à la chambre : 2K$ pour une nuit à 6,6K$, le 27 mai 2015. Encore 2K$ le 14 juin, puis pour les nuits des 28 et 29 juin. Sur 4 nuits de mai et juin, le voiturier coûte à lui seul 7,7K$. En novembre, 2K$ de plus dans un hôtel new-yorkais, pour 3 nuits à 11,7K$. Mais Dustin Sobie aussi retire des espèces : 1K€ dans un palace de Lisbonne, en août 2017.
Et tout cela débute alors que Biom’up joue sa survie. Au début de l’été 2015, elle demande un délai pour faire approuver ses comptes 2014, le temps de boucler une augmentation de capital « de nature à assurer la continuité de l’exploitation »47.
L’argent arrive le 5 août 201548. Début 2016, Biom’up a 14,5M€ en caisse. Un an plus tard, il en reste 3,7M€ : en 2016, sa trésorerie a fondu de 10,8M€49. Pour tenir, elle emprunte à ses actionnaires historiques 12M€ en 4 fois, de fin 2016 à juillet 2017, et 9M€ à Kreos, en décembre 2016 et début 2017, à 11%, contre un gage sur son fonds de commerce, ses brevets et sa trésorerie. Fin juin 2017, il ne lui reste que 1,9M€. Les frais de Binant, eux, atteignent 259,7K€ pour le seul mois de mars 2016.
L’été où l’argent arrive, Binant enchaîne les grands hôtels américains. Du 1er au 6 août 2015, 5 nuits dans un « Ranch Inn », 21K$, plus de 4K$ la nuit. Puis, du 6 au 18 août, l’Amangani de Jackson Hole, un hôtel Aman perché sur une butte face aux Tetons, dans le Wyoming : 91,7K$, dont Biom’up garde 38,1K$ à sa charge, massages compris. Le 13, 18 bouteilles chez un caviste de la ville, 3,3K$. Pour Binant, ses séjours à Jackson Hole ont une raison : les cadres nord-américains de Biom’up se réunissaient chaque année à Jackson Hole. En 2015, Biom’up USA n’a pourtant pas encore de bureaux à elle. Binant l’écrit lui-même, la filiale n’a été « structurée ex nihilo » qu’« à partir de 2016 ». Jackson Hole, c’est surtout l’équivalent de Courchevel aux USA, là où la Fed fait son grand ramdam annuel.
Les Aman reviennent ensuite chaque année. Selon une source au sein du groupe hôtelier, Binant est qualifié d’amanjunkie au sein de la chaîne, du nom de cette (courte) liste de clients privilégiés et réguliers de la marque. Cette même source confirme que le couple Grandin/Binant a ses habitudes à l’Amanpuri de Phuket, où il descend à chaque passage. Le genre d’hôtel qui ne prend pas la peine d’être sur Booking.
Ailleurs aux États-Unis, la liste s’allonge. Fin août 2015, 1 nuit dans une suite du Four Seasons de Baltimore, 2,9K$. Fin 2015, une tournée qui passe par New York, Washington et Boston, 27,4K$, le Four Seasons de San Francisco, 4,3K$, et le 1er décembre, 1 nuit au Del Mar de Santa Monica, 3,3K$. Fin janvier 2016, 4 nuits au Setai, un 5 étoiles de Miami Beach, 53,9K$. En février, 6 nuits au Four Seasons d’Hawaï, 113K$. Dustin Sobie y arrive de Bangkok, aux mêmes dates, avec un billet à 4,6K€, payé lui aussi par Biom’up. En avril, 3 places pour Elektra, au Metropolitan Opera de New York, 1,5K€. En décembre, 98K$ de Four Seasons et d’autres hôtels, et 31K€ liés au Pier 60, une salle de réception de Manhattan.
En Europe, les palaces ne descendent pas en gamme. En juin 2015, 2 nuits au Das Stue, à Berlin, avec Sébastien Grandin : Biom’up raque 5,9K€ d’un séjour à 10,7K€. Fin août, 3 nuits à Venise, au Cipriani, 12,4K€. Début septembre, 4 nuits à La Réserve, au bord du lac de Genève, 11K€. Fin septembre, 3 nuits pour 2 au Conservatorium d’Amsterdam, 14,8K€. Les 23 et 24 octobre, retour au Cipriani : 2 suites, 15,6K€, de quoi profiter d’un cadre idyllique, une semaine avant son PACS avec Sébastien Grandin²⁰. Puis un séminaire au Corinthia de Londres, 15,9K€.
Fin janvier 2016, 3 jours à Londres, 27,7K€. En février, 13,9K€ pour sa part d’un séjour à 40,3K€ au Hyatt de Berlin. Le week-end des 19 et 20 novembre 2016, Binant passe 2 jours à Rome, rentre le dimanche à Lyon, s’offre 4 repas chez Bocuse pour 3,1K€, et rejoint Paris le lendemain en jet privé pour 11,7K€, le tout payé par Biom’up. En décembre, 770€ au Cavalieri, le palace romain du groupe Hilton. Début février 2017, 11,9K€ pour le séjour d’une autre personne à Berlin, puis un Berlin-Londres en jet, et 1 nuit au Corinthia, 6,6K€, voiture comprise. En juin, alors que les caisses de Biom’up sont quasiment vides, la biotech s’offre un séminaire au Lapa Palace de Lisbonne, 53,4K€. En juillet, 3 nuits au Prieuré, à Villeneuve-lès-Avignon, en plein Festival d’Avignon.
À Courchevel, Biom’up a ses habitudes au Cheval Blanc. Du 11 au 15 décembre 2015, un séminaire de 7 personnes : 80,9K€ hors transport, dont 7,2K€ de taxis et 3,3K€ de forfaits et de matériel de ski. Du 20 au 25 janvier 2017, retour au Cheval Blanc : 34K€ pour 1 chambre, sur un séjour à 60K€. Séjour où Sébastien Grandin, né un 25 janvier, est présent, selon un participant.
Interrogé sur ces séjours à Courchevel, Venise et Avignon, Binant n’a pas répondu. Sébastien Grandin, lui, confirme avoir participé à « plusieurs déplacements et événements » réglés par Biom’up, « à caractère professionnel » selon lui, sans préciser lesquels.
Puis il y a la bouffe, au même rythme. Enfin l’art de la table, dirons-nous, vu les tarifs. En juillet et en août 2015, des dîners au Bristol et chez Laurent, à Paris, jusqu’à 1,7K€ la soirée. Le dimanche 11 octobre, 2 petits déjeuners au Bristol, 125€. Le 16, du caviar chez Kaspia, près de 2K€. En août 2016, 1K€ chez Le Duc. En juin 2017, 1,1K€ chez Paris Gastronome, des fleurs chez Lachaume, 820€, et du caviar à l’aéroport de Francfort, 984€.
Et Biom’up rembourse à Binant, parfois sans justification, des dépenses plus étonnantes encore. Comme cette facture SFR à 8,2K€ pour 9 mois de consommation en 2015, plus de 900€ par mois dans une boîte qui perd des millions chaque année. Ou ces éternelles soirées à l’Opéra de Paris, pour 1,75K€ en 2015.
Différentes notes de frais remboursées par Biom’up à Étienne Binant
Et il y a le bout du monde, à des dates qui tombent bien. Le 19 décembre 2015, un vol Londres-Bangkok, 4,3K€. Dans un pays où le couple aime partir en vacances, à la meilleure saison pour le visiter, mais sans la moindre justification comptable, selon un audit. 2 ans plus tard, 12,4K€ seront remboursés en bahts, la monnaie locale.
Pour Noël 2016, 3 nuits dans un lodge de luxe en Nouvelle-Zélande, 32K€, réveillon compris, et un vol panoramique Air Milford pour 8,9K$. Et pour Noël 2017 ça serait la Nouvelle-Zélande, 6 jours après le feu vert de la FDA.
Un pays qu’il a déjà visité aux frais de Biom’up du 2 au 10 janvier 2017, pour 64,9K€. Après un passage par Tokyo et Hambourg (27,8K€), Binant retourne en Nouvelle-Zélande en 2018. Il en rapporte un clip promotionnel et quelques vidéos de lui faisant du ski. Ce film, explique Binant à Zero Bullshit, visait l’Australie et la Nouvelle-Zélande, « le troisième marché » de Biom’up, et ne pouvait servir qu’après l’autorisation du produit là-bas. Il ne sortira jamais, confirme-t-il à Zero Bullshit.
Il a pourtant coûté cher. Selon un rapport de la brigade financière, présenté à plusieurs anciens salariés lors de leurs auditions, Biom’up a payé 800K€ ce spot publicitaire tourné en Nouvelle-Zélande, et le rapport suspecte que la société qui a reçu les fonds puissent être liée à une proche de Binant. Aucun d’eux n’avait jamais entendu parler de ce spot.
Après la faillite de Biom’up, le liquidateur reprochera à Binant ces montants astronomiques. Mais Binant assume. Les « importants frais de déplacement » auraient été engagés dans l’intérêt de la société, et lui auraient permis « de gagner deux ans environ sur l’obtention de l’approbation de la FDA ». Les événements organisés à l’Opéra de Paris auraient été « professionnels » et auraient « contribué à l’image de marque » de Biom’up. Chaque dépense contestée aurait servi à obtenir les homologations, mener les études cliniques, trouver des financements, recruter, ou encore « faire une entrée en Bourse réussie ».
Aucun texte ne plafonne les frais d’un dirigeant : Biom’up peut lui payer la première classe, le palace ou le jet, à condition que la dépense la serve, elle, et non lui. Une dépense élevée ou mal justifiée ne suffit pas à faire un abus de biens sociaux. Mais l’intérêt de la société aurait dû être questionné : Biom’up n’a jamais été rentable et ses financements repose sur plus d’un tiers sur de l’argnet public.
Pour une medtech, une obligation s’y ajoute. Depuis la loi Bertrand, votée fin 2011 après le scandale du Mediator, tout fabricant de dispositifs médicaux doit rendre public chaque avantage d’au moins 10€ offert à un médecin, un chirurgien ou une infirmière : un repas, un voyage, une invitation. Un ancien cadre raconte qu’une salariée lui a soumis des factures, parce qu’elle se demandait s’il fallait les déclarer : du vin, une table au gala de l’Opéra. Ce que Biom’up a déclaré, impossible de le vérifier aujourd’hui : les déclarations ne restent en ligne que 5 ans50.
Interrogé à plusieurs reprises, Transparence Santé Public, qui gère le registre, pas plus que son ministère de tutelle, n’ont répondu.
Sollicité au titre des articles L. 300-1 et suivants et L. 311-1 et suivants du CRPA51, l’administration n’a pas non plus répondu.
🧑🤝👩Les copains d’abord
Les contrats retrouvés par Zero Bullshit, signés de 2008 à 2013 par Jet Metal52, Tactique Creafab53, Glowbl54 et CMLE, alias Dermomed55, le confirment : le fixe est toujours là, et souvent acquis dès la signature. Chez Dermomed, il atteint 25K€, plus 20K€ pour le dossier de présentation.
Mais Biom’up a droit à un tout autre traitement. En plus de ses prestations, Globe avance les frais de son client. En 2012, 4 ans après le début de sa mission, la société dépense pour lui (ou lui avance, selon l’appréciation de chacun) 890,2K€ en déplacements, hôtels, restaurants et cadeaux. Puis 980,2K€ l’année suivante. Tout ça avant que Binant ne prenne la tête de la medtech. Ces montants dépassent même la facturation.
Alors, pourquoi avancer autant d’argent à Biom’up sans se faire rembourser ? Face au fisc, Globe le présentera comme un pari : sans ces avances, Biom’up, qui perd beaucoup d’argent, n’aurait jamais réussi sa levée de fonds de 2015, et c’est cette levée qui devait la payer en retour56. Un drôle de pari pour un leveur de fonds, dont le métier est de trouver de l’argent à ses clients, pas d’avancer leurs frais.
Le pari, en tout cas, rapporte. En 2015, selon Globe, Biom’up lui verse 892,1K€, sa plus grosse année. À 500€ près, ce que Globe lui a facturé en 4 ans, de 2010 à 2013. Sébastien Grandin le confirme à Zero Bullshit :
« En 2015, la levée de fonds d’un montant de 30 M€ organisée par Globe au bénéfice de Biom’up a donné lieu à un bonus. »
Sauf que Globe est déjà en train de sombrer, avec Isia Films, la société d’Isabelle Adjani de l’épisode 2. Isia est liquidée en octobre 2014, et en 2017, la justice fusionnera les 2 sociétés, insolvables depuis septembre 201457. Les 892,1K€ de Biom’up arrivent donc chez une société qui ne peut déjà plus payer ses dettes. Le liquidateur de Globe ne réclamera pourtant jamais à Biom’up les frais que Globe lui a avancés. Face au fisc, il défendra même leur abandon.
Mais le fisc n’y croit pas. Pour l’administration, Globe a fait à son client un cadeau sans contrepartie. Il ajoute aux bénéfices imposables de Globe 132,5K€ puis 414,7K€ de recettes auxquelles elle a renoncé. Il découvre aussi qu’en 2010 et 2011, Globe a remboursé à Grandin, son président, plus de 1,15M€ de frais réglés avec ses cartes personnelles, sans tout refacturer. Le reste, il le traite comme des dépenses personnelles du dirigeant58. En juin 2020, la justice confirme le redressement de Globe, avec une pénalité de 40% pour manquement délibéré59. En 2021, elle annule en revanche l’impôt réclamé à Grandin lui-même, parce que le fisc n’a jamais dit quelles dépenses il rejetait60. Sébastien Grandin assure que ses contrôles fiscaux ont tous abouti à une absence de redressement ou à l’annulation des demandes du fisc. Pas celui de Globe.
Pendant que Globe coule, une autre société de Grandin prend le relais : SG Conseils, créée en avril 2014 et détenue à 100% par Grandin. Elle facture Biom’up dès sa première année : 121K€ en 2014.
Puis tout bascule en 2015. À part le bonus de la levée, les honoraires de Binant quittent d’un coup Globe, une société insolvable, pour SG Conseils, toute neuve : 1,81M€ cette année-là. Globe ne disparaît pas tout à fait : des factures à son nom ou à son adresse sont encore réglées par Biom’up, via les notes de frais de Binant.
Extrait d’un rapport interne sur les honoraires versés à Etienne Binant.
SG et SG Conseil sont la même entité
SG Conseils a-t-elle simplement récupéré le contrat de Globe ? Un ex-salarié de Biom’up qui connaît bien les comptes de l’époque est catégorique :
« Au départ, Globe c’était [la] société [d’Étienne Binant], pour ses prestations. SG facturait pour des aménagements de bureaux ou de design. En 2015 [Binant] a demandé à changer la structuration de facturation, en parallèle des facturations pour les bureaux de [Sébastien Grandin] »
Pour la même prestation ? La réponse est formelle.
« Oui. »
Quand Biom’up commence à salarier Binant, en 2016, les factures retombent : 329K€ en 2016, 96K€ en 2017. En 2018, SG Conseils et une autre société, Be Born61, dont Zero Bullshit n’a trouvé aucune trace, facturent encore 230K€ au groupe, qui les range parmi ses « parties liées »62. Grandin a pourtant déjà un autre métier : jusqu’en janvier 2019, il dirige le Studio Putman, une agence de design. Chez Biom’up, un ancien cadre le décrit pourtant comme « l’homme de l’ombre, qui orchestre tout en arrière-plan ».
Grandin, lui, assure à Zero Bullshit que Binant « n’a jamais été rémunéré par SG Conseils », qui faisait selon lui de la communication, des relations publiques et de l’aménagement d’espaces. Ces travaux d’aménagement, plusieurs anciens salariés les confirment. Mais ils n’expliquent pas les montants, qui n’ont jamais été mis en concurrence.
À partir de 2015, ajoute Grandin, la rémunération de SG Conseils « était chaque année portée à la connaissance du conseil d’administration », et déclarée publiquement comme « partie liée » de Binant, « conformément à la loi ». Sauf que la loi ne se contente pas d’informer le conseil. Quand une société traite avec une entreprise dans laquelle son directeur général a un intérêt, même indirect, le conseil doit autoriser la convention, puis les actionnaires l’approuver en assemblée63. Or aux actionnaires, personne ne présente de convention avec SG Conseils, ni en 2016, ni en 2017.
Binant, lui, est salarié de Biom’up depuis 2016. Et en 2 ans, sa paie est presque multipliée par 3. Au titre de 2016, il touche 390,8K€. Au titre de 2017, 697,6K€, primes comprises, plus des actions gratuites valorisées 447,6K€64. Au titre de 2018, 1,08M€, prime exceptionnelle comprise. De 2014 à 2018, Biom’up a ainsi versé au moins 5,5M€ à Binant et aux sociétés de son compagnon, dont plus de 2,3M€ versés à SG Conseils.
Récap des montants, compilés par Zero Bullshit
Mais Binant et Grandin ne sont pas les seuls à facturer des prestations à Biom’up. Le DAF, João-Paulo Alves65, passe par BC Consulting66. En 2017, BC Consulting facture 153K€ à Biom’up. En 2018, 508K€67, alors qu’Alves n’est plus DAF depuis janvier. C’est près de 80% du chiffre d’affaires de BC Consulting d’octobre 2017 à septembre 2019.
Autour de Binant, il y a aussi Dustin Sobie. Pour tout le monde, c’est son assistant personnel. Binant lui-même le présente ainsi, son « PA », à l’entourage de Jeffrey Epstein en mai 2016²³. Sur 7 organigrammes consultés par Zero Bullshit, il n’apparaît jamais. Mais Biom’up le paie cher. Il lui facture 127K€ en 2016, puis 263K€ en 2017, par une société à lui. Ensuite, elle le salarie directement68.
En mai 2016, et à plusieurs reprises sur cette période, Étienne Binant présente Dustin S. comme son PA (personal assistant) et jamais comme un Chief of Staff
Quand sa rémunération commence à faire tiquer, Dustin Sobie serait devenu « Chief of Staff », une sorte de bras droit du DG. C’est ce titre que Binant met en avant auprès de Zero Bullshit, pour justifier un salaire « standard pour ce poste dans un environnement anglo-saxon ». En mars 2019, la direction assure même aux experts des élus qu’il s’occupe du marketing depuis 2012. Ils n’en trouvent aucune trace. Elle reconnaît en revanche qu’il conduit la voiture de Binant, qui n’a pas le permis.
Dès 2015, ses billets d’avion, jusqu’au Canada et en Thaïlande, et ses nuits d’hôtel passent dans les notes de frais de Binant. Il est même du voyage plus tôt. Fin 2014, Biom’up tient un séminaire dans un hôtel Aman, en Grèce. Autour de la table, le directeur financier, des médecins, et Dustin Sobie, venu avec sa compagne de l’époque, se souvient un participant. Il n’a alors aucun rôle dans la société, et se présente sur internet comme prof de yoga.
Quand Binant se rend à San Francisco pour la conférence santé de JP Morgan, Dustin Sobie veille par exemple à ce que les bonnes enceintes arrivent dans la suite de Binant, pour que celui-ci puisse y faire son sport, se souvient un ancien membre du comité de direction. Et en mai 2016, 2 jours après l’avoir présenté comme son « PA », Binant l’emmène chez Jeffrey Epstein, pour préparer Prytanee, une affaire sans rapport avec Biom’up. Mais c’est quand même Biom’up qui réglera la nuit d’hôtel au Mercer.
Et le lien Binant/Sobie survit à Biom’up : en 2021, 18 mois après sa liquidation, Dustin Sobie figure parmi les mécènes de l’AROP, l’association des mécènes de l’Opéra de Paris, dans le programme où Binant et Grandin apparaissent parmi les 4 « grands philanthropes » du fonds de dotation de l’Opéra69.
Dustin Sobie est aussi l’associé de Binant dans sa holding, Jaffnah, qui détient des actions de Biom’up. En 2017, d’autres le rejoignent : William Spotnitz, le directeur médical, autorisé, comme Dustin Sobie, à utiliser la carte Delta Private Jets de Binant, Valérie Centis, la directrice scientifique, Simon Schwaighofer, le VP des ventes en Europe, Paul McAfee et Steven Colquhoun, du comité scientifique. Le fils de Spotnitz, Russell, travaille lui aussi pour Biom’up70.
Les voilà associés de leur patron, dans une holding actionnaire de la société qui les emploie ou les rémunère. Aucun n’apporte d’argent frais : chacun transforme en actions ce que la holding lui doit, au montant que fixe Binant lui-même, 347,7K€ en avril, 783,2K€ en décembre. FSNB Conseil, la société de François Sarkozy, le frère de Nicolas, entre aussi. En un an, la participation de Jaffnah dans Biom’up passe de 922,5K€ à 1,72M€.
Créances converties en actions de Jaffnah en 2017, et rôle de chaque souscripteur chez Biom’up¹⁵
Jaffnah ne sert qu’à détenir des actions. Pourtant, en 2015, elle paie 123K€ de transports et 128,1K€ d’hôtels. Elle rémunère aussi des « apporteurs d’affaires » : 98K€ en 2015, 50,4K€ en 2016, 39,6K€ en 2017.
🛑Arrête-moi si tu peux
En juin 2018, un salarié de Saint-Priest a son café à la main quand une palette passe devant lui. C’est le premier lot d’Hemoblast pour les États-Unis, et « personne ne l’a su », raconte-t-il. Un autre résume : « Les actionnaires sont au courant avant nous ». Le sujet finit par crisper. Mais Binant, qui dirige pourtant l’entreprise, ne s’en rend pas compte : Lyon est très loin de ses préoccupations quotidiennes. Ce n’est d’ailleurs pas pour faire tourner l’usine qu’il a été engagé, mais pour trouver de l’argent. Sauf qu’une boîte ne se limite pas à ses financements.
Le 2 juillet, ce premier lot arrive dans un hôpital américain71. Le même jour, le conseil d’administration de Biom’up se réunit en visio. Bpifrance, premier actionnaire, acte son départ. Laurent Higueret, qui votait pour elle au conseil, a démissionné 4 jours plus tôt. Et à la fin de la séance, Bpifrance lâche aussi son dernier siège, celui de censeur, qui lui permettait de parler au conseil sans voter³. Marie-Laure Pochon, patronne d’un groupe de technologies médicales que la banque publique avait fait entrer au conseil, est déjà partie en mai, « pour des raisons similaires aux nôtres », explique Bpifrance à Zero Bullshit.
Et alors que Biom’up fait ses adieux à Bpifrance, Binant a une idée pour remplir les sièges vides. Il a soufflé le nom à Øhrstrøm, qui l’invite à cette même visio : Caroline Lang. Le conseil la coopte à l’unanimité, Binant compris³.
Pochon venait des technologies médicales. Lang, elle, travaille dans la télévision et le cinéma. Mais au-delà de la légitimité, le vrai problème, c’est la déclaration qu’elle fait au conseil pour obtenir ce siège.
Ce jour-là, Lang assure au conseil n’avoir aucune relation « financière, contractuelle, familiale ou de proximité significative » qui pourrait altérer son jugement. Le conseil la déclare donc indépendante. Un administrateur indépendant n’a de lien ni avec les dirigeants ni avec les gros actionnaires : il est là pour pouvoir leur dire non. En France, ça n’engage pas à grand-chose. Le code de gouvernance que suit Biom’up, Middlenext, n’est qu’une recommandation, et c’est le conseil lui-même qui décide qui est indépendant72.
Les raisons de son départ, Bpifrance les donne 8 ans plus tard :
« En l’absence d’informations satisfaisantes ni de mesures adéquates prises par Biom’Up, entraînant de profonds désaccords avec l’équipe dirigeante, et constatant qu’elle ne parvenait pas à infléchir l’action des dirigeants de Biom’Up, Bpifrance a démissionné de son mandat au sein du conseil d’administration de la société en juin 2018. »
Un conseil « devenu peu réceptif à toute remise en cause du management », ajoute Bpifrance. Mais l’EPIC reste pourtant le premier actionnaire.
Pour comprendre ce désaccord, il faut revenir en 2014. En juillet, quand Binant prend la direction générale, 5 fonds ont un administrateur au conseil :
Thibaut Roulon pour Bpifrance Investissement ;
Thierry Chignon, senior partner de Mérieux Participations ;
Benoît Pastour pour Turenne Capital ;
François-Régis Ory, président de L’Améliane et administrateur du fabricant d’implants Medicrea ;
Jérôme Féraud, directeur de participations chez Viveris.
2 censeurs complètent la table :
Cécile Thébault, directrice de participations chez Sofimac ;
Emmanuelle Deponge, associée d’OTC AM.
Le 24 septembre 2015, le conseil se réunit chez Binant, avenue Montaigne. Roulon, Pastour et Féraud, désormais pour ACG Management, y siègent toujours. Les ont rejoints Laurent Higueret pour Bpifrance Large Venture, Karl Nägler pour Gimv et Casper Breum pour Lundbeckfond. Jean Bertin, directeur de participations chez Bpifrance, et Peter Byloos, partner santé de Gimv, y assistent comme censeurs. Kreos, qui lui prête 9M€ fin 2016 et début 2017, y place aussi un censeur, Aris Constantinides, l’un de ses associés. Jusqu’à l’IPO, ce sont ces fonds qui tiennent le conseil. Avec parfois des avis divergeant. Notamment sur les frais de Binant qui arrivent sur la table du conseil dès 2014.
Parmi les fonds, Bpifrance affirme avoir alerté sur « le niveau excessif des dépenses » dès 2015. Selon elle, son représentant demande en septembre 2015 un comité d’audit, et le dirigeant refuse. En 2016, elle fait venir une DAF externe pour mettre de l’ordre dans les budgets et le reporting. Puis, sur les comptes 2016, ses représentants exigent des justifications sur plusieurs millions d’euros de dépenses. L’un d’eux juge le reporting financier « incroyablement faible et inacceptable pour une société cotée ». En avril 2018 encore, elle demande la revue détaillée des dépenses attribuées à Binant, « représentant plusieurs millions d’euros ». Un deuxième fonds indique lui n’avoir jamais eu connaissance de ces frais. Un troisième, toujours anonyme, explique avoir, comme Bpifrance, fait remonter des alertes. Binant conteste : selon lui, le comité d’audit voit le jour en 2016, pour préparer l’IPO. Et en juin 2017, quand le commissaire aux comptes certifie les comptes de 2016, Bpifrance s’en contente, assure-t-il.
Il faut dire que les administrateurs, voient ce que la direction veut bien leur montrer. Binant paie ses frais avec sa carte personnelle, et Biom’up le rembourse d’avance, avant d’en voir les justificatifs. Des dépenses de la filiale américaine atterrissent dans les comptes de la maison mère. Le comité d’audit ne reçoit un point mensuel sur les frais qu’en avril 201973. Et chaque fois que la question se pose, la caisse est presque vide. Fin 2014, les capitaux propres tombent sous la moitié du capital. À l’été 2017, la société « devait être refinancée au risque de disparaître », selon les mots de Bpifrance. Contester les frais du dirigeant, c’est risquer de faire capoter la levée qui doit sauver la société. Binant, lui, se présente comme celui qui reste par devoir : « Partir maintenant serait irresponsable », explique-t-il début 201874. Au conseil, certains commencent à penser que c’est la seule solution.
Les alertes qu’elle dit avoir lancées n’empêchent pas Bpifrance de remettre de l’argent. Quelques mois après avoir exigé ces justifications, elle s’engage à acheter pour 5M€ d’actions lors de l’IPO75, et en reçoit pour 3,5M€76. Mais au conseil, on la met sur la touche. Le 10 août 2017, 2 mois avant l’IPO, son représentant, Thibaut Roulon, demande à siéger au comité des nominations et des rémunérations, celui qui choisit les administrateurs et fixe la paie des dirigeants. Le pacte d’actionnaires le prévoit. Le conseil refuse. Après l’IPO, Bpifrance perd un administrateur et un censeur. Roulon n’est plus que censeur. Seul Laurent Higueret vote encore pour la banque publique.
En juin 2018, alors que l’entreprise traverse une crise sociale, Bpifrance fait savoir son désaccord en AG. Elle s’abstient sur la paie du président du conseil et sur celle du DG. Les 2 passent quand même. Et alors que Biom’up fait ses adieux à Bpifrance, Binant a une idée pour remplir les sièges vides. Il a soufflé le nom à Øhrstrøm qui l’invite dans une AG en visio du 2 juillet : Caroline Lang. Le conseil la coopte à l’unanimité, Binant compris.
Or Lang connaît Binant depuis des années, selon ses propres écrits à Zero Bullshit :
« J’ai connu Jack et Monique Lang près de dix ans [avant le fonds Prytanee], et les ai présentés à Sébastien Grandin qui ne connaissait pas Caroline Lang. »
5 jours après la séance, Caroline Lang écrit d’ailleurs à Jeffrey Epstein :
« Mes parents et leur ami Etienne Binant aimeraient vous inviter à dîner »
Mais surtout, et c’est tout le sujet de l’épisode 1, Caroline Lang est en affaires avec le Binant. Depuis novembre 2016, elle détient la moitié de Prytanee, un fonds d’art dont l’autre moitié appartient à Jeffrey Epstein, et dont le gérant est Étienne Binant. Le jour où le conseil la coopte, Prytanee a déjà versé 1,1M$ à Binant, le dernier virement 2 semaines plus tôt. Et sur le compte du fonds, en 2018, Lang et Binant ont tous les 2 la signature. Interrogé, Binant assure que Caroline Lang a été cooptée « sur la base de son expertise et de ses compétences », un doctorat en droit et 20 ans chez Warner. De Prytanee, il ne dit rien. Zero Bullshit lui a alors posé la question clairement77, mais il n’a répondu.
Chez Binant, les affaires de Biom’up et celles des Lang et d’Epstein se mêlent jusque dans les mêmes courriels. Le 22 juillet, 20 jours après la séance, il écrit à Epstein pour trouver de l’argent à Biom’up : il prépare une émission obligataire de 35 à 45M€ pour « [sa] société cotée », et demande :
« Tu vois quelqu’un à qui je pourrais en parler de ton côté ? »
Email d’Étienne Binant à Jeffrey Epstein
Une fois au conseil, Caroline Lang entre au comité qui l’a recommandée. Pour 2018, elle touche 6,3K€ de jetons de présence. En mars 2019, le comité lui propose aussi, comme aux autres indépendants, 10’000 BSA pour acheter plus tard des actions à prix fixé. Utilisables à partir de 2020, ils ne serviront jamais : Biom’up est liquidée en décembre 2019.
Lang n’est pas un cas isolé. Fin 2018, le conseil de Biom’up a tout d’un conseil modèle : 8 membres, dont 5 administrateurs indépendants, ceux qui doivent pouvoir dire non au DG. Mais 4 de ces 5 indépendants ont un lien avec la société ou avec Binant. Et le président du conseil, chargé de surveiller le DG, est lui-même payé par l’entreprise.
Jan Øhrstrøm, président du conseil depuis 2015, ne se prétend pas indépendant. Il touche 30K€ par an pour présider. Et Sitka, sa société, a un contrat avec Biom’up depuis avril 201578 : 8K€ par mois pour 1 jour par semaine, jusqu’à 16K€ avec les jours en plus. Le 27 août 2018, il ne se connecte même pas au conseil : il a donné son pouvoir à Binant.
Abbas Ardehali, chirurgien à l’UCLA, siège au conseil depuis juillet 2017, et au comité scientifique de Biom’up. Il a participé à l’essai d’Hemoblast qui a convaincu la FDA79. En 2019, il en signe la publication, en premier auteur, avec William Spotnitz, le directeur médical de Biom’up. L’étude est financée par la société80. Et en juillet 2018, l’UCLA signe le premier contrat d’approvisionnement de Biom’up aux États-Unis81.
Peter Byloos, lui, a été censeur de 2015 à 2017 pour Gimv, le fonds de Nägler82. Le 27 août 2018, sur la recommandation du comité de Nägler, le conseil le coopte à la place de Higueret. Dans la même délibération, il le déclare indépendant, et l’autorise à facturer ses services à Biom’up, 2K€ par jour. Pas « une relation d’affaires significative », juge le conseil83.
Marie-Claire Janailhac-Fritsch, vice-présidente du conseil depuis juin 2018, préside le comité d’audit, celui qui surveille les comptes, donc les dépenses. C’est là que les frais de déplacement « étaient revus en détail », assure Binant à Zero Bullshit. Le comité ne reçoit pourtant un point mensuel sur les frais qu’à partir d’avril 2019, quelques semaines avant le départ de Binant. Et c’est seulement là que Biom’up exige 2 signatures pour toute dépense de plus de 30K$. Hors de Biom’up, Janailhac-Fritsch préside la Fondation pour la Comédie-Française84. Binant en est un donateur, et un de ses ambassadeurs. En juillet 2018, il finance de sa poche la tournée new-yorkaise des Damnés, le mois où il organise le voyage des parents Lang à New York85. Ce statut « était lui aussi connu des membres du conseil d’administration », assure-t-il. Au moins un ancien membre du conseil affirme pourtant n’en avoir rien su.
Pour aucun d’eux, Biom’up ne voit le moindre « conflit d’intérêts potentiel »86. Aucune de ces situations n’est interdite en soi. Mais la règle du conseil est claire : chaque administrateur doit déclarer « toute situation de conflit d’intérêt, même potentiel ». Une administratrice qui détient la moitié d’un fonds géré par le DG. Un administrateur à qui le conseil promet un contrat de prestation. Un chirurgien dont l’hôpital signe le premier contrat américain de la société. Une présidente du comité d’audit dont le DG finance la fondation.
Que Binant gère Prytanee, Biom’up le sait pourtant : dans son rapport annuel, parmi les mandats de son DG, elle mentionne elle-même « Gérant Prytanée »87.
Ce que le rapport ne dit pas, c’est à qui appartient ce fonds.
🚢 Titanic
Depuis l’affaire du déménagement parisien, la situation sociale est explosive. Tout l’été, les salariés multiplient les courriers et les alertes. Le 18 octobre 2018, leurs élus déclenchent un droit d’alerte : la direction doit leur expliquer où va l’entreprise.
Sur le papier, la caisse tient encore : 28,8M€ fin octobre. Et le produit marche : Hemoblast est arrivé dans les blocs américains. Mais il se vend au compte-gouttes, et la société continue de dépenser comme si elle était déjà rentable.
Les 28,8M€ ne suffiront pas, et le conseil le sait. Lors du conseil du 5 décembre, plusieurs administrateurs le disent clairement : l’argent manquera à partir de septembre 2019. Dans 9 mois. Près de 4M€ sortent chaque mois, quand il en rentre à peine 100K€. Pire : si la trésorerie passe sous 8M€, Athyrium peut lui réclamer l’intégralité de son dû.
Ce 5 décembre, le conseil ratifie aussi 2 chèques. Le premier est pour les salariés. Leurs bons leur permettaient d’acheter des actions Biom’up à 8,40€. Le cours est tombé bien plus bas : ils ne valent plus rien. Pour qu’ils y renoncent, Biom’up leur verse 4,20€ par bon, 418,2K€ à se partager. Les dirigeants, eux, renoncent aux leurs sans indemnité.
Le second chèque est pour Binant, et pour lui seul : une prime de 490,1K€ net, pour « services exceptionnels » rendus entre mars 2015 et septembre 2018. La filiale américaine l’a déjà payée, en dollars. Le conseil ne fait que dire oui après coup, à l’unanimité. Karl Nägler, qui préside le comité censé proposer cette prime, ne se connecte même pas : il a confié sa voix à Binant. Votent Jan Øhrstrøm, Marie-Claire Janailhac-Fritsch, Erin Gainer et Caroline Lang. Ce n’est pas la première fois que l’argent part avant le feu vert : en 2017, sa prime pour le dossier de la FDA est versée en mars, et validée en septembre. Binant, lui, assure que toutes ses primes ont été approuvées avant comme après leur versement.
Tous les salariés se partagent 418K€. Binant, seul, en touche 490K€, le jour où le conseil constate que l’argent manquera dès septembre. Binant se défend auprès de Zero Bullshit :
« Comme tous les ans depuis sa création, elle devait se refinancer en cours d’année, ce que sous ma direction elle avait toujours réussi à faire. Il est donc logique que mon bonus ait été voté par le conseil d’administration et ratifié par les actionnaires, tous mes objectifs ayant été atteints. »
En 2018, les hémostatiques de Biom’up ont rapporté 627K€. Son propre contrat américain ne prévoyait pourtant de bonus qu’à partir de 2M€ de ventes d’Hemoblast.
Reste à trouver de l’argent, et vite. 5 jours après ce conseil, Biom’up boucle une levée de fonds en urgence : 7,7M€, à peine 2 mois de dépenses. Les investisseurs paient l’action 4,80€, contre 11€ en février : en 10 mois, Biom’up a perdu plus de la moitié de sa valeur. Athyrium en prend pour 5M€, Financière Arbevel pour 2M€.
2 mois plus tard, en février 2019, le conseil accorde à Binant une rallonge : pour 1 an, 174K€ de fixe en plus, et 25K$ par mois pour se loger à New York, où l’activité doit décoller. Jusque-là, il y descendait au Mercer, à SoHo, aux frais de Biom’up. 25K$, c’est « le coût moyen d’un loyer à New-York », assure le conseil88. Au même moment, à Manhattan, la moitié des baux signés en janvier l’ont été à moins de 3,3K$ par mois, remises déduites89. Binant a droit à 7,5 fois plus. Sur 1 an, l’avantage représente 300K$. Plus que tout le loyer de Saint-Priest, usine comprise. Et près de 80% de ce que Biom’up a vendu aux États-Unis en 2018, 337K€ de produits hémostatiques.
Le problème, c’est que pendant ce temps-là, Biom’up est dans le viseur à double titre : celui du fisc, et celui de la justice.
Le fisc, d’abord. Le 15 novembre 2018, il débarque à Saint-Priest. L’administration a ouvert une vérification de comptabilité sur les exercices 2015, 2016 et 2017. Et elle a du mal à s’y retrouver : pour une bonne partie des dépenses de Binant, il n’existe aucun suivi, racontent plusieurs anciens de Biom’up. Un ex-salarié parle d’un contrôle « catastrophique » : plusieurs membres du service comptable semblent tomber des nues. Pour répondre aux contrôleurs, Biom’up paie une fiscaliste et des avocats, qui repointent une à une les notes de frais du DG. Bien souvent sans le moindre reçu, raconte un ancien cadre dirigeant. Selon une source proche du fisc, les contrôleurs s’arrêtent entre autres sur 3 postes :
Les déplacements et frais de Binant, notamment vers les États-Unis ;
Les nombreux événements organisés à l’Opéra de Paris ;
Et la rémunération de Dustin Sobie
Le lendemain de Noël, l’administration rend ses premières conclusions : elle remet en cause la déductibilité de 3,5M€ de dépenses, pour la seule année 2015. Biom’up conteste mais provisionne tout de même 425K€. Binant assure que le fisc aurait fini par abandonner « environ 90% de ses réclamations ». Ses chiffres portent sur 2016 et 2017, pas sur 2015, l’année des 3,5M€. Et devant la justice, le liquidateur s’appuie bien sur ce redressement fiscal90. Les factures de SG Conseils, assure Sébastien Grandin, ont été admises par le fisc comme « déductibles et légitimes ».
Les salariés se heurtent au même mur. Les experts mandatés par leurs élus veulent savoir où passe l’argent des voyages. La direction leur répond qu’elle n’a aucune liste des frais de déplacement. Les factures ? Sur place. Les copies promises s’arrêtent au 4e fichier, sur 570. Alors ils piochent : 22 pièces sur les 342 du compte de frais de Binant, de 2015 à 2017. 2018, ils ne le voient pas, pas plus que le fisc. Qui voyageait, pour quoi faire, pour quel résultat : leurs questions restent sans réponse écrite. Ils finissent par écrire leurs « interrogations sur la nature et/ou le caractère approprié et proportionné d’un certain nombre de dépenses ». Chez les experts-comptables, c’est un signal d’alarme.
Puis le mercredi 27 mars 2019, la police arrive à son tour : la brigade financière débarque à Saint-Priest et perquisitionne Biom’up. Pourquoi ? La plupart des salariés, et même certains cadres, l’ignoreront pendant des années. Peut être même jusqu'à cette publication. Les comptes de Biom’up « ont toujours été certifiés sans réserve », rappelle d’ailleurs Binant à Zero Bullshit. C’est exact. En tout cas, à sa connaissance. Parce que l’un des commissaires aux comptes a des doutes. Assez pour alerter la justice. En réalité, tout ça à plusieurs années.
En 2017, Ernst & Young est nommé commissaire aux comptes de Biom’up, en vue de l’IPO. En auditant les comptes consolidés de 2016, établis pour l’IPO, ses équipes tiquent sur les dépenses de Binant, selon plusieurs sources recoupées par Zero Bullshit. Elles demandent des justifications par lettre recommandée. Biom’up répond de manière lacunaire, sans entrer dans les détails. La réaction de la direction financière est « très agressive », raconte un ancien cadre dirigeant. Une réunion au sommet est organisée. Puis Ernst & Young fait ce que la loi lui impose : il signale les faits au parquet.
Quand Biom’up entre en Bourse, quelques mois plus tard, ni le conseil, ni les investisseurs, ni les salariés n’en savent rien. Bpifrance, qui siège au conseil, assure aujourd’hui n’avoir « jamais eu connaissance de l’existence de faits potentiellement répréhensibles par la loi ». 2 anciens administrateurs, un élu du personnel et un expert du cabinet mandaté par les élus disent la même chose. Binant lui-même n’avait aucune raison d’être informé du signalement. C’est pourtant ce signalement qui amène la police à Saint-Priest, ce mercredi matin, selon plusieurs anciens. Et probablement le fisc, quelques mois plus tôt. Une ex-salariée présente ce jour-là raconte :
« Ça a été extrêmement violent. Pas les policiers en eux-mêmes, mais les voir débarquer avec les voitures, les uniformes, les pistolets, etc. Nous, on était juste une petite PME qui essayait de s’en sortir malgré une direction absente. »
Dans l’urgence, la direction prépare un communiqué, au cas où la presse l’apprendrait. Personne ne l’apprend. L’info ne fuite pas. Jusqu’à aujourd’hui. Binant, lui, file aussitôt consulter un avocat, Antonin Lévy, raconte un ancien cadre. Le même Antonin Lévy, fils de Bernard-Henri et grand donateur de l’Opéra de Paris, qui, 7 ans plus tard, écrira pour lui à Zero Bullshit.
D’anciens salariés sont entendus, dans le cadre d’une enquête pour abus de biens sociaux. L’un d’eux passe 5H à Nanterre, face à des policiers de la brigade financière de Lyon montés pour l’occasion. Ils lui mettent sous le nez des factures qu’il n’a jamais vues. Un séjour au Cheval Blanc. Une arrivée en hélicoptère. Des vols en première classe sur Air France. Un voyage en Polynésie, juste avant Noël. Du ski en Nouvelle-Zélande. Au moins 2 anciens racontent aussi que les enquêteurs leur ont mis sous les yeux des vidéos d’Étienne Binant dévalant des pistes de ski. Et les factures qui vont avec.
La pression monte aussi sur Binant lui-même. L’histoire avait d’ailleurs été partiellement racontée dans le premier épisode. Mais pas trop, pour ne pas divulgâcher la suite. Parce que 13 jours après la perquisition, le 9 avril 2019, il écrit en urgence à Darren Indyke, l’avocat de Jeffrey Epstein. Epstein est en copie. Il fait l’objet d’un contrôle fiscal, explique-t-il, et doit prouver qu’il n’est pas le vrai propriétaire de Prytanee. Il veut éviter que le fisc le croie en train d’utiliser des sommes « non déclarées » qui seraient en fait les siennes. 4 minutes plus tard, Epstein le recadre : c’est à l’avocat de Binant de contacter Darren, pas à Binant lui-même. En réalité, Epstein est déjà au courant, par Caroline Lang, et lui a déjà donné ses consignes. Cette affaire scellera la fin de la relation entre Binant et Epstein.
D’ailleurs, ces quelques lignes semblent gêner Binant. Parce que le 23 septembre 2026 ses avocats ont demandé à ceux de Zero Bullshit, dans la langue de Victoria Beckham, de supprimer les passages indiquant « qu’une procédure fiscale visant la relation entre Monsieur Binant […] et Prytanée a existé ou existe actuellement »91.
L’enquête, elle, est toujours en cours. Interrogé92, puis relancé93, Étienne Binant s’en tient à une phrase :
« Une procédure […] reste en cours et doit se poursuivre sereinement. »
1 mois plus tard, Binant n’est plus là. Son départ a été négocié en urgence par des avocats, raconte un ancien cadre dirigeant. Le 30 mai 2019, il signe un accord de séparation et quitte sur-le-champ la direction générale et le conseil. En fin d’après-midi, dans un hôtel de l’aéroport de Roissy, le conseil en prend acte. Caroline Lang suit la séance en visio. Jan Øhrstrøm, le président du conseil, prend les commandes, et remercie Binant « pour son action au sein de [Biom’up] ». Même la version publique est écrite d’avance, jointe à l’accord : il part « pour se consacrer à de nouveaux projets »94. D’autres participants décrivent un conseil lunaire, où personne ne sait ce que va devenir la société. Et elle va très mal, de l’aveu de tous ceux qu’a interrogés Zero Bullshit.
Binant, lui, assure avoir laissé une entreprise en bonne santé :
« Fin 2018, avant mon départ, elle disposait de plus de 60 M€ d’actifs et de 30 M€ de trésorerie. »
À son départ, Biom’up avait encore, selon lui, « une trésorerie importante », des fonds propres positifs et des lignes de crédit « encore intactes ». Certes, les chiffres de fin 2018 sont exacts. Mais ils cachent l’essentiel. Cette année-là, Biom’up a fait entrer 51M€, en levant des fonds et en empruntant, pour finir l’année avec moins d’argent qu’au début. Fin mars 2019, il ne lui reste que 17,9M€. Et fin mai, quand Binant s’en va, 7,7M€, selon un audit commandé dans la foulée par la nouvelle direction. C’est déjà moins que les 8M€ qu’Athyrium exige de garder en caisse. S’y ajoutent, selon une estimation interne, 4,5M€ de factures de fournisseurs en retard de paiement. Sans argent frais, et vite, la cessation des paiements est certaine.
Les auditeurs découvrent aussi une société qui ne clôture pas ses comptes chaque mois. Certaines factures ne sont même pas enregistrées. Et pour une partie des dépenses exceptionnelles héritées de l’ancienne direction, personne n’a d’explication. Pour tenir jusqu’à fin 2020, préviennent-ils, il faudrait trouver environ 40M€. La nouvelle direction décide de quitter les bureaux de Paris et de New York, pour moins cher.
Reste Caroline Lang. En juin, les actionnaires réunis en assemblée refusent de confirmer son entrée au conseil, par 6,4M de voix contre 4,3M. Une « humiliation » selon un ex-membre du board. Cela dit, c’est la seule résolution qui tombe. La paie 2018 de Binant, elle, passe de justesse, à 270K voix près sur 10,8M. La preuve, selon Binant, de « la satisfaction » des actionnaires, « y compris après mon départ ».
Fin juin, Biom’up demande au tribunal de commerce de Lyon de l’aider à trouver un investisseur ou un repreneur. Tout l’été, rien ne vient. Plus personne ne veut acheter d’actions. Seul Athyrium, le prêteur, remet 5M€ en août, ce qui porte ses prêts à 33M€95. Il reste environ 4,5M€ en caisse, et l’action ne vaut plus 0,73€. Sans surprise ni capacité à payer ses dettes, Biom’up finit en redressement judiciaire le 30 octobre.

💲 Pour une poignée de dollars
Pendant toute la chute, un homme assiste aux conseils sans jamais voter. Laurent Hermouet est l’associé d’Athyrium, le fonds new-yorkais qui a prêté 25M€ à Biom’up en 2018, contre un gage sur tout, brevets d’Hemoblast compris. En janvier 2019, il salue publiquement le travail mené depuis un an aux côtés de Binant96. Alors que l’année qui s’achève vient de coûter 40,6M€ à la medtech.
Prêter à une société fragile en prenant tout en gage, la finance appelle ça du loan to own : si la société tombe, le prêteur garde l’actif. C’est légal, et courant. Ici, le prêteur regarde la chute depuis la table du conseil, et il gagne à tous les coups :
Soit Biom’up rembourse le pognon, à 10% par an ;
Soit Biom’up se plante, et il récupère l’actif, Hemoblast compris.
Fin juin 2019, Biom’up demande au tribunal de commerce de Lyon de l’aider à trouver un investisseur ou un repreneur. Tout l’été, rien ne vient. Plus personne ne veut acheter d’actions.
Seul Athyrium remet de l’argent : 5M€, en août. Normalement, Biom’up n’y a plus droit : le contrat fixe des conditions pour emprunter, et la société ne les remplit plus. Le prêteur accepte quand même. En échange, il obtient 865’000 bons qui lui permettront d’acheter des actions à 1,70€, soit près de 6% du capital97. Ses prêts montent à 33M€⁵. Fin septembre, il reste environ 4,5M€ en caisse⁵, et l’action ne vaut plus que 0,73€⁶.
Le 23 octobre, Athyrium crée aux États-Unis, dans le Delaware, la société qui va racheter Biom’up : Bison98. Le lendemain, Biom’up ne peut plus payer ses dettes. Le 30 octobre, le tribunal la place en redressement judiciaire. Le nouveau DG, Patrice Ferrand, arrivé en septembre, y assure que l’entreprise a de vraies perspectives³.
Les salariés, eux, n’y croient plus. Le 19 novembre, une quarantaine d’entre eux, réunis en collectif, déposent plainte contre X. « Biom’up est une pépite en termes de technologie médicale », dit au Progrès leur avocat, Philippe Pradal. Ses clients « s’interrogent : comment l’entreprise a pu en arriver là ». Patrice Ferrand, lui, n’a « pas de jugement à apporter ». Le même jour, à Paris, Athyrium crée la société française qui reprendra l’usine, au capital de 100€. Elle prendra un nom qui prête à confusion : Biom’up France. Même nom, mais ce n’est plus la même société.
Le 4 décembre, le tribunal examine les offres de reprise. Il n’en reste qu’une : celle d’Athyrium99. Pour 3M€, le prêteur repart avec l’usine, les brevets, Hemoblast et 68 salariés sur 93. La filiale américaine, celle qui vend aux hôpitaux, devait 28M$ à Biom’up. Le repreneur rachète cette dette pour 25K€100. En contrepartie de tout cela, Athyrium renonce à près de 32M€ que Biom’up lui devait. Le même jour, le tribunal liquide ce qui reste de Biom’up. Le 17 décembre, la société annonce que son action vaut zéro. Quelques mois plus tard, Hermouet, le censeur, prend la présidence du repreneur.
En 14 ans, Biom’up a fait entrer près de 160M€. Près de 127M€ en actions, qui ne valent plus rien : 61M€ avant l’IPO, puis 66,2M€ entre l’IPO d’octobre 2017 et la levée de décembre 2018. Et 33M€ prêtés par Athyrium. Sans compter les 9M€ de Kreos, remboursés avec l’argent d’Athyrium.
Financement dans le temps de Biom’up, reconstitué par Zero Bullshit
Pour faire tourner Saint-Priest, Athyrium ne met pas d’argent au capital. Il prête : 4,55M€ dès le premier mois. Si la société coule, il ne perd pas une mise d’actionnaire, il garde une créance.
Sous Ferrand, Hemoblast continue sa route. L’Australie l’autorise en mai 2020, et il y est lancé en juillet101. En septembre, Biom’up France recrute une directrice financière et un directeur scientifique102.
Biom’up France, la société d’Athyrium, coule pourtant début 2022. Le 1er février, elle ne peut plus payer ses dettes. Le 22, le tribunal la place à nouveau en redressement judiciaire103. 3 candidats se présentent. Le mieux-disant, Innocoll, offre 100K€ et garde 25 salariés sur 62. Le 28 avril, le tribunal refuse les 3 offres et liquide la société104. Cette fois, personne n’est repris.
Le 15 septembre 2022, place Jules-Ferry, à Lyon, les machines, la thrombine, les brevets et la marque Hemoblast passent aux enchères, vendus d’un bloc. Mise à prix : 3M€, presque ce qu’Athyrium a payé en 2019. Pour enchérir, il faut avoir déposé 1M€ avant la vente105. 5 mois plus tôt, personne n’offrait plus de 100K€ pour toute la société, salariés compris. Le prix final n’a pas été publié, ni le nom de l’acheteur.
2 semaines plus tard, Dilon, une petite société de Virginie qui grandit en rachetant des produits médicaux à d’autres106, lève 4,6M$, et George Makhoul entre à sa direction107. Makhoul, c’est l’homme que Binant avait recruté début 2019 pour vendre Hemoblast aux États-Unis108, et qu’Athyrium avait gardé à la tête de la filiale américaine109. « Nous avons fait l’acquisition d’Hemoblast en septembre 2022 », racontera-t-il110.
💡 Qui a possédé Hemoblast
De 2005 à 2019 : Biom’up, la société cotée que dirige Binant jusqu’en mai 2019. Liquidée en décembre 2019.
De 2019 à 2022 : Biom’up France, une nouvelle société créée par Athyrium, le prêteur, pour reprendre l’usine et le produit. Liquidée à son tour en avril 2022.
Depuis septembre 2022 : Dilon, une société américaine, qui dit avoir acquis Hemoblast le mois de la vente aux enchères.
Au total, Athyrium a prêté 33M€ à Biom’up, mis 5M€ à son capital, payé 3M€ pour la reprendre, puis prêté au moins 4,55M€ à la nouvelle société. En face, il y a les intérêts encaissés tant que Biom’up payait, et le produit de la vente aux enchères de 2022, dont le prix n’a pas été publié. Sur ce qui est connu, le prêteur n’a pas fait une bonne affaire. Il a surtout gardé la main sur Hemoblast jusqu’au bout.
En 3 ans, Hemoblast a eu 3 propriétaires. Les créanciers de la première Biom’up, eux, attendent toujours.
💶L’Addition
Fin 2019, les créanciers déclarent plus de 11,5M€ de créances. Le liquidateur en retient 9,6M€, dont 700K€ de salaires et 7,5M€ de fournisseurs, de prêts et d’autres impayés. Soit plus que tout ce que Biom’up a vendu en 3 ans, de 2015 à 2017.
Les élus du personnel avaient alerté, des administrateurs aussi. Après la faillite, ce sont 2 professionnels nommés par le tribunal qui prennent le relais. Ils ne sont ni actionnaires, ni salariés, ni créanciers de Biom’up.
Le premier, l’administrateur judiciaire, gère la société pendant le redressement et dresse le bilan de ses difficultés111. Lancer Hemoblast coûtait cher, et les ventes ont tardé, écrit-il. Mais il pointe surtout un « cash burn », une consommation de trésorerie, qu’il qualifie de « non contrôlé » et qu’il attribue à l’ancien dirigeant. Rien qu’en 2018, 4M€ de déplacements sont rattachés à l’ancien DG, les siens et ceux de salariés, 3M€ de frais d’avocats et 1,8M€ de promotion et de publicité112. La même année, la direction générale et le comité de direction coûtent 3,2M€ en rémunérations, contre 1,5M€ en 2016.
Le second, le liquidateur, défend les créanciers. Face aux 9,6M€ de dettes, il ne récupère que 3,4M€. En 2022, il attaque Binant et Jan Øhrstrøm, le président du conseil devenu son successeur, en responsabilité. Autrement dit, il demande au tribunal de les condamner à combler de leur poche le trou de la société : 6,24M€. Pour cela, il faut prouver des fautes de gestion. Il en avance 4 :
Des « dépenses somptuaires » ;
Des dépenses et des rémunérations sans rapport avec la situation financière de la société ;
Des « investissements inadaptés » ;
Et la « poursuite abusive d’une exploitation déficitaire »¹.
Binant conteste tout, en bloc. Biom’up, plaide-t-il, vivait comme toutes les biotechs, de levée en levée, pour des produits qui mettent parfois plus de 10 ans à aboutir. Perdre de l’argent fait partie du modèle, et « n’est pas synonyme d’échec ». Et à partir de 2018, c’est tout le secteur qui a souffert, selon lui.
Il conteste même le trou. Le liquidateur n’a produit, dit-il, « aucun document comptable ni aucune expertise » pour le chiffrer. Et la dette d’Athyrium, 28M€ selon lui, ne devrait pas compter : le prêteur devenu repreneur a renoncé à la réclamer, à part 1,1M€113. Les dépenses, selon lui, des « organes de contrôle » les passaient en revue, et les investisseurs connaissaient la structure de coûts. Le rapport des experts des élus, lui, n’avait « vocation qu’à éclairer le CSE ». Ces experts avaient pourtant fait état dès mars 2019 d’« interrogations quant aux procédures de documentation et de contrôle en place ».
La première audience, prévue en mars 2023, est renvoyée encore et encore. L’affaire traîne plus de 3 ans.
Début 2026, Binant et le liquidateur signent un accord secret (alors le répétez pas, sinon on va encore avoir des emmerdes) : 600K€ et le liquidateur renonce à toute demande. C’est moins d’un dixième des sommes réclamées initialerment. Les 600K€ valent moins de 7 mois de ce que Biom’up lui versait, à lui et aux sociétés de son compagnon. Le liquidateur y trouve son compte, parce que même en gagnant, rien ne lui garantit d’encaisser. Binant, lui, évite un procès et « l’éventuel préjudice d’image » qui va avec¹. Le 15 juillet 2026, le tribunal des activités économiques de Lyon homologue l’accord. Pour Jan Øhrstrøm, il ne règle rien¹.
L’accord secret
Binant s’en tient au secret. À Zero Bullshit, il écrit que c’est « sans doute à la lumière d’une expertise plus approfondie, et non d’une lecture trop rapide », que « le liquidateur a finalement éteint toute réclamation ». Des 600K€, pas un mot. Sébastien Grandin, lui, n’a « jamais été mis en cause » par le liquidateur de Biom’up, précise-t-il. Le fisc, en revanche, réclame à sa société, SG Conseils, des rappels d’impôt et de TVA sur 2016 à 2018, les années Biom’up. Elle les conteste devant la justice administrative114. Cette procédure n’a « jamais remis en cause la matérialité des travaux » faits pour Biom’up, écrit Grandin.
Reste l’enquête de la brigade financière. Elle ne vise que Biom’up, écrit l’avocat de Binant et de Grandin, et dure depuis « environ 9 ans », avec « une activité judiciaire limitée ». Binant en « conteste vigoureusement les accusations », ajoute son cabinet. Ouverte à Lyon, elle relève désormais de la compétence du parquet de Paris, indique le parquet de Lyon à Zero Bullshit. Une autre source judiciaire confirme ce transfert, récent, sans vouloir dire si le PNF115 a récupéré le dossier pour le joindre à celui qu’il gère déjà.
Parce qu’en avril 2019, Binant voulait prouver au fisc que Prytanee n’était pas à lui. Mais le 6 février 2026, dans les jours qui ont suivi la publication des Epstein Files, le PNF a ouvert une enquête préliminaire pour blanchiment de fraude fiscale aggravée, visant Jack Lang et Caroline Lang. 10 jours plus tard, il a annoncé des perquisitions dans plusieurs lieux, dont l’Institut du monde arabe116. Son communiqué ne nomme pas Étienne Binant, et, interrogé par Zero Bullshit, le parquet n’a pas souhaité en dire davantage. Mais selon 2 sources concordantes, Binant est directement visé par cette enquête, depuis que la justice a découvert que son compte personnel était destinataire de la quasi-totalité des virements de Prytanee. Rien n’indique que Binant en ait été informé. Une enquête préliminaire n’est pas une mise en examen : comme Jack et Caroline Lang, Binant est présumé innocent dans l’affaire Prytanee comme dans celle de Biom’up.
Extrait d’un audit interne daté de l’été 2019
💰L’Argent des autres
« Ce serait bien que l’État s’assure que ce savoir-faire reste en France », plaidait en novembre 2019 Philippe Pradal, l’avocat des salariés qui ont porté plainte contre X. Ils sollicitaient un rendez-vous auprès du délégué interministériel aux restructurations d’entreprises, en rappelant que Bpifrance était le premier actionnaire de Biom’up. 7 ans plus tard, Zero Bullshit a posé la question à Bpifrance : combien d’argent public est entré dans Biom’up, et qu’en reste-t-il ?
En octobre 2024, Zero Bullshit a été le premier média à chiffrer l’argent public injecté dans Ynsect. À l’époque, beaucoup de commentaires reprochaient à la rédaction de ne rien comprendre, parce qu’une deeptech ne se financerait pas comme un SaaS. Évidemment que c’est vrai. Que l’État et l’Europe aient été massivement sollicités n’est pas forcément un problème : c’est leur rôle de parier là où le privé hésite, là où les résultats tardent. Le problème, c’est que cet argent a été mal suivi, et qu’aux premières difficultés, personne n’a osé dire stop, comme piégé par le biais des coûts irrécupérables. Pire, les investisseurs ont préféré financer des tours réduits, qui ne permettaient à aucun moment de mener le projet à bien, mais qui servaient de bridge, plutôt que de prendre le risque de tout arrêter.
Chez Biom’up, ce sont les montants dépensés par Étienne Binant qui posent problème. Parce que oui, ils sont débilement élevés. L’argent a été mal dépensé par Binant, qui a fait prévaloir son confort avant celui de la société : rien ne justifier des jets Paris-Lyon ni des nuits d’hôtels dans des palaces à plusieurs milliers d‘euros.
Si Biom’up avait été sa boîte, financée par son argent ou celui d’investisseurs privés, alors pourquoi pas. Au pire, le fisc fera son travail. Mais Biom’up a été largement financée par de l’argent public. Et forcément au premier plan : el famoso Bpifrance.
La banque publique a siégé au conseil de Biom’up de 2012 à l’été 2018, et en était le premier actionnaire. Les experts des élus du personnel le rappelaient dès mars 2019 : dans Biom’up, « la collectivité nationale a investi ».
Bpifrance n’a pas donné de chiffre. Zero Bullshit a donc fait le calcul à partir des dizaines de milliers de pages des milliers de documents Biom’up.
La banque publique a d’abord mis 15,9M€ au capital, par Bpifrance Participations :
8M€ en 2015 ;
4,4M€ d’obligations converties en actions ;
Puis 3,5M€ lors de l’entrée en Bourse, sur 5M€ promis.
Son fonds InnoBio a ajouté au moins 8,1M€, de 2012 à l’IPO :
Mais InnoBio n’est public qu’en partie : Bpifrance le finance à 49%, 9 laboratoires pharmaceutiques à 51% ;
Sur ces 8,1M€, environ 4M€ viennent donc de la banque publique.
Enfin, Bpifrance a prêté :
2,1M€ d’avances remboursables pour la recherche ;
Et 1M€ de prêts à l’innovation en 2015.
Fin 2018, Biom’up lui devait encore 1,9M€.
Soit au moins 24M€ mis en capital par Bpifrance et par le fonds qu’elle gère, dont environ 19,9M€ d’argent public, et 3,1M€ prêtés.
Que reste-t-il de cette mise ? Fin 2018, alors que la société commençait à s’effondrer, Bpifrance détenait encore 21,83% du capital, soit 3,1M d’actions. Elle en a ensuite revendu 439K, dont au moins 178K à partir du 4 octobre 2019, 3 semaines avant la cessation des paiements117. Biom’up avait pourtant prévenu, en juillet, que sa trésorerie ne tiendrait pas au-delà de septembre118. Combien ces ventes ont rapporté ? Bpifrance ne l’a pas dit. Selon le prix de vente, de l’ordre de 0,3M€ à 1,4M€. Les 2,68M d’actions restantes ne valent plus rien depuis décembre 2019.
S’y ajoute l’argent de l’État et de l’Europe : 2M€ de subventions de 2005 à 2018, et 4,35M€ de crédit d’impôt recherche versés fin 2018.
Pour connaître le chiffre exact, Zero Bullshit a tenté depuis la mi-août de faire réagir Bpifrance : une institution publique, qui investit l’argent public et qui en est financée.
Pendant 6 semaines, malgré près d’une dizaine de relances, Bpifrance n’a servi qu’un giga bullshit. Le service de presse s’en est tenu à des accusés de réception. Et à la direction juridique, Zero Bullshit a demandé des documents, comme la loi le permet.
La loi permet à n’importe qui de demander à une administration, ou à une société privée chargée d’une mission de service public, les documents liés à cette mission, sans avoir à se justifier. C’est le Livre III du CRPA119. En cas de refus, la Commission d’accès aux documents administratifs, la CADA, peut être saisie. Mais son avis n’oblige personne.
Bpifrance y est soumise pour tout ce qui touche à ses missions. En 2021, la CADA l’a rappelé : la société anonyme est « une personne privée chargée de missions de service public »120. Le 19 août 2026, Zero Bullshit a donc demandé à sa direction juridique les contrats signés avec Biom’up, les décisions d’aide à l’innovation, l’état des sommes versées et jamais recouvrées, les notes de frais de l’ancien DG, et le répertoire des informations publiques que la loi impose de publier et de mettre à jour chaque année.
Le 4 septembre, la direction juridique du groupe oppose un refus sur toute la ligne, dans une lettre estampillée « C2 CONFIDENTIEL ». Et franchement, parce qu’on est sur un bullshit super-sayan et qu’on en a un peu marre, bah on vous me donne en exclu et intégralité.
Attention, ne reproduisez pas ce bullshit chez vous, celui-là a été produit par des professionnels.
Voilà. Sauf que la loi a justement été écrite pour que chacun puisse constater ce qui est fait de l’argent public. Et Bpifrance, comme plusieurs ministères l’ont déjà fait avec Zero Bullshit ou d’autres, invoque un intérêt supérieur pour taire des informations qui ne menacent pas l’État, seulement ceux qui ont géré cet argent.
Le secret des affaires, d’abord, pour une société liquidée depuis décembre 2019, dont l’action vaut 0, dont les actifs ont été cédés, et qui n’a plus ni produit ni salarié. Les affaires de qui, au juste ? La vie privée d’Étienne Binant, ensuite, et ce « comportement » dont la divulgation « pourrait lui porter préjudice ». Le comportement en question, ce sont des frais réglés par une société dont Bpifrance était le premier actionnaire, et que le liquidateur a qualifiés de « dépenses somptuaires ». Binant a accepté de verser 600K€ pour mettre fin à l’action du liquidateur. Quant à noircir les passages sensibles, inutile : les informations protégées seraient « étroitement imbriquées » au reste. Tout est secret, donc rien ne sort.
Le jour même du refus, le directeur juridique du groupe promet de se rapprocher « des équipes qui suivaient cette participation », pour répondre à une seule question de Zero Bullshit sur le rôle de Bpifrance au conseil. Relancé 2 fois, il finit par écrire, le 29 septembre, n’avoir rien d’autre à partager « que les réponses qui vous ont déjà été apportées ». Le lendemain, Zero Bullshit saisit la CADA, qui ne s’est pas encore prononcée. Le service de presse, lui, envoie 3 lignes le 1er octobre, 6 semaines après la première demande : il n’a « pas de commentaires supplémentaires à apporter ». Le même jour, Zero Bullshit dénonce sur LinkedIn le refus de Bpifrance.
Et là, magie. Le dimanche 4 octobre, à 14h12, Bpifrance a soudain beaucoup à dire, dans une longue chronologie de l’action de ses représentants au conseil, racontée tout au long de cet épisode. Ils auraient été « parmi les premiers et les plus actifs à les identifier, les documenter, les contester ». Elle assure en détenir « l’ensemble des preuves écrites ». Certes. Mais Bpifrance ne les a pas jointes.
🔮Les Vestiges du jour
Dans des blocs américains, des chirurgiens pressent toujours le soufflet au-dessus de plaies qui saignent de partout à la fois. Hemoblast n’est pas mort avec Biom’up.
Il appartient aujourd’hui à Dilon Technologies. Depuis, la FDA a autorisé le soufflet en neurochirurgie, puis en urologie121. En avril 2026, Dilon a confié sa distribution américaine à Xtant Medical, contre 5M$ d’exclusivité. Le produit est toujours fabriqué en France122. Sur un salon à Los Angeles, un ancien de Saint-Priest est retombé sur Hemoblast, et sur l’équipe qui le vend aujourd’hui. « Ils étaient pas mal », résume-t-il, amer.
Une ancienne salariée de Saint-Priest, elle, raconte la même amertume, et surtout le gâchis :
« C’est là où c’est dégueulasse. Ça sort d’ingénieurs de l’Insa qui ont développé ce super produit, et au final ça part chez les Américains. »
Parce que oui, le produit, lui, marchait. Et il marche toujours. Hemoblast aurait pu rester français. Premier actionnaire, Bpifrance détenait encore 21,83% du capital fin 2018.
Bpifrance avait les moyens de changer la gouvernance.
Bpifrance avait le moyen de contrôler les dépenses.
Bpifrance avait les moyens de reprendre la main.
Bpifrance avait les moyens de changer de DG.
Bpifrance avait même les moyens de trouver des solutions à la reprise.
Mais Bpifrance a préféré vendre une partie de ses actions à partir du 4 octobre 2019, 3 semaines avant la cessation des paiements⁷, et ne s’est pas portée candidate à la reprise.
Le 29 octobre prochain, l’examen de la clôture de la liquidation de Biom’up. Hemoblast n’y figurera pas. Mais il reste un dernier souvenir, gravé sur les brevets. Les nom de Christian Gagnieu, Sylvain Picot et Patricia Forest.
Patricia Forest et Sylvain Picot ont rebondi à Nantes, chez i-SEP, une medtech qui récupère au bloc le sang perdu par les patients pour le leur réinjecter. Picot l’a cofondée en 2015 et l’a quittée en 2025. Forest y est directrice scientifique. Guillaume Laurent, CMO de Biom’up pendant 11 ans, a rejoint i-SEP en 2019. Il la dirige depuis 2025.
Jan Øhrstrøm a succédé à Étienne Binant à la tête de Biom’up en mai 2019, puis en a démissionné en décembre. Président depuis 2018 de VarmX, une biotech néerlandaise qui développe un antidote aux anticoagulants, il l’a aussi dirigée de 2021 à 2023. Le liquidateur de Biom’up le poursuit toujours.
Caroline Lang a démissionné de la totalité de ses mandats suite à la publication des fichiers Epstein.
Dustin Sobie vivrait aujourd’hui au Royaume-Uni où il serait toujours associé à Étienne Binant.
Sébastien Grandin n’a pas d’activité connue mais est toujours associé dans plusieurs entreprises avec son companon.
Étienne Binant est aujourd’hui directeur général de Centenara Labs, une medtech basée en Suisse.
Il est présumé innocent dans les procédures où son nom est cité.
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« Summary of Safety and Effectiveness Data », Hemoblast Bellows, FDA, dossier P170012
« Understanding Costs of Care in the Operating Room », Christopher P. Childers et Melinda Maggard-Gibbons, JAMA Surgery, vol. 153, n° 4, 2018.
« Inpatient Prospective Payment System (IPPS) », Centers for Medicare & Medicaid Services
Notice d’autorité de Christian Gagnieu, IdRef.
« Success stories : l’agglomération lyonnaise s’enrichit de quatre nouvelles « Pépites » », Lyon Entreprises, 18 octobre 2013
Brevets américains « Hemostatic compositions » n° 9 283 187, 9 662 374, 10 046 034 et 10 342 856, Biom’up
« Le fonds INNOBIO investit 3 M€ dans BIOM’UP », Fusacq, 26 octobre 2012
Résumé 510(k) de Covamesh, FDA, dossier K130428, 2013
Bulletin de l’UG FERC-CGT des personnels des MJC, n° 124, septembre 2009
Procès-verbal de synthèse de la brigade financière de Paris, 16 octobre 2013
Arrêt sur le redressement fiscal de Globe, CAA Paris, 25 juin 2020, n° 19PA02490
Cour d’appel de Paris, 8e chambre B, 6 décembre 2007, n° 07/07025.
« Le directeur général de Conexant quitte ses fonctions », EE Times, 12 novembre 2004
Identifiant BBL 1-01171-1072
Cour d’appel de Paris, pôle 5, ch. 7, 5 avril 2011, n° 10/07460
Virgin Islands Official Gazette, vol. XLIV, n° 73, édition extraordinaire, 8 novembre 2010
« Outsider : the strategic value of imagination and freedom | Etienne BINANT | TEDxÉcoleCentraleLyon », vidéo, chaîne TEDx Talks, YouTube, 10 mai 2017
« Profiles in Innovation : Biom’up’s CEO on How the Right Funding Can Make or Break a Company », Orrick, 25 septembre 2018
Obligations remboursables en actions
« Biom’Up secures EUR 31,3 million in Series C financing from Bpifrance Large Venture, Gimv and Lundbeckfond Ventures », communiqué de Gimv, 9 septembre 2015
La liquid pref est une clause qui permet aux investisseurs de récupérer leur mise en priorité sur les fondateurs et les salariés lors de la vente ou de la liquidation d’une entreprise.
« Summary of Safety and Effectiveness Data », Hemoblast Bellows, FDA, dossier P170012
Base des autorisations de mise sur le marché (PMA) de la FDA, dossier P170012
Rapport financier annuel 2017 de Biom’up
Note d’opération de Biom’up, visa de l’AMF n° 17-508, 25 septembre 2017
Comptes sociaux 2016 de Biom’up
Note d’opération de Biom’up, visa de l’AMF n° 17-508, 25 septembre 2017
« MedTech : Biom’Up lance son produit phare avant son entrée en bourse en octobre », vidéo, chaîne TV Finance, YouTube, 28 septembre 2017
Question n°12 de l’email du 6 octobre 2026 à Étienne Binant :
« Avez-vous organisé chez vous et/ou à vos frais l'anniversaire d'un administrateur ou d'un représentant d'actionnaire de Biom'up ? »
Question n°5 de l’email du 12 octobre 2026 à Étienne Binant :
« Les frais et invitations, y compris à votre domicile, incluent-ils l'anniversaire de [l’homme] »
Les avocats d’Étienne Binant et Sébastien Grandin ont adressé un courrier le vendredi 9 octobre 2026 aux avocats de Zero Bullshit, sans membre la rédaction en copie, demandant (notamment) que les communications passent désormais par eux.
L’information n’a pu être transmise à Zero Bullshit que lundi matin, après qu’Étienne Binant et Sébastien Grandin aient adressés leurs réponses, et que la rédaction leur ait demandé des précisions.
Les avocats d’Étienne Binant et Sébastien Grandin ont adressé un courrier dans la foulée demandé à ce que toutes les communications passent exclusivement par leur cabinet.
Question à la société :
« Il apparaît que [Binant et l’homme] se sont vu à titre privé à de nombreuses reprises, et qu'à au moins une occasion M. Binant a financé la fête d'anniversaire de [l’homme] »
« Biom’Up réussit avec succès son introduction en bourse et lève près de 38,1 M€ sur Euronext Paris », communiqué de Biom’up, 11 octobre 2017
« IPO Biom’up », archives des cérémonies de cloche d’Euronext, 13 octobre 2017
Communiqué d’Euronext sur l’introduction en Bourse de Biom’up, 13 octobre 2017
« Introduction en bourse de Biom’Up », communiqué de stabilisation de Biom’up, Zonebourse, 26 octobre 2017
« Biom’up receives FDA marketing approval for Hemoblast Bellows, its flagship product », communiqué de Biom’up, BioSpace, 18 décembre 2017
« Biom’up entouré après un feu vert de la FDA », BFM Bourse, 18 décembre 2017
Document de base de Biom’up, enregistré par l’AMF sous le n° I.17-064, 11 septembre 2017
Document de référence 2017 de Biom’up
Courrier de Biom’up aux établissements de santé, « Demande de réalisation d’un inventaire », publié par l’ANSM, 24 octobre 2017
Courrier de Biom’up aux établissements de santé, « Extension du scope », publié par l’ANSM, 8 janvier 2018
« Une nouvelle usine Biom’up bientôt implantée près de Lyon, 150 emplois créés », Lyon Mag, 6 mars 2018
Jugement arrêtant le plan de cession de Biom’up et prononçant sa liquidation judiciaire, Trib. com. Lyon, 4 décembre 2019.
« Biom’up et Athyrium clôturent la première tranche d’un financement obligataire de 25 M€ », communiqué de Biom’up, Zonebourse, 3 avril 2018
« Biom’up Finalizes U.S. Commercial Organization to Support U.S. Launch of HEMOBLAST Bellows », communiqué de Biom’up, GlobeNewswire, 2 mai 2018
Acte n°P2015/000092
Acte n°P2015/033003
Document de base de Biom’up, enregistré par l’AMF sous le n° I.17-064, 11 septembre 2017
Décret n° 2013-414 du 21 mai 2013 relatif à la transparence des avantages accordés par les entreprises produisant ou commercialisant des produits à finalité sanitaire et cosmétique destinés à l’homme.
Code des relations entre le public et l’administration
Tribunal de commerce de Lyon, 5 octobre 2010, n° 2009J01776
Tribunal de commerce de Nanterre, 22 septembre 2011, n° 2010F04803
Tribunal de commerce de Lyon, 15 octobre 2013, n° 2013J01382
Tribunal de commerce de Paris, 1er août 2014, n° 2014036681
Cour administrative d'appel de Paris, 25 juin 2020, n° 19PA02490
Tribunal de commerce de Paris, 14 septembre 2017
Cour administrative d’appel de Paris, 25 juin 2020, n° 19PA02490
Cour administrative d’appel de Paris, 25 juin 2020, n° 19PA02490
Cour administrative d’appel de Paris, 6 juillet 2021, n° 19PA02380
Be Born est indiqué comme partie liée, mais aucune société de ce nom n’a été retrouvée, et n’est possiblement pas une partie liée à Étienne Binant. Les 230K€ ne sont pas ventilés entre Be Born et SG.
Rapport financier annuel 2018 de Biom’up
Articles L. 225-38 et L. 225-40 du code de commerce
Rapport financier annuel 2017 de Biom’up
Document de base de Biom’up, enregistré par l’AMF sous le n° I.17-064, 11 septembre 2017
SIREN 499 492 890
Rapport financier annuel 2018 de Biom’up
Tribunal des Activités Économiques Lyon, 15 juillet 2026, n° 2026F03729.
Programme du Soulier de satin, de Marc-André Dalbavie, Opéra national de Paris, Palais Garnier, mai 2021, remerciements de l’Opéra national de Paris et de l’AROP, p. 200 et 201
Del Gaizo D. J. et al., « SPOT GRADE II: Clinical Validation of a New Method for Reproducibly Quantifying Surgical Wound Bleeding », Clinical and Applied Thrombosis/Hemostasis, 2020, vol. 26, déclaration de conflits d’intérêts
« Biom’up réalise ses premières livraisons vers les États-Unis », communiqué de Biom’up, Zonebourse, 2 juillet 2018
Code de gouvernement d’entreprise Middlenext, septembre 2016
Rapport financier annuel 2018 de Biom’up
« Biom’Up, sur orbite américaine », Le Journal des Entreprises, 14 février 2018
Note d’opération de Biom’up, visa de l’AMF n° 17-508, 25 septembre 2017
Déclaration de franchissement de seuils de l’EPIC Bpifrance, avis de l’AMF n° 217C2444, octobre 2017
Email de 12 octobre 2026 pour lequel les avocats d’Étienne Binant ont demandé un délai de 7 jours supplémentaire
« Le conseil savait-il que vous étiez gérant du fonds Prytanee de Caroline Lang, et rémunéré pour ça ? »
Comptes sociaux 2016 de Biom’up
Document de base de Biom’up, enregistré par l’AMF sous le n° I.17-064, 11 septembre 2017
Ardehali A. et al., « Evaluation of the safety and efficacy of a new hemostatic powder using a quantitative surface bleeding severity scale », Journal of Cardiac Surgery, 2019, vol. 34, n° 1
Rapport financier annuel 2018 de Biom’up
« Biom’up completes its Board of Directors with the nomination of Dr. Peter Byloos to support its international growth », communiqué de Biom’up, BioSpace, 4 septembre 2018
Acte n°A2019/041404
« Marie-Claire Janailhac-Fritsch », portraits de philanthropes, Fondation de France
« Partenariat et mécénat », site de la Comédie-Française, page consultée le 3 septembre 2026
Rapport financier annuel 2018 de Biom’up
Rapport financier annuel 2018 de Biom’up
Acte n°A2018/002395
« Elliman Report: Manhattan, Brooklyn & Queens Rentals 1-2019 », Miller Samuel et Douglas Elliman, 14 février 2019
Tribunal des activités économiques de Lyon, 15 juillet 2026, n° 2026F0372
Il s’agit de la teneur des propos tels que racontés par les avocats de Zero Bullshit. Les avocats de Binant ayant contacté ceux de Zero Bullshit sans mettre la rédaction en copie, la déontologie interdisait de nous donner copie du courrier.
Questions de Zero Bullshit à Étienne Binant, du 7 octobre 2026 :
« Avez-vous été mis en cause par le liquidateur de Biom’up ? Sur quels griefs, quelles suites cette procédure a-t-elle eues ? »
« Biom’up a-t-elle fait l’objet d’une perquisition en 2019, pendant que vous la dirigiez ? Avez-vous personnellement été entendu ? Quel est votre statut actuel dans cette affaire ? »
Relance de Zero Bullshit à Étienne Binant, 12 octobre 2026 :
« Dans quelles conditions le liquidateur a éteint “toute réclamation” ? »
« Le Docteur Jan Ohrstrom, dirigeant expérimenté de l’industrie, prend la direction de Biom’up », communiqué de Biom’up, Zonebourse, 31 mai 2019
Tribunal de commerce de Lyon, 30 octobre 2019
« Biom’up raises EUR3 million from the EUR10 million credit line granted in March 2018 by Athyrium », communiqué de Biom’up, EQS, janvier 2019
« Biom’up tire une nouvelle tranche de 5 M€ sur la ligne de crédit consentie par Athyrium », communiqué de Biom’up, 7 août 2019
Tribunal de commerce de Lyon, 4 décembre 2019.
Comptes annuels 2019 de Biom’up France
« La croissance du marché de Biom’up en Australie s’accélère », communiqué de Biom’up France, PR Newswire, 8 octobre 2020
« Biom’up élargit son équipe de direction », communiqué de Biom’up France, Business Wire, 2 septembre 2020
« Santé. L’entreprise Biom’Up de nouveau en redressement judiciaire », David Gossart, Tribune de Lyon, 4 mars 2022
« Saint-Priest : l’ancienne start-up prometteuse Biom’Up en liquidation », David Gossart, Tribune de Lyon, 3 mai 2022
« LJ BIOM’UP FRANCE SAS le jeudi 15 septembre 2022 à 9 heures », annonce de vente aux enchères, 2C Partenaires
Site de Dilon Technologies, produits et historique de la société, consulté le 19 octobre 2026
Formulaire D de Dilon Technologies, déposé auprès de la SEC le 11 octobre 2022, n° 0001047810-22-000002, comparé à celui de février 2022
« Biom’up appoints George Makhoul as Chief Commercial Officer (USA) », communiqué de Biom’up, Accesswire, 31 janvier 2019
Fiche de Biom’up USA, Inc., Florida Division of Corporations, n° F19000005332
« George Makhoul, Dilon Technologies : assisting the fight against breast cancer », vidéo, LSI USA ’24, 23 avril 2024
Tribunal des activités économiques de Lyon, 15 juillet 2026, n° 2026F03729
« Santé : Biom’up liquidée et reprise par un partenaire américain », Tribune de Lyon, 6 décembre 2019
Tribunal de commerce de Lyon, 4 décembre 2019.
Tribunal administratif de Lyon, 15 janvier 2025, n° 2413175.
Parquet national financier
Communiqué de presse du procureur de la République financier, parquet national financier, 16 février 2026
« Biom’up fait le point sur ses activités au premier semestre 2019 et confirme son objectif annuel de chiffre d’affaires », communiqué de Biom’up, 10 juillet 2019
Code des relations entre le public et l’administration
Avis sur la communicabilité des documents de Bpifrance, CADA, 1er juillet 2021, n° 20204556
Base des autorisations de mise sur le marché (PMA) de la FDA, dossier P170012 et suppléments.
Formulaire 8-K de Xtant Medical déposé auprès de la SEC, 13 avril 2026









































