💥 Hakim Benotmane : « alors que revoilà la sous-préfète »
L'étrange retour en presque scred du mytho le plus célèbre du biz.
Bonjour,
Je pensais cette histoire d’Hakim Benotmane aussi enterrée que le compte LinkedIn de L’Agefo. Eh bien, si L’Agefo est de retour sur Instagram, Benotmane est lui de retour dans les affaires.
Enfin, retour. Disons qu'il s'agite.
Et c’est le sujet du jour.
Ah, et désormais, les enquêtes de Zero Bullshit sont disponibles en version interactives. C’est plus sympa et plus vivant.
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🎭 L’organigramme du mort
Il y a quelques jours, je reçois une énième vidéo dans mes notifications de veille. Une publication nulle sur YouTube : un personnage encapuchonné au visage noir, assis derrière un bureau, devant un logo d’aigle généré par IA et le nom « PM Productions ». Le tout doublé par une voix grave et menaçante, probablement humaine. Le genre de truc qu’on trouve entre deux vidéos sur les Illuminati.
Pour ceux qui débarquent : Hakim Benotmane, c’est le fondateur de Nabab Kebab devenu mythopreneur à plein temps, interdit de gérer en France depuis 2023, reconverti dans un club d’investissement baptisé Hakisition, basé au UK, sans agrément, sans structure, et avec environ 7M€ de cotisations encaissées. On en avait parlé en détail dans un premier épisode puis dans un deuxième. Ce qui suit est le troisième.
Le titre de la vidéo :
HAKISITION, HAKIM BENOTMAN : L’ARNAQUE EN BANDE ORGANISÉE DÉMASQUÉE (Têtes pensantes révélées) #anaque
On passera sur la faute et à Benotmane et à arnaque. Ce qui est plus étonnant, c’est qu’auparavant, la même chaîne YouTube avait publié une autre vidéo.
BLAST CLUB ET M6 COMPLICE D’UNE VASTE ESCROQUERIE ? La Chute d’un « King » de M6 ?
Qui elle-même arrive plus de 3 mois après « Bernard Madoff : 65 milliard évaporée ».
Cette vidéo sur Madoff, publiée le 2 décembre 2025, n’a rien de remarquable. Ce qui l’est, c’est le timing de ce qui suit.
Les têtes pensantes
Ce qui est rigolo avec cette dernière vidéo sur Hakisition, c’est son sous-titre. Les têtes pensantes. Comme si Hakim Benotmane ne pouvait pas être lui-même la tête pensante. La vidéo déroule un organigramme complet, avec noms, rôles et pourcentages. On déroule.
D’abord, il y a Wissame Naji, présenté comme le « véritable cerveau » du club, en charge de la vision globale et qui piloterait la stratégie sur les réseaux sociaux. Interrogé fin 2025 lors des premières newsletters sur le sujet, Naji avait tenu à préciser :
« Comme vous l’avez relevé, j’ai simplement travaillé sur sa personal brand en tant que prestataire, dans le cadre de mon agence Influnz, active depuis 2022 et avec laquelle j’accompagne de nombreux entrepreneurs. »
Puis il y a Ryan, un responsable marketing et communication qui aurait écrit le « discours persuasif » auprès des membres et coordonnerait les campagnes marketing, accusé (avec Wissame) de « concentrer les gains » et d’orchestrer la mécanique de détournement des fonds.
Ensuite arrive Linda B., avocate, qui est présentée comme conseillère juridique du groupe, aurait « sécurisé » la structure et « rédigé » les contrats, et servi à « rassurer » les membres. Sauf qu’aucun des membres interrogés n’a eu connaissance de son nom, et la seule fois que son nom apparaît dans les échanges que j’ai pu consulter, c’est pour menacer des prestataires qui refusaient de transférer les fonds sans garanties. Spécialiste en droit social, on voit mal comment elle aurait pu valider l’étrange montage du club en 2025. B. n’a jamais été l’avocate du club. L’avocate du club, c’est Sonia Delaye-Nsir, qui a signé un contrat, encaissé environ 50K€, et assuré les événements de Genève et de Marrakech. B., elle, a accompagné Benotmane sur des dossiers de droit social liés à ses restaurants, notamment le correctionnel de Nancy du 26 mars 2025 pour travail dissimulé, qui s’est soldé par une relaxe. Rien à voir avec le club. Elle n’a jamais été payée.
Enfin il y aurait Romain Dubois, un « CEO opérationnel » qui aurait supervisé les closers. Faudra vraiment qu’on reparle de ces closers/setters un jour.
La vidéo ne s’arrête pas là. Elle cite aussi Jamel, présenté comme le « bras droit opérationnel » de Benotmane, François Cardaci, le « gestionnaire des actifs logistiques » (comprendre : les bateaux, dont on avait déjà parlé), un certain Raphaël à 5% du CA pour la « supervision générale », Jean Hollaender qui toucherait jusqu’à 40% sur les challenges, et Lucas, « directeur des commerciaux ». Du beau monde : un vendeur de formations sur les webinaires de 24 ans basé entre la Colombie et le Pérou, et un « Strategic CEO » de Dubaï qui scale des sociétés à 7 chiffres dont personne n’a jamais entendu parler.
La grille de l’innocent
Et tout ce petit monde prendrait 100% du CA.
Total : 100%. Et Benotmane ? 0%. Selon la vidéo, il ne touche rien. Étonnant.
Rectification d'un des cités : les vrais pourcentages ne correspondent pas. Surtout, c'est lui qui les a fixés, par mail. Ce ne sont pas des parts d'un butin. Ce sont des commissions de prestataires, imposées par le patron. Un schéma classique chez les vendeurs de formations : les setters et les closers1 bossent à la comm, portent le risque, et si les résultats ne suivent pas, on ne leur doit rien.
D’ailleurs, Benotmane n’a pas investi un euro. Pas de budget publicitaire, pas de campagne payante. La visibilité ? C’est Naji qui l’a construite : vidéos, branding, podcasts. La conversion ? Les closers, payés à la commission. Quand il répète à son entourage que « 80 à 90% » du CA a été « bouffé par le marketing », il ment. Il n’a rien financé. Il a promis des pourcentages à des gens qui ont fait le taf, et quand il s’est agi de payer, il a découvert que c’était trop cher.
Sauf que dans un e-mail que j’ai pu consulter, et qui date du tout début du club Hakisition, Hakim Benotmane dit sans ambiguïté que le projet, c’est lui. Alors que dans la vidéo, qui qualifie le club de « vaste escroquerie », Benotmane est qualifié de « vitrine sans accès direct au flux financier », servant uniquement à attirer les clients grâce à sa communauté sur les réseaux sociaux.
Le problème, c’est que c’est Benotmane qui détient les comptes, qui fait les virements, et qui décide qui touche quoi. Au total, selon plusieurs sources concordantes, environ 7M€ de cotisations ont été encaissés. Benotmane en a redistribué une partie aux prestataires, mais en laissant plusieurs centaines de milliers d’euros d’impayés.
Le bordel des cotisations
Parce que pour comprendre comment 7M€ finissent dans les poches d’un seul mec, il faut remonter au tout début. Deux personnes impliquées confirment : les 50 premières cotisations du club, soit environ 300K€, ont effectivement transité par le compte professionnel d’Influnz. La raison est simple : au moment du lancement, Benotmane n’avait pas de structure pour encaisser. Pas de société dédiée au club. Pas de compte. Rien.
Naji accepte donc de servir de compte de transit, avec un contrat entre les deux. Quand il lui demande de transférer l’intégralité des fonds vers un de ses comptes personnels au Luxembourg, Naji refuse. Il exige d’abord que chaque cotisant signe un avenant transférant la responsabilité vers la société HK Club de Benotmane. Tant que les avenants ne sont pas signés, il garde les fonds. Logique : c’est son compte, c’est sa responsabilité.
Il ne le prend pas bien. Benotmane envoie Linda B. menacer de poursuites. Oui, la même Linda B. que la vidéo place dans le « réseau mafieux » aux côtés de Naji. En réalité, elle est envoyée par Benotmane contre Naji. Il envoie des mails où il fixe ses règles, décide des pourcentages de chacun, et exige les fonds. À un moment, Naji propose même de rembourser tout le monde et d’arrêter là. Le patron, qui voit l’argent et le potentiel du projet, fait machine arrière.
Les avenants finissent par être signés. Les fonds sont transférés, moins les commissions des prestataires. Le tout est documenté, contractualisé, signé.
La vidéo présente Naji comme le « cerveau » qui « concentre les gains ». C’est l’exact inverse. Le vrai bordel, depuis le début, c’est Benotmane : pas de structure, pas de compte dédié, des fonds qui transitent par des comptes de prestataires, et un patron qui s’énerve quand on lui demande de faire les choses dans les règles.
On a donc une vidéo qui tape sur le club, tout en présentant son fondateur comme une simple vitrine. Et qui envoie sous le bus tous les gens qui n’y travaillent plus.
🕹️Faut le détruire
Entre cette étrange vidéo et celle sans intérêt sur Madoff, il y en a une sur Blast Club, le club d’investissement d’Anthony Bourbon. En vingt minutes, la chaîne accuse Bourbon d’avoir monté une « vaste escroquerie à l’investissement » : Feed en perte de 30M€, Blast Club avec 100M€ investis pour zéro exit, 5% de commission + 20% de carried, revente de ses propres parts à ses membres sur une valo de 200M€, faux commentaires achetés sur les réseaux, et M6 complice d’avoir offert la crédibilité sans vérifier le dossier. Ça me rappelle quelque chose. Normal : Zero Bullshit est cité en source dans la vidéo.
La vidéo conclut sur le départ de Bourbon en Grèce, présenté comme une fuite organisée pour « sortir les fonds » et éviter les poursuites. Le parallèle avec Hakisition est transparent : même modèle de club, mêmes accusations.
Bourbon a transféré sa holding et invoque des raisons de sécurité, citant les enlèvements en série qui ciblent les entrepreneurs crypto depuis 2024. L’affaire a dégénéré quand Yves Vilaginès, chef du service Entrepreneurs aux Echos, a publié son adresse personnelle sur LinkedIn. Les Echos ont présenté leurs excuses après l’intervention du fils Arnault. On avait raconté tout ça en détail.
Sur le fond, l’essentiel des accusations est basé sur les enquêtes de Zero Bullshit, y compris sur les chiffres de Feed. Les montants sont gonflés, les conclusions orientées. Ce qui est intéressant, c’est moins ce que la vidéo dit que qui l’a commandée.
Descendre Bourbon était le seul but initial de cette chaîne YouTube.
Parce que cette chaîne YouTube a été commanditée par Hakim Benotmane.
L’histoire commence en novembre 2025, entre les deux newsletters Zero Bullshit sur Benotmane, alors qu’il est en embrouille médiatique contre Bourbon.
D’ailleurs, que Benotmane s’en prenne à Blast Club est un sacré culot. Selon mes informations, c’est un financier de son entourage, un certain Loïc, qui suivait de près les clubs de Bourbon et lui a expliqué que le modèle rapportait. Benotmane a ensuite demandé à Naji de décortiquer le fonctionnement de Blast pour le reproduire. Hakisition est une copie de ce qu’il fait dénoncer dans des vidéos tantôt contre Blast, tantôt arrangées pour le blanchir.
Sur le conseil de son entourage, il fait appel à une personne cachée derrière le compte Instagram raptvpeople, qui n’a plus rien posté à ses 36K followers depuis 4 ans. L’idée est de faire une chaîne sur les escrocs, qui publiera quelques vidéos, avant d’en faire une sur Blast, qui sera utilisée pour de la publicité. Et plus largement de l’utiliser pour régler ses comptes, avec les « emmerdeurs » comme les appelle Benotmane.
Messages de Benotmane à raptvpeople
Alors que celle sur Madoff, qui sera publiée en décembre, se prépare, Benotmane passe une commande contre Laurent Fernandez, beau parleur au storytelling à base de cigares et de grosses bagnoles qui vend de l’optimisation fiscale.
Alors que celle sur Madoff, qui sera publiée le décembre, se prépare, Benotmane passe une commande contre Laurent Fernandez, beau parleur au storytelling à base de cigares et de grosses bagnoles qui vend de l’optimisation fiscale.
Conversation entre raptvpeople et Hakim Benotmane. Plus bas dans la conversation, Benotmane donne son numéro de téléphone personnel. Un message vocal permet d’identifier formellement sa voix.
La vidéo n’a pas été publiée à ce jour, mais elle a bien été teasée sur le compte associé à la chaîne YouTube. Plusieurs dizaines de faux comptes commentent à peu près tous dans le même sens cette publication aux 269 likes, sur un compte à plus de 12K followers après seulement quelques semaines. Et alors qu’aucune des autres publications n’avait le moindre commentaire.
La publication Instagram de pmproductionoff sur Laurent Fernandez. 269 likes, des commentaires achetés, et un compte à 12K followers en quelques semaines.
Le compte Instagram va teaser d’autres enquêtes, mais sans vidéo, notamment sur Aurélie Bard, la fameuse comptable d’Ikéa partie avec quelques millions. Et dont on ne sait toujours pas grand-chose.
Toujours est-il que la vidéo sur Madoff doit être dépubliée pour cause de violation des droits d’auteurs : les ayants droit du chanteur Maes ont demandé la suppression, et la vidéo ne revient en ligne que le 2 décembre. Un accident qui arrange : ça permet d’attendre que les choses s’apaisent, pour éviter que la vidéo sorte au plus fort de l’affrontement médiatique. Mais les messages de Benotmane ne laissent aucun doute sur ses intentions. Ni le prestataire sur sa stratégie.
La stratégie de raptvpeople : publier des vidéos-leurres pour passer sous les radars.
Le problème, c’est que Benotmane est déçu par le rendu. Initialement il voulait un humain pour incarner la vidéo, et il n’est pas vraiment fan du full IA.
“C’est lourd ça. T’as pas un vrai mec qui peut faire une vidéo ?”
Faut dire que… Bon.
La proposition de raptvpeople, avec en miniature, la première vidéo de la chaîne.
Comparaison entre les propositions de raptvpeople à Benotmane (à gauche) et leur application dans la première vidéo sur Madoff (à droite).
Inquiet pour les résultats, le prestataire rassure :
« Quoi qu’il arrive, on va rajouter nous-mêmes des vues des commentaires sous [la] vidéo. »
Quant au contenu de la vidéo, le prestataire propose de la faire relayer par une publication sur Forbes, voire d’inventer des fausses informations.
“Et sur Closer, on peut inventer des rumeurs sur [ses] relations homos lol dans le dos de [sa] femme.”
Quant au contenu de la vidéo, le prestataire propose de la faire relayer par une publication sur Forbes, voire d’inventer des fausses informations.
Le 3 avril, la vidéo sur Hakisition sort, mais c’est seulement le 5 avril que la flopée de faux commentaires arrivent.
Les faux commentaires sous la vidéo Hakisition, tous postés le même jour. Tous les comptes ont été créés récemment.
Achetés.
🩸On fait l’bilan
« Au départ, c’était dans une bonne intention. Le club était parti pour bien démarrer. Mais il a tellement voulu garder l’argent pour lui. »
- Une des personnes citées dans la vidéo
Côté régulation, c’est plié. Tous les intermédiaires financiers contactés ces derniers mois, en France et au UK, ont décliné. Côté marketing et infoproduit, pareil : des impayés partout, des prestataires qui se passent le mot, plus une seule équipe ne veut bosser avec lui. Benotmane s’agite encore, comme un canard à qui on a coupé la tête. Mais le corps ne suit plus.
« Plus personne veut travailler avec lui. Il a embauché quasiment tout le monde qui était dans ce réseau-là, de marketing, d’infoproduits. Et il a payé personne à chaque fois. »
- Un prestataire du milieu
La justice est saisie à au moins 4 reprises, dont une fois via une plainte collective portée par le Collectif AVI2. Plusieurs dizaines de membres demandent des remboursements, parfois jusqu’à 14K€, sans succès. Pourtant, une poignée seraient encore prêts à mettre autour d’1M€ selon une source qui a quitté l’entourage de Benotmane récemment. À ce stade, c’est de la sélection naturelle.
Reste que des Hakim, il y en a des dizaines. Des clubs sans agrément, des formations à 5K€ vendues par des mecs qui n’ont jamais géré une boîte, des challenges qui encaissent et disparaissent. L’AMF renvoie vers l’ACPR. L’ACPR renvoie vers la DGCCRF. La DGCCRF dit que c’est financier. L’ARPP ferme les yeux. Et le pognon du retail s’envole vers Dubaï, quand les avions veulent bien y atterir.
Contacté, Hakim Benotmane a répondu que j’étais « une crotte de chien ». Pour de vrai.
Considérons que c’est son droit de réponse.
Un setter est un commercial chargé du premier contact et de la qualification des prospects. Un closer est celui qui finalise la vente, souvent par téléphone. Les deux sont généralement rémunérés à la commission, sans fixe.
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