đ„Green-Got : 3e crowdequity en 3 ans. Et aprĂšs ?
Plus green que la plus green de tes copines, la startup fait repasser ses clients Ă la caisse.
Bonjour Ă tous,
Long time no see. Le dĂ©veloppement des newsletters et de tout ce qui va avec a Ă©tĂ© long, et mĂȘme si les dossiers ne manquent pas, Zero Bullshit a Ă©tĂ© mis au ralenti. Dâailleurs jâen profite pour faire la rĂ©clame et dire que tu peux acheter de la pub pour parler Ă nos 450K abonnĂ©s sur les divers newsletters, quâon cherche une rĂ©gie publicitaire pour notre dĂ©veloppement commercial, et quâon a dĂ©sormais une offre qui permet aux marques de lancer un mĂ©dia newsletter B2B pour devenir une rĂ©fĂ©rence pour leur secteur.
Mais quâon ne lĂšve pas de fonds (vu que la question a Ă©tĂ© posĂ©e plusieurs fois :) ) contrairement Ă Green-Got qui est le sujet du jour et qui permet une parfaite transition.
Green-Got, on en a dĂ©jĂ parlĂ© ici. Deux fois. Les frais de leur assurance-vie, qui nâĂ©taient pas tout Ă fait ceux quâon lisait sur la page. Des arguments verts qui frĂŽlaient le greenwashing. Une com sur les performances qui oubliait, systĂ©matiquement, quâon pouvait aussi perdre. Ă chaque fois, elle rĂ©pondait quâelle allait « ajuster ». Ce quâelle a fait, au moins en partie.
Seulement Ă la mi-juin la fintech a lancĂ© une 3e levĂ©e de fonds communautaire en moins de 3 ans, dont la cible est principalement⊠ses clients. Ceux qui payent dĂ©jĂ des comptes avec une carte en bois. Une assurance-vie. Des produits structurĂ©s. Et tout ça commence Ă ressemble Ă un gros essorage, alors que son principal concurrent est parti Ă la casse lâannĂ©e derniĂšre chez Younited, et quâil ne semble pas y avoir de pros Ă ce round.
Bonne lecture !
Note conflits dâintĂ©rĂȘts Ă titre personnel de lâauteur principal de cette Ă©dition :
Actionnaire de Younited via un SPV Tudigo, suite au rachat dâHelios, concurrent direct de Green-Got, par Younited ;
Actionnaire de Matera, dont lâexemple est citĂ© dans cette Ă©dition, et ex-actionnaire de Masteos, citĂ© dans cette Ă©dition, via la levĂ©e Crowdcube, ainsi que dans plusieurs autres levĂ©es communautaires, en crowdfunding et crowdequity ;
Client dâun ou plusieurs concurrents directs de Green-Got ;
A Ă©tĂ© par le passĂ© amenĂ© Ă travailler contre rĂ©munĂ©ration directement ou indirectement pour plusieurs plateformes de crowdfunding, de crowdequity, y compris certaines pouvant ĂȘtre citĂ©es dans cette Ă©dition.
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đ„Le verre Ă trois quart vide
Retourne le verre. Sous le fond, un chiffre en relief, que tu prenais pour ton Ăąge Ă 8 ans. CâĂ©tait le numĂ©ro du moule. Certains lâont appris que bien plus tard. Dâautres ont fini par oublier. Le verre, lui, nâa pas bougĂ©. Lourd, fait pour rebondir sur le carrelage dâune cantine sans se briser. Il sort dâune seule usine, Ă La Chapelle-Saint-Mesmin, en bord de Loire prĂšs dâOrlĂ©ans, oĂč un four trempe le verre depuis 1945. Câest un Duralex.
En 2024, lâusine manque de fermer. Encore une fois. Ses salariĂ©s font le geste que personne nâattendait, ils la rachĂštent. 148 dâentre eux sortent 500⏠de leur paie pour devenir associĂ©s de la coopĂ©rative. La presse adore, les ministres dĂ©filent, la reprise devient un symbole. Des ouvriers qui sauvent leur outil contre la dĂ©sindustrialisation. Certains pensent Ă Lip. Les autres y voient la dĂ©faite de la finance qui dĂ©jeune Ă Lipp. Lâennemi de François Hollande.
Un an plus tard, lâusine a besoin dâun coup de pouce plus large, et elle ne va pas le chercher dans une banque. Elle le cherche dans la foule, sur Lita, une plateforme qui propose de « donner du sens » Ă lâĂ©pargne. Investir « au sens propre », sans expliquer ce que pourrait ĂȘtre un investissement figurĂ©. Les mots et lâĂ©motion font leur travail, et il le fait vite. En 48 heures, 20â000 personnes promettent 20M⏠lĂ oĂč lâusine en demandait 5, plafond oĂč la collecte sâarrĂȘte1. Pour des verres.
Mais demande Ă lâun de ces 20â000 ce quâil vient dâacheter, il te rĂ©pondra Duralex. Alors que non. Ce quâil a signĂ© nâest ni un verre, ni une part de lâusine. Ni mĂȘme rĂ©ellement un prĂȘt. Câest un titre participatif2, un objet de financement coopĂ©ratif que presque personne ne connaĂźt avant de cliquer. Il ne lui donne aucun bout de la sociĂ©tĂ©, aucune voix dans les dĂ©cisions, et aucune promesse ferme de revoir son argent Ă une date donnĂ©e. Le jour oĂč la maison va mal, il passe tout au bout de la file, juste devant les actionnaires, câest-Ă -dire Ă peu prĂšs en dernier. Cette ligne existe, Ă©crite, dans les documentsÂł. Le soir de la levĂ©e, elle nâexiste dans lâesprit personne. Ce soir-lĂ , tout le monde sauve Duralex. La presse parle carrĂ©ment de don. InterrogĂ© Ă lâĂ©poque, Julien Benayoun, DG de Lita rĂ©pondait Ă Zero Bullshit :
« On a malheureusement pas la main sur le discours mĂ©diatique et on sâarrache les cheveux dĂšs que les mĂ©dias parlent de dons, puisque ce nâest pas ce quâon fait. Pourtant le CP est clair. [âŠ] Les disclaimers sont partout quand nous avons la main : la fiche projet Lita, le parcours dâinscription et les mails. »
Le discours commercial de Lita met en avant six sorties Ă 18% de rendement annualisĂ©. Son livre rĂ©el est moins reluisant, un taux de perte de 12,26%, des frais dâentrĂ©e de 1 Ă 3%, et tout en bas de son propre classement de rendement, du -63,21%3. Duralex nây sera pas un cas isolĂ©, la plateforme traĂźne dĂ©jĂ Innoya, Bioburger, Realites ou Vestia en dĂ©faut ou en restructuration.
DĂšs le mois de mai, les salariĂ©s nâavaient touchĂ© que la moitiĂ© de leur paie4. Le 1er juin 2026, Duralex tombe en redressement judiciaire, son cinquiĂšme en une vingtaine dâannĂ©es. Les caisses sont vides5. Et les 20â000 qui avaient sauvĂ© le verre se rangent Ă leur tour dans une file, celle des crĂ©anciers, leur argent gelĂ© le temps quâun tribunal dĂ©cide de leur sort. Le verre nâa pas cassĂ©. Il ne sait pas faire. Ce sont les gens autour qui ont trinquĂ©.
Ce ressort qui a fait signer 20â000 personnes pour des verres, il est vieux comme lâargent, et il se trompe souvent de geste. Quand Notre-Dame brĂ»le, 340â000 donateurs versent de quoi la relever, et mĂȘme 140M⏠de trop6. Le don va bien Ă une cathĂ©drale, qui ne se vend pas et ne se rachĂšte pas. Le mĂȘme mĂ©canisme se mĂȘme en place tous les ans avec le TĂ©lĂ©thon qui collecte chaque annĂ©e autour de 80M⏠(83,5M⏠en 2025) grĂące Ă une mĂ©diatisation qui file la larme Ă lâoeil, quand nombre dâautres moins mĂ©diatiques peine Ă exister.
Mais une marque, elle, ne tient pas par le don ni par les larmes. Elle tient par le caddie. La France vient de le rĂ©apprendre avec les cachous Lajaunie. La petite boĂźte jaune de Toulouse, 145 ans au compteur, a quittĂ© les rayons en 2025, et une pĂ©tition a aussitĂŽt rĂ©clamĂ© son sauvetage Ă plus de 14â000 voix7. Sauf quâaucun financier avec ton chapeau et son monocle ne sâest levĂ© un matin en se disant quâil allait tuer les cachous. Non. Câest plus simple que ça. La marque est morte parce quâil nây avait plus assez de gens pour lâacheter. Dâautres mourront. Dâautres arriveront. Mais la boĂźte Lajaunie suscitait suffisamment de souvenirs de lâĂ©poque oĂč chacun jugeait dĂ©jĂ que câĂ©tait mieux avant, pour que quelques personnes se disent quâil fallait la sauver. Et probablement plutĂŽt sauver le fantasme quâils ont de leur jeunesse, que cette marque quâils nâachetaient plus non plus. Comme Duralex, donc.
Une entreprise a besoin dâun produit Ă vendre, et nâexiste pas sans client. MĂȘme si le produit nâest jamais vraiment terminĂ©. Star Citizen, jeu vidĂ©o spatial en chantier depuis 2012, nâest toujours pas sorti, mais ses joueurs continuent de payer pour des vaisseaux quâils ne piloteront pas avant longtemps8. Ou en tout cas dans un univers pas complĂštement achevĂ©. Quâils voient parfois se construire devant eux. Mais ceux-lĂ nâachĂštent pas une part du studio. Ils achĂštent un vaisseau, ou lâidĂ©e du vaisseau. Ils investissent dans une expĂ©rience future quâils imaginent meilleure en se contentant de ce quâils ont dĂ©jĂ . Câest ça, le financement par la foule Ă lâorigine. PrĂ©commander et soutenir.
Green-Got vit un peu au milieu de tout ça. Une nĂ©obanque verte qui vend une carte en bois et une promesse : ton argent ne finance plus dans le pĂ©trole. Mais derriĂšre le discours, câest moins un produit quâun combat qui est vendu. Un camp. Toi dâun cĂŽtĂ©, le vieux monde qui finance les forages de lâautre. Au centre, un chiffre choc longtemps martelĂ© par la startup : les fonds sur les comptes courant peseraient plusieurs tonnes de CO2 par an. Alors que le bilan carbone dâun Français moyen serait autour de 10t. dâĂ©q. CO2 / an, avoir quelques milliers dâeuros Ă la BNP⊠émettrait autant. Le tout grĂące Ă un savant calcul, plusieurs fois dĂ©noncĂ© ici, mais qui a tenu jusquâau jour oĂč Bon Pote lâa regardĂ© de prĂšs. Et oĂč le cabinet qui fournissait la caution scientifique, el famoso Carbone 4 de Janco, a retirĂ© lâarticle qui serait dâaval9. Green-Got a baissĂ© dâun ton depuis. Mais le fond(s), lui, nâa pas bougĂ©. Rejoindre Green-Got, câest lutter contre le mĂ©chant capitalisme et sauver la planĂšte.
Greenwashing, rupture des codes, ou fin qui justifie les moyens. Peu importe. Le jugement est moins intĂ©ressant que la rhĂ©torique et le rĂ©sultat : câest grĂące à ça que le 17 juin dernier, 16 jours aprĂšs la chute de Duralex, Green-Got a ouvert son capital Ă sa propre communautĂ© pour la 3e fois en 2 ans et demi. Et a rĂ©ussi en 52 minutes Ă convaincre 5â286 personnes de poser 8MâŹ10.
đ©Vert dâaigri
Green-Got nâest pas une banque. La loi lui interdit de le dire. Une banque, au sens du rĂ©gulateur, est un Ă©tablissement de crĂ©dit, le seul Ă pouvoir collecter des dĂ©pĂŽts et prĂȘter Ă la fois. Green-Got ne prĂȘte pas. Câest pour ça quâil nây a pas de dĂ©couvert sur la plateforme. Green-Got aurait dâailleurs plusieurs fois Ă©tĂ© rappelĂ©e Ă lâordre par lâACPR sur ce point prĂ©cis.
Il a fallu attendre janvier 2026 pour quâelle dĂ©croche son propre agrĂ©ment dâĂ©tablissement de paiement, qui lui permet enfin dâopĂ©rer ses comptes elle-mĂȘmeÂč. Ătablissement de paiement, pas Ă©tablissement de crĂ©dit, toujours pas le droit de prĂȘter. Dans les faits, un compte courant et une carte, lâargent du client logĂ© chez un vrai banquier, CrĂ©dit Mutuel ArkĂ©a11. Le client dĂ©pose son salaire, et sa monnaie cesse de financer le pĂ©trole. Câest lâoffre de dĂ©part, et elle est lisible.
Cet agrĂ©ment nâest quâune Ă©tape. Green-Got vise plus haut, la licence bancaire complĂšte, celle qui ouvrirait le crĂ©dit et les dĂ©pĂŽts. Sauf quâelle exige un capital prudentiel lourd, et câest lâune des raisons de lever, encore et encore. En plus de combler les trous dans la caisse.
Par-dessus le compte, la plateforme a empilé du placement.
Dâabord une assurance-vie verte, portĂ©e par Generali et garnie dâune trentaine de fonds triĂ©s Ă la main12, dont les frais de gestion affichĂ©s, autour de 1,5% par an, montent en rĂ©alitĂ© Ă 2,4-2,6% une fois comptĂ©s ceux des fonds sous-jacents, et dĂ©passent 3,5% sur les profils les plus chargĂ©s13. LĂ oĂč Yomoni ou Nalo, en gestion pilotĂ©e 100% ETF, plafonnent Ă 1,6% tout compris, GG Planet revient Ă 2,4-2,6%, prĂšs dâun point de plus par an. MĂȘme Goodvest, verte et adossĂ©e au mĂȘme assureur Generali, revient autour de 1,8% tout comprisâ·. Son concurrent Helios Ă©tait dâailleurs passĂ© par Goodvest, quand Green-Got gĂšre en direct et facture plus.
Sur son site, Green-Got communique sur 1,4% de frais de gestion.
Pour voir les frais frais, il suffit aller tout en bas de la page ;
De déplier un volet ;
De cliquer sur la FAQ ;
Puis repasser sur les frais Ă 1,4% sur la page et de scroll pour arriver sur âFrais liĂ©s aux supports dâinvestissementâ ;
Puis cliquer sur âLe dĂ©tail des frais de support par fonds est disponible en toute transparenceâ ;
Puis arriver sur une page avec la liste des fonds ;
Puis cliquer sur un fonds pour voir effectivement apparaĂźtre âFrais de gestion : 0,9%â.En plus des 1,5%, donc.
Puis la plateforme sâest lancĂ© dans les produits structurĂ©s, parce que câest la mode. Comme par exemple Green-Got Horizon Mai 2025, un autocall indexĂ© sur le taux CMS 10 ans, dâune durĂ©e pouvant aller jusquâĂ 12 ans, qui ne verse son coupon trimestriel de 1,75% que si ce taux reste dans une fenĂȘtre prĂ©cise. Une phrase quâĂ peu prĂšs zĂ©ro particulier nâa pu comprendre, lĂ aussi parti en quelques minutes dans un FOMO14 organisĂ© par la marque. Le procĂ©dĂ© se rĂ©pĂšte Ă chaque lancement, 18M⏠de poches structurĂ©es complĂ©tĂ©es en moins de 6 heures, 500 PER Ă©coulĂ©s en 5 jours, la raretĂ© et le compte Ă rebours font le reste15. Depuis, lâAMF et lâACPR ont publiĂ© Ă plusieurs reprises des enquĂȘtes sur ces produits : frais empilĂ©s et peu lisibles, non-conformitĂ©s en nombre, et ce rappel, un particulier qui ne comprend pas le fonctionnement dâun structurĂ© ne devrait pas en acheterâŽ. ProblĂšme qui dĂ©passe largement Green-Got.
Exemple dâemail envoyĂ© par Green-Got, qui dĂ©nonce la finance traditionnelle, puis applique exactement ce quâelle dĂ©nonce : le capital est garanti Ă 100%⊠sauf des fois. La documentation ne fera 40 pages, mais 16.
Lâexemple est presque ironique. AprĂšs avoir expliquĂ© que la finance traditionnelle cache les conditions importantes dans des brochures illisibles, Green-Got met en avant une « protection intĂ©grale du capital ». Il faut pourtant ouvrir la documentation pour dĂ©couvrir que cette protection nâest pas inconditionnelle : elle ne joue que si, Ă lâĂ©chĂ©ance, lâindice ne clĂŽture pas sous 50% de son niveau initial. El famoso barriĂšre de protection quâon adore sortir aux Ă©pargnants, parce quâils entendent barriĂšre. Et protection. Sans comprendre ce que ça veut dire : en dessous de cette barriĂšre, lâinvestisseur supporte lâintĂ©gralitĂ© de la baisse de lâindice, jusquâĂ une perte totale du capital. On notera, cela dit, que pour une fois la barriĂšre ne fait pas tomber automatiquement lâinvestissement Ă -100%, comme câest souvent le cas.
Mais bon, voila pour lâidĂ©e gĂ©nĂ©rale : Green-Got vend des produits et en tire ses frais. Un mĂ©tier parfaitement classique.
Mais ce qui sâest vendu en 52 minutes dĂ©but juin lâest beaucoup moins : Green-Got a vendu des morceaux de son capital Ă ses propres clients. Pour la 3e fois depuis 2023, et chaque tour vendu comme un exploit, « record europĂ©en » en novembre 2024, re-record en juin 202616. En tout, Green-Got a levĂ© plus de 15M⏠auprĂšs de sa communautĂ©, pour 10â284 investissements cumulĂ©s17.
De quoi faire du guichet retail une vraie stratĂ©gie de financement, loin des opĂ©rations marketing revendiquĂ©es par dâautres startup passĂ©es par le crowdequity.
đâđ© Le citron vert pressĂ©
Mais lâhistoire dĂ©passe de loin Green-Got : le crowdequity est problĂ©matique par essence. Et la dĂ©monstration tient en un petit jeu drĂŽle. Disons que tâas la meilleure boĂźte du monde, et que tu veux lever. Tu demandes Ă Claude le meilleur pitch deck possible. Magie, tout le monde veut investir chez toi comme si tâavais une startup blockchain en 2022. Tu fais quoi ? Et pourquoi choisir le crowdfunding ?
La rĂ©ponse est la mĂȘme pour tout le monde. Dâabord tu prends les offres dâAndreessen Horowitz, Accel, Founders Fund, le top tier mondial. Ou Ă la rigueur la deuxiĂšme division, Tiger ou Menlo, et on est dĂ©jĂ sur une belle division. Si tâes en France, tu vas toquer comme tout le monde chez Tonton Xavier pour tes 100K⏠rĂ©glementaires, et tu seras tentĂ© de faire affaire avec Alven, Cathay ou un gros industriel qui passe par lĂ . Sinon tu descends en Ligue 2, chez XAnge, Breega ou Elaia, puis encore dâun cran, chez Serena, 360 ou Newfund.
Câest notre classement, il vaut ce quâil vaut (envoyez pas des e-mails de rĂ©clamations), câest-Ă -dire pas grand-chose, mais tâas pigĂ© lâidĂ©e. Mais alors, pourquoi irais-tu tâemmerder Ă lever auprĂšs du retail, Ă convaincre toi-mĂȘme une communautĂ©, sur une plateforme qui se gave en frais, avec des conditions limitĂ©es, auprĂšs de gens qui ne tâapportent rien dâautre que leur argent, quand les Ă©quipes de Partech ont dĂ©jĂ backĂ© Alan, ManoMano et Pennylane, et que celles dâAxeleo se sont certes plantĂ©es sur Prello et Bifrost mais connaissent ton secteur, ont dĂ©jĂ signĂ© de jolis exits ? Un mec qui tâouvres les portes dâun distributeur ou te maque avec une autre startup pour un deal, câest pas nĂ©gligeable. Crowdcube et Lita nâont pas cette capacitĂ©. Câest pas leur mĂ©tier.
Donc câĂ©tait long pour une rĂ©ponse courte, mais il fallait rĂ©pondre : rĂ©ponse D, parce que tâas pas le choix.
Câest probablement ce qui a poussĂ© Galeon, dont on a dĂ©jĂ parlĂ© ici, Ă relancer sa communautĂ© dans une levĂ©e en equity il y a quelques jours, aprĂšs nâavoir rĂ©uni quâĂ peine 1M⏠sur 8 lors de sa levĂ©e obligataire en janvier. Alors mĂȘme que son patron se dandinait en blouse blanche quelques mois plus tĂŽt en expliquant quâil ne voulait pas lever de fonds, et quâil avait refusĂ© des offres dâinstits. RĂ©alitĂ© : personne ne veut le financer. Comme la plupart des dossiers qui finissent sur le crowdfunding.
Dâautant que le retail a une vertu, pour qui lĂšve : il ne comprend pas grand-chose. Donc il nâest pas casse-couilles. Ne pose pas trop de question. Et ne sait pas non plus ce quâil est censĂ© savoir.
Revons en 2023. Le VC suĂ©dois Pale Blue Dot, conforme Ă sa thĂšse green, a menĂ© un tour pour Green-Got, autour de 25M⏠de valo18. Avant de signer, il a eu droit Ă une dataroom, comptes dĂ©taillĂ©s, contrats, indicateurs, projections. Bon, en vrai on en sait rien. Mais dans la plupart des cas, câest comme ça que ça marche. Un tas de documents illisibles pour le commun des mortels, mais qui donnent Ă qui sait les lire une vue prĂ©cise de la sociĂ©tĂ©. GrĂące Ă ces docs, il a discutĂ© le prix et posĂ© ses conditions.
Dans le mĂȘme tour, les particuliers entrĂ©s via Crowdcube nâont eu droit Ă rien de tout cela19. Et Green-Got, qui se rĂ©clame de la transparence, ne dĂ©pose pas ses comptes au greffe. Rien depuis 2021Âł. Le particulier a donc investi Ă lâaveugle dans une boĂźte dont il ne savait rien, sinon quelques courbes qui montent.
Certes les comptes existent, glissĂ©s en annexe du document Crowdcube. Mais ils ne sont pas certifiĂ©s. En bas de page, le cabinet qui les a Ă©tablis lâĂ©crit lui-mĂȘme, il a rĂ©alisĂ© « une mission de prĂ©sentation »20. Lâexpression rassure, elle Ă©voque des chiffres soigneusement rangĂ©s. Elle dit lâinverse, ni audit ni examen, personne dâindĂ©pendant nâa vĂ©rifiĂ© ces chiffres. Ils sont vraisemblables, pas garantis.
Le prix non plus nâest pas le mĂȘme selon qui achĂšte. Le fonds le nĂ©gocie, le particulier le prend. Sur Crowdcube, la valorisation ne se discute pas, câest le chiffre que le fondateur a posĂ©, et tu paies ce chiffre ou tu passes. Dâailleurs, un dirigeant dâune plateforme concurrente le dit sans dĂ©tour :
« Crowdcube ne négocie aucune valo »
Le fonds, lui, lâaurait nĂ©gociĂ© Ă la baisse. Le particulier signe Ă 26,21 ⏠lâaction parce quâil est Ă©crit 26,21.
La table de capitalisation montre le reste Ă lâĆil nu. Les premiers entrĂ©s, porteurs dâactions Seed, ont des bons appelĂ©s « BSA Rachet », un dispositif qui leur permet de racheter des actions Ă 9⏠si la boĂźte lĂšve plus bas21. Une assurance contre la dilution. Le particulier entrĂ© Ă 26,21 ⏠nâa rien de tel. Si le tour suivant se fait moins cher, le pro se recale, le particulier se dilue.
Surtout, les droits attachĂ©s au titre se dĂ©gradent dâun tour Ă lâautre. En novembre 2024, les actions vendues aux particuliers portaient encore une prĂ©fĂ©rence de liquidation : en cas de vente de la sociĂ©tĂ©, ils rĂ©cupĂ©raient leur mise avant les actionnaires ordinaires22. En juin 2026, au prix de 26,21 âŹ, cette prĂ©fĂ©rence a disparu, le document le dit en toutes lettres, les actions de ce tour « ne bĂ©nĂ©ficient dâaucune prĂ©fĂ©rence de liquidation »23. Le particulier paie plus cher pour moins de droits.
Matera, la proptech, a levĂ© sur ce mĂȘme Crowdcube en 2023, 2M⏠auprĂšs de 947 particuliers24. Ses souscripteurs ont reçu des actions de prĂ©fĂ©rence de catĂ©gorie B, payĂ©es en prioritĂ© en cas de cession, avant les fondateurs et les salariĂ©s, jusquâĂ recouvrer leur mise. Une levĂ©e communautaire peut donc protĂ©ger le particulier mieux que les fondateurs eux-mĂȘmes.
Le mĂȘme geste, selon la santĂ© de la boĂźte, change de nature. Marketing quand la marque nâa pas besoin de cash, comme Qonto, 5M⏠juste aprĂšs 486M⏠de SĂ©rie D25. Pont de survie quand elle est Ă bout de souffle, de Galeon Ă Daan Tech. Et sortie dĂ©jĂ ratĂ©e quand les pros sont partis et que la communautĂ© embarque la derniĂšre, comme Masteos, 1,5M⏠six mois aprĂšs 40M⏠de capital-risque, juste avant que lâimmobilier ne bascule.
Le film a dĂ©jĂ tournĂ©, sur la plateforme mĂȘme que Green-Got a choisie. En 2017, Sugru, une pĂąte Ă rĂ©parer britannique adorĂ©e de ses clients, ouvre son capital sur Crowdcube, 2â515 souscripteurs entrĂ©s en fans plus quâen investisseurs, sur une valo supĂ©rieure Ă 33MÂŁ. Un an plus tard, elle est revendue Ă lâallemand Tesa pour 7,6MÂŁ, moins 90%, la dĂ©cision prise entre gros actionnaires, seuls Ă dĂ©tenir la catĂ©gorie dâactions qui permettait de lâimposer aux autres26. Le fan venu sauver sa marque nâa eu ni rendement, ni voix.
Et câest lĂ le vrai trou. Aucune plateforme ne publie ce que deviennent les sociĂ©tĂ©s quâelle a fait financer, ni combien de souscripteurs ont revu leur argent. Toutes affichent le total levĂ© et le nombre dâinvestisseurs, jamais le taux de survie ni le rendement. Crowdcube avance que « seulement » 14% de ses sociĂ©tĂ©s financĂ©es ont Ă©chouĂ©, sans dire ce que sont devenues les autres27, ni le nombre qui sont en difficultĂ©s et le peu que la recherche a pu mesurer tenait Ă une poignĂ©e de pĂ©pites, Revolut surtout, sans qui la moyenne sâeffondre28. Le souscripteur signe donc sans le seul chiffre qui compte. Pas la valorisation, pas le pourcentage cĂ©dĂ©. Ses chances.
Rien lĂ -dedans nâest interdit. Mais la mĂ©thode et lâasymĂ©trie posent question quand le geste se rĂ©pĂšte, et quand lâinvestissement tient plus de la croyance que de la raison.
â
Pendant ce temps-lĂ , Ă Vert-Ă -Cruz
La ruĂ©e de 52 minutes sur Green-Got nâest pas un miracle. Câest mĂȘme carrĂ©ment un exploit. Parce quâavant de vendre des actions, Green-Got a passĂ© des annĂ©es Ă bĂątir une communautĂ©. Et cette communautĂ© ne sâest pas faite toute seule.
En rĂ©alitĂ©, le discours nâa jamais dit « gĂšre mieux ton argent ». Il dit que ton argent est une arme, et quâil dort en ce moment dans le pĂ©trole, du mauvais cĂŽtĂ© du monde. Dâun cĂŽtĂ© les vieilles banques qui financent les forages, de lâautre toi, et un mouvement. « 0 nouveau puits de pĂ©trole. » « The movement of a generation. »29 Le client nâouvre pas un compte, il rejoint une cause.
Tout, dans la marque, sert cette appartenance, du petit renard en emojiđŠ sur les rĂ©seaux sociaux, jusquâĂ la carte bancaire en bois. Le bois, câest naturel, et naturel veut dire bien. Or le plastique dâune CB nâa jamais Ă©tĂ© le sujet. La puce et lâantenne, elles, restent, et câest lĂ quâest lâessentiel de lâempreinte30. InterrogĂ©s Ă plusieurs reprises, les dirigeants de Green-Got nâont jamais Ă©tĂ© capables de chiffrer lâĂ©cart dâĂ©missions entre une carte en plastique et une carte en bois31. Un expert ayant participĂ© Ă plusieurs Ă©tudes sur lâimpact des cartes, interrogĂ© par Zero Bullshit, parle mĂȘme dâun non-sujet. Voire dâun contresens :
« Je pense que câest dâautant plus du greenwashing que, pour produire une carte en plastique, des machines tournent toute la journĂ©e. Alors que pour le bois, et encore faut-il que ce soit rĂ©ellement du bois et sans un plastique de protection par-dessus, ce sont forcĂ©ment des productions courtes, donc plus Ă©mettrices en CO2 et plus consommatrices dâĂ©nergie Ă lâunitĂ©. »
Mais le symbole nâa pas besoin de preuve. Et par dessus ce sĂ©same contre la finance mondiale, câest Mastercard qui pose le sien, de symbole, contre Ă peu prĂšs 100K⏠de subventions ces derniĂšres annĂ©es.
MĂȘme Ă©cart entre le discours et la mĂ©canique sur lâargent lui-mĂȘme. Green-Got jure que ton Ă©pargne finance la transition, ou le pĂ©trole. Pour le compte, câest en partie vrai : le flĂ©chage des dĂ©pĂŽts oriente lâargent, parce quâil permet le financement. MĂȘme si en rĂ©alitĂ©, on ne peut pas comparer le bilan carbone des dĂ©pĂŽts dâune Green-Got qui ne peut pas faire de crĂ©dit, et celui de la Banque Postale ou du CrĂ©dit Mutuel, qui sâen sert pour financer des taxis, des maçons ou des industries.
Reste que pour lâassurance-vie, le financement est moins Ă©vident. Sur la trentaine de supports de GG Planet, une partie sont des fonds dâactions cotĂ©es. Or acheter une action en Bourse, câest payer un vendeur, pas lâentreprise, qui ne touche pas un centime de la transaction. Le marchĂ© primaire finance, le secondaire ne fait que changer le titre de main. LâĂ©pargnant croit arroser la forĂȘt, il rachĂšte surtout des arbres dĂ©jĂ plantĂ©s Ă quelquâun qui sâen sĂ©pare. Ce nâest pas un mensonge, câest un raccourci.
Composition dâun des fonds de GG Planet, gĂ©rĂ© par Dorval pour Green-Got
On y retrouve AMD en premiĂšre position (3,4%), mais aussi Oracle, de Larry Ellison ainsi que nombres de trĂšs gros acteurs de la tech comme ASML (puce) ou Vertiv (data centers). Mais Ă©galement Legrand ou Schneider, exposĂ©s Ă la transition Ă©nergique, ou Vestas et Nextpower, qui produise ou installe de lâĂ©nergie verte.
Mais il sâagit dâun fonds actions en secondaire, donc pas un euro ne finance la transition.On retrouve le mĂȘme genre dâexposition dans un autre fonds actions chez Pictet : TSM, ASML, Schneider, Siemens, Hitachi etc.
Composition dâun fonds obligataire, gĂ©rĂ© par Mandarine Gestion, inclus dans GG Planet.
Cette fois il sâagit bien dâargent qui finance des entreprises.
Parmi le top exposition on retrouve⊠BNP, ainsi que 2 autres banques, mais Ă©galement le groupe le luxe Kering, ou Iberdrola, lâun des plus gros Ă©nergĂ©ticiens dĂ©carbonĂ©s dâEurope, tout comme EDF.
MĂȘme hypocrisie cĂŽtĂ© structurĂ©s. Leurs Ă©metteurs sont prĂ©cisĂ©ment les banques que Green-Got dĂ©signe comme lâennemi, CrĂ©dit Agricole CIB pour le premier produit, Citigroup pour un autre, lâun des plus gros financeurs mondiaux du fossile depuis lâAccord de Paris, 396G$ entre 2016 et 202332. Elles encaissent dĂšs que le produit est estampillĂ© durable. Et lâindice qui porte le tout contient Nvidia, ASML ou STMicroelectronics, tout sauf des modĂšles dâempreinte carbone, pour financer des actifs dont personne ne connaĂźt la teneur.
CrĂ©dit Agricole câest mal. Sauf des fois.
Le capital est garanti dans lâe-mail promotionnel. Sauf des fois, dans la documentation rĂ©glementaire que personne ne lira.
Est-ce que greenwashing ? Sur le fond(s) : non. Le but des fonds ISR et Article 9, câĂ©tait pas de financer des marchĂ©s en circuit court, ou des panneaux solaires sur des Ă©coles. CâĂ©tait avant tout dâĂ©viter dâĂȘtre exposĂ© Ă des entreprises problĂ©matiques, et de flĂ©cher des fonds vers une sorte de capitalisme du bien commun. Mais bon on voudrait pas filer des idĂ©es Ă StĂ©rin.
La problĂ©matique est plutĂŽt dans le poids des mots et le choc des photos utilisĂ©s par Green-Got, bardĂ©s de vert, de terre et dâarbres, qui laissent Ă penser que tout ce pognon va sauver les bĂ©bĂ©s pandas33.
Lâargumentaire-vedette, celui du CO2 que ton Ă©pargne pĂšserait dans une grande banque, a Ă©tĂ© regardĂ© de prĂšs, contestĂ© par Bon Pote, et le cabinet qui lui servait de caution scientifique, Carbone 4, a retirĂ© son article34, confirmant une enquĂȘte prĂ©cĂ©dente ici qui lâavait dĂ©montrĂ© en dĂ©tail.
Pourtant autant. Est-ce que Green-Got câest dâla merde ? Est-ce que foutre son pognon chez Green-Got câest nul ? Est-ce que ton pognon il est mieux sur un compte Ă la BNP, ou Ă payer une tour nulle Ă La DĂ©fense chez Primonial ? Non, trois fois.
Et peut-ĂȘtre que si Green-Got ne frisait pas le greenwashing permanent, ils nâauraient pas rĂ©ussi Ă souder une communautĂ© autour dâeux. Parce que soyons honnĂȘtes le dĂ©rĂšglement climatique est lĂ , le dĂ©bat politique nâest pas Ă la hauteur, et la finance, sous ses Ă©tiquettes ESG et ISR, reste guidĂ©e par la collecte et la performance de court terme. Le discours est faussement radical, mais il est sincĂšre, et il parle Ă des gens tout aussi sincĂšres. De quoi former une communautĂ© active dont toutes les boĂźtes rĂȘvent. Et Ă en fait un moteur de croissance, au point quâautour dâun tiers des ouvertures de passeraient par le parrainage.
Le problĂšme, câest que ça, ça fait une super PME qui va parler Ă quelques dizaines de milliers, peut ĂȘtre demain quelques centaines de milliers, de personnes. Par une startup avec un marchĂ© en giga croissance Ă adresser. Et câest tout le problĂšme de ce qui a Ă©tĂ© vendu au retail.
đž Verra bien qui verra le dernier
Reste la seule question qui vaille, combien vaut vraiment une nĂ©obanque verte de niche. Le chapitre prĂ©cĂ©dent a laissĂ© une confusion, la PME prise pour une licorne en devenir, et seuls les chiffres la tranchent. Ils montrent dâabord une vraie entreprise.
Elle gagne de lâargent, et de plus en plus.
Ătats financiers reconstituĂ©s
En 2021, Green-Got faisait 666⏠de chiffre dâaffaires. Câest assez rigolo pour le noter. Quatre ans plus tard, 4,31MâŹ. La croissance est rĂ©elle. Mais elle penche de plus en plus vers lâassurance-vie, absente jusquâen 2024 et dĂ©jĂ prĂšs dâun quart du chiffre dâaffaires en 2025, câest-Ă -dire vers les frais et le marchĂ©, pas vers le compte35.
NâĂ©tant pas rentable, le moteur du cash nâest pas lâactivitĂ©, mais les levĂ©es. La trĂ©sorerie bondit Ă chaque tour puis fond doucement entre chaque tour. Cela dit, avec 4,43M⏠placĂ©s, Green-Got nâest donc pas aux abois et aurait autour de 24 mois de runway. Ce qui finalement pourrait interroger sur la levĂ©e de 2026.
Cela dit, la perte, stable en apparence, est embellie. Ces comptes capitalisent 1,28M⏠de recherche et dĂ©veloppement, inscrits Ă lâactif comme un investissement plutĂŽt que passĂ©s en charge. RetraitĂ©e, la perte rĂ©elle de 2025 approche plutĂŽt 3,1MâŹ.
Bien que sa fondatrice a plusieurs fois raconter que les Comex des banques avaient peur dâelle : Ă cette Ă©chelle, Green-Got est un nain. Un N26 revendique 3M de clients, un CrĂ©dit Agricole les compte en dizaines de millions et son bilan en centaines de milliards. Green-Got revendique environ 55â000 comptes et 180M⏠dâencours. Une PME, solide, mais une PME.
Reste le prix quâelle se fixe. Green-Got se valorise 78,4M⏠en pre-money diluĂ©e, 72,5M⏠non diluĂ©e, et fixe son action Ă 26,21 âŹ, soit 2â621 fois sa valeur nominale.36
Mais est-ce que ça veut ce prix ?
En 2023, lâaction valait 9⏠avec Pale Blue Dot qui validait 25MâŹ. Depuis, plus personne dâextĂ©rieur. En novembre 2024, lâaction passe Ă 19,62âŹ, la valo Ă ~50MâŹ, et la communautĂ© paie, sans avis extĂ©rieur. En juin 2026, 26,21⏠et donc 78,4M⏠: +34% sur le prix en 19 mois, +57% sur la valorisation, sans quâaucun tiers ne soit venu repricer la boĂźte depuis Pale Blue Dot. Soit environ18x le CA. Cela dit, sur les trois tours, le multiple se tasse : 21x en 2023, 21x en 2024, 18x en 2026.
Est-ce beaucoup ? Dans lâabsolu, oui. 18x câest le territoire dâun Nubank ou dâun Revolut, cotĂ©s ou presque, rentables, qui se paient pourtant entre 5 et 12 fois leurs ventes. Et quand Klarna affichait 45x en 2021, câĂ©tait la grande Ă©poque de lâargent gratuit. Le secteur est depuis retombĂ© Ă 5 ou 8x37 mĂȘme si quelques outliers tirent la moyenne vers le haut38.
Ătonnement (ou pas), on retrouve la mĂȘme Ă©trangetĂ© chez Bitstack, qui a rĂ©cemment levĂ© 3.8M⏠sur le mĂȘme Crowdcube en mars dernier, sur une valo prĂ©money de 52M⏠pour 2,45M⏠de dernier CA auditĂ©, soit 21x39. Le tout pour investir non dans lâentreprise Ă lâĂ©poque PSAN, dĂ©sormais MiCA, en France. Mais dans une obscure LLC du Delaware40, via un SPV britannique41, mettant les investisseurs Ă distance.
Mais il y a un cas encore plus proche de Green-Got : son concurrent directe.
Helios, câest Green-Got presque mot pour mot, un compte qui jure de ne pas financer le pĂ©trole, des convaincus autour de la mission, une trajectoire de levĂ©es qui rappelle quelque chose. En avril 2022, elle lĂšve 9M⏠auprĂšs dâinvestisseurs Ă impact, Racine2, le fonds de la MGEN opĂ©rĂ© par Serena et makesense, RAISE Seed for Good et des business angels. Co-créée en mars 2020 avec 20â000 personnes, elle en revendiquait 50â000 un an plus tard.42
LĂ encore, le retail a Ă©tĂ© sollicitĂ©, via Tudigo43. Un joli document vante trois piliers : dĂ©polluer les dĂ©pĂŽts, les dĂ©penses, lâinvestissement, et une promesse limpide, faire de la banque un geste Ă©cologique. Les chiffres donnent le vertige. ScĂ©nario mĂ©dian, 454â000 comptes actifs et 30M⏠de CA, jusquâĂ 889â000 comptes et 68M⏠dans le haut. La valorisation potentielle affichĂ©e grimpe Ă 238MâŹ, la mise promise Ă lâinvestisseur, 6x.
Lâavenir racontera lâinverse.
Certes la croissance dâHelios est rĂ©elle : le CA affiche x3 en trois ans, 424k⏠en 2022, 658k⏠en 2023, 1,18M⏠en 2024. Mais les pertes restent plantĂ©es autour de 2,3-2,4M⏠par an. Les capitaux propres fondent, 4,09 puis 3,88 puis 1,42MâŹ, la trĂ©sorerie suit la mĂȘme pente, 4,3M⏠en 2022, 338k⏠fin 2023, 518k⏠fin 2024. Le tour de 15M⏠promis nâa jamais eu lieu : les taux sont remontĂ©s et les fintechs B2C ne font plus rĂȘver personne.
Le verdict tombe le 28 juillet 2025. Lâex-licorne Younited qui sâest pĂ©tĂ©e la corne en bourse, rachĂšte 100% dâHelios. Les posts LinkedIn pleuvent de joie. Tudigo ne dit rien⊠parce que la plateforme apprend lâexit en direct. Le pacte Tudigo portait une clause dâentraĂźnement, le drag-along dĂ©jĂ vu chez Sugru, les majoritaires acceptent lâoffre et les minoritaires suivent de force. Le vĂ©hicule des 1â200 nâa rien eu Ă dire. Et personne nâa mĂȘme songĂ© Ă les prĂ©venir.
Sous les cotillons et les bisous, un chiffre.
7MâŹ
Câest le montant que Younited dĂ©bourse. Et encore. 0,98M⏠en cash et le reste, 6,10MâŹ, avec ses propres actions. MĂȘme un gĂ©rant Primonial comprendrait quâon est un peu loin des 238M⏠promis, et quâen Ă©tant en dessous du total des montants levĂ©s, lâopĂ©ration ne peut pas vraiment ĂȘtre bonne.
Younited qualifie lâopĂ©ration de « bargain purchase », un achat Ă prix cassĂ©, et enregistre le jour mĂȘme un gain de 3,810MâŹ, lâĂ©cart entre le prix payé⊠et la valeur des actifs nets, 10,893MâŹ. Bon en rĂ©alitĂ© yâavait Ă©videmment rien dâautres que du logiciel (15MâŹ), des clients (1,8MâŹ), moins 2M⏠de dettes.
Dans le mĂȘme document, Helios est dĂ©crit comme Ă©tant en « financial distress ». En gros : plus de trĂ©so, et incapable de lever.
Chaque action Helios est Ă©changĂ©e contre deux barils de lessive ordinaire 10,56 actions Younited, sur la base dâun cours de 10,80âŹ. Sauf que 10,80⏠nâa jamais existĂ© : Younited, entrĂ©e sur Euronext en janvier 2025 Ă 13âŹ, nâa jamais recotĂ© aussi haut aprĂšs sa chute, elle culminait autour de 10,5⏠à la signature. La base servie aux apporteurs dĂ©passe donc le plus haut jamais atteint par le titre.
Cours Younited sur Boursier.com avec focus sur lâATH de la pĂ©riode
Et lâacheteur ne sâappuie mĂȘme pas sur son propre cours pour fixer cette base : il le dĂ©clare non fiable, faute dâun marchĂ© assez actif.
La communautĂ© Tudigo avait mis 2,20M⏠pour 19â334 actions Helios souscrites Ă 114,03 âŹ. Elle en donc ressort avec 204â134 actions Younited, comptĂ©es sur cette base de 10,80âŹ, soit trĂšs exactement sa mise de dĂ©part, ni gain ni perte sur le papier le jour J. Sauf que Younited paie en actions quâil Ă©met pour lâoccasion, du papier gratos, et qui nâa jamais Ă©tĂ© vendable Ă pour 10,80âŹ. Ă 7,50 ⏠en janvier 2026, la position tombe Ă 1,53MâŹ. Ă environ 6⏠à lâĂ©tĂ© 2026, Ă 1,25MâŹ. PrĂšs de la moitiĂ© de la mise Ă©vaporĂ©e. Et impossible dâen sortir pour limiter la casse : 80% des titres Ă©taient bloquĂ©s jusquâen janvier 2026, les 20% restants servent de garantie Ă lâacheteur, 10% sur 2 ans, 10% sur 3. Pas vraiment de quoi se faire des bisous baveux sur LinkedIn.
La morale tient en une ligne. Celui qui a le cash ramasse la carcasse, la foule tient le sac. Younited avait la trĂ©sorerie, il a pris le code et les ienclis pour presque rien et actĂ© un bĂ©nĂ©fice comptable le jour mĂȘme. Les croyants avaient payĂ© la construction. Et Serena, au capital via Racine2, appelle lâopĂ©ration un « exit » sur son site pour faire comme les grands et convaincre les futurs LP. En off, tout le monde le sait. Mais faut surtout pas le dire.
Les deux fondatrices ont depuis tournĂ© la page, lâune au marketing de GreenGo, une plateforme de voyage Ă©colo, lâautre passĂ©e chez Younited, lâacheteur, avant dâen repartir il y a quelques mois.
Ce que change Helios, ce nâest pas quâelle annoncerait le destin de Green-Got. Green-Got en 2026 est une meilleure boĂźte : 4x plus de CA, 2x plus de revenus / client, 78⏠contre 37⏠par an et surtout des billets dans le tiroir pour passer lâhiver au chaud. Alors Ă©videmment, on ne peut pas rĂ©duire Green-Got aux 7M⏠des soldes de Younited.
Mais ça donne quelques billes pour valoriser une fintech sur un micromarché de niche. Et quelques réflexions sur les promesses du crowdequity.
đąVert de rage
Revenons une derniĂšre fois au 17 juin 2026, et aux 5â286. Le record, tout le monde lâa retenu. Mais lâhistoire, câest ce quâils sont devenus en cliquant. Pas des investisseurs, personne ici nâa lu les comptes ni nĂ©gociĂ©. Pas des donateurs, un donateur sait quâil ne reverra pas son argent. Pas des clients, une action ne se consomme pas. Une figure nouvelle, et plus pauvre que les trois, quelquâun qui porte le risque dâun capital-risqueur sans un seul de ses outils.
Et rien, lĂ -dedans, nâest illĂ©gal. Quand Bricks a vendu des royalties Ă des particuliers, lâAMF est intervenue et a posĂ© une limite. Quand une boĂźte vend son equity Ă sa communautĂ© via une plateforme agréée, lâasymĂ©trie reste permise, la dataroom pour le fonds, la plaquette pour la foule, le prix fixĂ© par le vendeur. Le fait que les boĂźtes, pourtant rĂ©gulĂ©es, nâaient jamais songĂ© Ă dĂ©poser leurs comptes est greffe est visiblement un dĂ©lit parfaitement lĂ©gal. Le rĂ©gulateur sait agir. Ici, il dĂ©cide de laisser faire. Et, encore une fois, lâhistoire dĂ©passe trĂšs largement lâexemple de Green-Got.
Câest dâailleurs ce qui arrive Ă chaque fois que tu entends retailisation (si câest un mec un costard qui parle) ou dĂ©mocratisation (si câest un mec en sweat avec son logo dessus). La mĂȘme histoire se rĂ©pĂšte. Toujours.
Les riches, les banquiers ouin ouin. Ils ont accÚs à ci. Ils te cachent ça.
Et moi je vais te permettre de etc.
La rĂ©alitĂ© cache, en pagaille, des conditions diffĂ©rentes, des produits qui nâont rien Ă voir, les chutes du Niagara de frais, et autres joyeusetĂ©s planquĂ© dans un PDF Ă 43 clics de la homepage.
La rĂ©alitĂ© câest que le gros gĂ©rant, il a pas envie de sâemmerder Ă avoir 50â000 investisseurs quand il peut en avoir que 1â000. Donc au mieux, câest une part dâun fonds qui est collĂ© dans un fonds (ou tokenizĂ©, comme on dit maintenant) blindax de frais. Ou sinon le retail sert carrĂ©ment de liquiditĂ© aux instits ou aux initiĂ©s.
Lâexemple typique câest le fameux 12,4% par an sur 10 ans qui serait la performance du private equity en moyenne par an. Câest vrai. Un chiffre net de frais et de carried, mesurĂ© par France Invest et EY Ă fin 2024. Sauf que câest une moyenne. Quâen investissant dossier par dossier, tu nâas aucune chance dâĂȘtre dans la thĂ©orie des grands nombres. Les rendements suivent une loi de puissance : environ 60% des startups financĂ©es Ă©chouent, 5% font lâessentiel du gain, et les lignes qui rendent moins dâune fois la mise perdent 81% en moyenne. Pour espĂ©rer capter une gagnante, il faut au minimum plusieurs dizaines de dossiers, 50 Ă 80 pour un fonds early-stage44. Ă 1-5K⏠le ticket, « diversifier » voudrait donc dire poser 100-500K⏠par cycle.
La thĂ©orie marche dâailleurs aussi pour pas mal de fonds VC, qui sont en rĂ©alitĂ© des FCPI, classe dâactifs dont la performance moyenne est infĂ©rieure Ă lâinflation, et mĂȘme carrĂ©ment nĂ©gative une fois retirĂ© lâavantage fiscal45.
Mais pour celui qui regarde ça de trĂšs loin, celui qui lit de temps Ă autres Les Ăchos (alors quâil ferait bien de lire Zero Bullshit), qui nâa aucune putain dâidĂ©e de ce quâest une SICAV, lâinvestissement est un truc flou. Pour lequel ses dĂ©cisions sont influencĂ©s par des tas de trucs non rationnels.
Un renard tout mignon.
Le papa, le papa, le papa pingouin.
Ou le souvenir dâun verre dans lequel il pouvait regarder son Ăąge.
Le problĂšme câest que dans quelques annĂ©es, la carte en bois pourrait laisser sa place Ă un chĂšque en bois.
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Vous avez investi dans Duralex ?, Journal du Geek, 4 juin 2026
Titre participatif : ni part du capital ni droit de vote, sans date de remboursement garantie, subordonné juste devant les actionnaires
LITA : mon avis sur la plateforme de crowdfunding responsable, Finance Héros, mai 2026
Classement des taux de défaut crowdfunding, Argent & Salaire, mai 2026
Chez Duralex, payés la moitié de leur salaire, France 3 Régions, 27 mai 2026
Investir dans le prĂȘt participatif de Duralex ?, Juristique, 6 janvier 2026
Notre-Dame de Paris, un chantier sans fin grùce au surplus de dons, France 24, 3 décembre 2024 (846M⏠auprÚs de 340 000 donateurs, ~140M⏠de surplus).
Cachou Lajaunie : un entrepreneur propose de relancer les célÚbres petits bonbons, France Info, 8 septembre 2025
Star Citizen Crosses $1 Billion in Crowdfunding After 14 Years, The FPS Review, 26 mai 2026
Carbone 4 retire son article sur le compte courant, Bon Pote, 4 juin 2025
Chiffre diffusĂ© par Crowdcube : 5â286 investisseurs, rĂ©partis en 3,4M⏠d'actionnaires existants et 4,6M⏠de nouveaux entrants
Avis Green-Got Planet : assurance-vie, frais, performances, Pricebank, février 2026
Assurance-vie Green-Got, Selectra, mars 2026 (contrat GG Planet assuré par Generali, 29 fonds en unités de compte, aucun fonds en euros).
Frais GG Planet : gestion ~1,4-1,6%/an (Green-Got ~0,9-1% + Generali ~0,5-0,6%), sans frais dâentrĂ©e, de versement ni dâarbitrage ; sây ajoutent les frais des fonds sous-jacents (~1%, jusquâĂ ~2,5% sur certains supports), dĂ©jĂ prĂ©levĂ©s dans la valeur des parts. CoĂ»t rĂ©el ~2,4-2,6%/an, > 3,5% sur les profils dynamiques.
Yomoni et Nalo, en ETF, tiennent autour de 1,3-1,6%
Goodvest, mĂȘme promesse verte et mĂȘme assureur Generali, autour de 1,8%
Sources : Finance Héros (mai 2026), Le Trader du Dimanche (déc. 2025), Comptes Pro (2026), Selectra, Pricebank.
Le FOMO Fear Of Missing Out) est une forme dâanxiĂ©tĂ© sociale caractĂ©risĂ©e par la crainte constante de passer Ă cĂŽtĂ© dâune expĂ©rience enrichissante ou dâune opportunitĂ©.
Deck Green-Got (poches structurées de 18M⏠complétées en moins de 6 heures, 500 PER écoulés en 5 jours, 4M⏠de structuré en 48 heures, 5M⏠en 2 heures en 2024).
Nov. 2024 : 5,2M⏠en 148 minutes, présenté comme un record européen (polesocietes, 21 nov. 2024) ; juin 2026 : 8M⏠en 52 minutes, nouveau record de la plateforme Crowdcube (Maddyness juin 2026).
Cumul Crowdcube / Domino SAS : ~15,19M⏠levés et 10'284 investissements sur les trois tours (répartition indicative 1,9M⏠retail 2023, 5,2M⏠2024, 8M⏠2026).
Green-Got finalise son amorçage, Lucas Djeffal, CFNews, 5 mai 2023
SKI Crowdcube / Domino SAS, tour 2023
Attestation de présentation, ECAI, comptes Domino SAS 2025
SKI Crowdcube / Domino SAS, 2024 et 2026 (BSA Rachet, prix dâexercice 9 âŹ).
SKI 2024 (préférence de liquidation des actions Post-Seed)
SKI 2026 (actions Series A, aucune préférence de liquidation)
Matera lÚve plus de 9M⏠dont plus de 2M⏠via des particuliers, MySweetImmo, 3 juillet 2023
Crowdfunding : investir dans une sociĂ©tĂ© dont vous ĂȘtes client, un bon plan ?, MoneyVox, 17 juillet 2022
Qonto, 5M⏠en 6h30, ~1â800 clients, juste aprĂšs 486M⏠en SĂ©rie D
Sugru Disappoints As Crowdfunded Company Is Sold At Significant Loss To Investors, Crowdfund Insider, mai 2018
2â515 souscripteurs en 2017, revente Ă Tesa 7,6MÂŁ, ~â90%, drag-along
What are the risks of investing in equity crowdfunding?, Crowdcube (14% des sociétés financées ont échoué).
Is equity crowdfunding too good to be true?, The Irish Times, juin 2018 (rendements portés par de rares succÚs, Revolut au premier rang).
Deck Green-Got (positionnement militant, « 0 nouveau puits de pétrole », « the movement of a generation »)
The Environmental Footprint of Payment Cards, Cash Essentials
Green-Got affirme sur son site internet que les cartes, qui nâauraient ni vernis ni traitement et donc seront en bois massif Ă lâexception de la puce et de lâantenne, reprĂ©sentent moins dâ1% du bilan carbone de lâentreprise (0,1t. dâeq. CO2 en 2023). Sans quâil ne soit possible de comparer cartes PVC et carte en bois en termes dâĂ©mission.
Ămetteurs et sous-jacents des structurĂ©s Green-Got : premier produit Ă©mis par CrĂ©dit Agricole CIB ; Citigroup, 396G$ de financements fossiles 2016-2023 (Banking on Climate Chaos 2024).
Un jour faudra quâon admette que les pandas sont vraiment trop cons pour survivre, et que sâils Ă©taient pas mignons on les aurait laisser dans un coin depuis longtemps.
Carbone 4 retire son article sur le compte courant, Bon Pote, 4 juin 2025
Comptes Domino SAS 2021-2025 (CA 1,06 â 2,36 â 4,31M⏠; composition 2025 : abonnements 2,44MâŹ, courtage assurance-vie 0,93M⏠(nul en 2023, 0,26M⏠en 2024), interchange 0,54MâŹ, apport 0,38M⏠; socle paiement ~2,98MâŹ).
SKI 2026 / Crowdcube (valo pre-money 78,4M⏠diluĂ©e, 72,5M⏠non diluĂ©e ; action 26,21 âŹ, nominal 0,01 âŹ, soit 2â621x).
Comparables : Nubank ~5-6x le CA (131 M clients, CA ~10,6 Ă 16G$, bĂ©nĂ©fice net 2,87G$, ROE 33%, Nu Holdings fĂ©vrier 2026) ; Revolut ~12x (75G$ pour 6G$ de CA 2025, 68 M clients, 2,3G$ de bĂ©nĂ©fice avant impĂŽt, novembre 2025) ; Klarna 45,6G$ (2021) â 6,7G$ (2022), â85% (Bloomberg, CNBC, TechCrunch, F-Prime).
Fintech Valuation Multiples Q1 2026: What the Averages Are Hiding, Finro, 13 avril 2026
Sur un panel de 416 fintechs (Finro, Q1 2026), la moyenne EV/Revenue est de 14,5x mais la médiane tombe à 7,6x
Le CA Ă©tant celui de 2024, les derniers comptes auditĂ©s. Le CA estimĂ© 2025 affiche ~6,1 MâŹ, soit un multiple de 8,5x, cohĂ©rent.
Bitstack Inc.
Bitstack Crowd Limited
Communiqué Helios, 22 avril 2022
LevĂ©e Tudigo dâHelios (close 31 octobre 2023 ; 2,39M⏠pour 1,5M⏠visĂ©s ; 1â200+ souscripteurs Ă 114,03 ⏠via le SPV Tudi Holding 101 ; illiquiditĂ© de 5 ans ; clause dâentraĂźnement).
Correlation Ventures, AngelList

















